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	<title>arnaud ma&#239;setti | carnets</title>
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	<description>Carnets d'&#233;critures et de lectures, journal, images, textes &amp; fictions web. (Depuis octobre 2005)</description>
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		<title>arnaud ma&#239;setti | carnets</title>
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		<title>Aubes | XVI. (N'importe o&#249; hors du monde)</title>
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		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>


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		<description>&lt;p&gt;seizi&#232;me chapitre&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.arnaudmaisetti.net/spip/fictions-du-monde-recits/aubes/" rel="directory"&gt;Aubes&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.arnaudmaisetti.net/spip/mot/_aube" rel="tag"&gt;_aube&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.arnaudmaisetti.net/spip/mot/_fiction" rel="tag"&gt;_Fiction&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;small&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;
&lt;i&gt;Aubes&lt;/i&gt;. R&#233;cit commenc&#233; en 2006, mille fois abandonn&#233;, repris mille et une fois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voir pr&#233;sentation &lt;a href=&#034;http://www.arnaudmaisetti.net/spip/spip.php?rubrique103&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;du projet ici&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici le quinzi&#232;me chapitre &#8212; o&#249; il est question trouver refuge.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;/small&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;center&gt;
&lt;big&gt;
&lt;p&gt;XVI&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N'importe o&#249; hors du monde&lt;/p&gt;
&lt;/big&gt;
&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;N'importe o&#249; hors du monde. L'&#233;vidence s'&#233;tablissait. Il fallait trouver un endroit, loin, o&#249; se retrouver, et si c'est ce lieu que Victor cherchait pour emmener Anna, il ne le trouverait jamais &#8212; pourtant, ce n'&#233;tait pas possible autrement ; hors du monde, tout l'exigeait. C'&#233;tait dans son visage, dans ses mouvements ; et c'&#233;tait dans l'invisible que chaque geste d'Anna entourait, appelait, et sans cesse &#233;vanouissait. Victor aurait voulu l'emmener si loin. Le d&#233;sir de l'emmener l&#224; o&#249; personne ne les trouverait s'imposait, se r&#233;clamait comme un arr&#234;t de mort. Victor la regardait. Ils marchaient dans Paris, vers le nord, vaguement, ou vers l'est. Le soleil au plus haut. Anna se laissait conduire sans poser de question ; la suite viendrait d'elle-m&#234;me. Victor ne cessait pas de la d&#233;visager en marchant ; il ne savait pas ce qu'il regardait, la r&#233;ponse lui aurait arrach&#233; la peau, mais il ne pouvait cesser de la regarder ; la l&#233;g&#232;ret&#233; qui s'attachait &#224; ses pas, aux mouvements de ses v&#234;tements, et que poursuivaient ses gestes &#8212; le myst&#232;re s'&#233;paississait : Anna avait d&#251; r&#233;ellement mourir pour revenir ici, et ce visage &#233;tait celui d'une morte : jamais il n'avait &#233;t&#233; si d&#233;sirable, si reconnaissable. La reconnaissance s'&#233;tait abattue sur elle d&#232;s la premi&#232;re seconde, et elle se prolongeait, c'&#233;tait incompr&#233;hensible. Autour d'eux, on se pressait pour rentrer, et le retard d&#233;sormais commen&#231;ait, il n'allait pas finir jusqu'au soir ; dimanche &#233;tait d&#233;j&#224; sur le point de basculer derri&#232;re son point de non-retour ; pour ceux qui se pressaient et rentraient, il allait falloir manger, puis occuper l'apr&#232;s-midi le plus largement possible pour le soir venu, ne pas avoir &#224; le regretter &#8212; et le pleurer la semaine suivante. Et l'attendre. On n'&#233;tait pas dans la vie alors &#8212; on passait son temps &#224; vouloir la rattraper, c'&#233;tait sans fin ; Victor et Anna voyaient passer autour d'eux les fuites en avant de ceux qui ne fuient rien, et qui ne vont au-devant de rien d'autre que d'une vie pass&#233;e, pass&#233;e &#224; la regarder passer, pass&#233;e depuis toujours. Victor regardait Anna. Il cherchait &#224; comprendre pourquoi il ne pouvait s'en d&#233;tacher, de cette forme vague, et presque invisible, de ses gestes sans cesse sur le point de se faire, et qui ne se faisaient jamais ; Anna maintenait tout en marchant la t&#234;te l&#233;g&#232;rement baiss&#233;e sur le sol. Il fallait &#234;tre loin. Il aurait fallu trouver un endroit hors du monde, n'importe o&#249;, mais loin, o&#249; le visage d'Anna lev&#233; aurait dissip&#233; les myst&#232;res &#8212; et Victor en aurait eu la peau arrach&#233;e, il le savait ; Anna portait cela. Non qu'elle ait seulement &#233;chapp&#233; &#224; la mort, mais qu'elle l'e&#251;t travers&#233;, c'&#233;tait sans doute ce dont t&#233;moignaient ses gestes, l'imminence sans cesse d&#233;rob&#233;e de ses gestes. Et voil&#224; qu'elle devait mourir de nouveau. Victor essayait, tout en cherchant un endroit o&#249; aller, loin d'ici &#8212; et ce n'&#233;tait pas fuir, au contraire &#8212; de comprendre la force qui se d&#233;gageaient d'elle ; sa voix qui avait lu tout &#224; l'heure la lettre n'avait fait qu'amorcer une lente mais puissante violence, sourde et muette &#8212; il la pressentait d&#233;j&#224; ; et savait qu'il n'en ressortirait pas indemne &#8212; il &#233;tait pr&#234;t. Il avait attendu longtemps de s'y confronter. Anna ne revenait pas seulement avec leur pass&#233; &#224; tous les deux, avec leur avenir possible ou impossible &#224; tous les deux, elle n'apportait pas les regrets, ni les espoirs, mais sous chacun de ses pas, derri&#232;re ses gestes, ses silences, sa voix tendue, son visage presque disparu, elle apportait la fin de tout, de la peur, des col&#232;res, de ce qui l'avait maintenu en vie, lui, et de ce qui l'avait tu&#233;e, mais pas assez &#8212; et encore &#8212; : la fin de la survie, et comment nommer ce qui suit. Comment dire ce qui s'&#233;tendait au-devant, large et profond comme une plaie, une vie enti&#232;re d&#233;j&#224; travers&#233;e par la mort. Comment le dire. Anna se taisait, Victor la regardait, et ils marchaient, dans mars plong&#233; sous la lumi&#232;re, cette ville pesante qui sentait le retard, le temps perdu, cette ville plus petite qu'une chambre, le monde la recouvrait presque &#8212; et il fallait &#234;tre ailleurs, n'importe o&#249;, mais hors de ce monde, plus loin ; trouver un endroit nouveau, mais d&#233;j&#224; connu autrefois pour s'y replonger et changer l'espace ; un fleuve o&#249; se baigner une seconde fois. Victor aurait bien voulu la conduire chez lui, mais c'&#233;tait impossible ; rentrer, et la journ&#233;e se serait arr&#234;t&#233;e sur elle-m&#234;me ; et puis rue Saint-Sauveur, son fr&#232;re avait dormi la nuit derni&#232;re, il ne savait pas dans quel &#233;tat il aurait trouv&#233; l'appartement. Victor, lui, avait pass&#233; la nuit assis quelque part, &#224; attendre le matin. Il avait un peu dormi, sur un quai apr&#232;s Saint-Louis, mais s'&#233;tait vite r&#233;veill&#233; ; regarder la couleur de l'eau changer, passer du gris profond, au bleu laiteux du ciel de novembre. Au blanc cass&#233; de mars. N'importe o&#249; hors du monde, &#231;a excluait Saint-Sauveur. &#199;a excluait tout Paris &#8212; ou presque &#8212;, et il fallait bien trouver un endroit o&#249; aller, un lieu o&#249; s'asseoir et parler, se reconna&#238;tre. Rien ne lui venait. Alors, Victor reprenait sa route du matin, il marchait au hasard, encore ; et Anna se laissait conduire &#8212; mais rien n'&#233;tait semblable au matin. Anna d&#233;pla&#231;ait la ville avec elle, les rues changeaient de place et d'histoire ; Victor pour la premi&#232;re fois depuis si longtemps les reconnaissait &#224; nouveau. Le go&#251;t dans la bouche revenait, mais il revenait perdu comme une couleur pass&#233;e sur un v&#234;tement. Ils traversaient les endroits o&#249; ils avaient l'habitude d'aller autrefois, avant Berlin, avant la maladie, la neige sur la nuit, le reste. Les souvenirs revenaient tous seuls, et s'effa&#231;aient, il n'&#233;tait pas besoin de les rappeler, un regard suffisait, il &#233;tait d&#233;finitif. Anna marchait lentement. Lire la lettre l'avait apais&#233; &#8212; Berlin paraissait si loin, ces ann&#233;es soudain avaient finies par &#234;tre derri&#232;re elle ; elles s'&#233;taient achev&#233;es en quelques minutes, l&#224; ; elles s'&#233;taient d&#233;chir&#233;es peu &#224; peu derri&#232;re chaque mot qu'elle avait lu. Victor ne voulait pas savoir ce qu'il se passait. Il voulait trouver un endroit hors du monde, c'est tout ; un lieu o&#249; emmener Anna et rester avec elle, parler, la toucher, la regarder, attendre avec elle, et le temps ne serait pas le m&#234;me que cette nuit &#8212; la nuit ne passerait jamais. N'importe o&#249; hors du monde, ce pouvait &#234;tre n'importe o&#249; avec Anna &#8212; sauf ici &#8212;, il le comprenait maintenant ; avec elle, s'allongeaient les ombres de ces ann&#233;es, elle emmenait les possibles, elle emmenait les nuits o&#249; se parler et se toucher avaient un sens &#224; nouveau. Quand Victor voyait des couples dans la rue, il m&#233;prisait cette gestuelle, cette parure vulgaire des promesses qu'on ne tiendrait pas ; et il se flattait toujours d'&#234;tre seul. Il resterait seul &#224; jamais, plut&#244;t que de se laisser entra&#238;ner dans cette com&#233;die d'appartenance, cette id&#233;e stupide de la propri&#233;t&#233;. Victor marchait avec Anna, mais ce n'&#233;tait pas un couple ; pour rien au monde Victor, comme Anna, voulait donner l'impression d'&#234;tre en couple, d'&#234;tre un couple. Ils marchaient parce qu'ils cherchaient un lieu hors du monde o&#249; se donner, o&#249; continuer les jours l&#224; o&#249; ils les avait laiss&#233;s, quelque part &#224; Berlin, sous la neige, il y a des ann&#233;es. Les couples qui se donnent en spectacle sont de si mauvais acteurs. Ils ne font que jouer la com&#233;die qu'attend l'autre &#8212; c'est histoire de croyance et de bonne volont&#233;. L'appartenance dure le temps que s'ach&#232;ve cette croyance. Quand ils meurent ensemble, c'est souvent d'avoir v&#233;cu cette croyance jusqu'&#224; les confondre avec la vie, leur vie oblig&#233;e, li&#233;e &#224; l'obligation de l'autre ; et plus rien ne distingue la vie du jeu qu'on lui fait faire. &#171; Vous savez, les somnambules, quand vous les appelez, ils tombent&#8230; &#187; Oui, &#231;a ressemblait &#224; cette phrase des Enfants du Paradis, l&#226;ch&#233;e par Maria Casar&#232;s comme pour se rattraper dans sa chute &#224; un rayon de lumi&#232;re. Il suffisait d'un simple appel, pas m&#234;me un appel, un seul geste parfois, et puis ils tombaient par centaine. Mais &#231;a n'amusait plus Victor, au contraire. Il ne les regardait m&#234;me plus. Les caniches heureux de leur absolu oubliaient d'avoir honte &#8212; mais am&#233;nageaient leur dimanche pour le confort d'une vie sociale, et prot&#233;ger le sommeil des appels sur lesquelles ils pouvaient tr&#233;bucher. Ils oubliaient la prostitution qu'ils menaient &#224; plus ou moins grand train. Ce n'&#233;tait pas de la haine ordinaire &#8212; Victor apr&#232;s les avoir longtemps pris en piti&#233;, s'&#233;tait fait une raison. Il en &#233;tait d&#233;sormais indiff&#233;rent : et r&#233;servait sa col&#232;re pour les sujets qui en valaient la peine. Anna marchait lentement, elle baissait la t&#234;te dans un demi sourire, et ne disait rien aux paroles de Victor qui continuait &#224; la conduire au hasard, de la place des Victoires, jusqu'au Sentier, au hasard et sans but pr&#233;cis, hors cette recherche d'un lieu o&#249; se retirer, n'importe o&#249; hors du monde, hors des trafics r&#233;pandus partout des appartenances conc&#233;d&#233;es sur les corps, des cha&#238;nes qu'on lie et qu'on enroule autour des annulaires pour se jurer une fid&#233;lit&#233; abjecte &#8212; la respecter, et c'est mourir dans la contrition ; la d&#233;noncer, et c'est vivre dans la trahison. Victor &#233;tait intarissable. On avait invent&#233; deux id&#233;es diff&#233;rentes pour une m&#234;me culpabilit&#233; ; l'imagination des hommes, dans ce domaine comme dans d'autres, avait &#233;t&#233; redoutable. Il s'&#233;tait tu. Il ne voulait surtout pas para&#238;tre moralisateur, juge des consciences dont il n'avait finalement que faire. Derri&#232;re une ruelle, pr&#232;s du Passage Choiseul, la rue des Filles-Saint-Thomas s'&#233;tendait lumineuse, et au coin une impasse vide s'ouvrait, des marches conduisaient en contrebas vers une petite cour, au pied d'un immeuble dont la large porte en bois s'ouvrait toute seule, bris&#233;e. L'immeuble, fait tout entier de bureaux sans doute, n'&#233;tait pas habit&#233;. Anna reconnut la rue, et l'immeuble, et les marches qu'ils venaient de descendre. Elle se laissa conduire, silencieuse et indiff&#233;rente, hors du monde.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Aubes | XV. (Quand on regarde le soleil)</title>
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		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>


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		<dc:subject>_Fiction</dc:subject>
		<dc:subject>_lumi&#232;re</dc:subject>
		<dc:subject>_soleil</dc:subject>
		<dc:subject>_jeune fille</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;quinzi&#232;me chapitre&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.arnaudmaisetti.net/spip/fictions-du-monde-recits/aubes/" rel="directory"&gt;Aubes&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.arnaudmaisetti.net/spip/mot/_aube" rel="tag"&gt;_aube&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.arnaudmaisetti.net/spip/mot/_fiction" rel="tag"&gt;_Fiction&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.arnaudmaisetti.net/spip/mot/_soleil" rel="tag"&gt;_soleil&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.arnaudmaisetti.net/spip/mot/_jeune-fille" rel="tag"&gt;_jeune fille&lt;/a&gt;

		</description>


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		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;small&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;
&lt;i&gt;Aubes&lt;/i&gt;. R&#233;cit commenc&#233; en 2006, mille fois abandonn&#233;, repris mille et une fois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voir pr&#233;sentation &lt;a href=&#034;http://www.arnaudmaisetti.net/spip/spip.php?rubrique103&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;du projet ici&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici le quinzi&#232;me chapitre &#8212; o&#249; il est question des formes &#233;tranges que prend le ciel quand on le d&#233;visage, surtout quand on est une jeune fille arm&#233;e d'un appareil photo, errant dans la ville pour la trouver.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;/small&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;center&gt;
&lt;big&gt;
&lt;p&gt;XV.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand on regarde le soleil&lt;/p&gt;
&lt;/big&gt;
&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Quand on regarde le soleil en face, il se forme tr&#232;s rapidement sur la r&#233;tine des petites taches noires autour du cercle lumineux. On croit &#224; tort que c'est cela, &#234;tre aveugl&#233;. On baisse les yeux et les taches restent fix&#233;es &#224; chaque objet dont on ne per&#231;oit qu'un halo. En fait, les taches se forment uniquement pour prot&#233;ger la corn&#233;e : recouvrir la lumi&#232;re brutale d'une armure de noirceur. Maud sait bien cela et ne veut pas que son corps triche avec la lumi&#232;re. Alors, quand elle prend en photo le premier soleil du jour en face, comme chaque jour, elle ferme les yeux. Dans sa chambre, elle a deux cahiers auxquels elle tient plus que tout. Le premier collecte les images prises &#224; 19H24, o&#249; qu'elle se trouve &#8212; l'heure de sa naissance. Le second recueille les contre-jours. Sans s&#233;lection ni retouche, les images s'accumulent et elle les range sans y prendre garde, sans jamais feuilleter les albums. Elle se dit qu'un jour, si elle perd la m&#233;moire, ces images t&#233;moigneront pour elle mieux que ne le ferait un journal. Mais si elle perd la m&#233;moire, comment pourrait-elle savoir que l'attendent ces cahiers qui la d&#233;livreraient de l'oubli ? Alors, elle sait qu'elle prend ces photos pour une m&#233;moire dont elle mesure doublement l'impossibilit&#233; ; impossibilit&#233; qui la fonde, en partie. Et c'est pourquoi elle tient &#224; ses albums plus qu'aux autres, comme un aveugle s'attache aux formes que prend le monde autour de lui : pour s'y rep&#233;rer plus que pour se les repr&#233;senter mentalement. Au juste, elle n'a jamais r&#233;fl&#233;chi vraiment au sens de tout cela : les photos prises les yeux ferm&#233;s en regard des photos du soir ; elle aurait &#233;t&#233; incapable de dire lequel parlerait pour la vie et lequel pour la mort. De toutes fa&#231;ons, elle aurait &#233;t&#233; incapable de se justifier sur quoi que ce soit touchant &#224; cette habitude de se saisir des choses et des visages par l'image. Si c'&#233;tait pour se prot&#233;ger (mais de quoi ?) ou pour s'exposer (mais pour qui ?). Il y avait d'autres carnets, innombrables, non class&#233;s, d&#233;pareill&#233;s, o&#249; elle jetait les autres photos qu'elle prenait par s&#233;ries sans logique (de l'eau des fontaines, son ombre, des fen&#234;tres, des trottoirs, des gens de dos, des visages coup&#233;s, des journaux sur le sol&#8230;). Quand elle allait d'un endroit &#224; un autre, elle suivait la lumi&#232;re, et cela suffisait &#224; justifier ses pas, son allure, la ville m&#234;me ; tout cela qui se subordonnait aux variations du ciel et qui prenait la forme que la lumi&#232;re creusait. Bien s&#251;r, &#224; ses yeux, cela n'avait rien &#224; voir avec le fait de prendre ou non des photos : il pouvait passer plusieurs heures, plusieurs jours parfois, m&#234;me si c'&#233;tait plus rare, sans qu'elle ne sorte son appareil (&#224; l'exception jamais d&#233;mentie jusqu'&#224; ce jour de la premi&#232;re photo du soleil, et de celle de 19h24). Elle suivait pas &#224; pas la trace secr&#232;te que d&#233;posait par endroits la lumi&#232;re, et il lui arrivait de faire de longs d&#233;tours pour rejoindre un lieu pourtant proche. En retard toujours sur cette lumi&#232;re, elle ne s'en saisissait que lorsqu'&#224; ses yeux elle la rencontrait. Elle se perdait souvent, ou s'arr&#234;tait net au milieu d'une ruelle, d&#233;sempar&#233;e, comme un chasseur devant un cours d'eau qui aurait &#233;vanoui la trace de sa proie. Au matin, le premier soleil est le moment o&#249; le jour est le plus d&#233;muni, le plus facile &#224; capturer : c'est ensuite que les choses deviennent compliqu&#233;es &#8212; m&#234;me si Maud ne raisonnait pas en ces termes : ce n'&#233;tait pas une t&#226;che qu'on lui avait assign&#233; et qu'elle accomplissait pour se r&#233;aliser, pour en tirer un b&#233;n&#233;fice quelconque : c'&#233;tait sa mani&#232;re d'occuper la ville, voil&#224; tout, comme de respirer. Au matin, le premier soleil est le plus facile &#224; lire ; le soir, 19h24 la laissait au contraire toujours devant un myst&#232;re qu'elle ne s'expliquait pas, comme devant une parole de mourant dont l'&#233;vidence devait bien receler une v&#233;rit&#233; profonde, mais qu'on ne pouvait plus interroger, et qui r&#233;sonnait seule dans le vide. Quand elle ouvre les yeux, elle sent un voile d'ombre sur elle et une fra&#238;cheur qui n'existait pas une seconde avant, alors, elle l&#232;ve les yeux&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Aubes | XIV. (Berlin)</title>
		<link>https://www.arnaudmaisetti.net/spip/fictions-du-monde-recits/aubes/article/aubes-xiv-berlin</link>
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		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>


		<dc:subject>_aube</dc:subject>
		<dc:subject>_correspondances</dc:subject>
		<dc:subject>_Fiction</dc:subject>
		<dc:subject>_ville</dc:subject>
		<dc:subject>_joie &amp; douleur</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;quatorzi&#232;me chapitre&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.arnaudmaisetti.net/spip/fictions-du-monde-recits/aubes/" rel="directory"&gt;Aubes&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.arnaudmaisetti.net/spip/mot/_aube" rel="tag"&gt;_aube&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.arnaudmaisetti.net/spip/mot/_correspondances" rel="tag"&gt;_correspondances&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.arnaudmaisetti.net/spip/mot/_fiction" rel="tag"&gt;_Fiction&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.arnaudmaisetti.net/spip/mot/_ville" rel="tag"&gt;_ville&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.arnaudmaisetti.net/spip/mot/_joie-douleur" rel="tag"&gt;_joie &amp; douleur&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/logo/arton1368.jpg?1394994564' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='150' height='112' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff1368.jpg?1394994574&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;small&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;
&lt;i&gt;Aubes&lt;/i&gt;. R&#233;cit commenc&#233; en 2006, mille fois abandonn&#233;, repris mille et une fois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voir pr&#233;sentation &lt;a href=&#034;http://www.arnaudmaisetti.net/spip/spip.php?rubrique103&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;du projet ici&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici le quatorzi&#232;me chapitre &#8212; o&#249; il est question d'une lettre, que lira tout haut celle qui l'a &#233;crite, &#224; distance de ce qu'elle prononce, tout pr&#232;s de celui qui la re&#231;oit de plein fouet.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;/small&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;center&gt;
&lt;big&gt;
&lt;p&gt;XIV.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Berlin&lt;/p&gt;
&lt;/big&gt;
&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;br class='autobr' /&gt;
Berlin, le 2 mars&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du temps pass&#233;, ne reste pas grand-chose ; un peu de neige transform&#233;e en boue, tu t'en souviens, et la promesse de ne pas se revoir. Pas grand-chose, non. Quand je regarde par la fen&#234;tre, la m&#234;me rue et la m&#234;me lumi&#232;re, le m&#234;me trottoir vide et sur les horloges les m&#234;mes chiffres qui indiquent les heures, les m&#234;mes heures, toujours. On ne croit pas &#224; ce qu'elles emportent et c'est mieux ainsi. Dans la pi&#232;ce o&#249; je t'&#233;cris, les m&#234;mes meubles, les m&#234;mes traces sur le m&#234;me mur, c'est toujours le m&#234;me silence et je crois de moins en moins en lui aussi. Mon poignet a toujours eu du mal &#224; suivre mes pens&#233;es et lorsque je t'&#233;cris c'est pire ; crois moi : quand je t'&#233;cris, c'est pire que le silence qui appuie contre le bruit de l'horloge. Le matin, quand je me l&#232;ve, c'est l'heure o&#249; la souffrance est la moins forte, alors je me rends &#224; ce petit bureau face &#224; la fen&#234;tre, je mets dans la cha&#238;ne le m&#234;me disque que tu m'as donn&#233;, le seul que tu m'aies donn&#233;, et je t'&#233;cris. Quelques mots que je ne t'enverrai pas : que le soir, je br&#251;lerai &#224; la chemin&#233;e, toute serr&#233;e dans les draps contre la douleur, contre le temps qui ne passe pas assez vite ou trop lentement. La nuit, si je parviens &#224; dormir, je sais que le corps continue de lutter contre la douleur, mais du moins l'esprit est en repos et s'&#233;loigne ; je marche dans des pays larges comme des fleuves et je m'en vais. Puis c'est le matin et je me sens sauv&#233;e, d&#233;livr&#233;e ; la maladie l&#226;ch&#233;e quelque part, laiss&#233;e derri&#232;re moi dans le r&#234;ve &#8212; tr&#232;s vite, l'espoir s'&#233;teint : pourtant tous les matins, c'est cruel, je me dresse avec cette certitude. Alors, je t'&#233;cris, oui, chaque matin, pour te dire combien je suis gu&#233;rie ; combien je suis pr&#234;te &#224; revenir. Combien tout cela est fini : et c'est cruel : la fin continue, va continuer et recommencer chaque matin. &#192; dix heures, je n'ai pas fini la lettre et je sens la douleur monter, les m&#233;dicaments n'y font rien ; &#224; onze heures, je l&#226;che le stylo, &#233;teint la musique qui m'accable ; &#224; midi, la douleur est insupportable : &#224; deux heures, elle est support&#233;e, et c'est cela le pire, oui ; &#224; cinq heures, je ne peux d&#233;j&#224; plus me lever, et &#224; sept heures, j'allume dans la chemin&#233;e le feu o&#249; je jette ma lettre &#233;crite le matin, inachev&#233;e. Le matin suivant, je n'ai plus mal et je t'&#233;cris de nouveau. Dix ans, presque &#8212; il y a &lt;i&gt;Malm&#246; Livs&lt;/i&gt; qui commence le disque, les cordes qui remplissent la pi&#232;ce et suivent les mouvements de la main sur la lettre &#8212; on &#233;tait tout pr&#232;s d'atteindre dix ans ; la cruaut&#233; ne craint pas le ridicule. Mon poignet a du mal &#224; suivre les pens&#233;es quand je t'&#233;cris parce que je pense toujours en avant de moi : lorsque le disque commence donc, j'imagine la maladie partie, et je vois le pays d&#233;j&#224; travers&#233;, les paroles qu'on n'aura pas &#224; &#233;changer, le silence qui r&#233;soudra forc&#233;ment tout ; et quand il faut &#233;crire cela, c'est toujours trop tard : la douleur commence &#224; revenir dans la poitrine et remonte jusqu'au cou, la nuque, et enserre, prend aux yeux, je ne vois plus, et redescend, le c&#339;ur, le ventre, les jambes : je n'ai pas fini de t'&#233;crire quand le disque n'est pas fini et je suis oblig&#233; de m'allonger. Allong&#233;e, c'est pire. Je ne peux tenir assise, ni debout : alors, allong&#233;e (pourtant je me dis toujours que, allong&#233;e, c'est pire). Mais avant cela, quand je n'ai pas encore mal, que le disque atteint &lt;i&gt;One More Trip,&lt;/i&gt; je sais qu'il ne me reste plus beaucoup de temps et que je dois t'&#233;crire vite : te dire vite que je vais mieux, que je suis sortie d'affaire et te rejoins. Quand le disque bascule sur la piste suivante, c'est l&#224; que cela commence. Si la douleur a un peu de retard, je me laisse aller &#224; &#233;couter la m&#233;lodie, et m'attarde sur la voix : je suis s&#251;r que cette fois, je suis sauv&#233;e. C'est alors qu'elle me prend plus f&#233;rocement puisque je baisse la garde. Je ne peux finir la phrase, ne d&#233;passe jamais &lt;i&gt;Where No Endings End&lt;/i&gt;. Ce matin, je t'&#233;cris et je t'enverrai la lettre ; j'allumerai un feu et j'y br&#251;lerai les journaux cette fois ; en d&#233;but de semaine, la douleur ne m'a prise qu'en milieu de journ&#233;e : j'avais &#233;cout&#233; le disque en entier, ai fait l'erreur de le relancer au d&#233;but &#8212; je n'avais jamais &#233;t&#233; si loin dans la lettre et dans la journ&#233;e (et dans la musique) sans douleur, dans la certitude que cette fois, c'&#233;tait fini : la douleur est arriv&#233;e avec les premi&#232;res notes de &lt;i&gt;Run In The Morning Sun,&lt;/i&gt; &#224; la seconde &#233;coute, mais elle &#233;tait diff&#233;rente, je l'ai su d'embl&#233;e. Pour une fois elle ne m'a pas quitt&#233; de la nuit, et le matin, elle &#233;tait encore l&#224;, sur le cr&#226;ne d&#233;j&#224;, et toute la journ&#233;e, et toute la nuit suivante, sans faiblir, et toutes les journ&#233;es encore de toute la semaine. Je t'&#233;cris, ce matin, dans le noir le plus complet, parce que la moindre lumi&#232;re me terrasse, et j'esp&#232;re que tu sauras me lire. Je m'&#233;tais toujours dit, et je te l'avais promis, que l'on se reverrait quand tout sera fini : je ne sais pas si je triche, ni de quel c&#244;t&#233; de la cruaut&#233; je me situe, mais je t'&#233;cris pour te dire que c'est l'heure o&#249; je tiens ma promesse. Je serai &#224; Paris la semaine prochaine, dimanche. Sur la place o&#249; je vivais, autrefois, o&#249; tu prenais l'habitude de venir me trouver, &#224; la terrasse du caf&#233;. J'y serai au matin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	A. &lt;br class='autobr' /&gt; &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Aubes | XIII. (Le th&#233;&#226;tre est vide)</title>
		<link>https://www.arnaudmaisetti.net/spip/fictions-du-monde-recits/aubes/article/aubes-xiii-le-theatre-est-vide</link>
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		<dc:date>2014-03-09T09:00:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>


		<dc:subject>_aube</dc:subject>
		<dc:subject>_th&#233;&#226;tre</dc:subject>
		<dc:subject>_Fiction</dc:subject>
		<dc:subject>_ville</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;treizi&#232;me chapitre&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.arnaudmaisetti.net/spip/fictions-du-monde-recits/aubes/" rel="directory"&gt;Aubes&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.arnaudmaisetti.net/spip/mot/_aube" rel="tag"&gt;_aube&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.arnaudmaisetti.net/spip/mot/_theatre" rel="tag"&gt;_th&#233;&#226;tre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.arnaudmaisetti.net/spip/mot/_fiction" rel="tag"&gt;_Fiction&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.arnaudmaisetti.net/spip/mot/_ville" rel="tag"&gt;_ville&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/logo/arton1365.jpg?1393455581' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='150' height='112' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff1365.jpg?1393455589&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;small&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;
&lt;i&gt;Aubes&lt;/i&gt;. R&#233;cit commenc&#233; en 2006, mille fois abandonn&#233;, repris mille et une fois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voir pr&#233;sentation &lt;a href=&#034;http://www.arnaudmaisetti.net/spip/spip.php?rubrique103&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;du projet ici&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici le treizi&#232;me chapitre &#8212; o&#249; il est question de la solitude de L. dans le petit th&#233;&#226;tre o&#249; elle chantera ce soir, et des voix int&#233;rieures qui viennent pour peupler cette solitude.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;/small&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;center&gt;
&lt;big&gt;
&lt;p&gt;XIII.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le th&#233;&#226;tre est vide&lt;/p&gt;
&lt;/big&gt;
&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Le th&#233;&#226;tre est vide. Il para&#238;t immense. Les lumi&#232;res sont allum&#233;es, on peut voir chaque recoin de la salle, chaque d&#233;tail &#233;cras&#233; par le vide. La chaleur &#233;touffe. Il faut bien rentrer. L. traverse rapidement sans regarder, fr&#244;lant les si&#232;ges rabattus, les accoudoirs rouges ternis, la poussi&#232;re qui recouvre tout. Elle se dirige vers la sc&#232;ne, vide aussi, tout le monde s'affaire en coulisse. Il y a seulement un tabouret pos&#233; au milieu, et le piano referm&#233; dans un coin. L. ne s'occupe pas du bruit lointain des techniciens, elle voudrait respirer un peu, elle voudrait prendre le temps. Elle n'aime pas ce th&#233;&#226;tre. Elle n'aime pas les th&#233;&#226;tres. Mais il y a pire qu'un th&#233;&#226;tre pour L. &#8212; il y a les th&#233;&#226;tres vides. Vides, les th&#233;&#226;tres paraissent encore plus inutiles. Vide, un th&#233;&#226;tre est une grande machine endormie, un corps surpris nu et sans d&#233;fense, un lieu sans fonction, rendu &#224; sa stupide &#233;vidence &#8212; un espace pos&#233; l&#224; sans raison, n'ayant que son vide, sa beaut&#233; vide &#224; afficher. L. respire un peu, prend le temps de s'habituer &#224; cette violence qui s'impose, s'&#233;tale devant elle &#8212; ce soir elle n'aura le temps de rien. Elle voudrait fermer les yeux, mais c'est pire ; elle les sent, ces si&#232;ges vides qui la regardent et semblent attendre d'elle quelque chose qui puisse les r&#233;veiller, d&#233;chirerait le bruit cotonneux qui les enrobe, ces si&#232;ges vides qui la jugent. Quand elle chante, elle n'a pas cette vanit&#233; &#8212; elle ne chante pour personne, pour elle, &#224; peine. S&#251;rement pas pour qu'on l'&#233;coute. Elle n'a pas cette pr&#233;tention. Elle n'a pas ce courage, cette l&#226;chet&#233; de s'abandonner au jugement des autres &#8212; chacun son affaire. Mais dans un th&#233;&#226;tre vide, les choses ne sont pas aussi simples. C'est histoire de souffle &#224; prendre, d'espace inutile &#233;tal&#233;, et le vide ne cesse pas de marquer l'attente &#8212; trace d'une pr&#233;sence silencieuse et pesante &#224; venir, trace de cette pesanteur muette en latence dans chaque recoin, dans chaque d&#233;tail maintenant et pour une fois &#233;clair&#233; partout, sans piti&#233;, un rouge qui tranche avec le noir des murs, tant est si bien qu'aux yeux de L., les murs se recouvrent de rouge, et les si&#232;ges se remplissent de noir &#8212; un noir plus visible, plus f&#233;roce, plus &#233;clatant que le blanc du jour : un noir &#233;touffant, irrespirable, latent. Et un rouge plus dangereux que tous les jugements du monde. L. attend, attend que le temps prenne son temps de s'&#233;tablir, et d'&#233;tablir avec lui l'habitude qui pourra seul lui permettre de supporter ce vide &#8212; de respirer &#224; nouveau. A c&#244;t&#233; d'elle, dans les coulisses, sur sc&#232;ne maintenant, on monte les machines, on installe du mat&#233;riel, aussi inutile que le reste, aussi vain que tout ce th&#233;&#226;tre vide, on s'agite, tire des fils, pousse d'immenses caissons, on crie, on plaisante grassement. Elle essayait de fermer les yeux, et dans sa t&#234;te, elle voulait trouver un refuge ; c'&#233;tait trop t&#244;t, elle n'avait pas pris assez de temps pour s'habituer, et si elle commen&#231;ait &#224; parler, &#224; organiser la soir&#233;e maintenant, ce serait insupportable, elle n'y arriverait pas. Alors, elle trouve un refuge. Int&#233;rieurement, elle fredonne sans effort des paroles qu'elle n'avait jamais apprise et qui lui reviennent ; une vieille chanson sans auteur, sans m&#233;lodie ou presque. Elle s'y accroche de toutes ses forces. To be late / Night and day / There is no fate / Twelve of May&#8230; Les choses trouvent leur place, leur rythme, le temps ralentit, et le vide se remplit peu &#224; peu d'un autre vide, mais davantage reconnaissable, un vide blanc, int&#233;rieur, alli&#233;. Taste of death / Inside me / There is no faith / You know me. Un &#233;quilibre s'installe, elle continue de fermer les yeux, les fant&#244;mes s'&#233;loignent, le bruit vide du th&#233;&#226;tre trouve un espace o&#249; s'accrocher, o&#249; s'&#233;paissir et devenir palpable. All over the distance / A shadow around you / Breaks silence / And commands me what I do. Cela devait venir de tr&#232;s loin, elle ne cherche pas &#224; comprendre, les mots viennent les uns apr&#232;s les autres, seuls, sans souvenir, sans couleur. Ce n'est pas une chanson qu'elle invente. Ce n'est pas non plus une chanson qu'un jour elle avait d&#251; apprendre, mais sans doute uniquement entendre, une fois, de la bouche de quelqu'un, une seule fois, et l'oubli avait permis &#224; ce moment d'arriver, il revenait sous la forme de cette chanson. To be late / Night and day / There is no fate / Twelve of May. La chanson remplace le th&#233;&#226;tre, elle occupe l'espace, &#233;tale le noir et le rouge pour en extraire la col&#232;re, la peur, la violence. La chanson remplit le vide, elle sauve. To be in town / And away / In the crowd / Miss the way. / Far from the land / Of pity / I regret the times and / My country. L. ferma les yeux une derni&#232;re fois sur le vide de ce th&#233;&#226;tre immobile, et ne pensa plus &#224; rien. En elle r&#233;sonnaient les derni&#232;re phrases qui sortaient de nulle part, sans pass&#233;, sans histoire, sans rien qui les rattachaient &#224; du sens. Une dernier souffle d'air et l'on serait compl&#232;tement sauv&#233;e. All over the distance / A shadow around you / Breaks silence / And commands me what I do. Qu'est ce que tu chantes ? To be late / Night and day / There is no fate / Twelve of May. Pardon ? Je te demande ce que tu chantes, c'est pas mal. &#199;a vient d'o&#249; ? L. ne s'&#233;tait pas rendu compte qu'elle s'&#233;tait mise &#224; chanter tout haut, pas tr&#232;s fort, juste un murmure qui psalmodiait la presque m&#233;lodie. Marco s'&#233;tait approch&#233; d'elle, il avait entendu. Il avait pos&#233; la question tout en installant les micros, des enceintes pour le retour. Il n'attendait pas vraiment de r&#233;ponse. L. se leva. Rien, rien. Marco encha&#238;na sur la possibilit&#233; d'avoir du monde ce soir, le bouche-&#224;-oreille commen&#231;ait &#224; fonctionner, et il y avait quelques papiers dans la presse. La salle sera sans doute remplie. Tr&#232;s bien. Tant mieux. L. jeta un vague regard sur la petite salle de ce th&#233;&#226;tre vide, inoffensif d&#233;sormais.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Aubes | XII. (Sur la place)</title>
		<link>https://www.arnaudmaisetti.net/spip/fictions-du-monde-recits/aubes/article/aubes-xii-sur-la-place</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>


		<dc:subject>_Fiction</dc:subject>
		<dc:subject>_jeune fille</dc:subject>
		<dc:subject>_regards</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Aubes. R&#233;cit commenc&#233; en 2006, mille fois abandonn&#233;, repris mille et une fois. &lt;br class='autobr' /&gt;
Voir pr&#233;sentation du projet ici &lt;br class='autobr' /&gt;
Ici le douxi&#232;me chapitre &#8212; o&#249; il est question du regard pos&#233; de loin, et de si pr&#232;s, par Claire sur le couple qui s'&#233;loigne tellement. XII. &lt;br class='autobr' /&gt;
Sur la place &lt;br class='autobr' /&gt;
Sur la place ; enfin. Personne ne l'attend plus. La gamine d'un regard a compris. Elle continue. Elle marche, elle a faim. Devant elle, c'est un peu moins de midi. Je la regarde au milieu des gens, on ne voit qu'elle ; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.arnaudmaisetti.net/spip/fictions-du-monde-recits/aubes/" rel="directory"&gt;Aubes&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.arnaudmaisetti.net/spip/mot/_fiction" rel="tag"&gt;_Fiction&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.arnaudmaisetti.net/spip/mot/_jeune-fille" rel="tag"&gt;_jeune fille&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.arnaudmaisetti.net/spip/mot/_regards" rel="tag"&gt;_regards&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/logo/arton1364.jpg?1393455443' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='150' height='112' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff1364.jpg?1393455453&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;small&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;
&lt;i&gt;Aubes&lt;/i&gt;. R&#233;cit commenc&#233; en 2006, mille fois abandonn&#233;, repris mille et une fois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voir pr&#233;sentation &lt;a href=&#034;http://www.arnaudmaisetti.net/spip/spip.php?rubrique103&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;du projet ici&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici le douxi&#232;me chapitre &#8212; o&#249; il est question du regard pos&#233; de loin, et de si pr&#232;s, par Claire sur le couple qui s'&#233;loigne tellement.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;/small&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;center&gt;
&lt;big&gt;
XII. &lt;p&gt;Sur la place&lt;/p&gt;
&lt;/big&gt;
&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Sur la place ; enfin. Personne ne l'attend plus. La gamine d'un regard a compris. Elle continue. Elle marche, elle a faim. Devant elle, c'est un peu moins de midi. Je la regarde au milieu des gens, on ne voit qu'elle ; et pourtant, personne n'y fait attention. Elle joue &#224; ne pas &#234;tre d'ici. Elle joue &#224; ne pas aller quelque part, &#224; se perdre, et marcher au hasard, et quand un groupe de touristes plus compact l&#224; qu'ailleurs, la repousse sans la voir, elle poursuit sa route dans la direction imprim&#233;e par le flot, l'instinct sans avis de la d&#233;rive ; c'est un passe-temps. L'occupation de l'espace comme occupation du temps, voil&#224; pour elle toute une apr&#232;s-midi &#224; d&#233;jouer. C'est errer jusqu'&#224; Gambetta ainsi. Ce n'est pas raisonnable. Mais c'est ainsi qu'elle traverse le dimanche, et la foule, la vie tout ensemble. Un moment, elle tombe sur une place, vide &#8212; ou presque. Un couple &#8212; mais serait-ce vraiment un couple ? &#8212; comme seuls au monde, regarde couler l'eau, et se parle si doucement que lentement ils se sont approch&#233;s l'un de l'autre, et les l&#232;vres qui battent pourraient se poser sur le cou sans mouvement, ni geste vraiment, mais simplement pour accompagner l'&#233;change. Maud attend, un peu, elle n'a aucune pudeur. Elle ne joue pas la voyeuse, la voleuse d'instants rares. D'ailleurs, elle ne se cache pas ; elle s'est assise dans l'angle de la place, bien en &#233;vidence, &#224; trente m&#232;tres en plein soleil quand le couple &#224; l'ombre continue de parler &#224; l'oppos&#233; sans l'apercevoir, semble-t-il. Maud installe sur ses genoux son appareil photo, elle regarde, elle attend, encore. Elle ne sait pas quoi. La fille, tr&#232;s blanche, tr&#232;s grande, lit quelque chose &#224; cet homme aux mains immenses, visage froiss&#233;, silhouette nerveuse, m&#234;me assise, on la sent pr&#234;te &#224; s'affaisser &#8212; ou &#224; se dresser et &#233;tablir une ombre gigantesque sur toute la place. Maud attend. L'homme est pench&#233; sur la fille qui continue de lire, on n'entend d'ici aucun son, mais la m&#233;lodie monotone de sa lecture, un phras&#233; souple et sans accroc, un filet de voix pos&#233; et &#233;vident &#233;tabli sur l'instant. On n'entend aucun mot, mais tout le reste se d&#233;tache du relief bruissant de la ville derri&#232;re. C'est interminable, c'est suspendu. &#199;a ne dure pas, c'est simplement ici et maintenant, le temps qui ne passe plus, quelque chose l'arr&#234;te ; une voix, un instant immuable. C'est termin&#233;. La fille a fini sa lecture, elle tourne la t&#234;te en direction du pont sous lequel le fleuve lentement coule, &#224; gauche derri&#232;re l'&#233;glise qui ferme la petite place. L'homme pour la premi&#232;re fois ne bouge plus ; et immobile, on dirait une statue, une pierre de plus pos&#233;e au bord du pont qui marquerait un endroit ; une st&#232;le haute comme un homme, immobile et droite assise &#224; c&#244;t&#233; d'une femme ; mais leur deux visages sont tourn&#233;s l'un &#224; l'oppos&#233; de l'autre. Maud regarde, elle attend. Elle n'a pas de pudeur, mais ce n'est pas une voleuse, elle n'est pas l&#224; pour &#231;a, pour les belles images qui font pousser les gloussements des cr&#233;dules, des amateurs d'images vraies encadr&#233;s sur les &#233;tag&#232;res, l'histoire d&#233;sir&#233;e des histoires d&#233;sirables. Maud attend, elle ne regarde pas vraiment, elle voit la lumi&#232;re s'installer d&#233;finitivement sur chaque vague dans le fleuve. Elle voit que l'homme ne pleure pas encore. Que la fille sourit presque &#224; regarder le soleil dans les yeux. Elle voit la place prot&#233;g&#233;e par les murs des immeubles haut et gris, dont la laideur est accentu&#233;e par la pesanteur de l'&#233;glise. Le silence est fragile, on entend la ville derri&#232;re les murs qui pourrait tout briser d'un seul coup. Le silence est comme sur le point d'&#234;tre rompu, et c'est tout cela que Maud voit et comprend. La fille se l&#232;ve. Elle prend la main de l'homme, et les deux corps, plus lentement que le fleuve, s'&#233;loignent, traversent la place, et tournent au coin de l'&#233;glise &#224; l'oppos&#233; du banc o&#249; s'&#233;tait pos&#233;e la gamine qui attend seule ; elle n'a pas fait un mouvement. Maud attend de longues minutes. Quand elle se l&#232;ve, un crissement de pneu au loin brise le silence de la place, elle part. Elle continue sa route, tournant le dos &#224; l'&#233;glise et longeant le fleuve ; au moment de quitter la place, elle lance un dernier regard vers l'endroit d&#233;sormais vide o&#249; tout &#224; l'heure la fille avait lu. Elle prend la photo de cet espace blanc, creus&#233; comme un lit d&#233;fait par l'amour, l'absence des amants. Sans regarder ou &#224; peine. Elle dispara&#238;t.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Aubes | XI. (Alors voil&#224;)</title>
		<link>https://www.arnaudmaisetti.net/spip/fictions-du-monde-recits/aubes/article/aubes-xi-alors-voila</link>
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		<dc:date>2014-03-07T09:00:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>


		<dc:subject>_&#233;criture du r&#233;cit</dc:subject>
		<dc:subject>_Fiction</dc:subject>
		<dc:subject>_col&#232;re</dc:subject>
		<dc:subject>_ville</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;onzi&#232;me chapitre&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.arnaudmaisetti.net/spip/fictions-du-monde-recits/aubes/" rel="directory"&gt;Aubes&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.arnaudmaisetti.net/spip/mot/_ecriture-du-recit" rel="tag"&gt;_&#233;criture du r&#233;cit&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.arnaudmaisetti.net/spip/mot/_fiction" rel="tag"&gt;_Fiction&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.arnaudmaisetti.net/spip/mot/_colere" rel="tag"&gt;_col&#232;re&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.arnaudmaisetti.net/spip/mot/_ville" rel="tag"&gt;_ville&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/logo/arton1363.jpg?1393455289' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='150' height='112' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff1363.jpg?1393455296&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;small&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;
&lt;i&gt;Aubes&lt;/i&gt;. R&#233;cit commenc&#233; en 2006, mille fois abandonn&#233;, repris mille et une fois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voir pr&#233;sentation &lt;a href=&#034;http://www.arnaudmaisetti.net/spip/spip.php?rubrique103&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;du projet ici&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici le onzi&#232;me chapitre &#8212; o&#249; il est question des conseils d'un Nills bienveillant &#224; Mallory, qui ne sont ni des conseils ni de la bienveillance, et dans le silence de Mallory la sourde ranc&#339;ur d&#233;j&#224; de l'inacceptable.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;/small&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;center&gt;
&lt;big&gt;
XI. &lt;p&gt;Alors voil&#224;&lt;/p&gt;
&lt;/big&gt;
&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Alors voil&#224;. En retard comme toujours, &#231;a ne m'&#233;tonne pas. Tu aurais pu faire un effort, un jour comme aujourd'hui. Mais &#231;a ne te dit rien, l'effort. &#202;tre &#224; l'heure. Regarde moi au moins. Mallory, regarde moi. Je ressemble &#224; quoi. Dis-moi. &#192; qui. Tu sais ce que &#231;a veut dire, les types en retard, tu sais ce qu'ils veulent. Non, bien s&#251;r. Toi, tu viens, tu es en retard, mais tu ne sais pas ce que tu veux. Ne baisse pas les yeux, je ne suis pas ton p&#232;re. Ton p&#232;re d&#233;testait les types en retard, il d&#233;testait les types dans ton genre, bien habill&#233;s par hasard, soigneusement d&#233;braill&#233;s comme pr&#234;ts &#224; aller se coucher d'une seconde &#224; l'autre, pr&#234;ts &#224; se lever au signal, et finalement, jamais couch&#233;s avant les autres, toujours lev&#233;s apr&#232;s ; ton p&#232;re n'&#233;tait jamais en retard. Tu sais ce qu'ils veulent les types en retard. Non, ne r&#233;ponds pas, je vais te le dire ; les types en retard, ils ne veulent pas qu'on les remarque &#8212; au contraire : les types en retard, ils ne veulent qu'une chose : qu'on les oublie. Ils veulent qu'on se dise : eux de toute mani&#232;re, toujours en retard, on ne peut pas compter sur eux, ils n'ont pas l'heure du monde, alors on ne peut rien leur confier, tant pis, oublions les. Laissons les. Ne comptons pas sur eux, leur montre est peut-&#234;tre r&#233;gl&#233;e &#224; l'heure juste, mais jamais ils n'accorderont leur esprit avec leur corps, et leur corps avec leur poignet. Oublions-les une bonne fois pour toute. C'est exactement ce qu'ils veulent. C'est exactement ce que tu veux. Ne dis pas non. Ne dis pas non, Mallory, c'est exactement ce que tu veux, et m&#234;me bien plus ; tu veux bien plus, je vais te dire quoi. Tu veux qu'on t'oublie, et qu'on t'excuse ; tu veux qu'on te cherche des excuses. Qu'on en trouve pour toi. Ne dis pas non, tu vas m'&#233;nerver. Et laisse moi parler. Tu veux qu'on pense, il est en retard, ce n'est pas la peine de compter sur lui, oublions-le, de toute mani&#232;re, s'il est en retard, c'est qu'il a des choses bien plus importantes &#224; faire, c'est qu'il est bien au-dessus de &#231;a. Tu veux qu'on pense, non seulement il est en retard, mais en plus je lui prends le temps important o&#249; pour lui des choses bien plus importantes sont remises &#224; plus tard. Mais tu ne te contentes pas de vouloir marquer ainsi ton exclusion de la t&#226;che des hommes &#8212; tu leur fais ressentir une culpabilit&#233; qui te d&#233;douane. Parfaitement, qui te d&#233;douane. Tu veux nous rendre coupable de ton retard. Mallory, ne dis pas non ; tu deviens p&#233;nible. Laisse moi finir. Je n'ai pas fini ; laisse moi parler. Tu arrives en retard, tu pourrais ne pas arriver du tout &#8212; ou arriver en retard en feignant d'arriver &#224; l'heure &#8212; non, tu pousses le vice plus loin ; sur ceux qui t'attendent &#8212; en l'occurrence, sur celui qui t'attend : moi &#8212; tu d&#233;poses d'un geste calcul&#233; (parfaitement : calcul&#233;) la culpabilit&#233; d&#233;sarmante de l'innocence vol&#233; ; du temps vol&#233; au temps occup&#233; que l'on te vole, que l'on te d&#233;pouille. Et tu le fais simplement ; arriver en retard, essouffl&#233;, bien habill&#233; mais malgr&#233; toi, en t'excusant platement et attendant que je t'excuse et endosse ta saloperie de culpabilit&#233;. Mais non. Je ne suis pas qui tu crois. Tu penses que je suis qui. Que je ressemble &#224; quoi. &#192; un type qui t'attend, qui n'a que &#231;a &#224; faire, attendre que tu sois en retard, comme toujours, que tu te prennes ton heure &#8212; oui, j'arrondis &#8212; et venir comme une fleur, frapper mollement &#224; la porte, et afficher ton retard maintenant que tu es l&#224; ; et &#224; endosser pour toi la saloperie de culpabilit&#233; que tu as si habilement pr&#233;par&#233;e, endosser pour toi et tes semblables, la culpabilit&#233; l&#226;che et calcul&#233;e sans que j'y prenne vraiment garde, inconsciemment presque, pour qu'elle me revienne d&#233;guis&#233;e sous une autre forme, mais toujours la culpabilit&#233; s'&#233;tait terr&#233;e l&#224;, avait pris naissance dans le retard calcul&#233; par toi et tes semblables, et elle attendait son heure pour revenir, en retard elle aussi, mais toujours l&#224;, finalement, au bout du compte o&#249; tout se paie, ces instants o&#249; on endosse la culpabilit&#233; des autres. Je ne peux pas supporter les types comme toi, leur mesquinerie cach&#233;e, leur calcul, leur volont&#233; de toujours, toujours, arriver en retard ; je ne supporte pas ; je ne tol&#232;re pas. Regarde moi quand je te parle. Regarde moi et dis moi, je ressemble &#224; quoi. Toi, &#224; pas grand-chose. Ni &#224; ton p&#232;re, encore moins &#224; ta m&#232;re. Je ne t'ai pas oubli&#233;. Je ne t'oublierai pas. Ce n'est pas parce que tu arrives en retard que je vais t'oublier. Ecoute moi. Non, ne dis pas non. Ce n'est pas parce que tu arrives toujours en retard &#8212; et de plus en plus, tu vas arriver en retard, je le sais ; et cette propension &#224; repousser le retard toujours plus loin va devenir ta seule occupation, tu te demanderas &#224; quelle heure le retard va vraiment commencer, est-ce &#224; partir de l'heure du retard pr&#233;c&#233;dent, ou de l'heure fix&#233;e par le rendez vous, &#224; partir de combien le retard est emp&#234;chement, le retard est oubli, &#224; partir de combien le retard est tellement grand qu'il devient parfaitement excusable ; tu te demanderas &#231;a dans ta t&#234;te, et &#231;a te prendre tout ton temps, et &#231;a, je ne peux pas le tol&#233;rer, mais je ne t'oublierai pas pour autant, jamais, et je ne me sentirai pas coupable de ton retard, encore moins, tu m'entends. Crois moi, un jour comme aujourd'hui. On n'a pas id&#233;e d'&#234;tre en retard, mais c'est fini tout &#231;a, maintenant. Regarde moi. Qu'est ce que tu veux ; tu veux partir. Tu ne partiras pas, nous le savons tous les deux. Ton p&#232;re n'&#233;tait jamais en retard, ni en avance, seulement, quand on lui disait une heure, il ne ratait pas. Pour qui tu te prends toi. Je vais te le dire, parce que tu ne le sais m&#234;me pas. Moi, je n'ai pas ma journ&#233;e. Je ne suis pas l&#224;, soumis au bon vouloir de monsieur j'arrive quand je veux, et je fais comme si. C'est le pire je crois. Parfaitement. Ne l&#232;ve pas les yeux comme si tu ne faisais pas comme si, c'est encore pire. Pire que tout. Pire que d'arriver en retard. Tu te prends pour le type qui arrive en retard. Tu te prends pour le type qui arrive en retard par habitude, et une minute pass&#233;e, &#224; quoi sert d'&#234;tre moins en retard. Plus ou moins en retard &#231;a n'existe pas pour toi. Et sur ce point tu as raison, sur ce point seulement. Parce que je ne suis pas ton ami. Je ne suis pas le type chez qui tu peux arriver en retard comme si je t'attendais. Et que tu arrives ou pas, je m'en fous ; je te veux &#224; l'heure. Tu vois, je ne suis pas ton ami. Je ne suis pas ton p&#232;re, ni ta m&#232;re, ni ton ami. Ni ton patron. Je suis ta montre. Je suis l'heure. Je dis une heure, et si tu n'es pas l&#224;, c'est que tu ne viendras pas ; tu sais ce que &#231;a veut dire, que tu ne viens pas. Tu comprends. Je ne veux pas te faire peur ; peur de quoi. Je ne suis pas Dieu non plus. Loin s'en faut. Mais regarde moi Mallory. Tu lis la Bible. Non. Tu as sans doute raison. Alors je vais te raconter. Quand Dieu a voulu rencontrer Mo&#239;se pour lui parler, il &#233;tait ennuy&#233;. Parce que si Dieu avait montr&#233; sa divine beaut&#233; et fait entendre sa divine voix, Mo&#239;se serait devenu aveugle et sourd &#8212; au moins. &#171; Tu ne peux pas voir ma face, car l'homme ne peut me voir et vivre &#187;. Alors Dieu &#233;tait ennuy&#233;, tu penses bien. Tu ne penses rien. Ecoute moi, tu vas comprendre. Dieu trouve une astuce. Il ne parla pas directement. Il souffla sur un buisson, et c'est le buisson qui fit passer la voix. Il ne montra pas son visage &#8212; son visage, s'il avait d&#251; le montrer, aurait br&#251;ler les yeux de Mo&#239;se &#8212; mais s'avan&#231;a dans le dos de Mo&#239;se qui ne vit que son ombre sur le sol. Tu comprends. Non. &#199;a ne m'&#233;tonne pas. Je ne suis pas Dieu, ni ton p&#232;re, mais o&#249; que tu ailles, si tu regardes par terre, tu verras mon ombre &#233;tal&#233;e bien large et bien longue ; tu marcheras sur elle, et elle te regardera. Et la voix que tu entendras, ce ne sera pas la mienne. Nous ne nous verrons plus, mais tu rencontreras des types qui seront ma voix ; prends garde : ce sont aussi mes yeux et mes oreilles. Arriver en retard aupr&#232;s d'eux, ce serait pire qu'aupr&#232;s de moi &#8212; ils n'ont pas ma patience de tout t'expliquer. Ecoute moi. J'ai en ville un nombre suffisant de buissons, ardents ou non, qui soufflent ma propre voix. Tu verras. Tu comprendras vite. Un jour, plus ou mois proche, tu deviendras sans le savoir un de ces buissons. Ne me regarde pas comme &#231;a ; je ne suis pas en col&#232;re. Est-ce que je ressemble &#224; un type en col&#232;re. Je vais te donner une adresse o&#249; on t'habillera mieux que &#231;a ; o&#249; on te donnera l'allure qu'il faut. L&#224;, &#231;a ne va pas. Tu ne ressembles &#224; rien. Ton p&#232;re ne te reconna&#238;trait pas ; ni personne. Je vais te donner une montre aussi. Tiens prends celle-l&#224;. Mets-l&#224; au poignet. Elle est trop grande. Pas grave. Ne la perds pas, c'est tout. Qu'elle pende autour du poignet, tant pis. &#199;a ne m'&#233;tonne pas. Tu ne la reconnais pas. Si. Je vois bien, &#224; la t&#234;te que tu fais, que tu la reconnais. Elle est un peu plus sale, mais fonctionne : je viens de r&#233;parer le m&#233;canisme. Ne me remercie pas, j'y ai pass&#233; ma soir&#233;e, mais j'aime &#231;a. Retendre un barillet, ajuster la rosette, j'aurais fait &#231;a toute ma vie. Tu ne sais pas ce que c'est, une rosette. C'est le petit cadran, ici, sous la plaque, pour avancer ou retarder le mouvement de l'aiguille. Ajuster le mouvement. Voil&#224;. Et ta montre ne peut pas &#234;tre plus &#224; l'heure. Ne la perds pas. Je saurai me mettre en col&#232;re. Pars maintenant. Sur le meuble &#224; l'entr&#233;e, il y a une enveloppe, tu l'ouvriras chez toi. C'est &#231;a &#8212; cette enveloppe. Ne m'appelle pas. Il y a un rendez-vous not&#233; dans le papier qui s'y trouve. Tu t'y rendras &#224; l'heure exacte. Ne sois pas en retard. Ensuite, quand on aura un peu de temps on t'habillera. Tu ne ressembles vraiment &#224; rien. Pars maintenant. N'oublie pas ce que je t'ai dit. Comme ton p&#232;re, je d&#233;teste me r&#233;p&#233;ter. Je ne suis pas ton p&#232;re, Dieu m'en garde. Mais je ne veux pas que tu oublies ceci &#8212; ce que ton p&#232;re me doit, ce que tu dois &#224; ton p&#232;re, cela vaut bien plus que ta vie. Pour la premi&#232;re fois de ton existence, Mallory, tu seras &#224; l'heure. Et pour la derni&#232;re fois de ton existence, je te regarde ne ressembler &#224; rien. C'est &#233;mouvant. Idiot, mais tr&#232;s &#233;mouvant. Va t'en maintenant, tu me fatigues avec ta col&#232;re rentr&#233;e b&#234;tement, frappe moi si tu veux, mais si tu ne veux pas, pars ; et fais ce que je te dis. N'oublie pas l'enveloppe en sortant. N'oublie pas d'&#234;tre &#224; l'heure surtout ; et si tu oublies, regarde par terre. Il y aura bien une grande tache sombre sur le sol pour te rappeler tout ce que je viens de te dire.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Aubes | X. (Sans un mot)</title>
		<link>https://www.arnaudmaisetti.net/spip/fictions-du-monde-recits/aubes/article/aubes-x-sans-un-mot</link>
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		<dc:date>2014-03-06T09:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>


		<dc:subject>_voix</dc:subject>
		<dc:subject>_Fiction</dc:subject>
		<dc:subject>_lumi&#232;re</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;dixi&#232;me chapitre&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.arnaudmaisetti.net/spip/fictions-du-monde-recits/aubes/" rel="directory"&gt;Aubes&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.arnaudmaisetti.net/spip/mot/_voix" rel="tag"&gt;_voix&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.arnaudmaisetti.net/spip/mot/_fiction" rel="tag"&gt;_Fiction&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.arnaudmaisetti.net/spip/mot/_lumiere" rel="tag"&gt;_lumi&#232;re&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/logo/arton1362.jpg?1393455030' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='150' height='112' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff1362.jpg?1393455038&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;small&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;
&lt;i&gt;Aubes&lt;/i&gt;. R&#233;cit commenc&#233; en 2006, mille fois abandonn&#233;, repris mille et une fois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voir pr&#233;sentation &lt;a href=&#034;http://www.arnaudmaisetti.net/spip/spip.php?rubrique103&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;du projet ici&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici le dixi&#232;me chapitre &#8212; o&#249; il est question de L. et de son trouble apr&#232;s l'&#233;trange volte de lumi&#232;re et de sa m&#233;lancolie dans le th&#233;&#226;tre vide o&#249; le soir elle chantera.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;/small&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;center&gt;
&lt;big&gt;
X.
&lt;p&gt;Sans un mot&lt;/p&gt;
&lt;/big&gt;
&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Sans un mot, L. entra dans la voiture qui d&#233;marra imm&#233;diatement. Marco conduisait, et seule derri&#232;re, la t&#234;te pos&#233;e contre la vitre &#224; regarder d&#233;filer la fin du matin, le voir s'agiter p&#233;niblement, jouer le rituel des dimanches o&#249; s'attacher &#224; ne rien faire occupe la matin&#233;e avant l'ennui de l'apr&#232;s-midi, elle pensait &#224; la silhouette du couloir, mais de cette pens&#233;e n'&#233;mergeait aucun sentiment ; dans la place occup&#233;e par le souvenir, la pens&#233;e simple et nue de cette main pos&#233;e sur elle prenait toute la place, ce n'&#233;tait rien. Rien &#224; quoi se raccrocher &#8212; alors elle tombait. Ce n'&#233;tait m&#234;me pas une rencontre, ni un souvenir ; ni un sentiment. Elle continuait de tomber. Rien n'avait de sens en dehors de cette pens&#233;e. Devant elle passaient les rues vides d'une matin&#233;e d&#233;j&#224; termin&#233;e, tandis que d'autres rues semblaient &#233;cras&#233;es par le monde, du c&#244;t&#233; de Drouot et plus loin, de Madeleine. Marco ne disait rien non plus. Il conduisait le regard fixe devant lui, le regard de celui qui allait quelque part, qui conduisait quelqu'un quelque part, juste parce qu'on le lui avait demand&#233;, et pour lui, c'&#233;tait une raison suffisante &#8212; qu'on lui demande seulement de conduire, et le regard pos&#233; sur la route, devant lui, les mains pos&#233;s doucement sur le volant, il emmenait quelqu'un quelque part : cela faisait une destination, un projet pour la matin&#233;e, une raison de conduire la matin&#233;e jusque l&#224;, il y &#233;tait habitu&#233; ; il ne savait faire que cela &#8212; conduire quelqu'un l&#224; o&#249; on le lui avait demand&#233; &#8212; la voiture avan&#231;ait sans &#224;-coup, la route d&#233;gag&#233;e devant elle lui d&#233;roulait ses tapis gris et noirs de couloirs &#224; emprunter ; les feux finissaient toujours par passer au vert ; conduire rassurait Marco. Il ne pensait &#224; rien. Il ne pensait rien. La voiture avan&#231;ait devant lui, et c'est lui qui la menait. En quelque sorte, la route &#233;tait le prolongement de sa volont&#233; : une volont&#233; vide, arr&#234;t&#233;e &#224; la demande formul&#233;e d'emmener quelqu'un l&#224; o&#249; lui avait indiqu&#233; ; une volont&#233; sans pens&#233;e, sans &#224;-coup ; souple et d&#233;roul&#233;e devant lui comme une t&#226;che &#224; accomplir qui remplirait la matin&#233;e. Les rues s'ouvraient sans effort. La voiture avan&#231;ait. Et L. tombait encore. Dans ce couloir tout &#224; l'heure, le r&#234;ve de la nuit s'&#233;tait prolong&#233;, obscurcit encore un peu car rien ne s'&#233;tait r&#233;alis&#233; que l'esquive. En un instant, le ciel se d&#233;chira au-dessus des toits. Et la lumi&#232;re l'&#233;blouit, mais ne la retint pas. La voiture fendait la lumi&#232;re de la m&#234;me mani&#232;re que tout &#224; l'heure la p&#226;leur du dimanche. Comme si rien ne s'&#233;tait pass&#233;. L. tombait et dans sa chute, lui revenait la m&#233;lodie insidieuse du matin ; l'air soudain lui manqua. Elle ne respirait plus, et tombait plus vite encore. Elle voulut fermer les yeux, mais le noir du matin s'y trouvait, il n'&#233;tait pas possible de lui &#233;chapper. Elle n'avait pas vu ce visage, cette silhouette lui semblait revenir de tr&#232;s loin &#8212; de plus loin que son r&#234;ve si c'&#233;tait possible, du lieu et de l'&#233;poque qui engendraient ses r&#234;ves. Ce n'&#233;tait pas la silhouette de cet homme &#8212; comment aurait-elle pu la voir ? &#8212; c'&#233;tait autre chose qui tenait dans un geste, dans le mouvement de recul que ses gestes esquissaient avant d'aller en avant, et dans la vitesse invisible de ces mouvements. Elle ne savait pas. Mais surtout au contact de sa main, il lui semblait reconna&#238;tre la c&#233;r&#233;monie qu'autrefois son fr&#232;re lui avait impos&#233;e tacitement, et qu'elle avait accept&#233; sans qu'elle puisse se rappeler aujourd'hui le jour o&#249; celle-ci commen&#231;a, le jour o&#249; pour la premi&#232;re fois son fr&#232;re, pour la r&#233;veiller, entra au petit matin dans sa chambre pour lui prendre la main sans mot, et la lui l&#226;cher d&#232;s qu'elle ouvrit les yeux, et sortir de la chambre sans rien ajouter &#8212; cette c&#233;r&#233;monie allait se r&#233;p&#233;ter pendant des ann&#233;es sans que jamais ni lui ni elle n'aurait &#224; en parler. Pour longtemps, le contact de la main de son fr&#232;re sur sa main allait la r&#233;veiller. Seule la paume de son fr&#232;re d&#233;pos&#233;e sur sa main le matin pouvait la faire sortir du sommeil, et ce simple contact avait suffit pendant des ann&#233;es, jusqu'&#224; ce que ce soit &#224; son tour, lorsque, trop malade, il ne pouvait plus sortir de son lit, de l'&#233;veiller par ce simple d&#233;p&#244;t de la paume sur le dos de la main. Quand il avait fallu se r&#233;veiller sans ce geste, ou plut&#244;t avec son absence, L. sortit de l'enfance. Elle n'avait pas douze ans, mais la douleur du geste qui ne s'imprimait plus sur sa main l'avait &#233;veill&#233;e d'un autre r&#234;ve, plus long et plus lent. Elle n'&#233;tait plus l'enfant que son fr&#232;re r&#233;veillait. Quand lui ne pouvait plus venir le matin, des nuits durant elle lutta pour ne pas dormir de peur de ne pouvoir se r&#233;veiller le lendemain, parce qu'elle savait que Simon ne viendrait pas, terrass&#233; de fatigue par les m&#233;dicaments, trop faible pour se tenir debout. Cela ne dura qu'une seule semaine, et quand elle passa, victorieuse, c'est &#224; heure fixe et avant le r&#233;veil de ses parents qu'elle se levait, violemment, en sursaut et comme ranim&#233;e &#8212; entr&#233;e d'apn&#233;e, ou sortie d'apn&#233;e, quelle diff&#233;rence &#8212; et L. allait ainsi pendant des mois &#224; son tour r&#233;veiller son fr&#232;re, lui pr&#233;parer &#224; manger, sans mot encore, et le plus lentement du monde. Puis la c&#233;r&#233;monie cessa brusquement. Simon ne se r&#233;veillerait plus. Les ann&#233;es passent, le souvenir s'estompe, les r&#233;veils se font seuls et m&#233;caniquement, il n'y a plus de lutte, plus d'attente. Il n'y a qu'un matin qui se l&#232;ve, identique &#224; celui qui le pr&#233;c&#232;de, et qu'il faut accompagner, parce que c'est ainsi. C'est un acte &#224; accomplir qui n'a besoin de rien ; vide et ferme, aucun sentiment ne le porte, ni l'attente, ni la joie, ni le contact de sa peau sur la main &#8212; la couleur blanche des pas dans la chambre ; le silence. C'est un acte qui tient debout seul, qui se porte jusqu'au soir sans soutien, sans pens&#233;es. Elle avait appris &#224; oublier le geste de Simon. Des ann&#233;es apr&#232;s, ce matin m&#234;me, c'&#233;tait par un geste semblable que le geste oubli&#233; en surface revenait, neuf et charg&#233; de toutes ces ann&#233;es d'oubli, et des profondeurs fendues, le geste de Simon s'&#233;tait r&#233;p&#233;t&#233;, sans qu'elle l'e&#251;t esp&#233;r&#233;, ou attendu. Et la chute s'amor&#231;ait sans fin, elle en ignorait le terme. La voiture ralentit et se gara en face du th&#233;&#226;tre ; L. sortit vite pour prendre une bouff&#233;e d'air dehors, elle &#233;touffait. Mais cela ne changea rien. La journ&#233;e s'annon&#231;ait longue, et si chaude.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Aubes | IX. (Au bout d'un temps)</title>
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		<description>&lt;p&gt;neuvi&#232;me chapitre&lt;/p&gt;

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		</description>


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		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;small&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;
&lt;i&gt;Aubes&lt;/i&gt;. R&#233;cit commenc&#233; en 2006, mille fois abandonn&#233;, repris mille et une fois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voir pr&#233;sentation &lt;a href=&#034;http://www.arnaudmaisetti.net/spip/spip.php?rubrique103&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;du projet ici&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici le neuvi&#232;me chapitre &#8212; o&#249; il est question d'une lettre qu'Anna avait adress&#233;e &#224; Victor, qu'elle relit tout haut, lentement.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;/small&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;center&gt;
&lt;big&gt;
IX.
&lt;p&gt;&#8232;Au bout d'un temps&lt;/p&gt;
&lt;/big&gt;
&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Au bout d'un temps d&#233;tach&#233; de tout compte, Victor se tourna vers Anna et lui dit d'une seule respiration la col&#232;re qui l'avait port&#233; jusqu'&#224; elle aujourd'hui, les froides et insaisissables col&#232;res de ces ann&#233;es pass&#233;es sans elle, et sans m&#234;me pouvoir l'attendre &#8212; non pas la croyant morte, mais la sachant r&#233;ellement morte, oui ; ou sur le point de l'&#234;tre et c'&#233;tait pire : pourtant cette pens&#233;e ne rempla&#231;ait jamais la col&#232;re de ne pas te voir, m&#234;me la pens&#233;e de te savoir &#233;touff&#233;e sous tes respirations dans l'air empoisonn&#233; de Berlin ne rempla&#231;ait rien, car la col&#232;re dominait toujours, elle ne cessait pas de me remplir et de me porter, quand je me r&#233;veillais au milieu de l'apr&#232;s-midi, et que je n'avais pas dormi, mais &#233;tal&#233; sur le sol, vautr&#233; dans tes derniers instants qui toujours ne s'&#233;chouaient que sur d'autres encore, tes instants dans mes r&#234;ves n'arrivaient pas &#224; en finir avec toi &#8212; n'en finissaient pas d'arriver &#224; bout de toi dans mes r&#234;ves &#8212; la fatigue immense allong&#233;e de tout son poids sur ma poitrine m'emp&#234;chait de reprendre la respiration que je lui avais laiss&#233;e, et au fond de moi je sentais une autre douleur encore, celle de ne pas parvenir &#224; me souvenir de la derni&#232;re image de toi &#8212; d&#232;s que je me saisissais d'une, une autre se dressait qui la chassait, et je ne sais plus la derni&#232;re fois que je t'ai vue, si devant l'h&#244;tel o&#249; je t'ai laiss&#233;e il y a dix ans &#8212; est-ce davantage ? &#8212;, je me suis retourn&#233; une derni&#232;re fois, ou si j'invente ta silhouette &#224; ta fen&#234;tre, si c'&#233;tait m&#234;me ta fen&#234;tre, ou non &#8212; et est-ce un souvenir qui compte, une silhouette, me faut-il revenir plut&#244;t &#224; la derni&#232;re fois que j'ai vu ton visage, sur le pas de ta porte, mais baissais les yeux, et au moment de partir, je t'ai regardais et tu a tourn&#233;s la t&#234;te pour fermer la porte : est-ce un souvenir qui compte si tu ne me regardais pas ? &#8212; alors, je remonte encore (est-ce un souvenir qui compte si nous ne sommes pas seuls ? Et quels derniers souvenirs si je ne vois que ton visage et pas ton corps ?), alors je ne sais plus rien, et j'ai pass&#233; ces ann&#233;es &#224; faire le deuil d'une silhouette qui n'existait pas peut-&#234;tre, d'un regard qui ne s'est pas crois&#233;, d'un corps d&#233;pourvu de dernier souvenir, et cette course &#224; travers Berlin sous la pluie qui tombait en morceaux gel&#233;s, je ne sais plus les dates, et s'il faisait nuit &#8212; je ne sais m&#234;me pas comment j'ai fait pour rentrer le soir m&#234;me, me diriger vers la gare, prendre un billet pour ici, et passer une nuit enti&#232;re, et la moiti&#233; du jour &#8212; ou l'inverse &#8212; dans ce train, pour arriver &#224; Paris au milieu du jour &#8212; ou &#224; la fin de la nuit, je ne sais plus &#8212; et me tra&#238;ner jusque chez moi, m'endormir &#224; peine &#224; ton souvenir et ne pas r&#233;ussir &#224; dormir, compter les coups sourds de la col&#232;re, les pens&#233;es que je perds &#224; chacun de leur coup, et la fatigue qui n'arrive pas elle aussi &#224; m'achever &#8212; tout cela je ne m'en souviens pas, le retour &#224; la vie ici, et je me demande comment on fait pour oublier deux jours entiers, j'aimerais savoir o&#249; sont pass&#233;s ces deux jours que je traque, inlassable, dans ma m&#233;moire, parce que je sais que ce sont eux, plus que la silhouette imaginaire de Berlin, qui me tuent &#8212; et qui n'ont pas r&#233;ussi &#224; te tuer Anna, mais pourquoi es-tu encore l&#224;, et je presse mes doigts contre ta peau, et je d&#233;pose une marque bleue &#8212; elle me persuade que ce n'est pas qu'une histoire de fant&#244;mes, une histoire &#224; dormir debout, ou allong&#233; vautr&#233; sur tes derniers instants &#8212; raconte moi tes derniers instants et ceux d'apr&#232;s qui t'ont ramen&#233;e ici, dis-moi encore les instants pass&#233;s contre les derni&#232;res secondes du temps, et pourquoi, dis-moi pourquoi tu n'as pas disparu derri&#232;re elles, et pourquoi je n'ai v&#233;cu que de cette disparition partout port&#233;e avec moi dans les rues de ma col&#232;re, des pens&#233;es interminables et des respirations. Anna leva son visage muet vers Victor et fit &#233;teindre dans ses yeux tout inqui&#233;tude, et toute question. Elle vit d&#233;passer de la poche int&#233;rieure de Victor la petite feuille jaune p&#226;le qu'elle lui avait &#233;crite et envoy&#233;e il y a une semaine pour le pr&#233;venir de son arriv&#233;e. Tendit la main vers cette lettre. Il sortit l'enveloppe et lui donna, si lentement. Anna baissa presque sans geste la t&#234;te et commen&#231;a &#224; lire tout haut les mots qu'elle lui avait &#233;crits. Sa voix n'avait pas chang&#233; &#8212; revenait avec elle toute l'&#233;vidence &#233;trangl&#233;e du monde.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Aubes | VIII. (La gamine avait tout vu)</title>
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		<description>&lt;p&gt;huiti&#232;me chapitre&lt;/p&gt;

-
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		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;small&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;
&lt;i&gt;Aubes&lt;/i&gt;. R&#233;cit commenc&#233; en 2006, mille fois abandonn&#233;, repris mille et une fois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voir pr&#233;sentation &lt;a href=&#034;http://www.arnaudmaisetti.net/spip/spip.php?rubrique103&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;du projet ici&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici le deuxi&#232;me chapitre &#8212; o&#249; il est question du regard fuyant d'un personnage qu'on appellera Claire, son appareil photo et de la place contrescarpe jusqu'&#224; sa d&#233;rive pr&#232;s de la place o&#249; Anna et Victor avait trouv&#233; refuge, peut-&#234;tre.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;/small&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;center&gt;
&lt;big&gt;
VIII.
&lt;p&gt;La gamine avait tout vu&lt;/p&gt;
&lt;/big&gt;
&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;La gamine avait tout vu derri&#232;re son objectif, mais n'avait pris aucune photo, elle attendait. Place de la Contrescarpe, ext&#233;rieur jour grand ouvert en deux au-dessus de la journ&#233;e. Sur la fontaine, des oiseaux sont pos&#233;s, le syst&#232;me automatique de la pompe projette de l'eau &#224; intervalle r&#233;gulier, et &#224; chaque fois les oiseaux prennent leur envol, puis sit&#244;t le jet retomb&#233;, reviennent, et s'&#233;battent. Ce jeu dure depuis une heure maintenant, et sans doute ne va pas tarder &#224; &#234;tre interrompu. Beaucoup de monde aux terrasses des caf&#233;s, beaucoup trop. Le soleil est maintenant &#224; la verticale du sol mais il est cach&#233; par un mince rideau de nuages sur le bord de se rompre. Les ombres cach&#233;es comme &#233;cras&#233;es sous les pieds vont d&#233;sormais pouvoir commencer &#224; s'&#233;tendre. La gamine attend encore un peu. Elle attend encore le dernier instant pour prendre la photo de l'envol. Et puis c'est le moment : viser juste surtout. Ensemble, comme en un seul mouvement, les oiseaux traversent les rayons de la fontaine, dispersent dans un bruit de battements d'ailes, l'eau et la lumi&#232;re, poussi&#232;res d'or &#233;clabouss&#233;es. La gamine avait tout vu et ne rata rien &#8212; elle prit une seule photo, sans chercher un angle particulier, une ouverture pr&#233;cise, elle appuya vite sur l'appareil et le bruit termina la matin&#233;e. Elle savait pourquoi elle avait voulu prendre cette photo. Autour d'elle, personne n'avait rien vu. Elle remit dans sa sacoche le petit appareil noir, et marcha vers les quais. Aucun &#233;v&#233;nement ne justifie qu'on s'en souvienne &#8212; mais toujours le souvenir remplacera le fait, et l'intention recouvre l'image de toute sa pesanteur pour l'annuler. Dans un cadre, ce n'est pas la l&#233;gende qui compte. Ce n'est jamais la l&#233;gende. Autour du cadre bavardent les excuses au temps qu'il fait. Seulement l'instant compte. Square Langevin, Maud court, elle sait qu'elle arrivera en retard, mais qu'importe. Elle pense &#224; de la lumi&#232;re qu'on change en eau soudain. On lui demandera, si elle montre un jour cette photo, le pourquoi et le sens. Elle ne se souviendra pas. Pourquoi prendre des photos si c'est pour s'en souvenir ? Pourquoi prendre des photos si elles ne servent pas &#224; repousser le souvenir ? On lui demandera b&#234;tement pourquoi, et comment ; on lui demandera comme toujours pourquoi, avec le d&#233;dain de ceux qui savent, voient, se souviennent et qui pour chaque souvenir, ont encadr&#233; l'image t&#233;moin qui l'atteste, la l&#233;gende d'un pass&#233; ainsi inoubli&#233;. Rue de Pontoise, Maud court et tourne main gauche vers le pont de Tournelle. Quai d'Orl&#233;ans, elle se pose. Quand elle pense &#224; une l&#233;gende, c'est toujours des mots seuls, et si pr&#233;cis qu'ils vident chaque &#233;vidence, chaque v&#233;rit&#233;. Int&#233;rieur nuit, toujours, la nuit pour une image d'un int&#233;rieur o&#249; la nuit ne se voit pas ; la nuit ne s'&#233;tablit que dehors, et &#224; l'int&#233;rieur, le jour et la nuit d&#233;pendent de la lumi&#232;re qu'on &#233;tale sur les murs, de l'int&#233;rieur. Non. Maud est sur un banc, elle prend son temps encore &#8212; le retard maintenant est si grand qu'aucune excuse ne pourrait le justifier de toute mani&#232;re. L'ext&#233;rieur jour ; grand jour si possible. Et dans le jour, coucher des aplats d'ombres, comme des plages de silence au milieu de la musique ; &#224; la fin, au d&#233;but. Plus tard, quand il s'agira de revoir la photo, il ne restera rien. Dans le cadre, l'image se d&#233;gagera peut-&#234;tre un peu floue et trop blanche, d'un mouvement qui s'amorce et qui d&#233;j&#224; est pass&#233;. La matin&#233;e dans laquelle ce mouvement jadis fut inscrit sera oubli&#233;, n'existera m&#234;me jamais, et le lieu s'effacera, l'instant fut le t&#233;moin de sa disparition. Maud s'assoit face au soleil, et prend son souffle. Notre-Dame lui tourne fi&#232;rement le dos &#8212; mais elle ne la voit pas. Dans le ciel, le jour a bascul&#233; sur lui-m&#234;me, et pris son &#233;lan pour venir s'abattre dans quelques heures sur la ville. Le vent se l&#232;ve, et disperse tout &#8212; par terre, il roule des feuilles de papiers. Maud ramasse au hasard un journal de la veille, ou peut-&#234;tre datant de bien plus loin. On annonce la fin des combats l&#224;-bas, derri&#232;re la mer &#8212; un jour historique, le d&#233;but des recommencements sans nombre. La l&#233;gende du si&#232;cle s'&#233;crit automatiquement. Elle installe son &#233;ternit&#233; actuelle, sa publicit&#233; partout, sur toutes les terres de son empire. Le vent disperse encore le ciel au-dessus de la cath&#233;drale d'o&#249; prennent leur envol cinq oiseaux qui disparaissent derri&#232;re les &#233;chafaudages de la tour Saint-Jacques. Le soleil amorce sa descente, il est au plus haut. Et pourtant, en levant les mains, Maud pourrait presque le toucher. Elle prend son appareil, et le tend, droit vers le soleil ; elle ferme les yeux pour ne pas les br&#251;ler ; sans r&#233;fl&#233;chir elle prend cette photo, elle ouvre les yeux ensuite, regarde l'eau passer sous le pont, emporter les feuilles charri&#233;es par le vent, les journaux du temps jadis, et les nouvelles du monde.&lt;/p&gt;
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		<title>Aubes | VII. (De quelle amertume)</title>
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		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>


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		<description>&lt;p&gt;septi&#232;me chapitre&lt;/p&gt;

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		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;small&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;
&lt;i&gt;Aubes&lt;/i&gt;. R&#233;cit commenc&#233; en 2006, mille fois abandonn&#233;, repris mille et une fois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voir pr&#233;sentation &lt;a href=&#034;http://www.arnaudmaisetti.net/spip/spip.php?rubrique103&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;du projet ici&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici le deuxi&#232;me chapitre &#8212; o&#249; il est question du silence d'Anna dont je ne dirai rien puisqu'il appartient &#224; Victor.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;/small&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;center&gt;
&lt;big&gt;
VII.
&lt;p&gt;De quelle amertume&lt;/p&gt;
&lt;/big&gt;
&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;De quelle amertume muette t&#233;moignait son visage, je l'ignore aujourd'hui. Si on lui avait demand&#233; &#8212; mais qui aurait os&#233; ? &#8212; Anna n'aurait pas su o&#249; commencer, ni comment &#8212; et de toutes mani&#232;res les choses qu'elle avait vues ne m&#233;ritaient pas qu'on leur pr&#234;t&#226;t des mots qui laissent &#233;clater leur suffisance, st&#233;rile et vaine. Victor la regardait comme on regarde quelqu'un dormir, quand l'instant d'apr&#232;s n'existe pas. Sa peau &#233;tait diff&#233;rente d'avant la maladie, bien plus blanche, et plus froide &#8212; ses cheveux &#233;taient maintenant courts, la nuque fine d&#233;gag&#233;e presque, la raie &#224; gauche filante et pr&#233;cise dessinait la ligne de partage du visage, sa ligne de force puissante et silencieuse qui descendait jusqu'aux commissures des l&#232;vres, l'espace de leur jonction invisible &#8212; et ses l&#232;vres, c'est ce que Victor avait reconnu d'abord, nervures p&#226;les d&#233;pos&#233;es sur la blancheur du visage comme des blessures stri&#233;es de rides, et immobiles, tendues vers le point o&#249; elles s'ouvrent et se s&#233;parent, les l&#232;vres d'Anna portaient constamment l'imminence d'un sourire qui ne venait pas, comme d'un sourire en instance, mais gardant en lui, contre la neutralit&#233; froide des peintures, la prescience des paroles qui jamais ne se produisent dans le sourire : ses l&#232;vres bordaient ce sourire, l'envisageaient puis l'&#233;cartaient en une seconde d&#232;s le silence &#233;tabli. Le visage d'Anna creus&#233; n'en &#233;tait que plus blanc et plus puissant, davantage inexpressif qu'auparavant, mais non pas sans vie &#8212; au contraire, le vide apparaissait ici dans toute sa splendeur et dans toute sa souffrance, l'&#233;vidence de ce visage posait sur chaque chose, chaque &#234;tre qu'il effleurait d'un regard, sa profonde et inqui&#233;tante retenue : sur toute chose et sur tout &#234;tre s'&#233;tablissait ce regard. Victor reconnaissait ce visage parce que jadis il lui avait appartenu et parce que d&#233;sormais il faisait &#233;cho &#224; la longue douleur d'attendre ; mais pour tous les autres, la reconnaissance s'imposait sans faille, dans son &#233;tranget&#233; m&#234;me irr&#233;ductible aux canons ou aux ressemblances. Pour ceux qui savaient encore voir, son visage irriguait les consciences, abattait d'une fl&#232;che et pour toujours les d&#233;risoires efforts de l'oubli. Victor n'avait pas chang&#233;, il portait d'ailleurs le m&#234;me manteau long qu'&#224; l'&#233;poque o&#249; Berlin faisait descendre la fra&#238;cheur de l'air sous un seuil intol&#233;rable, et les cheveux toujours si noirs r&#233;pondaient comme autrefois et de la m&#234;me nuance &#224; ceux d'Anna. Sans se parler, ni se toucher, ils marchaient au milieu de l'indiff&#233;rence des gens, de la ville qui apparaissait sous leurs pas dans la lumi&#232;re de dimanche, lumi&#232;re droite et verticale maintenant que midi sonnait aux horloges ; la lumi&#232;re de ce midi faisait croire au retour de jours plus chauds, elle effondrait sur la ville ses lignes s&#232;ches qui soulevaient la poussi&#232;re &#8212; le vent n'existait plus ici, et dans leur marche muette Victor et Anna reconnaissaient une dette que le vent honorait au silence. L'oubli autour d'eux voltigeait et rien d'autre que le pr&#233;sent pesant de tout son interminable poids maintenait la distance. D'un geste Victor orienta la marche vers le quartier sale et vide &#224; cette heure de l'ancien port sur le fleuve, et en peu de temps, ils se retrouv&#232;rent sur le petite place o&#249; tout &#224; l'heure le hasard et la col&#232;re avaient men&#233; Victor : les portes de l'&#233;glise s'ouvraient sur le vide des bancs, la noirceur de la nef &#8212; la brume inutile des cendres parfum&#233;es formait un rideau transparent masquant mal l'aust&#233;rit&#233; de l'autel sculpt&#233; dans une seule pi&#232;ce de bois, les vitraux qui le surplombaient n'arrivaient m&#234;me pas &#224; refl&#233;ter la pure lumi&#232;re de la matin&#233;e, qui traversait difficilement la crasse bleut&#233;e du verre pour finir par s'&#233;crouler sur le sol que de fausses dalles, irr&#233;guli&#232;res et poussi&#233;reuses, achevaient d'absorber et de recouvrir. Quelques bougies immenses et tordues vacillaient de mani&#232;re ridicule sur les parois humides des transepts. L'officiant achevait de mettre en place l'ordre que des si&#232;cles n'avaient pas jug&#233; bon d'&#233;branler, mais simplement ignor&#233; &#8212; et l'ignorance transpirait ce lieu comme nul autre. Les portes majestueuses et illisibles &#233;taient donc grandes ouvertes d&#233;sormais puisque tout &#233;tait fini, mais presque personne n'&#233;tait sorti, parce que presque personne n'&#233;tait entr&#233; tout &#224; l'heure &#8212; et le vide de l'&#233;glise s'&#233;tait montr&#233; au vide du parvis aussi inquiet qu'elle du sort des &#226;mes ; sur les marches, Victor s'assit aupr&#232;s Anna, et avec elle, prit le temps de respirer l'ombre recouvrant les trois quarts de la place. On n'entendait qu'&#224; peine le murmure insignifiant de la foule au loin, tandis que le fleuve passait sous les colonnades des ponts.&lt;/p&gt;
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