La Ville écrite | contre les ennemis des cultures
11 juillet 2011



Bien sûr, moi aussi, je suis pour la défense — mais enfin.

Qu’est-ce qui étonne le plus, au juste — qu’on prenne la peine de se défendre contre les ennemis des cultures, qu’il y ait des ennemis des cultures, ou qu’on se regroupe pour cela : et qu’on fasse lutte officielle ?

Je corrige : évidemment, il y a, oui, des ennemis des cultures. J’aime ce pluriel. Quand on parle de la culture, je pense soit à un jeu de questions/réponses, soit au Ministère de la communication. La culture comme capitalisation de connaissances et comme célébration nationale de sa propre représentation : tout cela qui est abject. Il faudrait se regrouper contre. Mais j’ai lu trop vite : ce n’est pas de cette culture-là dont il est question.

Non, la lutte s’organise contre la fourmi d’Argentine. En plein centre de Nice. Au mois de mars. Et elle est officielle. (Plus bas, elle sera généralisée — elle sera même, oui, subventionnée — évidemment).

Oh, fourmi d’Argentine, on ne sait pas comment tu as pu traverser l’Océan, puis des centaines de kilomètres — peut-être à dos de fourmis ? —, mais ici, crains, fourmi : on se regroupe. Officiellement. (Mais une idée me vient : peut-être que la lutte s’organise ici contre les fourmis d’Argentine, qui demeurent en Argentine et prévoient de s’abattre sur nos cutures : et nous sommes, là, au foyer de résistance, oui, il s’agit de préparer la lutte à venir, qui se prépare : Londres en plein Nice, peut-être.)

La fourmi d’Argentine est immédiatement devenue mon amie — et moi, immédiatement, un ennemi des cultures. Un ravageur de végétaux, ainsi que le dit le poème, plus bas : comme j’aimerais être ce ravageur. Je ne suis qu’une fourmi, aux yeux de cette fourmi d’Argentine, pour sûr.

Le numéro de téléphone date du siècle dernier (et même avant : j’ai souvenir, enfant, de ces numéros à huit chiffres, mais c’est le temps où je n’appelais pas). Il n’y a pas d’adresse mail. Mais sans doute le Groupement de Défense contre les Ennemis des Cultures existe-t-il toujours de nos jours : subventionné, agréé, officiellement organisé et déterminé pour la Lutte.

La fourmi d’Argentine, dans sa pampa, tremble sans doute. Ici, on prépare sa venue.


arnaud maïsetti - 11 juillet 2011

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