Hurlements en faveur de soi [# 3]
5 janvier 2012




Trente variations sur une même traversée | initialement écrites et mises en ligne sur tweeter le cinq janvier 2011 entre une heure cinquante-sept et deux heures vingt-neuf.


[hurlements en faveur de soi] retour depuis la pluie entière des choses, le corps plongé comme un métal, combien de larmes, combien de ciel

[hurlements en faveur de soi] toi aussi tu es une part de cela qui tombe, toi aussi tu pourrais être métal, ou liquide, et plus encore : toi

[hurlements en faveur de soi] immeubles coulés d’encre ; dans les chantiers, enjamber pour mieux voir les fondations de la ville, mais rien

[hurlements en faveur de soi] juste avancer pour dissiper la fatigue, c’est elle qui vient pourtant et tu lèves la tête, de la ville partout

[hurlements en faveur de soi] puissance de l’oubli qui fait revenir ce qui mort résiste à la mort elle-même, quand tu y penses, se dresse

[hurlements en faveur de soi] n’avoir de passé qu’en puissance ; et l’acte de la vie, l’inventer à chaque pas ; la rue change alors de nom

[hurlements en faveur de soi] interrompre le monde, cela voulait dire, sortir, sans rien dans les poches que sa clé, et laisser le reste

[hurlements en faveur de soi] le détail de la réalité m’égare : la pluie tombe sur ma vue qui s’affaisse, les visages coulent, mais le désir

[hurlements en faveur de soi] sous le pont là-bas, j’ai reconnu l’endroit où Raskolnikov avait caché les bijoux, mais rien que de la cendre

[hurlements en faveur de soi] dans le sommeil des autres, marche, dans l’illusion des autres en toi, marche, dans l’oubli des autres : pars

[hurlements en faveur de soi] certitude brûlante : sous l’or d’encre, il n’y aura pas assez de routes pour perdre une jambe, à la Conception

[hurlements en faveur de soi] les secrets en moi, si je les savais ils me brûleraient le visage ; c’est pourquoi je marche encore ici

[hurlements en faveur de soi] la maraude, accomplis-la d’abord en toi : tu rencontreras peut-être quelque part enfouis ton corps étranger

[hurlements en faveur de soi] c’était pour fuir les bruits du rat que la ville dehors s’étendait, et pour moi, mais le rat dans le crâne, là

[hurlements en faveur de soi] le rat est l’esprit de la chambre, sait l’habiter et la parler, moi, je ne fais que l’occuper : alors dehors

[hurlements en faveur de soi] la nuit pleine, dans le lit, entendre tout, les raclements de sol du rat, et sa respiration, l’haleine du rat

[hurlements en faveur de soi] l’écriture du rat partout dans la pièce : moi, dehors, je ne fais pas autre chose, mais quelles nourritures

[hurlements en faveur de soi] cris jetés ici que personne ne lira, perdus dans le flux : sans doute la raison pour laquelle je les jette ici

[hurlements en faveur de soi] lutte acharnée entre le cygne rouge et le rat noir : partout des plumes, sur lesquelles je fais mon lit

[hurlements en faveur de soi] d’avoir la ville au devant comme une page blanche me rend vide d’elle et plein de son désir, peut-être

[hurlements en faveur de soi] que l’effacement soit ma manière de resplendir, la phrase en moi pour avancer la ville dehors sous le pas loin

[hurlements en faveur de soi] je ne suis pas parti, simplement, j’ai porté tout ce dedans des choses mortes au dehors de moi, c’est tout

[hurlements en faveur de soi] la pluie, le cygne, l’eau tombée sur moi comme un lac, lave, mais lave quoi : la joie, la douleur : impossible

[hurlements en faveur de soi] dehors la ville continue de tomber, de couler, sans moi – ici le rat dort, sans doute, d’avoir occupé la place

[hurlements en faveur de soi] dedans, la ville s’est arrêtée, pour combien de temps : toute cette solitude a pris la place : la parler, oui

[hurlements en faveur de soi] celles qui dorment ne savent pas ; celles qui rêvent ne peuvent pas ; et celles qui s’éveillent en sursaut

[hurlements en faveur de soi] dans l’intermonde, se tenir pour recueillir tout cela : la prochaine fois, s’enfoncer jusqu’à la garde en soi

[hurlements en faveur de soi] la pluie continue de tomber au compte-goutte dans la chambre depuis les vêtements : une larme après l’autre

[hurlements en faveur de soi] j’allonge mon corps seul contre la ville comme son seul adversaire, tout contre, comme son seul désir

[hurlements en faveur de soi] et la ville dormira la première, la pluie tombera la dernière ; moi, je veille jusqu’à la fin de mon corps


arnaud maïsetti - 5 janvier 2012

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