racines mouvantes
16 août 2011



Funeral Canticle (John Tavener - repris dans The Tree Of Life )


Toute théorie est grise, mais vert florissant est l’arbre de la vie.

Johann Wolfgang von Goethe

Racines mouvantes – indémaillables.

C’est une vision d’origine et pourtant : rien qui ne soit passé, achevé, impossible à rejoindre. Une radicalité immobile devant laquelle aucun signe, aucun mot, seulement tenir face, et baisser la garde. Seulement tenir, seulement : et demeurer ainsi, désarmé.

Un je ne sois quoi d’ailleurs, sur lequel je pose la main – j’écoute. Je sens enfin mon cœur ne plus battre avec moi. L’instant est proche. L’instant fuit pourtant. Je me retourne : c’est un rêve.

Superposition des formes : la forêt est la forêt est la forêt est la forêt. Moi, je ne suis pas elle. Je suis le seul qui n’est pas elle, ni d’elle émanant ; un homme qui a soif : seul ici à avoir soif.

Plonger sa main dans le corps de l’arbre : et tout le corps ensuite, s’y confondre. Non, ce désir là naît au réveil. Pour le moment, seulement une répulsion qui m’immobilise. Les racines continuent de se mouvoir pour toujours dans l’entièreté des choses. Je garde la main sur le tronc, touche une part de l’effroi qui m’envahit.

J’ai soif de villes, soudain ; d’une route qui y plongerait droit. Dans la soif de la ville, il y a d’autres soifs, et des corps : il y a des draps défaits, et des corps ensevelis sous eux ; et dans le pli du cou, d’autres défaites encore, d’autres soifs qui ne peuvent se dire. La ville reviendra, je le sais bien : mais le reste. Je bute contre une racine plus morte que les autres. Je suis sur le sol, quand je me relève, j’ouvre les yeux dans ma chambre.

Le corps battu, rompu comme après une marche de sept heures. La chambre ouvre sur la pièce, où je travaille. Il n’y a pas de chemin. Il n’y a pas de route. Je n’ai pas de billet de train, et beaucoup de pages encore, blanches, tout ce blanc qui s’épaissit : tracer des lignes qui formeraient des chemins : ça ne suffira pas mais c’est partir aussi, une manière de. Et sur la page, s’inventer ailleurs, où naître ensuite. Préparer le terrain.

Quelque part, un arbre possède des racines qui ne sont pas les siennes : quelque part, un endroit qui pourrait être cette forêt l’habite ; je brûlerais tout de mes mains si je le pouvais.


arnaud maïsetti - 16 août 2011

Licence Creative Commons





arnaud maïsetti | carnets




par le milieu

_arbre _aube _Johann Wolfgang von Goethe _rêves et terreurs _solitudes _villes