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Jrnl | Dans l’ombre de la vérité

[26•08•02]

dimanche 2 août 2026


Ne pas savoir quelque chose est un processus complexe, dont l’histoire se déroule dans l’ombre de la vérité. La vérité existe. Puisque l’Alhambra existe. Il est la vérité.

Laszlo Krasznahorkai, Seiobo est descendue sur Terre


Quelle est la cause ? Question d’enfance — pourquoi l’ombre et le temps, pourquoi l’arbre n’a pas de bras et le ciel pas d’origine, pourquoi le silence juste après le bruit, et le bruit, pourquoi l’oiseau n’a pas d’accent, et ce cri, au loin, pourquoi après tout la maladie et la joie, et la terreur le soir quand la nuit noire (pourquoi noire), la cause : dans les prières bouddhistes, les moines ne font que répéter cela : je suis la cause, celle de la tristesse et du désespoir, je suis cause de tout désir et de tout malheur, et ainsi de tout désir d’y mettre fin, du malheur qui n’en aura pas, je suis, de chair, de sang, la cause du sang qui coule, qui se répand en moi — de toutes ces pensées des causes, il faudrait répondre par toutes les hypothèses des fins, et au moine qui pleure lui dire que la soif désire la soif qui fait tendre les mains vers ce bruit de source qui n’est que de l’eau qui tombe des gouttières ou du cou de la jeune fille, et à l’enfant lui montrer que tous les pourquoi tombent où tombe le soleil le soir, là où il se lève ailleurs, quelque part pendant que tu dormiras et que pendant que tu auras les yeux fermés tu les ouvriras sur ton rêve.

Lecture de Krasznahorkai ces jours lave de tout : des humiliations comme des peines – ou plutôt, sont de celles qui ravivent les peines pour les mieux éprouver, plus pures d’être versées, ces larmes, à distance de toutes les vies intérieures éprouvées. À la radio, oui, dit le pompier, l’averse de cette nuit fut belle et bonne sur la terre incendiée (il ne le dit pas comme cela), mais, vous savez, c’est comme si vous passiez un peu de brumisateur sur un feu de cheminée, et il se tait, et le journaliste lance la météo.

La fin du capitalisme par manque de joueurs.

La beauté du monde n’existe que si on la sauve d’elle-même, et j’ai en horreur toute idée de salut : la beauté du monde n’existe que comme une décision en dépit du bon sens, qui vaut seule qu’on livre bataille intérieurement et au-dehors, à chaque seconde de cette vie qui ne pourrait avoir lieu que si elle se défait.

Arnaud Maïsetti