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	<title>arnaud ma&#239;setti | carnets</title>
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	<description>Carnets d'&#233;critures et de lectures, journal, images, textes &amp; fictions web. (Depuis octobre 2005)</description>
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		<title>arnaud ma&#239;setti | carnets</title>
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		<title>Aspects du lyrisme dans le Th&#233;&#226;tre du Radeau</title>
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		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>


		<dc:subject>_th&#233;&#226;tre</dc:subject>
		<dc:subject>_surf</dc:subject>
		<dc:subject>_Chantier critique</dc:subject>
		<dc:subject>_Fran&#231;ois Tanguy</dc:subject>
		<dc:subject>_lyrisme</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Notes de travail dans le cadre du groupe de recherche autour du Th&#233;&#226;tre du Radeau, 12 avril 2013&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.arnaudmaisetti.net/spip/mot/_francois-tanguy" rel="tag"&gt;_Fran&#231;ois Tanguy&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/logo/arton1118.jpg?1373815856' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='71' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;small&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Reprise ici des notes &#233;crites pour une s&#233;ance de travail, le 12 avril 2013, sur le Th&#233;&#226;tre du radeau et Fran&#231;ois Tanguy : approche du lyrisme. R&#233;flexion encore en cours.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Ce que l'on per&#231;oit d'abord dans &lt;i&gt;Onzi&#232;me&lt;/i&gt; : des voix succ&#233;d&#233;es, des voix entrem&#234;l&#233;es, enlac&#233;es, qui viennent ici, en pr&#233;sence, se faire entendre pour faire entendre ce moment o&#249; elles se font et se d&#233;font, mais comme s'effa&#231;ant positivement, fabriquant leur disparition : n'est-ce pas, pour une part, l'enjeu de l'espace lyrique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On aurait pu parler de &lt;i&gt;dialogisme&lt;/i&gt; : et le recours &#224; Bakhtine ne manquerait peut-&#234;tre pas d'&#234;tre f&#233;cond pour approcher l'entrelacement des textes, des voix litt&#233;raires aux statuts si divers que le spectacle assemble, faisant entendre les ruptures comme autant de points d'articulation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais si on prend le parti du dialogisme non comme une technique, mais une structure de langage, et surtout un espace d'expansion qui lie l'archistructure du spectacle avec la langue parl&#233;e, alors parler de lyrisme peut avoir un sens qui enveloppe le dialogisme et le traverse. Le lyrisme serait ainsi &lt;i&gt;radical&lt;/i&gt;, dans l'articulation de la structure et de la phrase, lyrisme dans l'architecture du spectacle &lt;i&gt;et&lt;/i&gt; au sein de la phrase, double force verticale de ponction du langage et de production d'une syntaxe dramaturgique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette articulation, partir de cette impression : la production de l'effacement &#8211; non pour conclure &#224; la n&#233;gativit&#233; de la parole, mais au contraire, dans sa dimension vitaliste, jouissive, de prolif&#233;ration. Et si c'est de voix dont il est question, d'abord, c'est parce que la voix est au centre, ou plut&#244;t au milieu, d'une construction qui fait d'elle l'espace de mise en r&#233;flexion du spectacle. Espace lyrique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du lyrisme critique surtout : non pas le lyrisme r&#233;duit &#224; sa forme pseudo-romantique, ni &#233;panchement de soi, ni complaisance de mots, ni m&#234;me ce qu'en disait Barthes, &#171; diction d'un &#171; &#233;moi &#187; central&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Roland Barthes, Roland Barthes par Roland Barthes, Paris, Seuil, coll. &#171; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; 1 &#187;, au contraire bien plut&#244;t, diction toujours d&#233;centr&#233;e : d&#233;centr&#233;e du propos dit, d&#233;centr&#233;e du personnage qui le dit, du spectacle ensemble : l'appareil con&#231;u pour ce lyrisme (et l'est-il par le lyrisme ? Question ouverte : est-ce ce th&#233;&#226;tre qui, pour se constituer, a recours &#224; la fabrication de ce lyrisme, ou est-ce le lyrisme comme puissance radicale et lieu de la prise de parole qui n&#233;cessairement construit ce th&#233;&#226;tre ?), cet appareil fonctionne un peu comme une centrifugeuse : tournant autour d'un objet vide (disons le rapidement : l'enjeu narratif de la sc&#232;ne jou&#233;e) sans jamais finalement l'atteindre, mais produisant une vitesse qui le fait occuper l'espace de ses bords.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Th&#233;&#226;tre lyrique non pas parce qu'il fait usage de la parole dans ses jeux de miroitements, et dans son expansion, mais parce qu'il semble situer le proc&#232;s th&#233;&#226;tral dans la langue m&#234;me : en arrachant le temps du spectacle au temps d'un d&#233;roul&#233; narratif qui lui serait superpos&#233;, en fabriquant de fait un autre temps qui n'appartient pas &#224; la dur&#233;e d&#233;velopp&#233;e du temps lui-m&#234;me, mais en cr&#233;ant des multiples pr&#233;sences, faisant de l'&#233;cho structurant le liant, m&#234;me aberrant de ce temps, &lt;i&gt;Onzi&#232;me&lt;/i&gt; invente son temps, &#224; mesure de lui-m&#234;me : il serait sans cesse contemporain de sa pr&#233;sence, et ce serait en cela qu'il serait lyrique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lyrique : le percevoir au-del&#224; de l'usage musical de la langue, enjeu de surface le plus visible, le plus audible (au-del&#224; de l'usage de la musique comme langue, langue de fond) &#8211; la diction n'&#233;tant que la part la plus spectaculaire du lyrisme, la plus plastique aussi ; or, le lyrisme n'est pas tant une modalit&#233; (musicale) de la langue qu'une op&#233;ration, une &#233;nergie, et un espace de prise de parole. C'est l&#224; o&#249; il faudrait &#233;viter l'&#233;cueil d'une transposition de cat&#233;gories qui n'ont rien &#224; voir, en effet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le th&#233;&#226;tre du Radeau est lyrique, ce n'est pas parce qu'il fait parler ses acteurs &lt;i&gt;comme&lt;/i&gt; dans la po&#233;sie lyrique &#8211; m&#234;me s'il y a des emprunts &#224; des textes lyriques il est vrai&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;emprunts pourtant travaill&#233;s &#224; distance, comme dans le cas du moment (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. S'il est le lyrique, c'est en profondeur comme structure, et m&#234;me comme structuration de la pi&#232;ce et de l'usage du langage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Parenth&#232;se sur ce processus d'emprunt de textes disparates, et celui de la complexe distribution de la parole dans ce th&#233;&#226;tre, qui rejoint l'op&#233;ration lyrique. On sait le paradoxe du lyrisme moderne, qui est moins la formulation d'un &lt;i&gt;je&lt;/i&gt; que sa d&#233;chirure : son appui syntaxique n'est pas l'affirmation du sujet, mais l'enjeu de la diction de son attribut : le lyrisme, ce n'est pas dire je, mais je suis quelqu'un ou quelque chose, que de fait je ne suis pas : dire je suis le veuf, le t&#233;n&#233;breux, l'inconsol&#233;, c'est pr&#233;cis&#233;ment dire la pulv&#233;risation de soi, et dans la multiplicit&#233; l'impossibilit&#233; de figer l'identit&#233;, de se trouver dans l'autre, de s'y inventer via le d&#233;sir. Je suis (comme le roi d'un pays pluvieux&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Charles Baudelaire, &#171; Spleen &#187; (LXXVII), Les Fleurs du Mal [1857], in (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ; un cimeti&#232;re abhorr&#233; de la lune&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Charles Baudelaire, &#171; Spleen &#187; (LXXVI), Les Fleurs du Mal, op. cit., p. 73.&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ; un vieux boudoir plein de roses fan&#233;es&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Idem.&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ; la plaie et la couteau&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Charles Baudelaire, &#171; L'H&#233;antontimoroum&#233;nos &#187; (LXXXIII), Les Fleurs du Mal, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ; le soufflet et la joue&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Idem.&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ; de mon c&#339;ur le vampire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Idem.&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&#8230;) &#187;, Pulv&#233;risant l'unit&#233; du moi, c'est dans tout indiff&#233;remment ou presque que la parole lyrique vient se chercher, dressant au-devant d'elle ces visages multiples que le sujet saura endosser. L'identit&#233; r&#233;side d&#232;s lors moins dans une origine et une centralit&#233; que dans ce mouvement et cette pluralit&#233;. C'est parce que l'&#234;tre manque, est en manque d'une totalit&#233; qui l'ach&#232;verait, que la parole fait effraction en lui et vient le chercher, et chercher quelque chose ou quelqu'un qui sauront l'achever en dehors de lui. Chaque acteur, disant &lt;i&gt;je&lt;/i&gt; par l'autre fait dire au th&#233;&#226;tre son autre : non pas seulement ce qu'il n'est pas mais ce qu'il rejoint ; chaque sc&#232;ne formulant cette d&#233;chirure et sa reliance utopique, au-del&#224; de l'identit&#233;, mais dans l'alt&#233;rit&#233; alt&#233;r&#233;e d'un devenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lyrique, est-ce &#224; dire &lt;i&gt;po&#233;tique&lt;/i&gt; ? Encore une fois, on aurait tort de r&#233;duire l'enjeu po&#233;tique &#224; un jeu de surface miroitant une certaine po&#233;sie dans les textes utilis&#233;s. Mais si on fait de la po&#233;sie un certain usage de l'&#233;nergie de la langue, et surtout un placement vis-&#224;-vis de la langue, un usage donc qu'on dirait vertical du langage, quelque chose qui dans l'espace de la parole se saisirait d'elle &#224; l'endroit o&#249; elle prend naissance, et dans le temps de sa diction, ne cesserait pas de la faire na&#238;tre, alors, oui, c'est ici que la po&#233;sie se fait lyrique, et qu'un tel th&#233;&#226;tre peut, en partie, se concevoir, ou au moins s'approcher.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lyrique, po&#233;tique ? Le texte de Yannick Butel , essentiel sur ces questions, abonde non seulement en r&#233;f&#233;rences po&#233;tiques (beaucoup de po&#232;tes y sont cit&#233;s, de Celan &#224; Mallarm&#233;, ou Rilke), mais aussi recourt &#224; une certaine lecture de ce th&#233;&#226;tre. Yannick Butel est &#224; l'&#233;coute tr&#232;s attentive des proc&#233;dures de musicalit&#233;, d'assonance structurelle, adossant une partie de sa lecture &#224; une philosophie du langage qui fait de l'&#234;tre l'abri du langage. Sur ces donn&#233;es philosophiques plus larges que strictement po&#233;tique, le lyrisme pourrait ainsi avec Yannick Butel constituer cet usage singulier de la langue qui refuserait toute assignation, toute d&#233;termination :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt;Et de voir Onzi&#232;me, comme la trace et l'empreinte de ce langage qui, volant en &#233;clats et se retirant des contr&#233;es du nomm&#233;, dit son retrait et sa r&#233;sistance aux espaces de d&#233;finitions, aux territoires d'exclusions. D&#232;s lors, peut-&#234;tre peut-on regarder Onzi&#232;me comme l'architecture babelienne d'un ensemble de faubourgs et de ruelles aglutinant les langues comme &#233;tant celles parl&#233;es par des minorit&#233;s qui seraient toutes, ici, form&#233;es par l'exil qui est la condition des po&#232;tes. &lt;br class='autobr' /&gt;
Car ce qui vaut pour le langage auquel nous recourons commun&#233;ment n'est qu'un usage de la parole qui, d&#232;s lors qu'elle gagne la po&#233;sie et les m&#233;ridiens poi&#233;tiques, recouvrent une essence que le langage quotidien lui avait soustrait.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;/small&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est dans cette double nature : exil de la langue quotidienne d'usage et rehaussement de la langue que se r&#233;v&#232;le ou s'obtient l'op&#233;ration politique du lyrisme : langues parl&#233;es des minorit&#233;s et entendues comme des conqu&#234;tes, conqu&#234;tes de territoires de langue proprement inou&#239;e. C'est ainsi qu'on peut comprendre l'usage des textes litt&#233;raires et les d&#233;placements que la mise en sc&#232;ne produit, notamment aux textes romanesques arrach&#233;s &#224; leur narration totale. Tanguy semble choisir les textes &#224; l'endroit d'une incandescence sup&#233;rieure, &#224; l'intensit&#233; la plus haute&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;ce point est-il celui qui pose probl&#232;me ? S'y confond-il ? S'y absorbe-t-il (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La soustraction &#224; la fable permet pr&#233;cis&#233;ment que soit entendue le texte dans son autonomie de texte et de langue : ce en quoi rel&#232;ve justement le proc&#232;s lyrique. Sur ce point, le fait m&#234;me de choisir des textes dans une biblioth&#232;que id&#233;ale&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;voire les textes choisis : de Dante &#224; Daniele Collobert, de Dostojevski &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; rel&#232;ve peut-&#234;tre d'un d&#233;sir lyrique, si l'on fait de ce d&#233;sir l'expression d'une &#233;lection d'&#233;motions les plus hauts, les plus dens&#233;ment &#233;prouv&#233;s, suivant la formule de Saint-John Perse dont toute la po&#233;sie lyrique pourrait s'entendre suivant cette phrase : &#171; je parle dans l'estime &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si on consid&#232;re l'histoire de cette forme po&#233;tique, qui n'en est pas une en fait, mais plut&#244;t un territoire de prise de parole, on sait maintenant qu'elle ne peut se concevoir chez les grecs et les romains sans les deux autres grands p&#244;les de la parole po&#233;tique que sont l'&#233;l&#233;gie et l'&#233;pop&#233;e&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;je m'appuie ici sur les travaux de Jean-Michel Maulpoix&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. On sait aussi qu'il existe comme un continuum, entre la parole du chant et celle des armes (&lt;i&gt;cano arma virumque&lt;/i&gt;), et que de part et d'autre du lyrisme et de l'&#233;pop&#233;e, ce qui fait office de cl&#233; de vo&#251;te qui assure la solidit&#233; de ce v&#233;ritable syst&#232;me, ce serait l'&#233;l&#233;gie, parole qui vise &#224; chanter la mort des h&#233;ros pour donner du courage aux combattants encore sur le champ d'honneur. Au c&#339;ur de ce syst&#232;me, l'&#233;l&#233;gie est l'op&#233;ration cardinale, espace de passage et de s&#233;paration, autrement dit interface de la vie et de la mort, du pass&#233; et de l'avenir, o&#249; se dit le pr&#233;sent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans &lt;i&gt;Onzi&#232;me&lt;/i&gt;, peut se lire en ce sens la qualit&#233; troubl&#233;e de la pr&#233;sence, entre le fant&#244;me et l'imminent, quelque chose de pass&#233; ou qui passe, qui est en train d'&#234;tre pass&#233;, et qui peut &#233;galement qualifier la parole lyrique quand elle se constitue comme &#171; trace &#187; de ce qui passe, ou signe de ce qui est d&#233;j&#224; perdu et que la voix d&#233;pose comme une &#171; empreinte &#187;, une main n&#233;gative, entre forme et informe qui situe aussi l'interrogation politique de ce th&#233;&#226;tre :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Cette fa&#231;on qu'a la recherche musicale (concr&#232;te, al&#233;atoire, dod&#233;caphonique, &#233;lectronique, populaire&#8230;) de prolonger les formes de l'esp&#233;rance tout en rendant l'informe des existences et de l'histoire.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Yannick Butel, article cit&#233;&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;L&#224; est un autre aspect du lyrisme, tel qu'il peut s'accomplir dans &lt;i&gt;Onzi&#232;me&lt;/i&gt; : le surgissement d'une forme transitoire, forme qui tend &#224; un devenir qu'il ne rejoint pas. Entre &#233;criture et parole, entre parole et chant, entre chant et musique, entre musique et silence, entre silence et pure exclamative (Val&#233;ry : le lyrisme, d&#233;veloppement d'une exclamation).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le titre &lt;i&gt;Onzi&#232;me&lt;/i&gt; dit assez combien il s'agit d'un spectacle du passage, c'est m&#234;me l&#224; sans doute son aspect le plus spectaculaire, au sens o&#249; c'est la forme que prend le spectacle : sa pr&#233;carit&#233;, l'impossibilit&#233; sans cesse rejou&#233;e de ne pas se figer, de refuser de s'installer dans une forme qui ferait image. Cette dynamique qui travaille &#224; faire en d&#233;faisant, &#224; b&#226;tir une fabrique qui consiste &#224; d&#233;faire constamment semble &#234;tre le propre des &#233;critures lyriques, du moins contemporaines : une mani&#232;re de refuser l'installation dans la parole, dans une subjectivit&#233;, mais de chercher le d&#233;centrement, l'alt&#233;rit&#233; qui va alt&#233;rer constamment la centralit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'image qui refuse de faire image, dans le spectacle de Tanguy, ce serait les planches sur lesquels marchent les personnages (et les acteurs) en &#233;quilibre instable (mais instabilit&#233; travaill&#233;e par des corps d'acteurs jamais pris en d&#233;faut de chute). Ces planches de surf &#8211; pour reprendre l'image de Butel, image centrale dans son propos si f&#233;cond &#8212; disent assez en miroir, en r&#233;flexion, le syntaxe dramaturgique du spectacle, qui fait du passage le lieu de la s&#233;paration dans le mouvement, si le surfeur est celui qui s'ins&#232;re dans les plis du monde, comme le disait &#224; peu pr&#232;s Deleuze, ou comme l'&#233;crit Yannick Butel :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Tanguy ou le geste du surfer, dis-je, qui comme les nouveaux jupiters des oc&#233;ans cherchent moins la puissance de la vague, que l'ar&#234;te de la lame. Ce lieu de l'&#233;pure des &#233;cumes, l&#224; o&#249; la transparence unit fluide et liquide dans un intervalle a&#233;rien.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Mouvement du surfeur, qui est celui de la lyrique quand elle cette parole courue sur une ligne de cr&#234;te, entre paroles et chants, vitesse de franchissement horizontal au-dessus du vide de l'eau, interception du courant qui d&#233;ferle vers le rivage, que le surfeur longe : mouvement de travers qui est celui de la langue et de ce th&#233;&#226;tre, interceptant le r&#233;el dans / sur le plateau, interceptant les &#233;nergies des textes pour les redonner, non les reproduire, plut&#244;t en r&#233;activant la puissance (ce qui tend &#224; devenir).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Qu'au retour du silence une langue naisse &#187;, &#233;crivait H&#246;lderlin, que cite Y. Butel &#8211; en cela r&#233;side la scansion lyrique telle qu'elle ne cesse de na&#238;tre et d'&#233;chouer dans le spectacle &lt;i&gt;Onzi&#232;me&lt;/i&gt;, &#233;chouer comme une vague &#233;videmment, qui se d&#233;pose et rena&#238;t. Y. Butel se saisit pr&#233;cis&#233;ment de toutes ces op&#233;rations de brisures, d'ar&#234;tes, de reprises, de relances, qui fondent la parole lyrique &#8211; en effet, si le lyrisme est la parole de l'intensit&#233;, elle est aussi celle de la pr&#233;sence, avec toute la menace que la pr&#233;sence peut faire peser sur la langue quand il s'agit pour elle de s'accomplir en dur&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pr&#233;sences successives qui pourraient travailler contre le temps et qui pourrait finir d'ailleurs par nier la possibilit&#233; du temps, le lyrisme se donne ici pourtant comme une m&#233;moire, comme une histoire, parce qu'il parvient &#224; faire du recommencement sa dynamique essentielle &#8211; une histoire du pr&#233;sent continu, en somme, qui est l'impression du spectacle, son impression durable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Onzi&#232;me&lt;/i&gt; : l'&#233;nigme du titre. Tanguy disait que c'&#233;tait le chiffre m&#233;dian entre dix et douze (deux chiffres de la perfection) &#8211; nombre du milieu, de la m&#233;diane, du passage, d'une pr&#233;carit&#233; situ&#233;e entre deux arr&#234;ts, nombre fixe d'un devenir. C'est le chiffre d'un surplus aussi, d'un rehaussement, d'un accroissement &#8211; le premier chiffre qu'on ne peut compter sur ses mains, qui exc&#232;de le possible. (De Rilke, on ne poss&#232;de que dix lettres &#224; un jeune po&#232;te&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Onzi&#232;me&lt;/i&gt;, c'est le premier chiffre qui commence l'apr&#232;s, pourrait-on dire. Un milieu qui serait &#224; la fois un devenir et un commencement, une histoire qui suivrait l'histoire sans se poser comme fin ou initiale : lyrique serait cette parole qui fait de ces contraires une dynamique qui f&#233;conde le temps en le ponctionnant, qui se r&#233;alise sans s'accomplir &#8211; qui fait du pr&#233;sent et de la pr&#233;sence une histoire aussi, celle de son expansion, de son accroissement, une forme d'&#233;ternit&#233; au pr&#233;sent de sa diction, appel&#233;e &#224; &#234;tre rejou&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;
&lt;br /&gt;&#8212; Eh bien ? Pourquoi m&#234;ler deux choses qui sont distinctes l'une de l'autre ? La vie existe et la mort n'existe pas. &lt;br /&gt;&#8212; Vous croyez maintenant &#224; la vie &#233;ternelle dans l'autre monde ? &lt;br /&gt;&#8212; Non, mais &#224; la vie &#233;ternelle dans celui-ci. Il y a des moments, vous arrivez &#224; des moments o&#249; le temps s'arr&#234;te tout d'un coup pour faire place &#224; l'&#233;ternit&#233;. &lt;br /&gt;&#8212; Vous esp&#233;rez arriver &#224; un tel moment ? &lt;br /&gt;&#8212; Oui.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;extrait des D&#233;mons de Dostojevski, jou&#233; dans le spectacle&#034; id=&#034;nh13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;div class='spip_document_2439 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/fin-2.jpg?1373816181' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Roland Barthes, Roland Barthes par Roland Barthes, Paris, Seuil, coll. &#171; &#201;crivains de toujours &#187;, 1975, p. 89.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;emprunts pourtant travaill&#233;s &#224; distance, comme dans le cas du moment Virgilien, grotesque, manifestement grotesque, mais tendrement grotesque&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Charles Baudelaire, &#171; Spleen &#187; (LXXVII), &lt;i&gt;Les Fleurs du Mal&lt;/i&gt; [1857], in Baudelaire, &#338;uvres I, Paris, Gallimard, coll. &#171; Biblioth&#232;que de la Pl&#233;iade &#187;, 1975, p. 74.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Charles Baudelaire, &#171; Spleen &#187; (LXXVI), &lt;i&gt;Les Fleurs du Mal&lt;/i&gt;, op. cit., p. 73.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Idem.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Charles Baudelaire, &#171; L'H&#233;antontimoroum&#233;nos &#187; (LXXXIII), &lt;i&gt;Les Fleurs du Mal&lt;/i&gt;, op. cit., p. 78.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Idem.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Idem.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;ce point est-il celui qui &lt;i&gt;pose probl&#232;me&lt;/i&gt; ? S'y confond-il ? S'y absorbe-t-il ? Dialogue ouvert avec &#201;ric Vautrin&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;voire les textes choisis : de Dante &#224; Daniele Collobert, de Dostojevski &#224; Strindberg, Virgile, etc.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;je m'appuie ici sur les travaux de Jean-Michel Maulpoix&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Yannick Butel, article cit&#233;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;extrait des &lt;i&gt;D&#233;mons&lt;/i&gt; de Dostojevski, jou&#233; dans le spectacle&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Ramifications et devenirs actuels du Speak White de Mich&#232;le Lalonde </title>
		<link>https://www.arnaudmaisetti.net/spip/notes-questions-lirecrire/chantier-ecritures-litterature/article/ramifications-et-devenirs-actuels-du-speak-white-de-michele-lalonde</link>
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		<dc:date>2013-06-09T10:53:09Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>


		<dc:subject>_politiques &amp; commune</dc:subject>
		<dc:subject>_&#233;critures &amp; r&#233;sistances</dc:subject>
		<dc:subject>_Chantier critique</dc:subject>
		<dc:subject>_&#233;crire</dc:subject>
		<dc:subject>_Qu&#233;bec</dc:subject>
		<dc:subject>_Mich&#232;le Lalonde</dc:subject>
		<dc:subject>_lyrisme</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Communication au colloque organis&#233; &#224; Cergy Pontoise sur les &#171; Situations des po&#233;sies de langue fran&#231;aise &#187;, mai 2013&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.arnaudmaisetti.net/spip/notes-questions-lirecrire/chantier-ecritures-litterature/" rel="directory"&gt;CHANTIER | &#201;CRITURES &amp; LITT&#201;RATURE&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.arnaudmaisetti.net/spip/mot/_politiques-commune" rel="tag"&gt;_politiques &amp; commune&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.arnaudmaisetti.net/spip/mot/_ecritures-resistances" rel="tag"&gt;_&#233;critures &amp; r&#233;sistances&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.arnaudmaisetti.net/spip/mot/_chantier-critique" rel="tag"&gt;_Chantier critique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.arnaudmaisetti.net/spip/mot/_ecrire" rel="tag"&gt;_&#233;crire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.arnaudmaisetti.net/spip/mot/_quebec" rel="tag"&gt;_Qu&#233;bec&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.arnaudmaisetti.net/spip/mot/_michele-lalonde" rel="tag"&gt;_Mich&#232;le Lalonde&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.arnaudmaisetti.net/spip/mot/_lyrisme" rel="tag"&gt;_lyrisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/logo/arton1079.jpg?1370774535' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='150' height='113' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff1079.jpg?1370774544&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;small&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Intervention le 30 mai dernier &#224; Cergy Pontoise &lt;a href=&#034;http://www.u-cergy.fr/fr/laboratoires/labo-crtf/actualite/manifestations-des-annees-precedentes/calendrier-2012-2013/appels-a-contribution-crtf.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Situations des po&#233;sies de langue fran&#231;aise &#187;&lt;/a&gt;, dans la matin&#233;e consacr&#233;e aux po&#233;sies des Nords. Grand merci aux organisateurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce texte doit beaucoup &#224; deux personnes : &#224; Mahigan Lepage et Kateri Lemmens. Mahigan Lepage, pour m'avoir rendu sensible &#224; ces questions de langue &#224; Montr&#233;al m&#234;me (&#244; &lt;a href=&#034;http://depanneurlepickup.com&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;le Pick-up&lt;/a&gt;), et m'avoir parl&#233; de ce po&#232;me qui est devenu important pour moi. Kateri Lemmens, de m'avoir invit&#233; &#224; l'UQ&#192;R pour animer un atelier d'&#233;criture, que j'aurais conduit justement &#224; partir des questions suscit&#233;es par ce texte. C'&#233;tait il y a tout juste un an. Et un an plus tard, impression qu'en suis au tout d&#233;but du chemin commenc&#233; au Qu&#233;bec.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;images : manifestations &#224; Montr&#233;al, le 18 mai 2012&lt;/center&gt;&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;center&gt;speak white&#8232;&lt;br/&gt;c'est une langue universelle&#8232;&lt;br/&gt;nous sommes n&#233;s pour la comprendre&#8232;&lt;br/&gt;avec ses mots lacrymog&#232;nes&#8232;&lt;br/&gt;avec ses mots matraques&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;J'ai pass&#233; quelques semaines au Qu&#233;bec au printemps dernier, apr&#232;s et pendant les manifestations &#233;tudiantes, au cours desquelles, &#224; Montr&#233;al, &#224; Qu&#233;bec, et dans d'autres villes de la r&#233;gion comme &#224; Victoriaville, les forces de police avaient fait usage de tir de flashball et de gaz lacrymog&#232;nes sur des foules d'&#233;tudiants et d'enseignants pacifiques qui d&#233;fendaient le droit &#224; l'&#233;ducation contre la hausse excessive des tarifications et la lib&#233;ralisation du service publique de l'enseignement sup&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'invitation g&#233;n&#233;reuse de Kateri Lemmens, Je m'&#233;tais rendu &#224; Rimouski pour conduire une apr&#232;s-midi durant un atelier d'&#233;criture avec les &#233;tudiants en cr&#233;ation de l'UQ&#192;R, et dans la ville, sur certains murs et sur toutes les l&#232;vres, les matraques et les lacrymog&#232;nes, les mots qu'il faut pour le dire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'avais apport&#233; avec moi un texte, et j'avais conduit l'atelier sur son incitation : ce po&#232;me de Mich&#232;le Lalonde, &lt;i&gt;Speak White&lt;/i&gt;, &#233;crit en 1968. Dans l'atmosph&#232;re d'&#233;bullition politique et intellectuelle que vivait le Qu&#233;bec alors, et dans les traces laiss&#233;es sur les &#233;tudiants par la fatigue des veilles et des marches, des r&#233;unions et des lectures qui agitaient les id&#233;es sans parfois les fixer, j'avais &#233;t&#233; surpris de voir ces &#233;tudiants se saisir de la langue de Mich&#232;le Lalonde &#224; l'endroit m&#234;me o&#249; elle activait des tensions f&#233;condes d'interpellation du monde &#8211; de r&#233;quisition du r&#233;el : l&#224; o&#249; finalement l'enjeu de l'engagement de la jeunesse dans ce printemps qu'on disait &lt;i&gt;&#233;rable&lt;/i&gt;, portait non pas seulement sur des questions de frais de scolarit&#233;, mais des enjeux plus profonds qui pouvaient par exemple les opposer &#224; Toronto et au Canada anglophone, que ce soit sur le choix d'un mod&#232;le &#233;conomique ou de soci&#233;t&#233;, ou sur la question plus large et enveloppante de l'identit&#233; (non pas d'identit&#233; nationale ou de repli identitaire, mais d'invention de soi aussi, de son avenir choisi en fonction d'une histoire con&#231;ue comme commune) &#8211; sur la question de ce que l'on nomme aujourd'hui le vivre ensemble, l'&#234;tre ensemble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l&#224; o&#249; le discours politique s'arr&#234;te, l&#224; o&#249; justement le politique ne pouvait saisir de ce mouvement que des revendications sous la forme de &lt;i&gt;mesures&lt;/i&gt; &#224; prendre ou &#224; refuser, l&#224; o&#249; par cons&#233;quent le politique ne pouvait que parler la langue du discours lib&#233;ral pour se faire entendre, le po&#233;tique prenait le relais, et plut&#244;t qu'un t&#233;moin, &lt;i&gt;traversait&lt;/i&gt; ce discours pour en retour l'envisager dans ce qu'il sous-tendait, le d&#233;visageait aussi dans sa violence, et vengeait enfin peut-&#234;tre en nommant le champ de force que la politique, dans l'angle mort de sa perception, &#233;tait incapable de consid&#233;rer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la langue po&#233;tique, ou si l'espace po&#233;tique de la langue a un sens, et je l'ai vu notamment dans les textes des &#233;tudiants ce jour-l&#224;, c'&#233;tait dans la saisie de cet espace : la po&#233;sie et le lyrisme ne figurant pas l'au-del&#224; politique d'une langue &lt;i&gt;haute&lt;/i&gt;, langue d&#233;barrass&#233;e du monde, trop &#233;lev&#233;e en regard des basses consid&#233;rations des &lt;i&gt;int&#233;r&#234;ts humains&lt;/i&gt;, mais au contraire, l'espace d'un feu crois&#233;, o&#249; la prise de parole lyrique, est &lt;i&gt;saisie&lt;/i&gt; de la parole politique, l&#224; o&#249; le monde fait probl&#232;me et l&#224; o&#249; la langue en intensit&#233; s'y affronte, o&#249; ce qui s'active dans la langue fait retour sur ce qui constitue la communaut&#233; &lt;i&gt;dans&lt;/i&gt; la communaut&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et si la po&#233;sie est bien l'activit&#233; d'une solitude, la recherche dans une langue qui est la sienne &#233;labor&#233; seulement dans/par une singularit&#233; inali&#233;nable, c'est aussi la mise en tension de solitudes en partage, parce que la langue que l'on parle est celle par laquelle on s'entend et signe d'une appartenance &#8211; je pense notamment &#224; cette phrase de Derrida, qui pourrait ici assigner la t&#226;che politique de la po&#233;sie, et qui r&#233;sonnait, au printemps dernier, &#224; Qu&#233;bec, &#224; travers ou avec les mots de Mich&#232;le Lalonde, dans les &#233;crits des &#233;tudiants et dans les textes de certains po&#232;tes ou &#233;crivains qu&#233;b&#233;cois alors : ces mots de Derrida, qui r&#233;sonnaient aussi pour le fran&#231;ais que je suis, tissant comme une parole commune, par-del&#224; les communaut&#233;s diff&#233;rentes, au-del&#224; des diff&#233;rences &#233;videmment qui demeurent entre langue de France et langue du Qu&#233;bec, mais &#224; travers l'exigence commune aussi de la langue radicale que l'on parle : ces mots de Derrida dans &lt;i&gt;politiques de l'amiti&#233;&lt;/i&gt; qui nomme cette inscription politique de la litt&#233;rature :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que faisons-nous et qui sommes-nous, nous qui vous appelons &#224; partager, &#224; participer et &#224; ressembler ? Nous sommes d'abord, comme amis, des amis de la solitude, et nous vous appelons &#224; partager ce qui ne se partage pas, la solitude. Des amis tout autres, des amis inaccessibles, des amis seuls parce qu'incomparables et sans commune mesure, sans r&#233;ciprocit&#233;, sans &#233;galit&#233;. Sans horizon de reconnaissance donc. Sans parent&#233;, sans proximit&#233;, sans &lt;i&gt;oikeiotes&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s cette bien trop longue pr&#233;sentation,je voudrais qu'on entende le po&#232;me de Michel Lalonde, dans son enregistrement du 27 mars 1970, film&#233; par Jean-Claude Labrecque, lue &#224; l'occasion de la c&#233;l&#232;bre Nuit de la Po&#233;sie &#8211; le po&#232;me avait &#233;t&#233; lu une premi&#232;re fois lors d'un spectacle politique en 1968, mais interdiction avait alors &#233;t&#233; faite de filmer ou d'enregistrer. Il s'agit donc ici de la version de 1970.&lt;/p&gt;
&lt;iframe width=&#034;420&#034; height=&#034;315&#034; src=&#034;http://www.youtube.com/embed/sCBCy8OXp7I&#034; frameborder=&#034;0&#034; allowfullscreen&gt;&lt;/iframe&gt;
&lt;p&gt;Speak White &#8211; une insulte : mais laquelle ? il me semble impossible de comprendre la complexit&#233; du dispositif po&#233;tique mis en place par Mich&#232;le Lalonde (et l'enjeu de ses ramifications apr&#232;s 1970&#8230;) sans prendre la mesure de la nature de cette insulte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Parler blanc &#187;, c'est, au XIXe s., parler la langue du ma&#238;tre, et dans cet &#233;trange transfert, qu'on dirait m&#233;tonymique, de la couleur vers la langue (avec comme vecteur, l'autorit&#233; totalitaire du majeur, au sens o&#249; Deleuze et Guattari emploient ce terme), le Ma&#238;tre est Anglais, et l'esclave, le mineur, le &lt;i&gt;n&#232;gre&lt;/i&gt;, parle Fran&#231;ais. L'insulte &#233;tait banale et entendue sur les chantiers, dans les usines, o&#249; les cadres anglophones imposaient leurs lois jusque dans la parole, mais elle avait aussi cours, de fa&#231;on peut-&#234;tre plus spectaculaire, &#224; la Chambre des communes, &#224; la fin du XIXe s. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'insulte raciste n'a (il me semble) plus court aujourd'hui, m&#234;me si en d&#233;cembre 1999, des militants avaient tendus une banderole sur le pont qui s&#233;pare le Qu&#233;bec et l'Ontario&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ici la br&#232;ve telle qu'on pouvait la d&#233;couvrir le 9 d&#233;cembre 1999 sur le site (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'insulte tombe en d&#233;su&#233;tude &#224; partir des ann&#233;es 60, Mich&#232;le Lalonde s'en ressaisit justement au moment o&#249; elle pourrait para&#238;tre obsol&#232;te pour la r&#233;activer &#8211; et dans le contexte tr&#232;s singulier, si puissant, de la fin des ann&#233;es 60 de la R&#233;volution tranquille, ce po&#232;me peut se lire comme un manifeste politique et lyrique sur la place du Qu&#233;bec dans la conf&#233;d&#233;ration, et surtout en tant que peuple et espace nomm&#233;s par une langue capable de nommer le monde, il est plus largement encore une mise en r&#233;flexion de la po&#233;sie comme arme capable de produire une saisie du Qu&#233;b&#233;cois en langue parl&#233;e par un peuple et poss&#233;dant une histoire. Une sorte de d&#233;fense et illustration de la langue qu&#233;b&#233;coise &#8211; un geste politique en acte et en mot. &lt;br class='autobr' /&gt;
Intituler ce po&#232;me &lt;i&gt;Speak White&lt;/i&gt; joue alors dans le double sens contradictoire que manipulent bien des communaut&#233;s mineures (proc&#233;d&#233;s bien &#233;tudi&#233;s aujourd'hui, je pense &#224; ce qui s'est jou&#233; dans la s&#233;mantique homophobe ou raciste, et comment les communaut&#233; homosexuels et Noirs ont utilis&#233; le mot de l'insulte en terme pour les sur-qualifier eux-m&#234;mes). &lt;i&gt;Speak White&lt;/i&gt;, ce serait une mani&#232;re de reprendre &#224; son compte cette insulte, pour &#233;crire, en quelques vers, un manifeste produisant sa contre-insulte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, dans le contexte de 1968, le po&#232;me se veut un &#233;cho et un soutien au livre de Pierre Valli&#232;res, &lt;i&gt;N&#232;gres d'Am&#233;rique&lt;/i&gt; 2, qui venait alors d'&#234;tre saisi par la Police. Un comit&#233; d'aide avait &#233;t&#233; cr&#233;&#233;, et fut organis&#233;, &#224; l'initiative de Pauline Julien et Gaston Miron, un spectacle &#171; Chansons et po&#232;mes de la R&#233;sistance &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est donc largement contre le pouvoir central anglophone que ce texte est bien s&#251;r con&#231;u, et &#233;crit. &#171; Les Qu&#233;b&#233;cois sont un peuple sans histoire et sans litt&#233;rature &#187;, disait le rapport sur &lt;I&gt;Les affaires de l'Am&#233;rique du Nord britannique&lt;/i&gt;, ou rapport Durham r&#233;dig&#233; en 1838, pr&#233;lude au projet, plus tard r&#233;alis&#233;, d'union des deux provinces du Bas et du Haut Canada, et qui fut re&#231;u comme une insulte par les Qu&#233;b&#233;cois : phrase &#224; laquelle &#224; distance de l'histoire, mais pr&#233;cis&#233;ment pour en signer la vacuit&#233;, r&#233;pond &#171; la langue b&#232;gue d'un peuple inculte &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Parole b&#232;gue qui fait &#233;cho &#224; ce que disait Mandelstam de son propre rapport (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un texte militant d'une cause, fondateur, revendicateur ? Tr&#232;s vite, le po&#232;me devient en effet un &#233;tendard du Mouvement souverainiste. Il est publi&#233; dans la revue Socialisme et gagne rapidement le statut de symbole, &#224; la fois lieu de formulation d'une identit&#233;, et preuve de cette identit&#233; : un signe en m&#234;me temps qu'une trace.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Se lit pourtant plus profond&#233;ment dans ce po&#232;me autre chose. Il travaille un mouvement qu'on pourrait dire centrip&#232;te, et non centrifuge : non pas tourn&#233; sur la communaut&#233; de laquelle il &#233;mane, mais cherchant partout o&#249; c'est possible dans la langue, des dynamiques de d&#233;territorialisations : c'est avec le Qu&#233;bec, l'appel &#224; une &#233;mancipation de toutes les autorit&#233;s de discours qui nient la singularit&#233; des langues et des hommes, dans les colonies fran&#231;aises, ou les anciennes colonies fran&#231;aises, comme dans tous les endroits du monde o&#249; une telle violence symbolique (et pas seulement symbolique) se fait : la communaut&#233; de fr&#232;res d'une m&#234;me histoire bafou&#233;e, au sein m&#234;me de la langue (comme au Congo, au Viet-Nam, en Afrique du Nord)&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt;speak white&#8232;&lt;br/&gt;tell us again about Freedom and Democracy&#8232;&lt;br/&gt;nous savons que libert&#233; est un mot noir&#8232;&lt;br/&gt;comme la mis&#232;re est n&#232;gre&#8232;&lt;br/&gt;et comme le sang se m&#234;le &#224; la poussi&#232;re des rues d'Alger ou de Little Rock&lt;/small&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;C'est un appel &#224; la communaut&#233; de ces peuples entre eux, jusqu'&#224; l'affirmation terminale, qui n'est qu'un point de d&#233;part des luttes &#224; venir : &lt;i&gt;nous ne sommes pas seuls.&lt;/i&gt; Nous ne sommes pas seuls &#224; &#234;tre &#233;trangers dans la langue que nous parlons. Nous ne sommes pas seuls &#224; &#234;tre ni&#233;s dans notre langue. Nous ne sommes pas seuls &#224; dire que nous ne sommes pas seuls.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On comprend en ce sens pourquoi Mich&#232;le Lalonde ne d&#233;fend pas la puret&#233; de la langue fran&#231;aise, et son texte en ce sens est d'une complexit&#233; plus grande qu'il pourrait n'y para&#238;tre. C'est au contraire contre la puret&#233; originelle que s'&#233;crit ce texte :&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt;parlez un fran&#231;ais pur et atrocement blanc&#8232;&lt;br/&gt;comme au Vi&#234;t-Nam au Congo&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;/small&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Deux blancheur sont renvoy&#233;es dos-&#224;-dos : celle de l'anglais et celle du fran&#231;ais : c'est que le qu&#233;b&#233;cois est d'une double minorit&#233; : minorit&#233; dans la langue majeure anglaise, et minorit&#233; dans la langue majeure fran&#231;aise, pour reprendre les concepts forg&#233;s par Deleuze et Guattari dans leur essai sur Kafka.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt;Mineur ne qualifie plus certaines litt&#233;ratures, mais les conditions r&#233;volutionnaires de toute litt&#233;rature au sein de celle qu'on appelle grande (ou &#233;tablie). Mais celui qui a le malheur de na&#238;tre dans le pays d'une grande litt&#233;rature doit &#233;crire dans sa langue (cf. Kafka, le juif tch&#232;que qui &#233;crit en allemand) : &#233;crire comme un chien qui fait son trou, un rat qui fait son terrier. Et, pour cela, trouver son propre patois, son tiers-monde &#224; soi, son d&#233;sert &#224; soi&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On rappellera bri&#232;vement les trois dynamiques de la litt&#233;rature mineure (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;p&gt;Ici, le Qu&#233;b&#233;cois a le malheur, et et donc ce bonheur, d'&#233;crire dans cette double minorit&#233;. Mich&#232;le Lalonde revendique cette minorit&#233; &lt;i&gt;&#224; la puissance&lt;/i&gt;, aussi, et avec force, un certain h&#233;ritage culturel et m&#233;tiss&#233; : la langue qui se parle ici n'est pas un fran&#231;ais originel vers lequel il faudrait tendre pour renouer aux racines utopiques, historiques, non &#8211; mais l&#224; o&#249; se joue la singularit&#233; de la langue, c'est lorsqu'elle travaille la langue en pr&#233;cipice intime d'une histoire, qui est &lt;i&gt;aussi&lt;/I&gt; am&#233;ricaine, dans une terre qui n'est pas l'Europe, et qui s'est invent&#233;e dans des croisements multiples, un rapport tiers au monde et au verbe, qui n'est ni celui de l'anglais, ni celui du fran&#231;ais d'Europe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;I&gt;Speak White&lt;/I&gt; est donc un texte complexe, qui s'inscrit dans une histoire elle-m&#234;me complexe et ouverte, et dont le devenir lui-m&#234;me est &#233;minemment fractur&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1980, un auteur de th&#233;&#226;tre, Marco Micone, qui se pr&#233;sente (sur son site) comme un &#171; francophone ayant l'italien comme langue maternelle &#187;, publie un po&#232;me intitul&#233; &lt;I&gt;Speak What&lt;/I&gt;, qui sera l'objet de nombreuses controverses et r&#233;v&#232;lera des fractures au sein m&#234;me des d&#233;fenseurs de la souverainet&#233; du Qu&#233;bec et de la d&#233;fense de la langue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;cente r&#233;&#233;dition de &lt;I&gt;L'Anthologie de la po&#233;sie Qu&#233;b&#233;coise&lt;/I&gt; par Mailhot et Nevpeu, a introduit celui de Marco Micone. Les &#233;diteurs parlent de ce dernier comme d'un texte &#171; embl&#233;matique de la nouvelle identit&#233; qu&#233;b&#233;coise &#187;. Il a &#233;t&#233; inscrit au programme des &#233;coles, et soutenu par le Minist&#232;re de l'&#233;ducation du Qu&#233;bec &#8211; on peut en lire un extrait par exemple dans la r&#233;cent &lt;i&gt;Histoire de la litt&#233;rature qu&#233;b&#233;coise&lt;/i&gt;, parue en 2008 aux &#233;ditions Bor&#233;al.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or que dit ce po&#232;me ? Sur le m&#234;me patron rythmique, et adoptant une scansion similaire, &#224; tel point qu'il ne me semble pas excessif de parler &#224; son propos de pastiche (voire, de plagiat assum&#233; &#8211; l'auteur revendique une conception de la litt&#233;rature comme faite &#171; de suite d'emprunts, de r&#233;&#233;critures, de recyclages et de contaminations &#187; ), il para&#238;t si ce n'est en opposition, du moins en profonde dissension avec le po&#232;me de Mich&#232;le Lalonde. J'en lis ici des extraits :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Il est si beau de vous entendre parler &lt;br&gt;de La Romance du vin &lt;br&gt;et de L'Homme rapaill&#233; &lt;br&gt;d'imaginer vos coureurs des bois &lt;br&gt;des po&#232;mes dans leurs carquois [&#8230;]&#8232;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;speak what now &lt;br&gt;nos parents ne comprennent d&#233;j&#224; plus nos enfants &lt;br&gt;nous sommes &#233;trangers &#224; la col&#232;re de F&#233;lix &lt;br&gt;et au spleen de Nelligan [&#8230;]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;speak what &lt;br&gt;comment parlez-vous dans vos salons hupp&#233;s &lt;br&gt;vous souvenez-vous du vacarme des usines &lt;br&gt;and of the voice des contrema&#238;tres &lt;br&gt;you sound like them more and more [&#8230;] &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;speak what now&#8232;&lt;br&gt;que personne ne vous comprend &lt;br&gt;ni &#224; St-Henri ni &#224; Montr&#233;al-Nord &lt;br&gt;nous y parlons la langue du silence &lt;br&gt;et de l'impuissance [&#8230;]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;speak what &lt;br&gt;&#171; productions, profits, et pourcentages &#187; &lt;br&gt;parlez-nous d'autres choses&#8232;&lt;br&gt;des enfants que nous aurons ensemble [&#8230;]&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;p&gt;R&#233;pondant presque point par point &#224; Mich&#232;le Lalonde, il lui reproche semble-t-il un militantisme de salon, un enfermement dans l'autarcie revendicatrice, une cl&#244;ture d'un entre-soi qui finalement se retournerait contre la volont&#233; &#233;mancipatrice qui l'avait fond&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette r&#233;&#233;criture, Mich&#232;le Lalonde et ses d&#233;fenseurs, comme Ga&#235;tan Dostie, l'ont douloureusement re&#231;ue &#8211; et ce fut l'occasion de violentes r&#233;parties, d'&#233;changes d'insultes sur lesquels on ne reviendra pas. Mich&#232;le Lalonde refuse depuis de laisser publier son po&#232;me dans les m&#234;mes ouvrages que le dramaturge. Elle a m&#234;me rompu avec son &#233;diteur, lorsqu'il est devenu celui de Marco Micone. Elle refuse &#233;galement de figurer dans les m&#234;mes recueils que le po&#232;me de Micone, ce qui produit cette absurdit&#233; : dans l'anthologie Maillot / Nepveu on peut lire la r&#233;&#233;criture, et non le po&#232;me originel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &#171; What &#187; surtout du titre a cristallis&#233; bien des tensions : l'injure se retournait contre la premi&#232;re, et s'adressait &#224; la langue m&#234;me qui avait voulu se d&#233;faire pour se lib&#233;rer : &lt;i&gt;chat&lt;/i&gt;, cela revenait &#224; dire que tout ce mouvement n'avait produit qu'une langue incompr&#233;hensible, inapte &#224; l'ouverture qu'elle se proposait, un &lt;I&gt;quelque chose&lt;/i&gt; qui ne trouvait ni finalit&#233;, ni consistance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La o&#249; finalement le texte de Lalonde cherchait un devenir r&#233;volutionnaire par del&#224; la langue mineure dans la minorit&#233; m&#234;me de la langue, Micone ne lisait qu'un probl&#232;me de colonis&#233;s embourgeois&#233;s, et en palimpseste d&#233;tournait chaque proposition pour les renverser au nom d'un multiculturalisme bon teint qui finalement n'a rien &#224; voir avec la solidarit&#233; active que travaillait Lalonde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des malentendus aux contradictions &#8211; ce sont deux mani&#232;res de revendiquer la langue qu&#233;b&#233;coise qui s'affrontent, ou se confrontent. En 1980, le probl&#232;me s'&#233;tait d&#233;plac&#233;, cette fois sur la question des migrants, et Micone reprend le questionnement de Lalonde en le produisant sur cet enjeu. Ce faisant, il attaquait profond&#233;ment le po&#232;me de 1968 : en disant, dans le sillon m&#234;me de Lalonde qu'il ne comprenait plus la langue revendiqu&#233;e par les souverainistes issus de la R&#233;volution Tranquille, n'&#233;tait-ce pas une violence, une insulte, une provocation agissant en r&#233;cusation, au nerfs m&#234;me qui la constituait alors ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dernier avatar, ou prolongement &#8211; &lt;i&gt;Speak Red&lt;/i&gt; : sur un texte de Catherine C&#244;t&#233;-Ostiguy, et dans un film r&#233;alis&#233; par Jean-David Marceau, des &#233;tudiants, pendant le mouvement du printemps dernier, r&#233;citent un po&#232;me qui dit l'opposition aux mesures entreprises par le gouvernement f&#233;d&#233;ral. L&#224; o&#249; justement le texte de Lalonde s'arr&#234;tait, sur les questions au pr&#233;sent de son &#233;nonciation d'un contenu politique &#224; donner &#224; la d&#233;fense de la langue, le &lt;i&gt;Speak Red&lt;/i&gt; s'en saisit, parle dans sa bouche pourrait-on dire, pour le faire parler, apr&#232;s lui, et en lui, engageant la lutte avec le monde que le po&#232;me matriciel avait initi&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;iframe width=&#034;560&#034; height=&#034;315&#034; src=&#034;http://www.youtube.com/embed/zkbBeQ21d1c&#034; frameborder=&#034;0&#034; allowfullscreen&gt;&lt;/iframe&gt;
&lt;p&gt;C'est comme si &lt;i&gt;Speak White&lt;/i&gt; avait fourni une matrice, po&#233;tique, lyrique, politique, une sorte de sillon &#224; prendre et reprendre (et n'est-ce pas le sens premier de la po&#233;sie ?), dans son sens et en son contraire, aux risques des contradictions, paroles successives le creusant &#224; chaque passage d'une profondeur insoup&#231;onn&#233;e, autorisant pour ainsi dire la langue &#224; forer dans ces endroits de passage et de bascule aux soubresauts du monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si &lt;i&gt;Speak White&lt;/i&gt; est une prise de parole, c'est aussi &#224; une incitation majeure d'une reprise au lieu o&#249; la parole fut entreprise qu'elle invite. Nous ne sommes pas seuls, disait le texte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a quelques jours par d&#233;cret minist&#233;riel, la litt&#233;rature est devenue une option dans le nouveau programme &lt;i&gt;culture et communication&lt;/i&gt; au C&#233;geps : changement de nom, ou v&#233;ritable renoncement &#224; l'approche des arts comme arts, de la langue comme rapport au monde et au verbe, et non comme vecteur d'une information &#224; transmettre ? &lt;br class='autobr' /&gt;
L&#224; o&#249; un texte comme celui de Mich&#232;le Lalonde peut donner des armes, c'est quand il d&#233;signe le point d'articulation de la langue et de l'histoire, non pas dans la diffusion d'une connaissance, d'une communication d'un donn&#233;, mais dans la t&#226;che de nomination : celle d'une structure de pouvoir, celle d'une relation &#224; la vie et &#224; l'histoire (celle qu'on choisit, voire invente) par la langue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce &#224; quoi invite le texte de Lalonde, c'est aussi &#224; une pratique en acte de la langue dans cette t&#226;che incessante de nomination, celle du temps pr&#233;sent en tant qu'il peut &#234;tre celui du temps &#224; venir, parce qu'il aura &#233;t&#233; celui d'un temps pass&#233; qui demeure l'utopie du r&#233;el possible, l'autre nom de ce qu'est le politique, quand il reste apr&#232;s le polissage des convenances, que le cri et que l'insulte pour rester digne.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt;mais pour vous dire&#8232;&lt;br&gt; l'&#233;ternit&#233; d'un jour de gr&#232;ve&#8232;&lt;br&gt; pour raconter&#8232;&lt;br&gt; une vie de peuple-concierge&#8232;&lt;br&gt; mais pour rentrer chez nous le soir&#8232;&lt;br&gt; &#224; l'heure o&#249; le soleil s'en vient crever au-dessus des ruelles&#8232;&lt;br&gt; mais pour vous dire oui que le soleil se couche oui&#8232;&lt;br&gt; chaque jour de nos vies &#224; l'est de vos empires&#8232;&lt;br&gt; rien ne vaut une langue &#224; jurons&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ici la br&#232;ve telle qu'on pouvait la d&#233;couvrir le 9 d&#233;cembre 1999 sur le site de Radio-Canada : &#171; Des employ&#233;s du minist&#232;re f&#233;d&#233;ral des travaux publics ont enlev&#233; une banderole de mauvais de go&#251;t sur le pont interprovincial. On pouvait lire sur la banderole accroch&#233;e du c&#244;t&#233; qu&#233;b&#233;cois du pont : &#171; Bienvenue &#224; Ottawa : From this point speak white ! &#187; La banderole a &#233;t&#233; install&#233;e durant la nuit et a &#233;t&#233; enlev&#233;e vers 8 h 15. Bien en vue, les automobilistes et les pi&#233;tons en direction d'Ottawa qui franchissaient le pont ce matin &#224; l'heure de pointe ne pouvaient pas la rater. Quatre jeunes franco-ontariens ont t&#233;l&#233;phon&#233; &#224; la salle des nouvelles de Radio-Canada pour dire qu'ils ont install&#233; la banni&#232;re sur le pont interprovincial ce matin. Ils disent qu'ils ont pos&#233; ce geste pour d&#233;noncer le fait que les Jeux de la Francophonie risquent de se tenir dans une ville unilingue anglaise. Ils ajoutent que l'expression &#171; SPEAK WHITE &#187; &#233;tait employ&#233;e il y a 100 ans &#224; l'endroit des francophones qui traversaient de 'Hull &#224; Ottawa. Le groupe de militants dit pr&#233;parer d'autres coups d'&#233;clat. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Parole b&#232;gue qui fait &#233;cho &#224; ce que disait Mandelstam de son propre rapport &#224; sa langue et son histoire : &#171; Ma m&#233;moire est non pas d'amour mais d'hostilit&#233; et elle travaille non pas &#224; reproduire mais &#224; &#233;carter le pass&#233; &#8211; pour un intellectuel de m&#233;diocre origine, la m&#233;moire est inutile, il lui suffit de parler des livres qu'il a lus, et sa biographie est faite (&#8230;) L&#224; o&#249; chez les g&#233;n&#233;rations heureuses, l'&#233;pop&#233;e parle en hexam&#232;tre et en chronique, chez moi se tient un signe de b&#233;ance, et entre moi et le si&#232;cle g&#238;t un ab&#238;me, un foss&#233; rempli du temps qui bruit. Que voulait dire ma famille ? Je ne sais. Elle &#233;tait b&#232;gue de naissance et cependant elle avait quelque chose &#224; dire. Sur moi et sur beaucoup de mes contemporains, p&#232;se le b&#233;gaiement de la naissance ; nous avons appris non pas &#224; parler mais &#224; balbutier, et ce n'est qu'en pr&#234;tant l'oreille, au bruit croissant du si&#232;cle et une fois blanchi par l'&#233;cume de sa cr&#234;te, que nous avons acquis une langue. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On rappellera bri&#232;vement les trois dynamiques de la litt&#233;rature mineure pour Deleuze et Guattari : &lt;br /&gt;&#8212; Le premier consiste &#224; affecter la langue d'un fort coefficient de d&#233;territorialisation : &#171; L'allemand de Prague est une langue d&#233;territorialis&#233;e, propre &#224; d'&#233;tranges usages mineurs. (Dans un autre contexte aujourd'hui, ce que les Noirs, peuvent faire avec l'am&#233;ricain) &#187;.
&lt;br /&gt;&#8212; Le deuxi&#232;me caract&#232;re de la litt&#233;rature mineure, c'est que tout y est politique. C'est le branchement de l'individu sur l'imm&#233;diat-politique. &#171; Dans les grandes litt&#233;ratures l'affaire individuelle (familiale, conjugale) tend &#224; rejoindre d'autres affaires non moins individuelles, le milieu social servant d'environnement et d'arri&#232;re-fond. (&#8230;) La litt&#233;rature mineure est tout &#224; fait diff&#233;rente : son espace exigu fait que chaque affaire individuelle est imm&#233;diatement branch&#233;e sur la politique. (&#8230;) C'est en ce sens que le triangle familial se connecte aux autres triangles, commerciaux, &#233;conomiques, bureaucratiques, juridiques, qui en d&#233;terminent les valeurs
&lt;br /&gt;&#8212; Le troisi&#232;me (et dernier) caract&#232;re de la litt&#233;rature mineure, c'est que tout prend une valeur collective. Il s'agit de &#171; l'agencement collectif d'&#233;nonciation. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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