[ phrases ] #3 — rêves de cendre
8 octobre 2011




À chaque carte retournée : toujours l’envers — le tarot ne ment pas, surtout quand il est divinatoire ; je suis seul dans ma chambre – je ne la connais pas, ne l’ai jamais vue, sûr cependant que c’est la mienne : il n’y a aucune photo, ni fenêtre, ni bureau, un seul lit minuscule, et une lumière qui vient du plafond haut : oui, c’est bien ma chambre –, et je tire les cartes, je sais la question que je leur pose (mais je l’ai oubliée au réveil), et les quatre cartes sont posées devant moi, face contre terre, j’attends un peu, me prépare à l’accueil que je ferai en moi de leur réponse, creuse intérieurement le trou où la loger, je les retourne, mais elles me montrent de nouveau leur envers, les motifs semblables à chaque carte : toujours face, jamais pile, la carte ne révèle rien d’autre que la butée de la question aujourd’hui (quelle est-elle), alors, d’un geste las et sans autre solution, je décide de dessiner de mémoire les visages des cartes sur leur envers, et peu à peu, je leur invente des figures, des signes, des destins, des arcanes minuscules propres à mes vies imaginaires, irrésolues.


Frappe de toute mes forces à la porte de cette maison haute où l’on m’a mené, sans question, sans explication, ce goût de cendre dans la bouche, porte au pas de laquelle on m’a laissée : entendre que de l’autre côté de la porte, quelqu’un se tient, sa respiration lente, et le geste de la main qui va se poser sur le poignet, mais quand la porte s’ouvre, je suis loin déjà, je crois.


Partout, du paysage qui défile à droite, à gauche, partout des arbres, entre les arbres, d’autres arbres, et tout au bout, qui m’appelle, un arbre seul dont on ne voit pas le feuillage, qui tombe.


arnaud maïsetti - 8 octobre 2011

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