qui ne viendra pas
9 septembre 2021



L’homme est une attente. D’on ne sait quoi, qui ne viendra pas.

Bataille, Julie


Recommencer. C’était le premier mot du film, et je l’ai manqué - je suis entré dans la salle en retard, et c’était déjà une manière de me glisser dans ces images. Les premiers plans dérobés, perdus, mutilaient l’œuvre devant quoi, jusqu’à la fin, je me suis tenu me demandant chaque seconde ce qu’ils avaient été, ce qu’ils auraient pu être. À la fin du film, je suis resté : on a voulu me chasser, j’ai seulement dit : je veux voir le début. On m’a laissé, sans doute fatigué d’avance de devoir inventer des raisons qui n’existaient pas. Je suis resté, oui, et j’ai vu les premiers plans : ensuite je suis parti, quand j’ai commencé à reconnaître ce qui allait suivre et qui possédait cette patine de mort qui se pose sur des images déjà vues, dont on anticipe vaguement l’enchaînement et perdent le charme fragile qu’un film tente de donner à cette vie écrite qu’il déroule. Dehors, le soleil m’a brûlé les yeux.

Donc, il s’agit de recommencer. Dans le pli de l’année civil, le début de l’autre, universitaire : toujours avec elle s’engouffre ces souvenirs de fin d’été qui insiste, sans trop y croire, sur l’ennui des classes. Je repense au film, à sa beauté tendre, enveloppante. Derrière moi, trois vieilles dames jetaient leurs critiques sitôt le dernier plan : je n’ai pas été assez émue, disait l’une ; on n’y croit pas, disait la deuxième : rien compris, lâchait sournoisement la dernière. Les trois parques ne disent pas autre chose, penchée sur nous, au moment de trancher définitivement, et de partir faire quelques courses.

Soleil sur la Camargue : comme un dernier, avant les autres. Tout repose sur cette virgule où bascule tout à la fois l’abandon, le recommencement et la croyance que rien ne serait pareil. Dans le film, plusieurs phrases sidérantes de douleur, de fatigue. Exemple : je ne m’en souviens plus.


arnaud maïsetti - 9 septembre 2021

Licence Creative Commons





arnaud maïsetti | carnets