Le ciel a fait son temps
21 juillet 2011



Strange weather (Keren Ann, 2011)

Wake up slowly, there are blue skies
Cutting white lines in black matter !

« 
Ô saison
Le vide du cœur s’emplira-t-il
Parce que la pluie tiède d’un visage
Est apparue entre les feuilles ?
Deux bouches en s’unissant pansèrent leur déchirure

saison d’orage
saison d’ombre

 »

Michel Leiris (’Présages’, in Haut Mal, ’’Failles’’)


Temps indéterminé, qui passe – de deuil, celui des jours qui tombent dans le jour qui raccourcit de plus en plus, des jours qui ne connaissent pas la terreur et le soulagement des morts violentes, ceux qui traversent le corps sans qu’il le sache. Temps qui changent si vite, d’une heure à l’autre, je veux dire : d’une vie à l’autre quand en une heure passent tant de vies, s’oublie ce qui va les oublier, bientôt, déjà. En une heure dans le ciel, c’est toutes les couleurs, et toutes les imminences : pas une qui n’arrive (mais toutes les autres viennent).

Cela donne des sujets de conversation– ça bavarde les châteaux qui tombent en ruines, qu’on croyait éternels, les saisons aussi, qu’on imaginait tout de même plus sûrs que cela. Qui croire désormais. Des tâches d’ombre partout, et de l’eau, tellement, plusieurs fois par jour ; je crois le mouvement de l’ombre sur la façade voisine, cadran solaire mouvant, sans raison, erratique, aberrant, toujours juste à sa propre justesse, sur son poignet sonne une heure qui tombe à chaque seconde sur ma seconde.

Quand on me demande comment cela avance, le travail (on me le demande de plus en plus, je ne sais pas pourquoi), je réponds : une ligne après l’autre ; parce que c’est vrai, et parce que je ne sais pas, comment cela avance, comment une ligne avance après une autre (se produit par l’autre). Je devrais répondre par la preuve, sans doute ; ou prendre exemple sur les nuages : comment ils avancent, là-haut, non pas comment ils naissent, mais comment ils vont, d’un bout à l’autre de la fenêtre, tandis qu’immobile ici, je les écris aussi, en un sens.

On me dira : le vent.

Mais on n’explique pas l’effet par la cause. Ni le mouvement, par un autre. Il y aura toujours un mouvement premier, et alors. Je cherche les trajectoires, je cherche les interceptions, je cherche les vitesses. Peu importe les causes, les effets.

Peu importe le temps qu’il fait, celui qui passe – aux correspondances qui se dessinent, sur la fenêtre, je cherche, moi, ce qui s’ajuste : je m’y livrerais bien entièrement, oui. Je suis le mouvement là-haut, cela suffit, cela suffira.


arnaud maïsetti - 21 juillet 2011

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