et puis rentrer, mais d’où ?
14 septembre 2015




(jour et texte obsolètes)



Les heures, tel un chariot avançant dans la fin du jour, reviennent en grinçant parmi les ombres de mes pensées. Si je lève les yeux de ma méditation, je les sens brûlants du spectacle du monde.

Pessoa, Livre de l’Intranquilité, fragment 322

Que deviennent tous ces jours passés quand on ne les écrit pas ? Tous ces jours ensemble, oui, je le sais : une masse continue de matins et de soirs qui se confondent dans le crépuscule, celui qui les écrit lentement, maintenant. Une lumière diffuse qui se répand jusqu’à moi ce matin, mais. Que deviennent ces jours d’été ce matin où tout s’est terminé avec l’été et les brûlures de l’avoir écrit ?

D’avoir écrit silencieusement l’été entier sans rien ouvrir ce journal rend ces mois à l’oubli ou au secret. Deux mois traversés chaque jour lentement pour approcher une vie : tout réécrire ce que j’avais pendant cinq ans écrit, c’est la seule façon que j’ai trouvée. Et puis, fini, deux jours avant l’été : soudain, l’été devenait ces deux jours pleins qu’il fallait vivre dans le désœuvrement ; un jour pour chacun des deux mois.

Ce qu’on dépose de soi dans la vie d’un autre qu’on écrit appartient tout entier au secret (au serment) – secret qu’on puise sans doute à la certitude que toute vie reste inapprochable, et que l’écriture ne fera qu’attester les distances, mesurer l’énigme même qui rend cette vie à la fois désirable et impossible. Et puis, le deuil d’une vie. C’est ainsi.

Ce qui reste des jours happés dans ce long couloir d’écriture, sur mes pages et dans ce carnet : rien. On pourrait s’en croire préservé. C’est un autre journal tenu à bout portant d’une vie lointaine qui s’est écrit peut-être, sans aucune trace de mon présent – à part ce geste de remonter patiemment en soi la mémoire d’aucun jour vécu.

Et puis, la rentrée a hurlé ses ordres. Il fallait garder encore pour soi la lumière de ces jours et entrer dans une forme de nuit étrange faite d’attente maintenant que les pages quelque part reposent, et de bruit, où se mêler dans la vie sociale, la vie pleine, la vie idiote, la vie simple et sublime de la vivre, cette vie battue dans nos corps des jours ensemble, la vie fragile de sa propre vie qui recommence.

arnaud maïsetti - 14 septembre 2015

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