Maison de vitres encore ruisselante (mes visages défaits)
26 juin 2012



Dans la grande maison de vitres encore ruisselante les enfants en deuil regardèrent les merveilleuses images.

Rimb.


Perdu ma journée, mais où. Pas ici, en tout cas ; je cherche. C’est chaque minute l’urgence du travail à faire, à produire — et chaque phrase arrachée est une pierre, elle recouvre tout un monde, des fourmis qui grouillent, des cités immenses qu’il faut explorer : plonger la main jusqu’au coude dans la terre, en ressortir lavé comme d’épuisement.

Et le matin, recommencer, jusqu’au soir dont je sais qu’il n’est là que pour précéder le matin qui recommencera tout.

Vie entre parenthèses, c’est le prix. Non, pas la vie, je sais bien que quelque chose de la vie se joue ici, aussi, profondément, dans l’écriture de ce travail, mais tout de même.

Les minutes que je passe à noter ces minutes, je ne les consacre pas au travail ; c’est ainsi : je crois pourtant qu’elles y font partie. Comment trouver des moyens de le dire, ensuite ?

Je reçois des nouvelles du monde (plutôt : on prétend me donner celles de mes solitudes : dans la boîte aux lettres, ce matin, ces nouvelles mortes et vieilles de trois mois : cela ne m’a pas touché, m’en suis étonné). J’ai bâti des résistances intérieures aux assauts de ce monde-là, ancien, ces mains négatives qui ne dessinent que des corps négatifs, que des silences.

Dans quelques mois, je me réveillerai, ou plutôt, je prendrai le temps de dormir. Pour le moment, je ne sais pas ; l’ordinateur est allumé, je ne l’éteins plus. Il y a des mots sur lui, et mes doigts qui les poursuivent, comme des fantômes.

Métro Corvisard, je crois — cet étrange agencement de vitres, je prends l’image à bout de bras, me retrouve sur le reflet opposé : c’est une juste image. On ne voit pas mon visage, on ne voit rien que l’agencement des vitres, et au milieu mon corps qui vient intercepter le reflet : est-ce le mien. Oui, image juste de ma vie, aux visages complètement défaits, cheveux emmêlés lentement autour du désir d’en poursuivre les contours ; derrière moi, une voiture — où va-t-elle. Moi, direction opposée, je rentre, je ne sais pas encore où, ni quand.


arnaud maïsetti - 26 juin 2012

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