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Jrnl | Quel silence ?
[26•02•06]
vendredi 6 février 2026

Jamais tu ne tireras de l’eau des profondeurs de ce puits. Quelle eau ? Quel puits ? Qui donc pose cette question ? Silence. Quel silence ?
Kafka (peut-être 1920)
Ciel de traîne sur toute la journée, comme s’il s’agissait de tirer les draps de la nuit sur cette vie, ce jour — images qui, au fond de soi, traînent aussi, vase qu’on ne remue que pour troubler davantage et répandre partout le poids mort de ce qui, de toute manière, est voué à toujours retomber, au profond, qui forme la surface sur quoi avancer malgré tout. Toulouse égale à elle-même : ces villes dont on ne fait que passer, empruntant toujours les mêmes couloirs pour ne pas trop se perdre, et qui semblent donc réduites à quelques façades butées, visages anonymes, présences qui n’existent sur terre que le temps de les croiser, et puis ? Habiter le monde comme une ville qu’on verrait deux fois l’an, trois jours — chambre d’hôtel aux murs d’épaisseur relative —, une vie, oui, si on était assez lâche pour s’y confier ; mais on n’a même pas cette lâcheté, on a toutes les autres, et ce n’est pas assez pour se penser tout à fait mort, en dépit des apparences.
Sur l’écran de l’ordinateur, le reflet de ses mains qui tapent ces phrases pour dire ce reflet, et comme on frappe sur un mur, avec le désir furieux de le traverser — ces reflets et ces phrases, ce monde comme parois, ces parois comme ce qui déchire la réalité et son envers — ; mais je sais bien que l’envers de la réalité lui appartient aussi, comme le passé au présent, ou le chagrin à l’impossible consolation.
Dans Ombres Blanches, marcher. Tous les livres jamais lus, sur quoi on pose la main comme pour leur arracher des forces — les croiser suffit, parfois — ; ces livres qui font honte aussi, plus nombreux ; livres qui font signe, ou qui insultent, livres sont pour d’autres, ou livres qui n’ont été écrits que pour soi : ceux qui agencent leur complot pour dessiner en soi d’étranges appels, comme ce type en bas de l’hôtel qui, vers trois heures, soudain, s’est mis à pleurer en hurlant à son chien d’arrêter d’hurler.

