ces feux à la pluie
25 novembre 2010




Rainstorming (Birdy Nam Nam, ’Birdy Nam Nam’, 2005)


Les brasiers, pleuvant aux rafales de givre. — Douceurs ! — Ces feux à la pluie du vent de diamants jetée par le cœur terrestre éternellement carbonisé pour nous. — Ô monde !

A. Rimbaud (Illuminations, ’Barbare’)


En transparence, la ville se laisse pénétrer par la lumière noire du matin, et la découpe des tours au loin est rayée, de bas en haut, ou de haut en bas, tant le vent réorganise le sens du monde dehors.


Je suis le savant au fauteuil sombre. Les branches et la pluie se jettent à la croisée de la bibliothèque.

A. Rimbaud (Illuminations, ’Enfance, IV’)


Toute chose égale par ailleurs : la hauteur des tours, la longueur des traces, la surface de ma vitre — impossible de faire le point : je ne peux voir que les gouttes-là, au premier plan de ce matin-ci. J’ai sur la table les livres sur lesquels je travaille. L’écran de l’ordinateur posé devant les livres organise souplement les perspectives (le dictionnaire, la feuille nurmérique où j’écris, les réseaux, la densité des flux d’information dans lequel je puise aussi). Mais là où l’écran spatialise les épaisseurs, la vitre sur ma droite écrase. La pluie s’est arrêtée pourtant les gouttes tombent encore.


J’ai soif, si soif ! Ah ! l’enfance, l’herbe, la pluie, le lac sur les pierres, le clair de lune quand le clocher sonnait douze… le diable est au clocher, à cette heure. Marie ! Sainte-Vierge !… — Horreur de ma bêtise.

A. Rimbaud (Une saison en Enfer, ’Nuit de l’enfer’)


Je pourrais tendre la main pour boire à la pluie posé pour moi, mes doigts se heurteraient à la paroi froide de ma réalité. Une douleur de plus, un manque de plus ; tu vois, je n’ai pas vraiment froid et les lignes s’accumulent sur l’écran (mais à mesure quel manque se creuse ?), et l’orage a quitté la ville. L’eau aurait pu laver la vitre, au lieu de cela, elle laisse de profondes traces de poussière, des sillons vides qui laissent voir leur ventre.


Ah ! les haillons pourris, le pain trempé de pluie, l’ivresse, les mille amours qui m’ont crucifié !

A. Rimbaud (Une saison en Enfer, ’Adieu’)



transparence

arnaud maïsetti - 25 novembre 2010

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