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	<title>arnaud ma&#239;setti | carnets</title>
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	<description>Carnets d'&#233;critures et de lectures, journal, images, textes &amp; fictions web. (Depuis octobre 2005)</description>
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		<title>arnaud ma&#239;setti | carnets</title>
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		<title>Kolt&#232;s | &#171; personne ne saura jamais qui a aim&#233; qui &#187;</title>
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		<dc:subject>_Bernard-Marie Kolt&#232;s</dc:subject>
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		<description>&lt;p&gt;&lt;i&gt;La Nuit juste avant les for&#234;ts&lt;/i&gt; : Mama, la fille sur le pont
&lt;br/&gt;&#171; moi je ne peux parler que sur les ponts ou les berges, et je ne peux aimer que l&#224;, ailleurs je suis comme morte, &#187;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.arnaudmaisetti.net/spip/mot/_bernard-marie-koltes" rel="tag"&gt;_Bernard-Marie Kolt&#232;s&lt;/a&gt;, 
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		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;small&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Pages arrach&#233;es au hasard (ou presque) : &lt;i&gt;La Nuit juste avant les for&#234;ts&lt;/i&gt; (p. 33-37) : Mama ; le pont ; rejoindre et ne pas rejoindre ; aimer (mais qui) ; &#233;crire sur les murs ; traverser autant de ponts que de jours (trente-et-un) ; &#233;crire encore : &#233;crire de nouveau cette &#233;criture sur les murs pour appeler davantage mama, ailleurs, sur d'autres berges ou sur des ponts o&#249; seul est possible le d&#233;sir r&#233;alis&#233; puisqu'entre deux rives, c'est habiter toujours l'entre-deux des choses : midi est trop plein d'&#233;vidences pour elle qui s'y ennuie &#233;videmment &#8211; mais de l'autre c&#244;t&#233; de midi, minuit fouille le fond de l'eau o&#249; s'alt&#232;rent les visions de la ville trembl&#233;e o&#249; l'on peut voir son propre reflet sans besoin de visage ou de nom : il y a des ponts qu'on ne franchit pas pour la seule joie de voir ceux qui passent passer, peu importe la douleur et la folie d'&#233;crire un nom sur les murs : &#233;crire sur des pages n'est pas diff&#233;rent : les murs ont l'avantage de figurer d'autres ponts et d'&#234;tre lus dans le hasard.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;[&#8230;] lorsque je t'ai aper&#231;u, une fois, deux fois, trois fois, voyant bien de loin que tu &#233;tais encore un enfant, alors j'ai tout l&#226;ch&#233;, le vent m'a soulev&#233;, et j'ai couru, sentant &#224; peine si je touchais le sol, aussi vite que toi, sans obstacle cette fois, pour enfin t'aborder : ne me prends pas, mec, pour un p&#233;d&#233;, parce que je cours, que je te prends le bras, que je t'arr&#234;te, que je te parle sans vraiment te conna&#238;tre, mais je te connais bien assez comme cela, mec, pour te parler de cela - une fille sur un pont - que je ne peux pas garder pour moi, &#8211; d'ailleurs, est-ce qu'un p&#233;d&#233; oserait aborder sans avoir ses moyens, les fringues et les cheveux tremp&#233;s ? maintenant, tu me vois comme cela, la t&#234;te pas tr&#232;s en place (mais cela passera) et du premier coup d'&#339;il, moi, j'ai bien vu que, toi, tu es le genre correct &#224; qui on peut parler : je ne sais pas son vrai nom, celui qu'elle m'a dit n'&#233;tait pas le sien, alors je ne dirai pas non plus comment elle &#233;tait faite, personne ne saura jamais qui a couch&#233; avec qui, toute une nuit, sur un pont, en plein milieu d'une ville, des traces y sont encore, l&#224;-bas, dans la pierre : tu te prom&#232;nes n'importe o&#249;, un soir par hasard, tu vois une fille pench&#233;e juste au-dessus de l'eau, tu t'approches par hasard, elle se retourne, te dis : moi mon nom c'est mama, ne me dis pas le tien, ne me dis pas le tien, tu ne lui dis pas ton nom, tu lui dis : o&#249; on va ? elle te dit : o&#249; tu voudrais aller ? on reste ici, non ?, alors tu restes ici, jusqu'au petit matin qu'elle s'en aille, toute la nuit je demande : qui tu es ? o&#249; tu habites ? quand est-ce qu'on se revoit ? elle dit, pench&#233;e sur la rivi&#232;re : je ne la quitte jamais, je vais d'une berge &#224; l'autre, d'une passerelle &#224; une autre, je remonte le canal et reviens &#224; la rivi&#232;re, je regarde les p&#233;niches, je regarde les &#233;cluse, je cherche le fond de l'eau, je m'assieds au bord de l'eau ou je me penche au-dessus, moi je ne peux parler que sur les ponts ou les berges, et je ne peux aimer que l&#224;, ailleurs je suis comme morte, tout le jour je m'ennuie, et chaque soir, je reviens, pr&#232;s de l'eau, et on ne se quitte plus jusqu'&#224; ce qu'il fasse jour &#8211;, alors elle s'est barr&#233;e et je l'ai laiss&#233;e se barrer, sans bouger (le matin sur les ponts, c'est plein de monde et de flic), jusqu'&#224; midi je suis rest&#233; au milieu du pont, ce n'est pas son vrai nom et je ne lui ai pas dit le mien, personne ne saura jamais qui a aim&#233; qui une nuit, couch&#233;s sur le rebord du pont (&#224; midi, c'est plein de bruits et de flics, on ne peut pas rester, sans bouger, en plein milieu du pont), alors dans la journ&#233;e, j'ai &#233;crit sur les murs : mama je t'aime mama je t'aime, sur tous les murs pour qu'elle ne puisse pas ne pas l'avoir lu, je serai sur le pont, mama, toute la nuit, le pont de l'autre nuit, tout le jour, j'ai couru comme un fou : reviens mama reviens, j'ai &#233;crit comme un fou, mama, mama, mama, et la nuit, j'ai attendu en plein milieu du pont, et d&#232;s qu'il a fait jour j'ai recommenc&#233; les murs, tous les murs, pour que ce ne soit pas possible qu'elle ne tombe pas dessus : reviens sur le pont , reviens une seule fois, une seule petite fois, reviens une minute pour que je te voie, mama mama mama mama mama mama, mais merde comme un con j'ai attendu une nuit, deux nuits, trois nuits et plus, j'ai fouill&#233; tous les ponts, j'ai couru de l'un &#224; l'autre plusieurs fois, chaque nuit, il y a trente-et-un ponts, sans comptes les canaux, et le jour j'&#233;crivais, les murs &#233;taient couverts, elle ne pouvait pas ne pas m'avoir lu, mais merde, elle n'est pas venue, et elle ne viendrait plus, mais j'ai continu&#233; &#224; &#233;crire sur les murs, et j'ai continu&#233; &#224; fouiller sur les murs, et j'ai continu&#233; &#224; fouiller tous les ponts, il y a trente-et-un ponts sans compter les canaux, et je ne l'ai plus jamais retrouv&#233;e, pench&#233;e au-dessus de l'eau, et maintenant, moi, ces histoires-l&#224;, cela me sape le moral, parce que cela brouille tout lorsque &#231;a va trop loin, [&#8230;]&lt;/p&gt;
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