Hurlements en faveur de soi [# 2]
4 décembre 2011




Vingt-sept variations sur une même traversée | initialement écrites et mises en ligne sur tweeter le quatre décembre 2011 entre quinze heure vingt-neuf et seize heure une.


[hurlements en faveur de soi] se pencher, mesurer la distance, tendre les bras, lancer un cri, des pierres, d’autres, tapisser le sol, passer

[hurlements en faveur de soi] désormais, du ciel, ne reste que son reflet dans les flaques de saint-lazare, comme l’abîme tombe, moi debout

[hurlements en faveur de soi] plus de distance entre soi et mon visage, je regarde : il n’y a qu’un visage, je le reconnais, l’arrache

[hurlements en faveur de soi] « il faut se dépêcher » : la phrase en moi exige : il faut se dépêcher, tâche qui prendra bien toute une vie

[hurlements en faveur de soi] : violence, le maître mot parce qu’il fracture au-dedans tout ce qui pourrait entraver, violence encore

[hurlements en faveur de soi] : écrire, ce n’est pas entrer en violence, c’est être soi-même la violence où l’écriture s’impose, et réalise

[hurlements en faveur de soi] : où la violence agit le corps se déplace, approuve, accepte, rejoint toute l’évidence des réalités traversées

[hurlements en faveur de soi] : se dresser au-dedans de soi, crier : la ville ; et la ville se recule au-dehors, ne reste que des façades

[hurlements en faveur de soi] : se dresser davantage, hurler les noms de la nuit quand elle sort de la terre, et être avalé par elle soudain

[hurlements en faveur de soi] : alors se relever de nouveau, parce que je ne suis que ce mouvement vertical : et réclamer l’aube peut-être

[hurlements en faveur de soi] : quand un pas après l’autre aura produit le chemin, l’aube sera le secret et l’irrévélé des corps, poursuivre

[hurlements en faveur de soi] : quel mot pour dire plus haut que le hurlement : un seul, celui qui dit, silence, écoute, viens en moi

[hurlements en faveur de soi] : la blessure n’est qu’une façon de s’incarner : j’y penserai le jour de ma mort, quand il faudra la laisser

[hurlements en faveur de soi] : le corps contre le corps, cherche plus loin que lui ce qui le prolonge, ce qu’il trouve : il le garde

[hurlements en faveur de soi] : je ne me souviens pas du corps dans la nuit, je ne me souviens que de la nuit, autour, découpant le corps

[hurlements en faveur de soi] : alors disant la solitude du corps comme d’une étoile la solitude du ciel, la soif accrue à force de la boire

[hurlements en faveur de soi] : la vie est possible ; comme est possible la vie avant la mort ; mais cette mort, tu la refuses, reste quoi

[hurlements en faveur de soi] : on jetterait nos cris ensemble, pour ne pas avoir à les entendre : on appellerait ça des livres : abject

[hurlements en faveur de soi] : le livre est précisément ce qui, entre le cri et son interruption, donne à entendre l’un et l’autre ensemble

[hurlements en faveur de soi] : fabriquer, le mot était venu ainsi, dans la violence, le cri, la peur, sa douleur, et cette joie, d’évidence

[hurlements en faveur de soi] : fabriquer, parce qu’il disait tout cela, la tâche d’être homme ici : fabriquer ce monde, la beauté arrachée

[hurlements en faveur de soi] : de l’arrachement comme renouement, comme jonction : et on irait toute une vie ainsi, cela passerait vite

[hurlements en faveur de soi] : se hâter ne rendait pas le chemin plus ferme ; on ralentirait pour regarder autour le monde se renverser

[hurlements en faveur de soi] : on aurait le regard du cheval, sa Pitié pour les hommes, comme il rachète tout. On irait encore dans le cri

[hurlements en faveur de soi] : dans la lenteur concédée au désir, on avancerait dans le corps pour gagner des rives plus lointaines, oui

[hurlements en faveur de soi] : cheveux répandus en désordre sur le visage, le temps ne passe pas à reculons, prends-le, dis-le, confie-lui ta vie

[hurlements en faveur de soi] : les mots échangés signent le pacte qui refuse et accepte : comme avec ton sang, coulé

[hurlements en faveur de soi] : et la promesse d’un spasme ; du chemin n’emporter que son allure, sur les passerelles de l’abîme, tout voir

[hurlements en faveur de soi] : sur les passerelles de l’abîme : tout voir, l’écrire puisqu’il est temps


arnaud maïsetti - 4 décembre 2011

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