Koltès | Home, proses brèves



Les textes que je place ici ne sont pas extraits des pièces ou des récits de Koltès — et à vrai dire, je dois avouer que je ne saurais déterminer leur statut. Ni leur date. Ni leur projet. Ni même leur titre, que j’invente ici, faute de mieux. Ni rien hors le récit qu’en quelques lignes ils se dégagent pour eux ; écritures qui inventent en quelques pages une forme, un genre même, une manière de traverser le récit dans une cinétique puisée dans la vie.

Publiés à la suite du récit inachevé, sans titre, posthume et appelé Prologue puisqu’il s’agissait simplement du prologue d’un roman en cours, ces textes au statut sans statut sont négligés le plus souvent par la critique, et peu de lecteurs de Koltès les connaissent. Essentiels à mes yeux cependant. Décisifs dans ma lecture incessante des pièces (pour mieux les lire).

Textes clos, achevés, mais comme coupés à un ensemble qui se serait dérobé, non pas fragments d’une totalité invisible, mais totalité à eux-mêmes traversée sur quelques lignes : mais d’où leur surgissement ? d’où leur force d’empoigner l’expérience, de construire des points de vue à la fois englobants sur la vie, et circonscrits dans leur récit ? On voit, de loin en loin, les rapports qui s’exercent sur telles ou telles pièces, qui pourraient d’ailleurs permettre de les dater approximativement. Mais à quelle fin — quand leur fin est de n’avoir pas de terme : et le heureux hasard d’un regroupement éditorial désœuvré m’encourage à les lire dans le désœuvrement infini qui est devenu leur espace, leur temps.

Le livre regroupe deux ensembles : Home et Out. Je parlerai ailleurs de Out, dont les textes sont regroupés selon une logique thématique — le combat, la boxe, le kung-fu ou la capoiera. Les textes de Home (le titre évoque le premier texte : même si cela n’a aucun sens de dire "premier" dans cet ensemble sans logique génétique ou générique) n’ont aucun rapport les uns avec les autres, et ce même si des liens secrets se tissent, fabriquent leur évidence, des rapports construits dans leur frottement.

Ces rapports établis sont ceux qui pourraient s’accomplir entre la vie et l’écriture : quelques lignes à chaque fois qui essaient l’écriture sur la vie, ne l’altèrent que pour mieux se saisir de l’une ou l’autre : ainsi, ces deux textes esquissés autour du sens de tel mot (celui de frère) ou tel autre (le mot insultant), ainsi ces deux autres textes paradoxalement autobiographiques dans l’évacuation de l’anecdote vécue, pour plonger aux racines de l’éprouvé (Home, et la position du cocher). Enfin, on trouve aussi ce qui semble être de plus évidentes fictions, même si non exhibées comme tels, mais travaillées plutôt ainsi qu’une fable dont le tissu enveloppe la vie comme écriture (je pense au récit sur la tête de l’indien mort, et au plus connu : si un chien rencontre un chat).

Je n’ai pas fini de lire ces textes — ni achevé ce que cette lecture renouvelle dans le champ de cette écriture et de sa lecture. Aucun terme fixé.



Les textes

« le commerce du temps »

« La position la plus humaine, il me semble »

« l’irréversibilité et le sang »

« Si l’on tient à désigner une catégorie d’individus »

« tout le temps de son absence, je promenais une solitude étrange »

« J’ai longtemps cherché à ressentir cette émotion

arnaud maïsetti | carnets