mémoire du feu, journal
2 octobre 2010





Who by Fire (Leonard Cohen)


Passion
Feu
Roman-feuilleton
Journal
On a beau ne pas vouloir parler de soi-même
Il faut parfois crier

Je suis l’autre
Trop sensible

Août 1913

Blaise Cendrars, Du Monde entier (’Dix neuf poèmes élastiques’ ; Journal)


La découverte de cette ville, c’était d’abord sa lumière, le soir quand elle s’éteint : j’ai appris avec le temps — un an maintenant, ou presque —, que ça ne durait que l’hiver : dès octobre cela commence, et jusqu’en mars : comme des crépitements silencieux en expansion jusque décembre, puis le phénomène se détend avant de se dissoudre peu à peu avec les premières nuits du printemps. En avril, la nuit se lève trop lentement pour qu’on voit le jour tomber.

Ainsi, ce serait cela, un journal : noter le temps que prend la lumière pour tomber sur soi — et cela suffirait à rédiger mes propres colères, tristesses, petites joies. Mais je rêve d’autre chose. Éphéméride dérisoire qui n’appartient qu’à moi — pourtant en mesurant telle hauteur, et par l’ombre portée sur telle ville, on trouverait non pas des traces de moi, mais comme la ville laisse l’empreinte sur mon corps qui va l’écrire en retour.

Avoir Breton toujours comme exigence :

Je dis seulement que je ne fais pas état des moments nuls de ma vie, que de la part de tout homme il peut être indigne de cristalliser ceux qui lui paraissent tels.

Feu du décor en lequel s’enveloppent plus que des souvenirs : des formulations sans cesse renouvelées, contradictoires, de cet instinct des rues que je cherche pour pouvoir être plus vivant — l’éclair me dure : si je devais perdre la mémoire sur le champ, je lirais ces pages et je n’apprendrais rien de moi, mais je serais au même point que maintenant dans l’apprentissage de cette lumière par laquelle je regarde mes mains et le visage des passants : cela suffit. Ensuite, crier.

arnaud maïsetti - 2 octobre 2010

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