griffures
18 mai 2010




Conscience, Muse

As the tanks roll into town
A little bit of knowledge will destroy you

Ce soir, je réalise cette griffure sur la lettre e de l’ordinateur : bien sûr, penser à Perec, et qu’à force d’échouer à écrire, ce qui disparaît sous le doigt est la lettre la plus commune.

Anton Voyl n’arrivait pas à dormir. Il alluma. Son Jaz marquait minuit vingt. Il poussa un profond soupir, s’assit dans son lit, s’appuyant sur son polochon. Il prit un roman, il l’ouvrit, il lut ; mais il n’y saisissait qu’un imbroglio confus, il butait à tout instant sur un mot dont il ignorait la signification. Il abandonna son roman sur son lit

L’impulsion verticale de la main qui arrache sous elle ce qui pourrait continuer, et le temps et l’espace sur l’écran.

Ce soir, j’entendrai Chéreau dire Les Frères Karamazov, le poème du grand inquisiteur ; lecture dense faite l’an dernier et vers laquelle je suis revenu, ces dernières jours : tentative anticipatrice de réécrire l’histoire : une manière "bizarre" écrit Dostoïevski de tuer Dieu, à nouveau.

Rien qui ne résiste à la déchirure, à l’effacement : si ce n’est le besoin de trouver partout où il est possible, des endroits de plus grande intensité où la lettre tient le pas sur la blessure — où les plaies qu’elle expose sont signes qu’elle palpite, sous le doigt, respire encore : l’âpreté de cette griffure qui mord le doigt à chaque fois rend le e à son miracle, la lettre comme à sa vie vécue dans sa première seconde.

arnaud maïsetti - 18 mai 2010

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