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Jrnl | Et pour moitié, rien
[26•04•07]
mardi 7 avril 2026

J’écris avec une grande force d’expression ; ce que j’éprouve, je ne sais même pas ce que c’est. Pour moitié, je suis somnambule, et pour moitié, rien.
Fernando Pessoa, Le Livre de l’Intranquillité
Ravages ; des sortilèges qu’il faut pour trouver le sommeil (le débusquer patiemment, suivre sa trace dans les traces qu’il consent à laisser, faire le tour de ses cachettes habituelles — en vain —, et au moment où on renonce, le voir détaler devant nous avec fureur, sorti d’un mauvais fourré, dressant au-dessus de sa tête sa hache et poussant un cri, un dernier, avant qu’on l’abatte en fermant les yeux), je n’en connais pas assez. Ravages, oui, qui laisse sans forces : et le lendemain, on n’est pas plus avancé que la veille. On n’a rien appris — le soir, il faudra tout recommencer : s’endormir est une tâche de démon, surtout quand il fait des nuits quand celles-là, nées de ces mauvais jours comme ceux-là, et du travail pour mille ans pour les terrasser à mains nues.
Une vie qui serait une somme de regrets : à quoi ressemblerait-elle ? De maladresses ; de malentendus : une vie qui serait à la puissance ce qu’il faudrait faire autrement : une vie qui serait ce papier froissé pour la millième fois après le premier mot et qu’on jette dans la poubelle (poubelle qu’on manque).
Je m’installe dans les frappes de Nilhs Frahm ce matin, j’habite chacune d’elles, que je quitte plus tristement que jamais pour m’abriter dans la prochaine, songeant y rester jusqu’à mort, et je le fais, sauf que je ne meurs pas, pas encore.

