au-delà
20 octobre 2009



« Il s’arrête pour s’orienter. Tout à coup il regarde à ses pieds. Ses pieds ont disparu » V. H.

Double opacité du réel : maillage si serré qu’il étreint ; je cherche au-delà. Double formulation de cela : dans la tête d’abord, les mots tout à la fois, et la douleur en premier ; et dans la bouche ensuite, l’ordre successif que cela prend.

« Qu’ainsi, rejeté de moi, ceci, que / Je sais d’aujourd’hui, si franc, si fécond et si clair, me toise, et m’épaule à jamais sans défaillance » (V.S)

Je cherche au-delà. Toute la journée (et elle n’est pas finie) : non pas ce qui outrepasse le maillage, mais ce qui le conditionne et l’englobe. Je veux dire. Non pas dénombrer les cellules dans lesquels les corps vont et s’endorment ; mais embrasser la prison, et la surface qu’elle occupe dans l’esprit.

« Et maintenant : où ? par où ? comment ? Seigneur ! par ici ? c’est un mur, on ne peut plus avancer ; » (B-M.K)

Double confrontation du monde : sa verticalité brutale, lisse, sans prises. L’une sur l’autre, les minutes entassées qui finissent par faire les années ; et le soir. Puis son horizontalité nette, l’horizon traversée.

« J’en perdrai la valeur enfouie et le secret, mais ô toi, tu radieras, mémoire solide, dur moment pétrifié, gardienne haute »(V.S)

J’ai cherché au-delà, ce qui pouvait dans le travail forer ces opacités (aujourd’hui, cette question : le désoeuvrement est-il une manière de formuler l’oeuvre ? et je n’ai pas de réponse ; je continue) ; et comment la lecture pouvait être traversée, comment l’écriture pouvait la saisir ensuite en verticalité.

« De ceci... Quoi donc était-ce... Déjà délité, décomposé, déjà bu, cela fermente sourdement déjà dans mes limons insondables. »(V.S)

Je relis Segalen et Koltès, dans chaque main Quai Ouest et Stèles, deux questions qui n’ont rien à voir, deux langues qui ne se comprennent pas ; et le flux passe, malgré tout, de part en part de mon corps, conducteur d’énergie. Le flux passe.

« ce n’est même pas un mur, non, ce n’est rien du tout ;c’est peut-être une rue, peut-être une maison, peut-être bien le fleuve ou bien un terrain vague, un grand trou dégoûtant. » (B-M.K)

Et par-dessus, le martèlement des notes au piano, toujours les mêmes, qui changent de place le corps à chaque écoute. J’habite librement cette prison, le flux continue de passer au-delà du maillage.

La Ritournelle, ’Sébastien Tellier’, ("Sessions"), 2006

arnaud maïsetti - 20 octobre 2009

Licence Creative Commons





arnaud maïsetti | carnets