La Ville écrite | Honde
22 mars 2012




Tourner le dos au monde, à sa honte - mélancolie des soleils couchants, tous rentrent, journée de travail bue, toute honte laissée derrière soi tandis que l’ombre allongée des corps s’allonge encore sous le soleil qui tombe lentement à l’horizontal de lui-même et que la fatigue pèse plus lourd à mesure qu’il tire à lui toute sa lumière ; derrière, le monde est ce petit mur qu’on contourne pour ne pas avoir à lever la jambe trop haut, il y a les assauts qu’on ne donne pas encore, les assauts qui dans la gorge font remonter les silences devant tout cela : s’impose cette seule image : les hommes rentrent ; dans le dos, leur sac avec la journée passée. Demain, je pourrais revenir ici et prendre la même photo (la lumière sera un peu plus forte, comme à chaque jour). Le mot sur le mur sera le même. L’onde avec sa hâche, dans lequel ne se reflète aucune ombre. La honte d’être un homme, oui, aujourd’hui si lâche : « Quiconque a éprouvé cette honte silencieuse d’être un homme a coupé en lui tout lien avec le pouvoir politique dans lequel il vit. Elle nourrit sa pensée et inaugure une révolution et un exode dont il parvient à peine à entrevoir la fin. » Derrière moi, la mélancolie des soleils couchants. Et la pensée d’une bière dorée par les rayons d’or des soleils arriérés. Alors je ferme les yeux devant la honte, et lentement éprouve à la surface de mon visage aux cheveux pour toujours défaits les premières lumières du soleil levé sur Massada demain.


arnaud maïsetti - 22 mars 2012

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