avoir part à l’ombre
8 avril 2013




avoir part à sa propre vie, avoir part à ce qui lui échappe aussi, avoir part surtout à ce qui déchire, aux dangers qui donnent le prix au repos, et part toujours à ce qui va renouer, ce qui a toujours renoué, avoir part à ce qui dans la séparation de soi avec soi, comme dans le rêve, nous délivre, avoir toujours part à cette part de soi ignorée qu’on va, explorant sans savoir cette part de mésintelligence qui la constitue, explorer au plus profond et au plus haut, avoir part à cette sauvagerie des yeux fermés dans le noir, des lèvres closes sur la peau là où les cheveux s’emmêlent sous la morsure du cou, avoir part à cette tendresse du cou mordu aux lèvres closes des cheveux enroulés de désir, avoir part à sa propre mort un jour peut-être qui ne sera qu’à nous le jour où il faudra s’allonger, avoir part à la solitude qui nous exclut de nous-même, avoir part à la lumière quand elle se pose sur un visage pour qu’on le voit, soudain, comme découpé dans le réel, avoir part à cette peur de la lumière quand on est persuadé que pour toujours on en sera privé maintenant que la nuit est partout tombée, avoir part aux miracles des aéroports, aux miracles des marées, aux miracles des terminaisons d’arbres enroulées de feuilles, aux miracles des miracles quand ils viennent le soir se poser sur le corps comme une tâche de naissance, avoir part aux naissances marquées comme des cicatrices qui pourraient dire : ceci est ton corps, avoir part à lui comme une part de lui offerte, une part de lui entièrement présente.


arnaud maïsetti - 8 avril 2013

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_Agrippa d’Aubigné _cheveux _corps _joie & douleur _La ville écrite _lumière _ombre _rêves et terreurs _villes