<?xml 
version="1.0" encoding="utf-8"?><?xml-stylesheet title="XSL formatting" type="text/xsl" href="http://www.arnaudmaisetti.net/spip/spip.php?page=backend.xslt" ?>
<rss version="2.0" 
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
>

<channel xml:lang="fr">
	<title>arnaud ma&#239;setti | carnets</title>
	<link>https://www.arnaudmaisetti.net/spip/</link>
	<description>Carnets d'&#233;critures et de lectures, journal, images, textes &amp; fictions web. (Depuis octobre 2005)</description>
	<language>fr</language>
	<generator>SPIP - www.spip.net</generator>
	<atom:link href="http://www.arnaudmaisetti.net/spip/spip.php?id_rubrique=1&amp;page=backend" rel="self" type="application/rss+xml" />

	<image>
		<title>arnaud ma&#239;setti | carnets</title>
		<url>http://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/logo/banniere_site.jpg?1748268196</url>
		<link>https://www.arnaudmaisetti.net/spip/</link>
		<height>81</height>
		<width>144</width>
	</image>



<item xml:lang="fr">
		<title>Jrnl | Qu'on peut changer</title>
		<link>http://www.arnaudmaisetti.net/spip/journal-contretemps-un-weblog/article/jrnl-qu-on-peut-changer</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.arnaudmaisetti.net/spip/journal-contretemps-un-weblog/article/jrnl-qu-on-peut-changer</guid>
		<dc:date>2026-08-10T09:22:34Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Lundi 10 ao&#251;t 2026&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="http://www.arnaudmaisetti.net/spip/journal-contretemps-un-weblog/" rel="directory"&gt;JOURNAL | CONTRETEMPS (un weblog)&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/logo/img_1058.jpg?1786353685' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='150' height='113' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/img_1060.jpg?1786353693&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Moi qui n'aime rien tant&lt;br class='autobr' /&gt;
Que l'insatisfaction devant ce qu'on peut changer&lt;br class='autobr' /&gt;
Rien ne m'est plus ha&#239;ssable&lt;br class='autobr' /&gt;
Que la col&#232;re devant l'immuable&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Brecht, &#171; Moi qui n'aime rien tant &#187; (Po&#232;me)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Une vieille &#233;dition des po&#232;mes de Brecht fait office de matin. J'essaie de m'en saisir l'image &#224; contre-jour comme je t&#226;che int&#233;rieurement d'en approcher les forces &#224; contretemps. (Je voudrais me souvenir aussi : est-ce cet exemplaire que j'ai emport&#233; d'une vieille pile de livres entass&#233;s au fond de cette librairie sur le point de fermer et qui liquidait ses stocks ? Faire avec ces le&#231;ons politiques-l&#224; que nous laissent les m&#233;taphores v&#233;cues &#8211; mais j'invente peut-&#234;tre.) Politique : voir clair entre le fatal et le devenir, le tragique et ce qui ne l'est pas &#8212; ce qu'on peut changer, puisqu'il le faut, et ce qui demeure : le ciel vide, les lignes d'une main, le chagrin des amours, les lois de la gravit&#233; o&#249; qu'elles soient. Politique plus encore : voir clair dans le jeu de ceux qui veulent faire passer pour fatal ce qui n'est qu'organisation patiente des rapports de force et les m&#233;canismes concert&#233;s qui les agencent et naturalisent les violences : il y a tant d'autres plans possibles aux prises de vue qu'on nous inflige comme image du monde &#8211; et puis il y a ce qu'on voit du soleil quand on le regarde en face, et aveugle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Humiliation : en qu&#234;te dans le Littr&#233; du sens exact. &lt;i&gt;Action par laquelle on est humili&#233;&lt;/i&gt; (&#171; Son humiliation ne saurait se d&#233;crire &#187;). Mais humili&#233; ? &lt;i&gt;Qui a re&#231;u mortification.&lt;/i&gt; Mais mortification ? En m&#233;decine : chairs mortes &#8211; puis (en cuisine) : action de garder la viande (celle du gibier) pour qu'elle devienne tendre et gagne du fumet ; puis (style) : action par laquelle on donne une sorte de mort au corps ou aux passions : &lt;i&gt;l'&#226;me d&#233;livr&#233;e par ses r&#233;flexions de la captivit&#233; des sens, et d&#233;tach&#233;e de son corps par la mortification&lt;/i&gt; (Bossuet) &#8211; enfin : humiliation qu'on &#233;prouve par quelques refus, m&#233;pris et r&#233;primandes. Littr&#233; ajoute un dernier sens, &#171; dans le style de la chaire &#187; : accidents qui arrivent dans la vie. Ce sont des mortifications que Dieu nous envoie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le jeu des ombres avec la terre : celui du silence dans nos r&#234;ves ; des insectes &#224; l'aube quand Brecht tente de dire quelque chose de si pr&#233;cis qu'il donne raison au moustique tournant autour de sa proie et pr&#234;t &#224; me d&#233;vorer.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Jrnl | Dans l'ombre de la v&#233;rit&#233;</title>
		<link>http://www.arnaudmaisetti.net/spip/journal-contretemps-un-weblog/article/jrnl-dans-l-ombre-de-la-verite</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.arnaudmaisetti.net/spip/journal-contretemps-un-weblog/article/jrnl-dans-l-ombre-de-la-verite</guid>
		<dc:date>2026-08-02T16:09:56Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Dimanche 02 ao&#251;t 2026&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="http://www.arnaudmaisetti.net/spip/journal-contretemps-un-weblog/" rel="directory"&gt;JOURNAL | CONTRETEMPS (un weblog)&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/logo/img_0604_2.jpg?1785686986' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='112' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;
Ne pas savoir quelque chose est un processus complexe, dont l'histoire se d&#233;roule dans l'ombre de la v&#233;rit&#233;. La v&#233;rit&#233; existe. Puisque l'Alhambra existe. Il est la v&#233;rit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Laszlo Krasznahorkai, &lt;i&gt;Seiobo est descendue sur Terre&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Quelle est la cause ? Question d'enfance &#8212; pourquoi l'ombre et le temps, pourquoi l'arbre n'a pas de bras et le ciel pas d'origine, pourquoi le silence juste apr&#232;s le bruit, et le bruit, pourquoi l'oiseau n'a pas d'accent, et ce cri, au loin, pourquoi apr&#232;s tout la maladie et la joie, et la terreur le soir quand la nuit noire (pourquoi noire), la cause : dans les pri&#232;res bouddhistes, les moines ne font que r&#233;p&#233;ter cela : je suis la cause, celle de la tristesse et du d&#233;sespoir, je suis cause de tout d&#233;sir et de tout malheur, et ainsi de tout d&#233;sir d'y mettre fin, du malheur qui n'en aura pas, je suis, de chair, de sang, la cause du sang qui coule, qui se r&#233;pand en moi &#8212; de toutes ces pens&#233;es des causes, il faudrait r&#233;pondre par toutes les hypoth&#232;ses des fins, et au moine qui pleure lui dire que la soif d&#233;sire la soif qui fait tendre les mains vers ce bruit de source qui n'est que de l'eau qui tombe des goutti&#232;res ou du cou de la jeune fille, et &#224; l'enfant lui montrer que tous les pourquoi tombent o&#249; tombe le soleil le soir, l&#224; o&#249; il se l&#232;ve ailleurs, quelque part pendant que tu dormiras et que pendant que tu auras les yeux ferm&#233;s tu les ouvriras sur ton r&#234;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lecture de Krasznahorkai ces jours lave de tout : des humiliations comme des peines &#8211; ou plut&#244;t, sont de celles qui ravivent les peines pour les mieux &#233;prouver, plus pures d'&#234;tre vers&#233;es, ces larmes, &#224; distance de toutes les vies int&#233;rieures &#233;prouv&#233;es. &#192; la radio, oui, dit le pompier, l'averse de cette nuit fut belle et bonne sur la terre incendi&#233;e (il ne le dit pas comme cela), mais, vous savez, c'est comme si vous passiez un peu de brumisateur sur un feu de chemin&#233;e, et il se tait, et le journaliste lance la m&#233;t&#233;o.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fin du capitalisme par manque de joueurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La beaut&#233; du monde n'existe que si on la sauve d'elle-m&#234;me, et j'ai en horreur toute id&#233;e de salut : la beaut&#233; du monde n'existe que comme une d&#233;cision en d&#233;pit du bon sens, qui vaut seule qu'on livre bataille int&#233;rieurement et au-dehors, &#224; chaque seconde de cette vie qui ne pourrait avoir lieu que si elle se d&#233;fait.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Jrnl | Dans un pi&#232;ge</title>
		<link>http://www.arnaudmaisetti.net/spip/journal-contretemps-un-weblog/article/jrnl-dans-un-piege</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.arnaudmaisetti.net/spip/journal-contretemps-un-weblog/article/jrnl-dans-un-piege</guid>
		<dc:date>2026-07-25T17:12:20Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Samedi 25 juillet 2026&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="http://www.arnaudmaisetti.net/spip/journal-contretemps-un-weblog/" rel="directory"&gt;JOURNAL | CONTRETEMPS (un weblog)&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/logo/img_9658_2.jpg?1784999532' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='112' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Pris dans un pi&#232;ge &#8212; nous avons &#233;t&#233; pris dans un pi&#232;ge. Nous sommes entr&#233;s l&#224; par l'&#233;troit passage qui m&#232;ne aux cages des fauves. Et puis l'ar&#232;ne. Je l'ai vue &#224; moiti&#233; pleine en entrant. Nous nous sommes imbriqu&#233;s les uns dans les autres, comme les roues d'une machine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Danielle Collobert, &lt;i&gt;Meurtre&lt;/i&gt; (1964)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Ainsi donc, l'accr&#233;tion continue de lithosph&#232;re au niveau de la dorsale m&#233;dio-atlantique maintient la divergence des plaques nord-am&#233;ricaine et eurasienne &#224; raison de quelques centim&#232;tres par an &#8212; ou pour mieux dire : les plaques nord-am&#233;ricaine et europ&#233;enne s'&#233;loignent l'une de l'autre &#224; la vitesse chaque ann&#233;e de la pousse d'un ongle. Il suffit de regarder l'extr&#233;mit&#233; de notre corps pour mesurer ce qui s'&#233;chappe &#8211; et nul besoin d'entendre tel forcen&#233; chef d'&#201;tat jeter le nom de La Fayette comme une insulte, ou de chercher l'horizon depuis le Finist&#232;re nord, banlieue est de New-York : on crut longtemps que, morts, nos ongles repoussaient, et nos cheveux &#8212; c'est faux, bien s&#251;r, mais comment expliquer qu'on repr&#233;sente les &lt;i&gt;onry&#333;&lt;/i&gt; aux doigts d&#233;mesur&#233;ment longs : la vie qui continue apr&#232;s la mort, c'est elle. L'Am&#233;rique continue de s'&#233;loigner de nous, et nous grattons la paroi de cette existence avec les forces qu'il reste pour &#233;crire les longues griffures de notre appartenance &#224; ce qui s'&#233;loigne.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Notre masse s'augmente, cela est sensible par la lente vague d'&#233;touffement qui nous atteint par la nuque, venant de loin derri&#232;re nous &#8212; transmise par chaque corps, &#224; l'autre corps, aux autres mitoyens.&lt;br class='autobr' /&gt;
D.C.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Ce jour, vingt-cinq juillet, Bl&#233;riot franchit la Manche d'un bond, le Grand Conseil fasciste &#233;carte le Duce ; Coleridge s'effondre au milieu de ses fioles d'opium vides ; le Concorde touche le sol &#224; pleine vitesse avec cent treize passagers hurlant &#224; bord. Le feu l&#232;che Bordeaux. Les orages menaces et ne tombent pas. Tout cela un m&#234;me jour, diff&#233;remment tomb&#233;, lui, comme si c'&#233;tait de la foudre, au ralenti.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;La peur. Toutes les possibilit&#233;s de nous d&#233;truire. Ils ont toutes les possibilit&#233;s, contre nous tous. Notre impuissance &#8212; nos hurlements sans voix &#8212; nos chairs trop br&#251;lantes, trop emm&#234;l&#233;es. Une seule respiration.&lt;br class='autobr' /&gt;
D.C.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;S'agissant de foudre : dans les hautes-alpes, la foudre a frapp&#233; un arbre ; le feu a pris dans le sol, a parcouru des centaines de m&#232;tres avant de jaillir, comme une source d'eau claire, sur un sous-bois qu'elle ravag&#233;. Autour de l'arbre foudroy&#233;, rien. Combien d'images nous confient la r&#233;alit&#233; comme si c'&#233;tait un secret, une cl&#233;, ou une mani&#232;re de lever le monde autour de nous pour qu'ils apparaisse. Ainsi de cet escalier dans La Laupie, qui &#224; la fois descend, monte, et semble horizontal.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Nous tuer tous &#8212; ou bien, pour raffiner notre supplice, ne tuer qu'un seul &#8212; pour nous montrer.&lt;br class='autobr' /&gt;
D.C.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;div class='spip_document_16985 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_9658-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_9658-2.jpg?1784999505' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Jrn | L'&#233;tat naturel du monde</title>
		<link>http://www.arnaudmaisetti.net/spip/journal-contretemps-un-weblog/article/jrn-l-etat-naturel-du-monde</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.arnaudmaisetti.net/spip/journal-contretemps-un-weblog/article/jrn-l-etat-naturel-du-monde</guid>
		<dc:date>2026-07-17T11:05:42Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Vendredi 17 juillet 2026&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="http://www.arnaudmaisetti.net/spip/journal-contretemps-un-weblog/" rel="directory"&gt;JOURNAL | CONTRETEMPS (un weblog)&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/logo/img_5621.jpg?1784286307' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='112' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Le n&#233;ant, le petit jour &#233;touff&#233;, dont la luminosit&#233; fondue, au lieu de l'envahir, aspirait le ciel vers l'est, il regardait le ciel, indiff&#233;rent au fait que cela signifiait que le jour se levait, &#171; c'est la guerre &#187;, se dit-il, et &#171; pour pouvoir sortir de la nuit approchant de son terme il faut &#234;tre impitoyable &#187;, la guerre, et il survola du regard l'ensemble des toitures, o&#249; tout se bousculait, une bousculade o&#249; il n'y avait aucune r&#232;gle, la guerre, o&#249; chacun attaquait l'autre en permanence, o&#249; le seul et unique objectif &#233;tait la victoire. Un combat o&#249; seul restait debout celui qui ne se posait aucune question, celui qui, r&#233;sign&#233;, se contentait d'accepter, comme lui, que le tout f&#251;t inexplicable, car le tout, la remarque du prince lui revint en m&#233;moire, n'existait pas, maintenant, il avait l'impression de comprendre enfin combien M. Eszter avait raison, le chaos &#233;tait bien l'&#233;tat naturel du monde, aussi, puisqu'il en serait toujours ainsi, &#233;tait-il impossible de pr&#233;dire la moindre issue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Laszlo Krasznahorkai, &lt;i&gt;La M&#233;lancolie de la r&#233;sistance&lt;/i&gt; (1989)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Ce jour-l&#224;, les fascistes cess&#232;rent d'attendre : les garnisons espagnoles du Maroc prennent les armes qu'elles rangent derri&#232;re le g&#233;n&#233;ral de division Franco et les tournent vers tout ce qui bouge encore, vont faire feu sur nous d&#233;j&#224; &#8211; dans la nuit, dix-huit ans plus t&#244;t pourtant, le camarade Iakov Iourovski fait fusiller le Tsar dans une cave de Iekaterinbourg pour que le jour se l&#232;ve ; il va se recoucher presque aussit&#244;t : John Coltrane meurt ce jour-l&#224; &#224; cinquante ans &#8211; et ce jour-l&#224; aussi (c'est un autre) &#224; quarante quatre ans, menott&#233;e dans son lit d'h&#244;pital au Metropolitan de New York, sous surveillance polici&#232;re et avec soixante dix cents sur son compte, Billie Holiday &#8211; tout ce qui meurt nous confie son agonie, charge &#224; nous de l'emporter ailleurs : d'un dix sept juillet l'autre, c'est toujours lui qui revient, et se d&#233;place, nous emporte aussi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au pli du roman de Krasznahorkai (retrouv&#233; par hasard dans la biblioth&#232;que, est-ce qu'il existe quelque chose ici bas qui se nomme le &lt;i&gt;hasard&lt;/i&gt; ? La &lt;i&gt;biblioth&#232;que&lt;/i&gt; ? &lt;i&gt;Ici-bas&lt;/i&gt; ?) ceci : arrive dans une petite ville de province un cirque itin&#233;rant qui ne propose qu'une seule et unique &#171; attraction &#187; : le cadavre empaill&#233; d'une baleine. On dit qu'aux c&#244;t&#233;s du cadavre, se tiendrait le Prince en personne &#8211; mais quel Prince ? Personne ne le dit ; existe-t-il lui aussi ? &#8211; et cette seule rumeur suffit &#224; jeter la ville dans la violence. Non, ce ne sont pas toujours les faits qui produisent l'Histoire, mais les histoires qu'on trame autour d'eux, et qui soul&#232;vent, comme la poitrine le battement d'un c&#339;ur affol&#233; pour on ne sait quoi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On sait bien que Hom&#232;re n'a jamais exist&#233;, mais se levait en chaque po&#232;te qui, le r&#233;citant, inventait le Po&#232;me, et que le texte qu'on lit n'a d&#232;s lors jamais exist&#233; vraiment, qu'on ne peut rien en comprendre, pratiquement rien en dire &#8211; mais ce qui reste : l'image de la mer dans le po&#232;me ; quand on regarde la mer aujourd'hui (celle-ci), elle nous lie &#224; celui qui prend nom d'Ulysse, qui lui aussi existe de nouveau chaque fois qu'on pose les yeux sur la mer ; nous lie &#224; sa terreur, autant qu'&#224; cet effroyable d&#233;sir de s'y m&#234;ler, de ne pas mourir, d'&#234;tre seul malgr&#233; tout, de regarder l'horizon non comme un trait au loin mais comme le lieu &#224; rejoindre, le territoire o&#249; seul serait possible de vivre ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Jrnl | De loin</title>
		<link>http://www.arnaudmaisetti.net/spip/journal-contretemps-un-weblog/article/jrnl-de-loin</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.arnaudmaisetti.net/spip/journal-contretemps-un-weblog/article/jrnl-de-loin</guid>
		<dc:date>2026-07-15T08:21:43Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Mercredi 15 juillet 2026&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="http://www.arnaudmaisetti.net/spip/journal-contretemps-un-weblog/" rel="directory"&gt;JOURNAL | CONTRETEMPS (un weblog)&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/logo/img_9538.jpg?1784103695' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='150' height='113' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/img_9539.jpg?1784103700&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'horizon, le soleil a commenc&#233; &#224; d&#233;cliner et il n'atteint presque plus le tumulus de la s&#233;pulture. Juan remet son chapeau sur sa t&#234;te, donne de l'&#233;peron et choisit de ne pas regarder en arri&#232;re. En sortant du village les cordes d'une guitare et les premiers &lt;i&gt;corridos&lt;/i&gt; commencent &#224; lui parvenir de la buvette, d&#233;j&#224; un peu glissants &#224; cause de l'alcool. De loin il arrive &#224; peine &#224; d&#233;chiffrer les paroles, mais il sait bien ce qu'elles racontent : des histoires sur des hommes et des femmes qui meurent pour que la v&#233;rit&#233; de leur chanson leur survive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Juan G&#243;mez B&#225;rcena, &lt;i&gt;M&#234;me les morts&lt;/i&gt; (2025)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div class='spip_document_16974 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_9540.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_9540.jpg?1784103660' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ciel lourd, de quels remords, terreurs, ou joies vaines ? Ciel lourd et nous dessous, rien d'autre que du vent remu&#233; par le vent, et il n'y a m&#234;me pas de vent, &#224; peine un peu d'air qu'on ne parvient pas &#224; respirer &#224; cause du capitalisme et de juillet, les deux se confondant (non d'excuses) pour finir par fabriquer ces nuits sans histoires, et sans air donc. Je lis que pour parvenir &#224; trouver le sommeil, apr&#232;s plusieurs dizaines de minutes &#224; retourner en tous sens le probl&#232;me de la fatigue et n'y pas parvenir, il faut se lever, faire quelques pas, regarder par la fen&#234;tre, et revenir s'allonger : faire croire au corps que c'est de nouveau l'heure. J'avais d&#233;j&#224; appris que, pour dormir, il fallait faire semblant de dormir, je saurai d&#233;sormais qu'on peut ruser aussi en faisant semblant de ne pas dormir. Reste que le moustique, assaillant insatiable, et agent historique dress&#233; pour nous emp&#234;cher de comploter, le soir, avec nous-m&#234;mes, toujours prompt &#224; nous livrer bataille pour qu'on lui livre bataille (et qu'on ne pense pas aux moyens s&#251;rs capables de renverser l'ordre de la domination) ne dort jamais, ou seulement &#224; midi, quand le sommeil para&#238;t d&#233;finitivement enfoui, vieux r&#234;ve, ou r&#234;ve &#224; venir perdu dans l'horizon du soir. Quelle vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains mots n'existent qu'en qu&#234;te de leur propre d&#233;finition, que chaque &#233;v&#233;nement d&#233;place ou renouvelle, annule, contredit, relance. Qu'on ne les prononce que pour les d&#233;finir. Le mot &lt;i&gt;R&#233;volution&lt;/i&gt;, par exemple, le mot &lt;i&gt;Amour&lt;/i&gt;. Le mot &lt;i&gt;&#201;criture&lt;/i&gt;. D'autres, &#224; l'inverse, imposent leur brutalit&#233; d'&#233;vidence, incapables de porter en eux autre chose qu'eux-m&#234;mes. Le mot &lt;i&gt;Silence&lt;/i&gt;. Le mot &lt;i&gt;Terreurs&lt;/i&gt; associ&#233; &#224; &lt;i&gt;nocturnes&lt;/i&gt;. Le mot &lt;i&gt;&#201;criture&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'observe la plaie sur le coude, le corps pos&#233; sur le corps et qu'on nomme cicatrice : cette sorte de signature plus &#233;vanescente qu'un tatouage, mais plus s&#251;re aussi, &#224; la fois plus accidentelle et plus fatale. Une couture qui fait de la peau ce sac o&#249; je suis chaque seconde davantage jet&#233; et que l'histoire trimballe comme on jette dans le wagon au moment o&#249; il d&#233;marre, parmi bestiaux et outlaws (vieux r&#234;ves sur lesquels la musique de Bob Dylan sert de d&#233;cor et de lumi&#232;re : d'horizon) : pr&#233;sence cicatricielle de moi-m&#234;me &#224; m&#234;me ma peau, qui porte m&#233;moire des coups dans leur effacement perp&#233;tuel (effacement capable aussi de les maintenir visibles malgr&#233; tout jusqu'&#224; l'imperceptible) : sensation, monde aussi ; un jour il faudrait savoir &#233;crire une histoire du monde des cicatrices, une syntaxe de la cicatrice, une po&#233;tique et une &#233;cologie de la cicatrice, toute une science qui les porterait toutes.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_16973 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_9544-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_9544-2.jpg?1784103645' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Jrnl | Crocheter une serrure avec un brin de paille</title>
		<link>http://www.arnaudmaisetti.net/spip/journal-contretemps-un-weblog/article/jrnl-crocheter-une-serrure-avec-un-brin-de-paille</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.arnaudmaisetti.net/spip/journal-contretemps-un-weblog/article/jrnl-crocheter-une-serrure-avec-un-brin-de-paille</guid>
		<dc:date>2026-07-09T09:38:52Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Jeudi 09 juillet 2026&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="http://www.arnaudmaisetti.net/spip/journal-contretemps-un-weblog/" rel="directory"&gt;JOURNAL | CONTRETEMPS (un weblog)&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/logo/img_9263.jpg?1783589923' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='150' height='113' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/img_9262.jpg?1783589928&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Quand l'avant-centre prend le d&#233;part, involontairement, juste avant le tir, le gardien de but indique avec son corps la direction dans laquelle il va se jeter et l'avant-centre peut shooter tranquillement dans l'autre, dit Bloch. Le gardien de but pourrait aussi bien essayer de crocheter une serrure avec un brin de paille. &#187;Soudain l'avant-centre prit le d&#233;part. Le gardien de but, qui portait un pull-over jaune vif, resta droit et immobile, l'avant-centre lui tira le ballon dans les mains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peter Handke, &lt;i&gt;L'Angoisse du gardin de but au moment du penalty&lt;/i&gt; (1970)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Le ciel n'a pas de couleur, mais une r&#233;alit&#233; tranchante, impassible : jamais mise en d&#233;faut. Toute diff&#233;rente est la r&#233;alit&#233; elle-m&#234;me, qu'on s'acharne &#224; nier, &lt;i&gt;d&#233;claration&lt;/i&gt; apr&#232;s &lt;i&gt;d&#233;claration&lt;/i&gt; &#8212; non voyons, la terre ne br&#251;le pas ; non bien s&#251;r, la guerre est la paix ; non &#233;videmment, la violence est l'apaisement, ; non enfin, la justice est l'injustice ; non. C'est un lent travail qui consiste &#224; faire passer l'ordre du monde pour naturel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On regarde le ciel, vide ; on plonge ses yeux dans la terre, et ses mains, pleines de poussi&#232;re, de vies et de complots, on paille le sol pour qu'il retienne le peu d'eau qu'on lui conc&#232;de, des fruits poussent de toutes parts en d&#233;pit du bon sens, la ville se soul&#232;ve chaque soir, &#224; travers les fen&#234;tres quand on marche &#224; la tomb&#233;e du jour, des corps hal&#232;tent ensemble pour passer le temps, et il le fait, il passe entre eux, la sueur, les caresses qu'on invente pour d&#233;jouer les violences, les injures, je marche entre cela aussi, au pied des immeubles aux fen&#234;tres ouvertes sur le d&#233;sir, je ne sais plus o&#249; j'ai gar&#233; la voiture, je me perds longtemps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au caf&#233;, les deux jeunes filles parlent allemand ; je ne saisis que quelques mots, aucune phrase. N'est-ce pas ainsi que je saisis ce qui passe, m'arrive, bruisse autour de moi : toute cette vie sociale, sans doute, administr&#233;e par les ordres du jour incompr&#233;hensible : il aurait sans doute fallu &#234;tre plus attentif aux cours de langue de l'enfance, mais la fen&#234;tre &#233;tait l&#224;, pendant ces heures, et le ciel de l'autre c&#244;t&#233;, qui n'attendait que nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quatre jours ont pass&#233; depuis cette mauvaise chute sur le coude. Je repense &#224; la phrase du m&#233;decin pendant qu'il me recoud, notant &#224; voix haute l'ordonnance et indiquant &lt;i&gt;une perte de substance&lt;/i&gt; : quand je demandais des pr&#233;cisions, il me dit seulement, sans me regarder : &lt;i&gt;vous avez laiss&#233; un peu de vous sur le sol&lt;/i&gt;. &#201;videmment, comme &#224; chaque seconde, &#224; chaque rencontre, &#224; chaque nuit. Je pensais &#224; la livre de chair abandonn&#233;e, et maintenant que la peau se referme (sur moi ?), que la douleur s'estompe, que la substance repousse, je me dis, d&#233;cid&#233;ment, que la mat&#233;rialisme historique est aussi une m&#233;decine et qu'il nous apprend qu'on ne gu&#233;rit de rien, mais que le pr&#233;sent abolit le pass&#233; chaque seconde &#8211; laisse sur soi une ligne de plus sur quoi &#233;crire l'avenir et rien de plus.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_16970 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_9260.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_9260.jpg?1783589907' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Jrnl | Ailleurs la bataille </title>
		<link>http://www.arnaudmaisetti.net/spip/journal-contretemps-un-weblog/article/jrnl-ailleurs-la-bataille</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.arnaudmaisetti.net/spip/journal-contretemps-un-weblog/article/jrnl-ailleurs-la-bataille</guid>
		<dc:date>2026-07-08T08:19:19Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Mercredi 08 juillet&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="http://www.arnaudmaisetti.net/spip/journal-contretemps-un-weblog/" rel="directory"&gt;JOURNAL | CONTRETEMPS (un weblog)&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/logo/img_8828.jpg?1783498748' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='150' height='113' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/img_8829.jpg?1783498755&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Tu t'en vas sans moi, ma vie. / Tu roules, Et moi j'attends encore de faire un pas. / Tu portes ailleurs la bataille. / Tu me d&#233;sertes ainsi. / Je ne t'ai jamais suivie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne vois pas clair dans tes offres. / Le petit peu que je veux, jamais tu ne l'apportes. / A cause de ce manque, j'aspire &#224; tant. / A tant de choses, &#224; presque l'infini&#8230; / A cause de ce peu qui manque, que jamais tu n'apportes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Henri Michaux, Ma vie (&lt;i&gt;La Nuit remue&lt;/i&gt;, 1967)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;La veille du d&#233;part, ce 7 juillet, on dit que Vasco da Gama n'a pas dormi. Il a veill&#233; avec ses hommes dans la petite chapelle de Notre-Dame de Bel&#233;m et se dit &#224; haute voix tous les p&#233;ch&#233;s commis, en attendant l'aube &#8212; l'aube arrive, il finit d'&#233;noncer les p&#233;ch&#233;s &#224; la h&#226;te, il en reste encore, il en restera toujours &#224; qui souhaite s'emparer du monde et voudrait pour cela le c&#339;ur pur : vide. Duras aussi faisait son lit avant d'&#233;crire, rangeait m&#233;ticuleusement le grand salon de Neauphle-le-Ch&#226;teau. Au matin, c'est la longue procession des pr&#234;tres et des fid&#232;les jusqu'au rivage. On c&#233;l&#232;bre une derni&#232;re messe &#224; m&#234;me le Tage ; le vicaire re&#231;oit une confession g&#233;n&#233;rale &#8211; et donne en retour l'absolution compl&#232;te &#224; tout l'&#233;quipage. &#201;videmment, on s'en va mourir : le monde ne s'atteint pas. Duras aussi ; s'il s'agissait de mourir, il fallait bien qu'on trouve le lit fait, et la chambre nette. On part dans ces chants de requiem ; les cierges au petit matin du 8 juillet l&#232;vent dans le ciel l'&#233;l&#233;gie t&#233;n&#233;breuse des fins. Deux ans plus tard, une poign&#233;e d'hommes reviendront. Vasco &#233;tait parti ouvrir une route, d&#233;couvre surtout qu'elle &#233;tait d&#233;j&#224; l&#224;. Les vents, les ports, les pilotes et les marchands : tout un monde circulait bien avant et sans lui. Les quelques &#233;toffes, le corail, les bassines de cuivre, le sucre qu'il offre au souverain de Calicut font sourire. Non, il n'y a pas de d&#233;couverte, seulement l'irruption tardive d'un empire dans le monde des autres. On n'a jamais fait le tour du monde, c'est lui qui nous traverse. Duras sur la table de travail, observe la bouteille de whisky qui l'observe : &#233;crit encore une phrase avant de c&#233;der, et encore une, et encore une autre, ne c&#233;dera pas encore tant qu'elle &#233;crit,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est un m&#234;me 8 juillet qu'un vaisseau britannique force la baie d'Edo et ouvre le Japon mur&#233; sur lui-m&#234;me au monde. Il s'agit parfois de laisser le temps o&#249; il est. Jean de La fontaine na&#238;t ce m&#234;me 8 juillet, o&#249; se noie Percy Shelley : &#171; Mer insondable, dont les vagues sont les ann&#233;es / Oc&#233;an du Temps, dont les eaux de profonde douleur / Sont saum&#226;tres du sel des larmes &#187;. Ce qu'on ouvre devant soi, d&#233;chire aussi ce qui nous fonde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tandis que les actualit&#233;s se lisent chaque jour comme un manuel d&#233;crivant pas &#224; pas la mani&#232;re dont le fascisme s'empare du pouvoir (la fa&#231;on dont on le lui livre), que le ciel est si bleu qu'il insulte aussi cela, que le vent manque, que la fatigue fatigue, que le sommeil reste introuvable, sans doute cach&#233; par de malveillants moustiques sous les nappes de chaleur, cette phrase &#224; la fin du r&#234;ve : &lt;i&gt;si on appelle le large l'horizon, c'est parce qu'il n'a ni hauteur ni longueur&lt;/i&gt;. On se r&#233;veille muni de telles cl&#233;s incapables d'ouvrir aucune porte, et qu'on ajoute au trousseau, s&#251;r qu'elles pourront servir, un jour.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_16967 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_8827-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_8827-2.jpg?1783498733' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Jrnl | Et en outre, plus, et autre chose</title>
		<link>http://www.arnaudmaisetti.net/spip/journal-contretemps-un-weblog/article/jrnl-et-en-outre-plus-et-autre-chose</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.arnaudmaisetti.net/spip/journal-contretemps-un-weblog/article/jrnl-et-en-outre-plus-et-autre-chose</guid>
		<dc:date>2026-07-07T09:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Mardin 07 juillet 2026&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="http://www.arnaudmaisetti.net/spip/journal-contretemps-un-weblog/" rel="directory"&gt;JOURNAL | CONTRETEMPS (un weblog)&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/logo/img_7844_2.jpg?1783414159' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='150' height='113' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/image.jpg?1783414163&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Dans l'espoir qu'un monde soit exhum&#233; par le langage, quelqu'un chante le lieu o&#249; se forment le silence. Ensuite, il d&#233;couvrira que ce n'est pas parce qu'elle montre sa fureur que la mer existe, le monde non plus. C'est pourquoi chaque mot dit ce qu'il dit, et en outre, plus, et autre chose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alejandra Pizarnik, &#171; Le mot qui gu&#233;rit &#187; (&lt;i&gt;L'Enfer musical&lt;/i&gt;, 1971)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;N'attendons pas tout de la fin du monde. Tant de choses n'appartiennent qu'&#224; ce qui nous &#233;chappe &#8212; dans les r&#234;ves (cette nuit, la punition consistait &#224; assister &#224; la conf&#233;rence d'un grand &#233;crivain, et j'aurais pass&#233; la nuit (il faisait grand jour) &#224; ruser pour y &#233;chapper, gagner le large, d&#233;couvrir la ville inconnue si pr&#232;s), dans cette minute qui pr&#233;c&#232;de le sommeil aussi, dans le souvenir de la voix des morts. Il se pourrait bien que cette fin, tant attendue, ne nous d&#233;livre d'aucun mal : qu'un autre monde vienne lui arracher la couronne et se proclame empereur. Non, la fin du monde ne r&#232;glera pas tout : les cauchemars qui nous attendent d&#233;j&#224; dans le r&#232;gne des fins, les douleurs au r&#233;veil, les mauvaises Chutes et les souvenirs qui assaillent, les voix des morts qui ne nous consoleront pas. Dans le r&#233;el &#233;mancip&#233; qui vient, on emportera aussi l'&#233;chec de ce monde-ci, et c'est avec lui qu'on le b&#226;tira aussi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le monde comme terrain d'une exp&#233;rience morale o&#249; il s'agit de devenir sans cesse quelqu'un d'autre &#8211; et on n'y parvient jamais tout &#224; fait, on recommence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'expression : &#171; il ne manquait plus que cela &#187;. Une catastrophe apr&#232;s l'autre s'ajoute au d&#233;sastre, s'ajuste &#224; lui &#8212; l'appelle, la nomme et l'engendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La soif, ces jours, est l'exp&#233;rience m&#233;taphysique qui nous relie, immanence implacable, d&#233;lires, fil qui nous tire vers tous les ruisseaux glac&#233;s de cette vie qui, quelque part, existent encore &#8211; et le R&#237;o Desaguadero donne la main &#224; La Salindrenque, on y puise de quoi faire durer le d&#233;sir, o&#249; notre visage se trouble au contact de la main qui vient y puiser sa forme. La soif, l'autre nom de ces jours.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_16961 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_7844-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_7844-2.jpg?1783414078' width='500' height='667' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Jrnl | Le peu que la vie permet de vivre</title>
		<link>http://www.arnaudmaisetti.net/spip/journal-contretemps-un-weblog/article/jrnl-le-peu-que-la-vie-permet-de-vivre</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.arnaudmaisetti.net/spip/journal-contretemps-un-weblog/article/jrnl-le-peu-que-la-vie-permet-de-vivre</guid>
		<dc:date>2026-07-02T14:07:40Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Jeudi 02 juillet 2026&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="http://www.arnaudmaisetti.net/spip/journal-contretemps-un-weblog/" rel="directory"&gt;JOURNAL | CONTRETEMPS (un weblog)&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/logo/img_5338.jpg?1783001251' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='150' height='113' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/img_5339.jpg?1783001255&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;center&gt;La po&#233;sie est une r&#233;volte face &#224; l'immensit&#233; du d&#233;sir et le peu que la vie permet de vivre. &lt;br&gt;
&lt;br&gt;
Annie Le Brun&lt;/center&gt;&lt;/blockquote&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes si peu exp&#233;riment&#233;s dans l'art de souffrir &#8211; tant d'occasions pourtant offertes. &#192; trop consid&#233;rer que la souffrance s'ajoute &#224; nos vies, par accident, hasard ou n&#233;gligence &#8211; par faute ; par tort &#8211;, on s'aveugle sur le fait qu'elle en est la mati&#232;re, son objet et l'&#233;toffe, sa substance m&#234;me, l'&#233;l&#233;ment dans lequel on est pris, sa morsure et le sel. Il faudrait s'armer contre cela, bien s&#251;r, forger autant d'armes. Importe moins la souffrance que la seconde suivant la souffrance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vie ne doit pas toujours passer avant tout le reste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Souvent, se croire paresseux dispense de constater qu'on est surtout l&#226;che. Quand soudain cela nous saute au visage, on n'est plus que cela, l&#226;che, et tout ce qui devant soi nous oblige.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'art de souffrir : faire du temps avec notre vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a eu du chagrin, il y en aura. Il y en aura toujours : il n'y a pas de fin &#224; la peine, parce qu'on ne trouvera jamais son commencement.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_16904 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_5341.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_5341.jpg?1783001267' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Jrnl | L'empoigner et le d&#233;truire </title>
		<link>http://www.arnaudmaisetti.net/spip/journal-contretemps-un-weblog/article/jrnl-l-empoigner-et-le-detruire</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.arnaudmaisetti.net/spip/journal-contretemps-un-weblog/article/jrnl-l-empoigner-et-le-detruire</guid>
		<dc:date>2026-06-26T09:04:58Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Vendredi 26 juin 2026&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="http://www.arnaudmaisetti.net/spip/journal-contretemps-un-weblog/" rel="directory"&gt;JOURNAL | CONTRETEMPS (un weblog)&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/logo/img_8665.jpg?1782464587' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='150' height='112' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/img_8669.jpg?1782464610&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Aussi je ne crierai plus comme avant : &lt;i&gt;le destin ! le destin !&lt;/i&gt; Pas la peine de le v&#233;n&#233;rer comme tel, il faut le regarder en face, l'empoigner et le d&#233;truire.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;Alfred D&#246;blin, &lt;i&gt;Berlin Alexanderplatz&lt;/i&gt; (1929)&lt;/center&gt;&lt;/blockquote&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Pr&#232;s de Charleroi, le jour se l&#232;ve gorg&#233; de brumes &#8211; et puis vers dix heures, elles se d&#233;chirent : la journ&#233;e sera chaude, on aura une bonne vue sur le massacre. Le capitaine Coutelle se hisse dans la nacelle ; on se salue. L'a&#233;rostat captif &#224; hydrog&#232;ne s'&#233;l&#232;ve trois cent m&#232;tres au-dessus de nous et de la plaine fumante : neuf heures durant, depuis &lt;i&gt;L'Entreprenant&lt;/i&gt; &#8211; c'est le nom du ballon &#8211; adopter le point de vue des nuages pour mieux voir les mouvements de troupes autour d'Heppignies, de Labursart, de Wagnel&#233;e et de Gosselies, prendre la mesure de la situation historique, donner les ordres, orienter le sens des choses, nommer Fleurus ce jour. C'&#233;tait un 26 juin : si Fleurus nomme la date, Fleurus date aussi l'&#226;ge des drones dans quoi on entrait. On y est encore. Depuis le &#171; dirigeable &#187;, voit-on mieux le monde, la victoire, et la mort, la solitude, les l&#226;chet&#233;s du mourant, le courage &#8212; on n'entend rien pourtant, les perdrix muettes d'effroi sont parties, on sent &#224; peine l'air du large sur le visage, reste le d&#233;sir de sauter dans le vide. Il y a ce qu'on sait. Ce qu'on ne sait : Charleroi s'&#233;tait rendue la veille, et les Autrichiens l'ignoraient ; tout le jour ils se sont battus avec acharnement pour d&#233;fendre une ville d&#233;j&#224; perdue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, la seule fa&#231;on de n'&#234;tre pas fou de chagrin devant le monde jusqu'&#224; en mourir consiste &#224; n'&#233;prouver aucun sentiment d'aucune sorte &#8212; que faire alors ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ne renonce pas, pourtant, &#224; devenir le c&#339;ur pensant des choses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait aussi un 26 juin : le bain de sang sur Paris apr&#232;s quatre jours d'insurrection, l'odeur sur le pav&#233; qu'on nettoie de nouveau, les mile cinq cent barricades qu'on d&#233;blaie en sifflotant dans le silence. 1848 r&#233;p&#233;tait d'autres massacres, et n'&#233;tait que la r&#233;p&#233;tition de ceux &#224; venir &#8212; on tire &#224; vue sur tout ce qui bouge au nom de l'ordre ; et l'ordre r&#232;gne, oui : il suffit de marcher dans Paris chaque jour depuis le 26 juin 1848 pour en respirer l'air qu'il fait ; le sang ne s&#232;che jamais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alfred D&#246;blin meurt de tristesse &#224; Emmendingen : si loin de Fleurus, de Berlin et du reste ; un 26 juin comme un autre, comme aujourd'hui, hier et demain. &#192; la derni&#232;re ligne de &lt;i&gt;Berlin Alexanderplatz&lt;/i&gt;, il avait seulement &#233;crit : &#171; Nous savons ce que nous savons ; nous l'avons pay&#233; assez cher. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces jours, comme on roule dans le Champsaur vers cette mare de sang qui s'allonge &#224; mesure qu'on s'approche : ce n'&#233;tait qu'un champ de coquelicots &#8211; la fleur des labours et des remblais qui ne poussent que sur les terres retourn&#233;es. J'apprends que les graines peuvent dormir des d&#233;cennies sous terre dans l'attente qu'on renverse la terre ; en Flandres, on en vit surgir sur des horizons entiers. Rien d'un myst&#232;re : la pluie des obus avait suffit &#224; les ramener &#224; la lumi&#232;re. Rouler vers le champ de coquelicots donne le sentiment du monde, celui qui ne se l&#232;ve devant soi que parce qu'il est remu&#233;e par les bombes de toutes sortes : la beaut&#233; aussi sait parfois insulter la vie et la mort ensemble, et nous. Peut-&#234;tre s'agit moins de beaut&#233; que de honte. Les fleurs savent nous apprendre de quoi sont faits Fleurus et le feu, et les &#233;meutes massacr&#233;es, et la vie qu'on ne rejoint qu'en perdant la m&#233;moire pour lui inventer d'autres contours et d'autres virages le long d'un champ sanglant qui semblent vouloir l'enlacer pour mieux le fuir.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_16899 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_8668.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_8668.jpg?1782464338' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>



</channel>

</rss>
