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	<title>arnaud ma&#239;setti | carnets</title>
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	<description>Carnets d'&#233;critures et de lectures, journal, images, textes &amp; fictions web. (Depuis octobre 2005)</description>
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		<title>arnaud ma&#239;setti | carnets</title>
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		<title>Rimbaud | Une Am&#233;rique secr&#232;te</title>
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		<dc:date>2026-03-12T18:23:04Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;&#171; C'est un peuple pour qui se sont mont&#233;s ces Alleghanys et ces Libans de r&#234;ve ! &#187;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.arnaudmaisetti.net/spip/notes-questions-lirecrire/rimbaud-lire-ecrire/rimbaud-des-nouvelles-jusqu-a-nous/" rel="directory"&gt;Rimbaud, des nouvelles jusqu'&#224; nous&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/logo/capture_d_e_cran_2026-03-01_a_08.54_04.png?1773339336' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='150' height='98' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/capture_d_e_cran_2026-03-01_a_08.54_14.png?1773339351&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Les &lt;a href=&#034;https://arnaudmaisetti.net/spip/notes-questions-lirecrire/rimbaud-lire-ecrire/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;carnets Rimbaud&lt;/a&gt; &lt;br /&gt;&#8212; &lt;a href=&#034;https://arnaudmaisetti.net/spip/notes-questions-lirecrire/rimbaud-lire-ecrire/rimbaud-des-nouvelles-jusqu-a-nous/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Des nouvelles jusqu'&#224; nous&lt;/a&gt; (des signes adress&#233;es outre-tombe)
&lt;br /&gt;&#8212; &lt;a href=&#034;https://arnaudmaisetti.net/spip/notes-questions-lirecrire/rimbaud-lire-ecrire/rimbaud-une-vie/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Les vies irracont&#233;es&lt;/a&gt; (une contre-bio)
&lt;br /&gt;&#8212; &lt;a href=&#034;https://arnaudmaisetti.net/spip/notes-questions-lirecrire/rimbaud-lire-ecrire/rimbaud-une-anthologie/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Anthologies&lt;/a&gt; (textes &amp; br&#251;lots)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Une &lt;i&gt;illumination&lt;/i&gt; apr&#232;s l'autre, voil&#224; qu'une rose des vents recompose le monde. C'est peut-&#234;tre le geste absent, et premier, de ce mince livre &#8212; qu'on r&#233;duit &#224; tort &#224; cette seule puissance de d&#233;flagration &#224; m&#234;me de renverser les assises de la pens&#233;e occidentale, mais non : c'est si peu dire. Comme sur le capot d'une voiture on d&#233;ploie la carte du monde, et qu'on d&#233;ciderait, parce que c'est ainsi, que l'ouest n'est plus &#224; l'ouest, et le sud, et le nord, ni l'est : et qu'il n'y a plus ni carte ni territoire, mais pur d&#233;sir de les voir tel que le d&#233;sir les exige.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aimant&#233;e par la brutalit&#233; d'affects qui gouvernent d&#233;sormais les pens&#233;es, la rose des vents dessine les trajectoires : au nord s'&#233;paississent les brouillards de l'abjection, lourds d'une noirceur compacte, hostile &#8212; d'une hostilit&#233; m&#234;me qui pourrait presque para&#238;tre d&#233;sirable : Bruxelles, Londres ; au sud se tend d'&#233;vidence la ligne du d&#233;sir &#233;toil&#233; d'or, la soif qu'attise la chaleur, et la chaleur qui appelle l'in&#233;puisable soif ; &#224; l'est se dresse l'&#233;blouissement, fascination presque intouchable o&#249; miroite Java, soleils lev&#233;s, aubes sans cesses naissantes de la r&#233;alit&#233; maudite &#8212; mais &#224; l'ouest ? On se penche. Le dessin ici s'estompe &#224; mesure qu'il d&#233;vore le couchant. C'est le p&#244;le quasi silencieux, presque secret, qui incline la pens&#233;e vers un horizon qu'elle pressent sans rien d&#233;signer &#8212; silencieux ? Non pas muet. Il suffit alors d'un seul mot murmur&#233; pour soulever, comme on le ferait d'un caillou d'une tonne pos&#233; lourdement sur la fourmili&#232;re cach&#233;e, les cit&#233;s grouillantes du Grand Ouest. Celui, par exemple, et au hasard (non) : d'&lt;i&gt;Alleghanys&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alleghanys ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On se souvient de la page corn&#233;e : du po&#232;me ancien et pourtant plus jeune que le monde qui portait ce mot. Alleghany.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Devant de tels mots, sid&#233;rants et s&#251;rs d'eux, on ne sait vraiment que faire &#8212; souvent m&#234;me, on ne fait rien ; on passe ; on ne sait faire que cela : que passer. Voil&#224; un autre mot impossible, et alors ? On est embarrass&#233;, oui, mais il y en a tant, de ces mots qu'on m&#226;che comme des cailloux et tout le po&#232;me, toute cette langue et ce monde sont peut-&#234;tre de cet acabit ; il suffit de passer. On enjambe m&#234;me et l'acabit et l'embarras. Et puis, c'est commode : on a tant dit de tout ce fatras qu'il &#233;tait envoutant, autant se livrer &#224; l'envo&#251;tement : &lt;i&gt;Alleghanys&lt;/i&gt;, moins un nom qu'un mot, et moins un mot qu'un sort, une formule. Et voici le Rimbaud vaporeux des ma&#238;tres d'&#233;cole qui tiennent l&#224; r&#233;servoir d'explication de textes o&#249; le myst&#232;re tiendra lieu de &lt;i&gt;probl&#233;matique&lt;/i&gt;. Tentant, oui, de voir partout ce r&#234;ve sans attaches, vapeur, d&#233;rive purement verbale et th&#233;&#226;tre de signes qui se regardent jouer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Alleghanys&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sauf que ce sort n'est pas seulement un mot, c'est surtout un nom : pas m&#234;me : un lieu du monde que l'orthographe a peu &#224; peu d&#233;form&#233; jusqu'&#224; nous &#8211; et qui s'&#233;crit de toutes les fa&#231;ons possible, Alleghanie tout aussi bien qu'Allegheny. Oui, voici que se dresse Cobb Hill, dans le comt&#233; de Potter, en Pennsylvanie, plus qu'un nom : un mince filet d'eau qui va depuis le lac &#201;ri&#233; pour se jeter infiniment dans l'Ohio, nom qui prend corps dans le cours du temps et d'un fleuve, errant dans Pittsburg pour nommer comt&#233;, parc, bouche de m&#233;tro et salle de conf&#233;rence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut ouvrir de nouveau le livre et revenir &#224; la page corn&#233;e, et plonger dans la page sid&#233;rante, s'y perdre pour voir lentement le monde s'organiser autrement, plus douloureusement, plus brutalement.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_16744 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/bday11_skyline_33_hdr-e1572460361435.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/bday11_skyline_33_hdr-e1572460361435.jpg?1773342028' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Ce sont des villes ! C'est un peuple pour qui se sont mont&#233;s ces Alleghanys et ces Libans de r&#234;ve ! Des chalets de cristal et de bois qui se meuvent sur des rails et des poulies invisibles. Les vieux crat&#232;res ceints de colosses et de palmiers de cuivre rugissent m&#233;lodieusement dans les feux. Des f&#234;tes amoureuses sonnent sur les canaux pendus derri&#232;re les chalets. La chasse des carillons crie dans les gorges. Des corporations de chanteurs g&#233;ants accourent dans des v&#234;tements et des oriflammes &#233;clatants comme la lumi&#232;re des cimes. Sur les plates-formes au milieu des gouffres les Rolands sonnent leur bravoure. Sur les passerelles de l'ab&#238;me et les toits des auberges l'ardeur du ciel pavoise les m&#226;ts. L'&#233;croulement des apoth&#233;oses rejoint les champs des hauteurs o&#249; les centauresses s&#233;raphiques &#233;voluent parmi les avalanches. Au-dessus du niveau des plus hautes cr&#234;tes une mer troubl&#233;e par la naissance &#233;ternelle de V&#233;nus, charg&#233;e de flottes orph&#233;oniques et de la rumeur des perles et des conques pr&#233;cieuses, &#8212; la mer s'assombrit parfois avec des &#233;clats mortels. Sur les versants des moissons de fleurs grandes comme nos armes et nos coupes, mugissent. Des cort&#232;ges de Mabs en robes rousses, opalines, montent des ravines. L&#224;-haut, les pieds dans la cascade et les ronces, les cerfs t&#232;tent Diane. Les Bacchantes des banlieues sanglotent et la lune br&#251;le et hurle. V&#233;nus entre dans les cavernes des forgerons et des ermites. Des groupes de beffrois chantent les id&#233;es des peuples. Des ch&#226;teaux b&#226;tis en os sort la musique inconnue. Toutes les l&#233;gendes &#233;voluent et les &#233;lans se ruent dans les bourgs. Le paradis des orages s'effondre. Les sauvages dansent sans cesse la f&#234;te de la nuit. Et une heure je suis descendu dans le mouvement d'un boulevard de Bagdad o&#249; des compagnies ont chant&#233; la joie du travail nouveau, sous une brise &#233;paisse, circulant sans pouvoir &#233;luder les fabuleux fant&#244;mes des monts o&#249; l'on a d&#251; se retrouver.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quels bons bras, quelle belle heure me rendront cette r&#233;gion d'o&#249; viennent mes sommeils et mes moindres mouvements ?&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;On comprend que la critique parle de brume : tout y est &#8211; th&#233;&#226;tre et machinerie, m&#233;tal et mythologie, beffrois, gouffres, rails et avalanches ; on comprend aussi que cette brume soit un charme, et son pi&#232;ge, une capture &#8212; parce qu'elle a la densit&#233; d'une mati&#232;re et qu'elle arrime au r&#234;ve. Pi&#232;ge pourtant : oui, il suffit de relire. Non, le myst&#232;re n'est pas un &#233;cran pos&#233; sur le monde, mais cette seule fa&#231;on de le rendre plus proche, ou exact, et plus violent, douloureux et n&#233;cessaire, qui le force &#224; passer par l'allusion afin qu'on puisse en traverser les atours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Confusion de r&#234;ves &#187;. C'est ainsi que la critique parle du Po&#232;me, sid&#233;r&#233;e peut-&#234;tre, embarrass&#233;e plut&#244;t : sont-ce des villes ces montagnes ? Puis pourquoi cette exaltation lyrique pour une telle &lt;i&gt;confusion&lt;/i&gt; ? Pr&#233;sence effarante du monde ainsi lev&#233; ou son retrait &#224; force de mots ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Antoine Adam &#8211; dans sa v&#233;n&#233;rable Pl&#233;iade mill&#233;sime 1972 &#8211; &#233;voque, incertain, le grouillement indistinct, l'image d'une image : celle, donc, d'une &lt;i&gt;confusion intime&lt;/i&gt; (intime ?) ; Andr&#233; Guyaux, dans l'Autre Pl&#233;iade, plus r&#233;cente, d&#233;pla&#231;ait ailleurs le d&#233;cor vers l'int&#233;riorit&#233;, faisant des &#171; Alleghanys &#187; et des &#171; Libans &#187; tels reliefs psychiques ; Antoine Raybaud pr&#233;f&#232;re discerner un tohu-bohu bab&#233;lien livr&#233; aux aimantations du signifiant ; John E. Jackson assume l'autot&#233;lie d'un &#171; op&#233;ra fabuleux &#187; ; Marie-Claire Bancquart parle tout de go d'un th&#233;&#226;tre conscient de sa machinerie ; Pierre Brunel d'une parade mythologique o&#249; l'enthousiasme, port&#233; &#224; l'exc&#232;s, fr&#244;le le d&#233;risoire. Tous semblent faire du r&#234;ve et du langage l'objet et le sujet du po&#232;me. Personne, jamais, ne parle de Far West, des canyons ocres au fond desquels serpentent des Cow-Boys poursuivis par les Indiens, du soleil qui se couche devant la solitude du hors-la-loi ivre d'un mauvais tort-boyaux de saloon et couvert de poussi&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_16742 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/unnamed-2.jpg?1773339719' width='500' height='362' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Personne ou presque : en 2004, Bruno Claysse &#8211; apr&#232;s avoir propos&#233; une premi&#232;re &#233;tude, en 1990, o&#249; il voyait l&#224; le plus magnifique r&#234;ve d'&#226;ge d'or de Rimbaud, renverse la perspective : non pas un r&#234;ve, mais la parodie d'un r&#234;ve : lequel ? Claysse d&#233;pose, au d&#233;tour de son article, l'hypoth&#232;se : le Mont Liban du po&#232;me ne renverrait pas au Liban &#8212; ce serait trop simple &#8212; mais &#224; un Mount Lebanon de Pennsylvanie, au pied duquel coule la rivi&#232;re Allegheny.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut d&#233;cid&#233;ment se pencher sur la carte ainsi retourn&#233;e, suivre du doigt o&#249; conduit cette Allegheny am&#233;ricaine, de sa naissance sur Cobb Hill, Potter County, au nord de la Pennsylvanie et descendant des for&#234;ts sombres du Allegheny Plateau pour fr&#244;ler Coudersport, longeant Port Allegany et franchissant la ligne de New York State avant de traverser Olean, Salamanca, terres de la Seneca Nation, puis de s'&#233;largir dans les eaux du Allegheny Reservoir, retenue par le Kinzua Dam et de reprendre vers le sud-ouest, coupant la Allegheny National Forest, Warren, la Conewango Creek et Tidioute, Tionesta, Franklin, puis recevant la French Creek &#224; Oil City, m&#233;moire du p&#233;trole, et Emlenton, Parker, Kittanning, Ford City, Freeport, entrant dans la vall&#233;e industrielle, Tarentum, New Kensington, Oakmont et enfin les faubourgs de Pittsburgh &#8211; Highland Park, Lawrenceville, Strip District &#8211;, avant la pointe exacte du Golden Triangle, Point State Park, rejoignant alors la Monongahela River, d'o&#249; surgit soudain l'Ohio River &#8212; Pittsburgh Downtown, &#224; l'ombre du Mount Lebanon, les &#171; Monts Liban &#187; du po&#232;me &#8212; qui sent moins le c&#232;dre que le fer, montagne creus&#233;e de mines que gravie en effet un chemin de fer en colima&#231;on.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autant dire l'Am&#233;rique. Et pour la voir na&#238;tre sous la main du Po&#232;te, il faut aller plus amont encore que Cobb Hill et suivre Claysse dans une autre de ses hypoth&#232;ses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mars 1871. Rimb. entre dans la librairie du bon imprimeur Lemerre &#8212; &lt;i&gt;j'ai vue quelques nouveaut&#233;s chez Lemerre &lt;/i&gt; &#8212;, &#233;crit-il presque aussit&#244;t &#224; Demeny. Mais pas seulement. Il ne dit pas ce qu'il fait, quand il sort du 47 Passage Choiseul et d&#233;bouche rue des Petits Champs alors il faut inventer. Mais est-ce qu'on invente, quand on sait, que trois cents m&#232;tres s&#233;parent la librairie Lemerre de la librairie Dentu, et qu'un gar&#231;on de 16 ans qui fait le tour des libraires du passage Choiseul au Palais-Royal ne saute pas une vitrine. Il suffit de fermer les yeux et on le voit, regarder la vitrine Dentu, l'&#233;diteur de r&#233;cits de voyage : voil&#224;, il est entr&#233;. Il observe les couvertures, pose les mains sur l'une d'entre elles, regarde le titre. &lt;i&gt;&#192; travers l'Atlantique et dans le Nouveau Monde&lt;/i&gt;, tableau d'une Am&#233;rique en fusion &#8211; c'est sign&#233; C&#233;sar Pascal, il l'emporte &#233;videmment, un titre pareil, vous n'y pensez pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il rentre on ne sait o&#249;. On sait seulement que le gar&#231;on a vendu sa montre en argent pour payer le train jusqu'&#224; Paris, les combats faisaient encore rage &#8212; ces premiers jours de mars, les troupes prussiennes ont d&#233;fil&#233; sur les Champs-&#201;lys&#233;es. Vraiment, on ne sait pas, ces quelques jours de mars, ce qu'il fait, o&#249; il dort &#8212; certainement pas chez le caricaturiste Gill, chez qui il s'est rendu d'abord, et qu'il a effray&#233;. Rimb ne dira rien de ces quelques jours, et ne rapportera qu'une liste de livres &#8212; &lt;i&gt;Le Sacre de Paris&lt;/i&gt; de Leconte de Lisle, &lt;i&gt;Le Soir d'une bataille&lt;/i&gt; du m&#234;me, la &lt;i&gt;Lettre d'un Mobile breton&lt;/i&gt; de Copp&#233;e, &lt;i&gt;Col&#232;re d'un Franc tireur&lt;/i&gt; de Mend&#232;s, &lt;i&gt;L'Invasion&lt;/i&gt; de Theuriet, &lt;i&gt;Vae victoribus&lt;/i&gt; de Lacaussade, un &lt;i&gt;Si&#232;ge de Paris&lt;/i&gt; de Claretie qu'il dit &#171; fort volume &#187;, des po&#232;mes de F&#233;lix Franck, d'&#201;mile Bergerat, et chez un autre libraire le &lt;i&gt;Fer rouge&lt;/i&gt; de Glatigny, &lt;i&gt;Nouveaux ch&#226;timents&lt;/i&gt;. Rien que de la circonstance : des vers de Parnassiens sur la guerre, des r&#233;cits de si&#232;ge &#8212; &#171; que chaque libraire ait son &lt;i&gt;Si&#232;ge&lt;/i&gt;, son &lt;i&gt;Journal de Si&#232;ge&lt;/i&gt; &#8212; le &lt;i&gt;Si&#232;ge de Sarcey&lt;/i&gt; en est &#224; sa 14e &#233;dition &#8212; que j'aie vu des ruissellements fastidieux de photographies et de dessins relatifs au &lt;i&gt;Si&#232;ge&lt;/i&gt;, vous ne douterez jamais &#187;. Seize ans, sans feu ni lieu et moins encore d'argent, le voil&#224; qu'il ricane devant les vitrines patriotiques. Mais du livre de C&#233;sar Pascal, pas un mot. Bien s&#251;r : est-ce qu'il devait signaler &#224; l'ami po&#232;te qu'il a feuillet&#233; un r&#233;cit de voyage am&#233;ricain qui n'a rien de circonstance, qui semble plut&#244;t m&#234;me l'envers de la circonstance ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il attend d'&#234;tre dans sa chambre pour ouvrir le livre et voir se lever la fournaise. De C&#233;sar Pascal, un nom qui sonne comme une invention de Balzac, on ne sait l&#224; encore presque rien &#8211; inutile de faire l'effort d'inventer. Deux livres chez Dentu &#8212; celui-ci, et quinze ans plus tard une &#233;tude sur la r&#233;vocation de l'&#233;dit de Nantes. Un lettr&#233; qui voyage ; un patriote qui se souvient.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_16736 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/png/capture_d_e_cran_2026-02-25_a_13.58_14.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/png/capture_d_e_cran_2026-02-25_a_13.58_14.png?1773339434' width='500' height='747' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#201;crire &lt;i&gt;&#192; travers l'Atlantique et dans le Nouveau Monde&lt;/i&gt; suffit sans doute &#224; justifier une vie &#8212; Hugo poss&#233;dait ce livre de voyage dans sa biblioth&#232;que de Guernesey. Un in-18, petit format qu'on peut emporter sur la route, et &#231;a tombe bien, c'est l&#224; qu'il fut &#233;crit. L'homme a travers&#233; l'oc&#233;an en 1869, et plus que l'Atlantique tout le pays qui vient en travers de la route et d&#233;chire les oc&#233;ans en deux &#8212; il le raconte dans la langue des voyageurs du Second Empire encombr&#233;e de comparaisons rassurantes, pr&#233;cises et inutiles. Le livre s'ouvre sur la mer et se referme sur le retour ; entre les deux : New York, les chemins de fer et les plaines. Un d&#233;sert apr&#232;s l'autre interrompu par des bourgades de poussi&#232;res, le Grand Ouest qui s'&#233;tend devant soi, la Destin&#233;e Manifeste d'un monde neuf qui se baptise dans le sang, le fer des chemins et la croix de toutes les sectes chr&#233;tiennes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les noms des chapitres s'&#233;gr&#232;nent de noms propres inconnus &#8212; au chapitre XIII par exemple &#8212; &#171; les Alleghanys &#187;. Les voil&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_16738 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/capture_d_e_cran_2026-02-25_a_14.00_05.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/capture_d_e_cran_2026-02-25_a_14.00_05.jpg?1773339501' width='500' height='807' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt; Suffit de se pencher et de ramasser un tel mot. Dans ce chapitre, le voyageur prend halte dans la ville au nom difficilement pronon&#231;able de Pittsburgh &#8212; sous le regard et la phrase du voyageur Cesar Pascal, la ville y respire sous un nuage de charbon que ni vent ni soleil ne percent ; il essaie d'approcher la ville en cherchant des comparaisons : cet enfer industriel lui semble une sorte de &#171; Saint-&#201;tienne ou Birmingham de l'Am&#233;rique &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_16737 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/png/capture_d_e_cran_2026-02-25_a_13.59_57.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/png/capture_d_e_cran_2026-02-25_a_13.59_57.png?1773339434' width='500' height='401' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Les Allegheny Mountains, portion des Appalaches, forment la barri&#232;re des colons, la muraille &#224; franchir pour gagner l'Ouest ; cha&#238;nes parall&#232;les, vall&#233;es longitudinales, gorges transversales &#8212; des &lt;i&gt;gaps&lt;/i&gt; &#8212; que traverse le rail. Voil&#224; aussi le mot &#171; gorges &#187; qui va r&#233;sonner dans le po&#232;me et qu'il suffisait aussi de ramasser, de le jeter dans ce paysage : &#171; La chasse des carillons crie dans les gorges. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Allegheny. Soulevons ce mot je vous prie, et secouons le lentement pour en d&#233;gager l'ombre : nom qui d&#233;signe cette rivi&#232;re de plus de cinq cents kilom&#232;tres qui, &#224; la confluence avec la Monongahela, engendre l'Ohio, la &#171; Belle Rivi&#232;re &#187; dont Thomas Jefferson vante tant la splendeur. Nom qui vient de l'unami des Lenapes &#8211; peut-&#234;tre signifie-t-il &#171; belle rivi&#232;re &#187; justement, ou peut-&#234;tre conserve-t-il la m&#233;moire des Allegewi, l'ancien peuple de ces terres chass&#233; vers le sud. Mot-monde et mot-m&#233;moire : montagne et fleuve ensemble, et territoire et peuple effac&#233; sous les massacres. On ne passe pas &#224; c&#244;t&#233; d'un nom qui porte tant.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_16741 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/webp/12474a_900x.jpg.webp' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/webp&#034;&gt; &lt;img src='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/webp/12474a_900x.jpg.webp?1773339715' width='500' height='400' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#192; la confluence de la rivi&#232;re et du fleuve qui na&#238;t sous lui, les Fran&#231;ais avaient b&#226;ti le fort Duquesne d&#232;s 1754 ; l'ann&#233;e suivante, le g&#233;n&#233;ral Braddock, accompagn&#233; d'un jeune officier nomm&#233; George Washington, &#233;choue &#224; s'en emparer &#8211; mais les Fran&#231;ais l'abandonnent apr&#232;s l'avoir tant d&#233;fendu. En 1758, les Anglais reconstruisent sur les ruines le fort Pitt. La ville na&#238;t de la cendre et du combat. Au XIX&#7497; si&#232;cle, fer, acier, charbon font de la r&#233;gion une matrice ardente : hauts fourneaux, ruisseaux incandescents, colonnes de fum&#233;e &#8211; le minerai tombe de la mine dans la fonderie et le feu retourne au ciel en panache noir. En 1907, Pittsburgh annexera Allegheny City et l'absorbe ; la ville d&#233;vore la ville qu'elle a enfant&#233;e, le nom dispara&#238;t pour ne baptiser que p&#226;t&#233;s de maisons, square, un General Hospital et une High School d&#233;labr&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_16739 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/png/capture_d_e_cran_2026-03-01_a_08.52_14.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/png/capture_d_e_cran_2026-03-01_a_08.52_14.png?1773339558' width='500' height='549' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Relisons ? &#171; C'est un peuple pour qui se sont mont&#233;s ces Alleghanys et ces Libans de r&#234;ve ! &#187; L'attaque appelle la machinerie et l'&#233;difice, l'architecture d'une sc&#232;ne &#8211; &#233;pouse &#224; merveille cette r&#233;gion industrielle, spectacle et dispositif &#224; la fois. Quant aux &#171; chalets de cristal et de bois qui se meuvent sur des rails et des poulies invisibles &#187;, ils dessinent sans doute les funiculaires &#8212; la Monongahela Incline, inaugur&#233;e en 1870, qui hisse les ouvriers des vall&#233;es vers les cr&#234;tes de Coal Hill : l'invisibilit&#233; du m&#233;canisme et la transmutation du verre en cristal donnait &#224; la technique (et aux yeux de C&#233;sar Pascal) l'aura d'une f&#233;erie scientifique sans pareil dans la Vieille Europe. Et les &#171; vieux crat&#232;res ceints de colosses et de palmiers de cuivre &#187; convoquent, supposent Breuil, le vocabulaire m&#233;taphorique de l'&#233;poque &#8212; crat&#232;res, chemin&#233;es colossales, cand&#233;labres moul&#233;s &#8212; tandis que l'oxymore &#171; rugissent m&#233;lodieusement &#187; accuse froidement la friction entre la violence r&#233;elle et l'enchantement rh&#233;torique. Puis, il y a ces &#171; f&#234;tes amoureuses &#187; sur les &#171; canaux pendus &#187;, qui rappellent peut-&#234;tre les voies ferr&#233;es et les canaux qui quadrillent les Alleghanys : les steamers embarquent des musiciens quand la modernit&#233; danse au-dessus des gouffres. Les &#171; carillons &#187; ? Les trembleurs &#233;lectriques des chemins de fer dont parlent les ouvrages techniques de 1869 &#8212; et le train de crier sa pr&#233;sence dans les gorges conquises. Les &#171; Rolands &#187; qui &#171; sonnent leur bravoure &#187; renvoient (hypoth&#232;se du toujours pr&#233;cieux Abardel) alors &#224; la cloche l&#233;gendaire de Gand &#8212; Roelandt &#8212; qui appelait au soul&#232;vement &#8212; autant qu'au Roland de Roncevaux ? &#8211; et la constellation nordique des carillons et des corporations, avec force oriflammes et beffrois installe en filigrane la m&#233;moire communarde des brumes d'Europe, Moyen &#194;ge r&#233;invent&#233; par la r&#233;volution industrielle qui s'&#233;tend jusque dans les faubourgs de ce Western. Lorsque &#171; l'&#233;croulement des apoth&#233;oses &#187; rejoint les hauteurs o&#249; &#233;voluent des &#171; centauresses s&#233;raphiques &#187;, la mythologie hugolienne de la locomotive se voit brutalement d&#233;plac&#233;e vers une sorte de syncr&#233;tisme ironique &#8212; V&#233;nus entre dans les cavernes des forgerons et croise Vulcain et la R&#233;publique invoqu&#233;e par Edgar Quinet ; les cerfs t&#234;tent Diane pour figurer l'&#226;ge d'or invers&#233;, adunaton qui mime la proph&#233;tie d'Isa&#239;e &#8212; et les &#171; ch&#226;teaux b&#226;tis en os &#187; r&#233;activent l'imaginaire civilisateur du Paris-Guide de Victor Hugo o&#249; les &#171; groupes de beffrois &#187; chantent les id&#233;es des peuples, tandis que &#171; des compagnies &#187; c&#233;l&#232;brent la joie d'un travail nouveau dont l'&#233;clat garde sa pointe d'ironie mauvaise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On oublie trop que Rimbaud est le fr&#232;re a&#238;n&#233; de cinq ans de Billy The Kid, qui meurt dix ans avant lui : qu'il en est aussi un fr&#232;re d'arme, et de tous ces cavaliers maigres des plaines, silhouettes au chapeau large tirant derri&#232;re elles la poussi&#232;re des pistes, gardiens de troupeaux sur les routes du b&#233;tail, hommes de selle et de colt r&#244;dant entre les gares neuves, les rails encore chauds, les saloons de planches et les villes surgies du d&#233;sert, o&#249; les rails traversent les plaines, o&#249; les premi&#232;res nations r&#233;sistent une derni&#232;res fois avant d'&#234;tre ex&#233;cut&#233;es &#224; Sand Creek, Wounded Knee ou Little Bighorn &#8212; mots qui s'impriment imm&#233;diatement sans distinguer l'histoire de la l&#233;gende dans l'imaginaire d'un adolescent ardennais. L'Am&#233;rique industrielle de l'Ouest lui appara&#238;t alors fatalement comme un Orient moderne, Bagdad d'acier et de cuivre o&#249; la &#171; magie bourgeoise &#187; &#233;tend sa ma&#238;trise sur toutes choses, b&#234;tes et jungles et d&#233;serts. Les Alleghanys et les Libans de r&#234;ve :ne peuvent &#234;tre que des territoires de fiction auxquels l'&#233;criture fait conqu&#234;te &#171; pour un peuple &#187; &#224; venir, th&#233;&#226;tre d'un affrontement entre le temps mythique et les &#226;ges industriels.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_16740 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/png/capture_d_e_cran_2026-03-01_a_08.54_14.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/png/capture_d_e_cran_2026-03-01_a_08.54_14.png?1773339700' width='500' height='392' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Confuses, ces images ? Elles documentent pourtant avec force d&#233;tail l'imaginaire r&#233;el du Grand Ouest qui s'allonge derri&#232;re l'Atlantique et qui est alors encore une promesse, son horizon. Si c'est un r&#234;ve, il ne peut &#234;tre issu que du r&#233;el le plus tangible, celui qu'on forge en soi rien qu'en levant, d'un mot, le mot d'Am&#233;rique quand on cr&#232;ve d'ennui &#224; Charleville, qui est peut-&#234;tre, sur terre alors, le contraire absolu de Pittsburgh. Un seul nom suffit, oui, &#224; lever ce paysage am&#233;ricain hallucin&#233; par l'&#233;criture, mais dont l'hallucinant est documentaire. Mot qui dans le m&#234;me mouvement, exhibe et infl&#233;chit la rh&#233;torique du Progr&#232;s cherchant &#224; magnifier sa propre violence. &#171; Quels bons bras, quelle belle heure me rendront cette r&#233;gion d'o&#249; viennent mes sommeils et mes moindres mouvements ? &#187; installe peut-&#234;tre cette nostalgie paradoxale, d&#233;sir d'un lieu qui n'a pas encore eu lieu pour lui, Am&#233;rique r&#234;v&#233;e dont la promesse s'effondre d&#233;j&#224; comme le fort Duquesne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, il suffisait d'entendre le mot : Alleghanys. Dans sa syllabe r&#233;sonnaient montagne, fleuve, peuple disparu, fournaise industrielle, conqu&#234;te et ruine. Et non, le po&#232;me ne flotte pas dans sa brume psychique, il s'adosse &#224; une g&#233;ographie pr&#233;cise que l'&#233;criture vient travailler au feu &#8211; qui fait entrer V&#233;nus chez les forgerons pour faire sonner Roland au-dessus des rails.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Am&#233;rique secr&#232;te de Rimbaud : ce qui de Bagdad, est l'enjambement de Paris pour poser pied sur l'Ohio, et d&#233;j&#224; le regard perdu dans la route de l'Ouest, au couchant, dans la solitude.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_16743 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/pittsburgh__allegheny___birmingham.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/pittsburgh__allegheny___birmingham.jpg?1773339719' width='500' height='271' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Gilles Deleuze &amp; F&#233;lix Guattari | Rhizome</title>
		<link>https://www.arnaudmaisetti.net/spip/notes-questions-lirecrire/chantier-ecritures-litterature/article/gilles-deleuze-felix-guattari-rhizome</link>
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		<dc:date>2026-02-10T16:27:23Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Toutes sortes de devenirs&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.arnaudmaisetti.net/spip/notes-questions-lirecrire/chantier-ecritures-litterature/" rel="directory"&gt;CHANTIER | &#201;CRITURES &amp; LITT&#201;RATURE&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/logo/rhizome-edited-1.png?1770740840' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='113' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;
L'arbre impose sa forme imm&#233;diatement lisible : les racines enfouies qui soutiennent l'ensemble, le tronc qui s'&#233;l&#232;ve sur quoi balancent des branches qui se distribuent selon l'ordre balanc&#233; et immobile que l'&#339;il reconna&#238;t sans effort, de sorte que chaque &#233;l&#233;ment para&#238;t d&#233;pendre d'un point plus ancien que lui, et que l'ensemble donne l'impression d'une continuit&#233; gouvern&#233;e par son origine. Cette figure a longtemps orient&#233; nos mani&#232;res de comprendre &#8211; une &#233;vidence silencieuse : chercher ce qui fonde, pr&#233;c&#232;de, explique, revenir vers le point premier dont tout proc&#233;derait, persuad&#233;s que le sens se tient l&#224;, dans cette profondeur stable qui soutient sans se montrer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est cette m&#234;me disposition qui a pr&#233;sid&#233; &#224; notre mani&#232;re de concevoir le livre, en le rapportant &#224; une source unique &#8212; l'auteur, le fond, l'intention, l'origine &#8212; comme si le texte devait n&#233;cessairement reconduire vers un centre qui l'aurait engendr&#233;, et comme si lire consistait &#224; remonter vers cette instance suppos&#233;e premi&#232;re, dans une logique de filiation qui reproduit, sans toujours le savoir, cette centralit&#233; paternaliste et patriarcale o&#249; l'ordre, l'origine et le sens se confondent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; force d'habiter cette forme, notre regard s'y est pli&#233;, au point que nous en venons &#224; ne plus reconna&#238;tre que des troncs, des ramifications, des hi&#233;rarchies discr&#232;tes, et &#224; attendre du monde qu'il se laisse ordonner selon cette architecture, quitte &#224; m&#233;conna&#238;tre ce qui s'y d&#233;robe, ce qui ne pousse pas vers le haut, ce qui ne se laisse pas reconduire &#224; une origine, et &#224; laisser s'installer, dans cette recherche d'un principe organisateur, les tentations d'un ordre qui rassure parce qu'il simplifie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'image alors s'&#233;puise, non parce qu'elle serait inexacte, mais parce qu'elle ne suffit plus, et qu'&#224; c&#244;t&#233; d'elle se d&#233;ploient d'autres croissances, d'autres circulations, qui ne partent de nulle part assignable, qui avancent par le milieu, se relient sans centre, se transforment en avan&#231;ant, comme si le sens, d&#233;sormais, demandait moins &#224; &#234;tre rapport&#233; &#224; une racine qu'&#224; &#234;tre suivi dans ces trajets o&#249; rien ne commence vraiment et o&#249; tout, pourtant, se met &#224; pousser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons des antidotes o&#249; puiser les forces.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A. M.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;center&gt;Gilles Deleuze, F&#233;lix Guattari, &lt;i&gt;Mille plateaux, &lt;/i&gt; &lt;br&gt;&#171; Introduction : rhizome &#187;, Les &#233;ditions de Minuit, p. 30-32.&lt;/center&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div class='spip_document_16710 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/30641130448_2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/30641130448_2.jpg?1770740772' width='500' height='750' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;R&#233;sumons les caract&#232;res principaux d'un rhizome : &#224; la diff&#233;rence des arbres ou de leurs racines, le rhizome connecte un point quelconque avec un autre point quelconque, et chacun de ses traits ne renvoie pas n&#233;cessairement &#224; des traits de m&#234;me nature, il met en jeu des r&#233;gimes de signes tr&#232;s diff&#233;rents et m&#234;me des &#233;tats de non-signes. Le rhizome ne se laisse ramener ni &#224; l'Un ni au multiple. Il n'est pas l'Un qui devient deux, ni m&#234;me qui deviendrait directement trois, quatre ou cinq, etc. Il n'est pas un multiple qui d&#233;rive de l'Un, ni auquel l'Un s'ajouterait (n+1). Il n'est pas fait d'unit&#233;s, mais de dimensions, ou plut&#244;t de directions mouvantes. Il n'a pas de commencement ni de fin, mais toujours un milieu, par lequel il pousse et d&#233;borde. Il constitue des multiplicit&#233;s lin&#233;aires &#224; n dimensions, sans sujet ni objet, &#233;talables sur un plan de consistance, et dont l'Un est toujours soustrait (n-1). Une telle multiplicit&#233; ne varie pas ses dimensions sans changer de nature en elle-m&#234;me et se m&#233;tamorphoser. &#192; l'oppos&#233; d'une structure qui se d&#233;finit par un ensemble de points et de positions, de rapports binaires entre ces points et de relations biunivoques entre ces positions, le rhizome n'est fait que de lignes : lignes de segmentarit&#233;, de stratification, comme dimensions, mais aussi ligne de fuite ou de d&#233;territorialisation comme dimension maximale d'apr&#232;s laquelle, en la suivant, la multiplicit&#233; se m&#233;tamorphose en changeant de nature. On ne confondra pas de telles lignes, ou lin&#233;aments, avec les lign&#233;es de type arborescent, qui sont seulement des liaisons localisables entre points et positions. &#192; l'oppos&#233; de l'arbre, le rhizome n'est pas objet de reproduction : ni reproduction externe comme l'arbre-image, ni reproduction interne comme la structure-arbre. Le rhizome est une antig&#233;n&#233;alogie. C'est une m&#233;moire courte, ou une antim&#233;moire. Le rhizome proc&#232;de par variation, expansion, conqu&#234;te, capture, piq&#251;re. &#192; l'oppos&#233; du graphisme, du dessin ou de la photo, &#224; l'oppos&#233; des calques, le rhizome se rapporte &#224; une carte qui doit &#234;tre produite, construite, toujours d&#233;montable, connectable, renversable, modifiable, &#224; entr&#233;es et sorties multiples, avec ses lignes de fuite. Ce sont les calques qu'il faut reporter sur les cartes et non l'inverse. Contre les syst&#232;mes centr&#233;s (m&#234;me polycentr&#233;s), &#224; communication hi&#233;rarchique et liaisons pr&#233;&#233;tablies, le rhizome est un syst&#232;me acentr&#233;, non hi&#233;rarchique et non signifiant, sans G&#233;n&#233;ral, sans m&#233;moire organisatrice ou automate central, uniquement d&#233;fini par une circulation d'&#233;tats. Ce qui est en question dans le rhizome, c'est un rapport avec la sexualit&#233;, mais aussi avec l'animal, avec le v&#233;g&#233;tal, avec le monde, avec la politique, avec le livre, avec les choses de la nature et de l'artifice, tout diff&#233;rent du rapport arborescent : toutes sortes de &#171; devenirs &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes en m&#234;me temps sur une mauvaise voie, avec toutes ces distributions g&#233;ographiques. Une impasse, tant mieux. S'il s'agit de montrer que les rhizomes ont aussi leur propre despotisme, leur propre hi&#233;rarchie, plus durs encore, tr&#232;s bien, car il n'y a pas de dualisme, pas de dualisme ontologique ici et l&#224;, pas de dualisme axiologique du bon et du mauvais, pas de m&#233;lange ou de synth&#232;se am&#233;ricaine. Il y a des n&#339;uds d'arborescence dans les rhizomes, des pouss&#233;es rhizomatiques dans les racines. Bien plus, il y a des formations despotiques d'immanence et de canalisation, propres aux rhizomes. Il y a des d&#233;formations anarchiques dans le syst&#232;me transcendant des arbres, racines a&#233;riennes et tiges souterraines. Ce qui compte, c'est que l'arbre-racine et le rhizome-canal ne s'opposent pas comme deux mod&#232;les : l'un agit comme mod&#232;le et comme calque transcendants, m&#234;me s'il engendre ses propres fuites ; l'autre agit comme processus immanent qui renverse le mod&#232;le et &#233;bauche une carte, m&#234;me s'il constitue ses propres hi&#233;rarchies, m&#234;me s'il suscite un canal despotique. Il ne s'agit pas de tel ou tel endroit sur la terre, ni de tel moment dans l'histoire, encore moins de telle ou telle cat&#233;gorie dans l'esprit. Il s'agit du mod&#232;le, qui ne cesse pas de s'&#233;riger et de s'enfoncer, et du processus qui ne cesse pas de s'allonger, de se rompre et reprendre. Autre ou nouveau dualisme, non. Probl&#232;me de l'&#233;criture : il faut absolument des expressions anexactes pour d&#233;signer quelque chose exactement. Et pas du tout parce qu'il faudrait passer par l&#224;, et pas du tout parce qu'on ne pourrait proc&#233;der que par approximations : l'anexactitude n'est nullement une approximation, c'est au contraire le passage exact de ce qui se fait. Nous n'invoquons un dualisme que pour en r&#233;cuser un autre. Nous ne nous servons d'un dualisme de mod&#232;les que pour atteindre &#224; un processus qui r&#233;cuserait tout mod&#232;le. Il faut &#224; chaque fois des correcteurs c&#233;r&#233;braux qui d&#233;font les dualismes que nous n'avons pas voulu faire, par lesquels nous passons. Arriver &#224; la formule magique que nous cherchons tous PLURALISME=MONISME, en passant par tous les dualismes qui sont l'ennemi, mais l'ennemi tout &#224; fait n&#233;cessaire, le meuble que nous ne cessons pas de d&#233;placer.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>La Passion Rabelais | Nuits Magn&#233;tiques</title>
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		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>



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&lt;p&gt;Comment entendre et faire entendre pour aujourd'hui la langue de Rabelais, sa violence et sa joie, qui sauraient terrasser la b&#234;tise sale de l'&#233;poque ? L'automne 1988, Christine Robert et Fran&#231;ois Bon proposent une s&#233;rie d'&#233;missions pour France Culture &#8212; quatre moments de 52 minutes, diffus&#233;es les 6 et 8 d&#233;cembre. &lt;br class='autobr' /&gt;
France Culture avait alors cette tradition d'exp&#233;rimentations radiophoniques &#8212; ainsi de ces Nuits Magn&#233;tiques, pour lesquelles est propos&#233; ce voyage dans Rabelais : au vif des (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.arnaudmaisetti.net/spip/notes-questions-lirecrire/chantier-ecritures-litterature/" rel="directory"&gt;CHANTIER | &#201;CRITURES &amp; LITT&#201;RATURE&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/logo/rabelais-gargantua-pantagruel-fragonard-gallimard.jpg?1770331693' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='91' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Comment entendre et faire entendre pour aujourd'hui la langue de Rabelais, sa violence et sa joie, qui sauraient terrasser la b&#234;tise sale de l'&#233;poque ? L'automne 1988, Christine Robert et Fran&#231;ois Bon proposent une s&#233;rie d'&#233;missions pour France Culture &#8212; quatre moments de 52 minutes, diffus&#233;es les 6 et 8 d&#233;cembre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;France Culture avait alors cette tradition d'exp&#233;rimentations radiophoniques &#8212; ainsi de ces &lt;i&gt;Nuits Magn&#233;tiques&lt;/i&gt;, pour lesquelles est propos&#233; ce voyage dans Rabelais : &lt;i&gt;au vif des voix &#224; l'instant o&#249; elles se risquent,&lt;/i&gt; trois com&#233;diennes &#8212; Claude Degliame, Ros&#233;liane Goldstein et Laurence Mayor &#8212; vont explorant &#224; m&#234;me ce langage, et avec les compagnons &#233;crivains, Michel Chaillou et Val&#232;re Novarina, et le chercheur Michael Screech, traversent ensemble la langue de Rabelais et ce qui en elle charrie notre monde. Autour, on peut voir (il suffit de fermer les yeux) la Devini&#232;re elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux ans plus tard, Fran&#231;ois Bon &#233;crira cette si n&#233;cessaire &lt;i&gt;Folie Rabelais&lt;/i&gt; &#8212; et voir aussi sur &lt;i&gt;son&lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article5229&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Tiers-Livre&lt;/a&gt; pour les traces de cette &#233;mission, l'aventure qu'elle fut en elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je d&#233;pose ici les &#233;missions et leur retranscription, &#224; l'occasion de la cr&#233;ation du spectacle inou&#239; de Malte Schwind &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;https://arnaudmaisetti.net/spip/critiques-theatre/article/malte-schwind-avec-rabelais-lorsqu-il-n-y-a-plus-de-larmes-a-pleurer&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Rien plus qu'un peu de moelle&lt;/a&gt;&lt;/i&gt; d'apr&#232;s Rabelais &#8212; quelques jours apr&#232;s la disparition de Val&#232;re Novarina.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, voix d'hier, pour maintenant, qui nous aident &#224; r&#233;entendre, dans la langue de Rabelais, ce qui aujourd'hui encore nous traverse, nous secoue et nous rel&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div class=&#034;spip_document_16694 spip_document spip_documents spip_document_audio spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende&#034; data-legende-len=&#034;152&#034; data-legende-lenx=&#034;xxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;div class=&#034;audio-wrapper&#034; style='width:400px;max-width:100%;'&gt; &lt;audio class=&#034;mejs mejs-16694 &#034; data-id=&#034;839128eca937c68c10600d293316c00f&#034; src=&#034;IMG/mp3/nuitsrabelais-2.mp3&#034; type=&#034;audio/mpeg&#034; preload=&#034;none&#034; data-mejsoptions='{&#034;iconSprite&#034;: &#034;plugins-dist/medias/lib/mejs/mejs-controls.svg&#034;,&#034;alwaysShowControls&#034;: true,&#034;loop&#034;:false,&#034;audioWidth&#034;:&#034;100%&#034;,&#034;duration&#034;:9558}' controls=&#034;controls&#034; &gt;&lt;/audio&gt; &lt;/div&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Nuits magn&#233;tiques - La passion Rabelais : -1 : Pantagruel, -4 : Le Tiers-Livre (1&#232;re diffusion : 06 et 08/12/1988)
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Christine Robert &amp; Fran&#231;ois Bon
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;div class=&#034;base64javascript102465802469d59238505b97.88071836&#034; title=&#034;PHNjcmlwdD4gdmFyIG1lanNwYXRoPSdwbHVnaW5zLWRpc3QvbWVkaWFzL2xpYi9tZWpzL21lZGlhZWxlbWVudC1hbmQtcGxheWVyLm1pbi5qcz8xNzcyNzk1ODQwJyxtZWpzY3NzPSdwbHVnaW5zLWRpc3QvbWVkaWFzL2xpYi9tZWpzL21lZGlhZWxlbWVudHBsYXllci5taW4uY3NzPzE3NzI3OTU4NDAnOwp2YXIgbWVqc2xvYWRlcjsKKGZ1bmN0aW9uKCl7dmFyIGE9bWVqc2xvYWRlcjsidW5kZWZpbmVkIj09dHlwZW9mIGEmJihtZWpzbG9hZGVyPWE9e2dzOm51bGwscGx1Zzp7fSxjc3M6e30saW5pdDpudWxsLGM6MCxjc3Nsb2FkOm51bGx9KTthLmluaXR8fChhLmNzc2xvYWQ9ZnVuY3Rpb24oYyl7aWYoInVuZGVmaW5lZCI9PXR5cGVvZiBhLmNzc1tjXSl7YS5jc3NbY109ITA7dmFyIGI9ZG9jdW1lbnQuY3JlYXRlRWxlbWVudCgibGluayIpO2IuaHJlZj1jO2IucmVsPSJzdHlsZXNoZWV0IjtiLnR5cGU9InRleHQvY3NzIjtkb2N1bWVudC5nZXRFbGVtZW50c0J5VGFnTmFtZSgiaGVhZCIpWzBdLmFwcGVuZENoaWxkKGIpfX0sYS5pbml0PWZ1bmN0aW9uKCl7ITA9PT1hLmdzJiZmdW5jdGlvbihjKXtqUXVlcnkoImF1ZGlvLm1lanMsdmlkZW8ubWVqcyIpLm5vdCgiLmRvbmUsLm1lanNfX3BsYXllciIpLmVhY2goZnVuY3Rpb24oKXtmdW5jdGlvbiBiKCl7dmFyIGU9ITAsaDtmb3IoaCBpbiBkLmNzcylhLmNzc2xvYWQoZC5jc3NbaF0pO2Zvcih2YXIgZiBpbiBkLnBsdWdpbnMpInVuZGVmaW5lZCI9PQp0eXBlb2YgYS5wbHVnW2ZdPyhlPSExLGEucGx1Z1tmXT0hMSxqUXVlcnkuZ2V0U2NyaXB0KGQucGx1Z2luc1tmXSxmdW5jdGlvbigpe2EucGx1Z1tmXT0hMDtiKCl9KSk6MD09YS5wbHVnW2ZdJiYoZT0hMSk7ZSYmalF1ZXJ5KCIjIitjKS5tZWRpYWVsZW1lbnRwbGF5ZXIoalF1ZXJ5LmV4dGVuZChkLm9wdGlvbnMse3N1Y2Nlc3M6ZnVuY3Rpb24oYSxjKXtmdW5jdGlvbiBiKCl7dmFyIGI9alF1ZXJ5KGEpLmNsb3Nlc3QoIi5tZWpzX19pbm5lciIpO2EucGF1c2VkPyhiLmFkZENsYXNzKCJwYXVzaW5nIiksc2V0VGltZW91dChmdW5jdGlvbigpe2IuZmlsdGVyKCIucGF1c2luZyIpLnJlbW92ZUNsYXNzKCJwbGF5aW5nIikucmVtb3ZlQ2xhc3MoInBhdXNpbmciKS5hZGRDbGFzcygicGF1c2VkIil9LDEwMCkpOmIucmVtb3ZlQ2xhc3MoInBhdXNlZCIpLnJlbW92ZUNsYXNzKCJwYXVzaW5nIikuYWRkQ2xhc3MoInBsYXlpbmciKX1iKCk7YS5hZGRFdmVudExpc3RlbmVyKCJwbGF5IixiLCExKTsKYS5hZGRFdmVudExpc3RlbmVyKCJwbGF5aW5nIixiLCExKTthLmFkZEV2ZW50TGlzdGVuZXIoInBhdXNlIixiLCExKTthLmFkZEV2ZW50TGlzdGVuZXIoInBhdXNlZCIsYiwhMSk7Zy5hdHRyKCJhdXRvcGxheSIpJiZhLnBsYXkoKX19KSl9dmFyIGc9alF1ZXJ5KHRoaXMpLmFkZENsYXNzKCJkb25lIiksYzsoYz1nLmF0dHIoImlkIikpfHwoYz0ibWVqcy0iK2cuYXR0cigiZGF0YS1pZCIpKyItIithLmMrKyxnLmF0dHIoImlkIixjKSk7dmFyIGQ9e29wdGlvbnM6e30scGx1Z2luczp7fSxjc3M6W119LGUsaDtmb3IoZSBpbiBkKWlmKGg9Zy5hdHRyKCJkYXRhLW1lanMiK2UpKWRbZV09alF1ZXJ5LnBhcnNlSlNPTihoKTtiKCl9KX0oalF1ZXJ5KX0pO2EuZ3N8fCgidW5kZWZpbmVkIiE9PXR5cGVvZiBtZWpzY3NzJiZhLmNzc2xvYWQobWVqc2NzcyksYS5ncz1qUXVlcnkuZ2V0U2NyaXB0KG1lanNwYXRoLGZ1bmN0aW9uKCl7YS5ncz0hMDthLmluaXQoKTtqUXVlcnkoYS5pbml0KTtvbkFqYXhMb2FkKGEuaW5pdCl9KSl9KSgpOzwvc2NyaXB0Pg==&#034;&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div class='spip_document_16687 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/121278.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/121278.jpg?1770331457' width='500' height='282' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le pr&#233;sentateur, habituellement, entre sans d&#233;tour dans le vif du sujet. Je devrais donc vous annoncer imm&#233;diatement, puisque c'est le sujet, une s&#233;rie sur Rabelais. Mais est-ce vraiment le sujet ? Et un sujet se laisse-t-il prendre, sans autre forme de proc&#232;s, dans les rais de son &#233;nonc&#233; ? Poser une question, c'est d&#233;j&#224; y r&#233;pondre. Inutile par cons&#233;quent de vouloir vous rassurer en vous d&#233;conseillant de vous munir de feuilles de papier et de plume Sergent-Major.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas un cours d'histoire litt&#233;raire ni des exercices d'explication de textes que nous allons vous infliger cette semaine. Le mot qui annoncera le mieux la couleur, ce sera le mot &#171; passion &#187;. Sans lui d'ailleurs, y a-t-il une communication possible ? Encore faut-il savoir qui est habit&#233; par une passion au point de donner vie &#224; un sujet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et c'est l&#224; que, m'autorisant un d&#233;tour, je dois vous pr&#233;senter Fran&#231;ois Bon. Vous le connaissez comme &#233;crivain depuis quelques ann&#233;es. Vous avez lu de lui, aux &#233;ditions de Minuit, &lt;i&gt;Sorties d'usine&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Limite&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Le crime de Buzon&lt;/i&gt; et tout r&#233;cemment &lt;i&gt;D&#233;cor ciment&lt;/i&gt;. Des livres tr&#232;s diff&#233;rents, mais o&#249; toujours des exclus &#8212; ceux &#224; qui notre soci&#233;t&#233; ne donne pas le beau r&#244;le, ceux &#224; qui le monde n'a pas laiss&#233; de destin &#8212; ont la parole, comme si l'&#233;crivain, en nous mettant &#224; l'&#233;coute de leur langue, tentait de faire cracher sa v&#233;rit&#233; au r&#233;el. Cela ne vous rappelle rien, cette d&#233;marche ? Nous y avons vu une telle analogie avec la n&#244;tre que nous avons propos&#233; &#224; Fran&#231;ois Bon de s'int&#233;resser aux moyens d'expression radiophonique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il a commenc&#233; par produire une s&#233;rie dans &lt;i&gt;Nuits Magn&#233;tiques&lt;/i&gt; &#8212; c'&#233;tait en 1985 &#8212; et cette premi&#232;re s&#233;rie s'intitulait &lt;i&gt;De l'autre c&#244;t&#233; de la D&#233;fense&lt;/i&gt;. Voici aujourd'hui une nouvelle exp&#233;rience &#8212; &#171; exp&#233;rience &#187; est d'ailleurs le mot qui convient. Pas question en effet d'appliquer les recettes apprises il y a trois ans : toutes les habitudes sont mauvaises &#224; la radio. &lt;i&gt;La Passion Rabelais&lt;/i&gt;, ce sera un journal, un journal parl&#233; qui vous donnera des nouvelles de la langue, comme si, sur fond de violence &#8212; toute la violence du monde &#8212;, cette langue, la langue de Rabelais, n'avait pas fini de dire son actualit&#233;. L'actualit&#233;, bien s&#251;r, exige le direct et ses contraintes sp&#233;cifiques : pas de reportage, pas de montage, le vif du sujet uniquement. Et le vif du sujet, ce sera le vif des voix &#224; l'instant m&#234;me o&#249; elles se risquent. Voix de com&#233;diennes : Claude Degliame, Ros&#233;liane Goldstein et Laurence Mayor. Voix d'&#233;crivains : Michel Chaillou, Val&#232;re Novarina. &#201;galement des habitants de ce village de Touraine o&#249; naquit Rabelais. Et toutes ces voix nous aideront &#224; entendre l'&#233;tonnante lisibilit&#233; d'une &#339;uvre qui a &#233;t&#233;, il faut bien le dire, d'une certaine mani&#232;re tenue &#224; distance, &#224; l'&#233;cart, exclue, marginalis&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une &#339;uvre vieille comme le monde, c'est vrai, mais peut-&#234;tre finalement moins us&#233;e que lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Nuits magn&#233;tiques&lt;/i&gt;, Fran&#231;ois Bon, Christine Robert : &lt;i&gt;La Passion Rabelais.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_16688 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/francois-rabelais-les-songes-drolatiques-de-pantagruel-ou-sont-contenues-plusieurs-figures-de-l-invention-de-maistre-francois-rabelais-9763-67c31ca7aa0d2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/francois-rabelais-les-songes-drolatiques-de-pantagruel-ou-sont-contenues-plusieurs-figures-de-l-invention-de-maistre-francois-rabelais-9763-67c31ca7aa0d2.jpg?1770331547' width='500' height='401' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Oh, plus outre, oh, cr&#233;ateur de nouvelles formes comme est le feu parmi les brandes, infatigable et strident, &#224; grand renfort de baisicle, pratiquant l'art dont on peut lire lettre non affarante. Si ne le croyez, je ne m'en soucis, mais un homme de bien, un homme de bon sens, croit toujours ce qu'on lui dit et qu'il trouve par &#233;crit. Car le temps est dangereux, ce ne sont pas faribolles et je m'en donne &#224; cent mille panneries de beaux diables corps et &#226;mes tripes et boyaux en cas que j'en mente en toute l'histoire d'un seul mot.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Ce soir : &lt;i&gt;Pantagruel&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Et le premier fut Charles Brott, qui engendra Sarah Brott, qui engendra Faribrott, qui engendra Hurtali, qui f&#251;t beau mangeurs de soupe et r&#233;gna autant du d&#233;luge, qui engendra Fracassus, lequel premier de ce monde joua au d&#233; avec ses B&#233;sicles, dont naqui Eragus, qui engendra Apemouche, qui premier inventa de fumer les langues de boeuf &#224; la chemin&#233;e car auparavant le monde les salait comme ont fait les jambons, qui engendra ga&#239;off, lequel avait les couillons de peuple et le vie de cormier, qui engendra m&#226;che-foin, qui engendra br&#251;le-fer, qui engendra Galafre, qui engendra Falourdin, qui engendra Roboastre, qui engendra Foutanon, qui engendra Akelbach, qui engendra vie de grain, qui engendra grand gosier, qui engendra gargantua, qui engendra le noble Pantagruel mon ma&#238;tre. J'entends bien que, lisant ce passage, vous faites en vous-m&#234;me un doute bien raisonnable et demandez comment est-il possible que, ainsi soit, vu que, au temps du d&#233;luge, tout le monde p&#233;rit, fors No&#233; et sept personnes avec lui dedans l'arche, au nombre desquels n'est point mys ledict Hurtali ? Aussi n'y eut-il pu entrer, car il &#233;tait trop grand. Mais il &#233;tait dessus &#224; cheval, jambes de &#231;a, jambes de l&#224;, comme sont les petits enfants sur les chevaux de bois. On y s'est le fa&#231;on sauva &#224; tr&#232;s Dieu la dite arche de Perrier, car il lui baillait le branle avec les jambes, et du pied la tournait o&#249; il voulait, comme on fait du gouvernail d'un navire. Ceux qui dedans &#233;taient lui envoyaient vivre par une chemin&#233;e insuffisante, comme Jean reconnaissant le bien qu'il leur faisait, et quelquefois parlementaient ensemble.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;FRAN&#199;OIS BON : Voil&#224; donc un livre qui commence comme la cr&#233;ation du monde. Un livre gigogne, qui s'embo&#238;te sur lui-m&#234;me comme le fait sa lign&#233;e de g&#233;ants. Mais un livre qui ne supporte pas de se savoir cach&#233; sous le papier. L'anonyme qui signe d'un anagramme &#8212; Alcofribas &#8212; semble crever soudain les pages, &#233;merger d'un seul coup au travers, comme dans une machinerie de th&#233;&#226;tre on voit le bonimenteur appara&#238;tre. Voil&#224; l'art, le grand art de Rabelais. Ce n'est pas le d&#233;lire de cette liste, ni l'accumulation, mais bien l'apparition, tout au milieu du premier chapitre du livre, d'Alcofribas lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En acceptant cette objection &#8212; Hurtali qui n'&#233;tait pas dans l'arche de No&#233; &#8212;, nous acceptons qu'on y fasse boniment du reste. Nous acceptons et la liste et le bonimenteur ; le d&#233;lire passe et s'impose. Et comment r&#233;sister quand on nous met sous la dent, avec Hurtali, une image tout de suite d'un pur plastique, toute venue de l'&#233;merveillement d'enfance : &#171; comme les enfants sur les chevaux de bois, jambes de &#231;&#224;, jambes de l&#224; &#187; ? Le tour est jou&#233;, et cette exp&#233;rience inou&#239;e de la langue ouverte. Comment des mots si simples vous restent-ils dans la t&#234;te, &#224; pleines architectures et sym&#233;tries ? Comment cela vous reste-t-il dans le r&#234;ve, jusqu'&#224; l'hypnose ?&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Quand Pantagruel fut n&#233;, qui fut bien esbahy et perplex ce fut Gargantua son pere : car voyant d'ung coust&#233; sa femme Badebec morte &amp; de l'aultre son fils Pantagruel n&#233;, tant beau &amp; grand, Il ne s&#231;avoit que dire ny que faire. Et le doubte qui troubloit son entendement estoit, assavoir mon s'il debvoit pleurer pour le deuil de sa femme, ou rire pour la ioye de son fils ? D'ung cost&#233; &amp; d'aultre il avoit d'argumens sophisticques qui le suffocquoient : car il les faisoit tresbien in modo et figura, mais il ne les pouvoit souldre. Et par ce moyen demouroit empestr&#233; comme ung Millan prins au lasset. Peureray ie, disoit il ? Ouy : car pourquoy ? Ma tant bonne femme est morte, qui estoit la plus cecy &amp; cela qui fut au monde. Jamais ie ne la verray, iamais ie n'en recouvreray une telle : ce m'est une perte inestimable. O mon dieu, que te avoys ie faict pour ainsi me punir ? que ne m'envoyas tu la mort &#224; moy premier qu'&#224; elle ? car vivre sans elle ne m'est que languir ? Ha Badebec ma mignonne, ma mye, mon petit con (toutefois elle en avoyt bien trois arpens &amp; deux sexter&#233;es) ma tendrette, ma braguette, ma savatte, ma pantoufle iamais ie ne te verray. Ha faulce mort tant tu me es malivole, tant tu me es oultrageuse de me tollir celle a laquelle immortalit&#233; appartenoit de droict. Et ce disant pleuroit comme une vache : mais tout soubdain ryoit comme ung veau, quand Pantagruel luy venoit en memoire. Ho mon petit fils, disoit il : mon couillon, mon peton, que tu es ioly : &amp; tant ie ie suis tenu &#224; dieu de ce qu'il me a donn&#233; ung si beau fils tant ioyeux, tant ryant, tant ioly. Hohohoho que ie suis ayse, beuvons ho laissons toute melancholie, apporte du meilleur, rince les verres, boutte la nappe, chasse les chiens, souffle ce feu, allume ceste chandelle, ferme ceste porte, envoyez ces pauvres, tiens ma robbe, que ie me mette en pourpoint pour mieulx festoyer les comeres.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;MICHAEL SCREECH : Ce que j'ai trouv&#233; dans Rabelais, c'&#233;tait le rire, la com&#233;die. Et tous les travaux que j'ai faits sur Rabelais ont eu pour objet de montrer la profondeur et la largeur de sa vision comique. Seulement, il y a une tendance &#224; croire qu'un auteur comique est moins profond qu'un auteur tragique. Mais expliquer une plaisanterie vieille de plusieurs si&#232;cles, cela peut repr&#233;senter un travail aust&#232;re, situ&#233; dans les grandes biblioth&#232;ques du monde. Je n'ai cependant jamais oubli&#233; que nous sommes en face non seulement d'un grand auteur comique, mais du plus grand auteur comique du monde moderne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me suis vou&#233; &#224; expliquer cette com&#233;die que je consid&#232;re comme un aspect de ce qu'on appelait &#224; l'&#233;poque &#171; la folie de l'&#201;vangile &#187;. C'est un rire profond&#233;ment chr&#233;tien, comme le rire chr&#233;tien l'&#233;tait au XVIe si&#232;cle, c'est-&#224;-dire &#8212; gr&#226;ce surtout &#224; l'influence d'&#201;rasme &#8212; un rire p&#233;n&#233;tr&#233; des influences de Lucien, o&#249; Platon jouait un grand r&#244;le, o&#249; toute la litt&#233;rature classique gr&#233;co-latine contribuait non seulement comme source mais comme enrichissement &#224; la conception m&#234;me. Mais si vous lisez &lt;i&gt;L'&#201;loge de la folie&lt;/i&gt; d'&#201;rasme comme une simple &#339;uvre litt&#233;raire, vous tombez dans le vide. Cela fait partie de toute une th&#233;ologie &#224; laquelle &#201;rasme avait d&#233;vou&#233; sa vie. Et c'est un fait important, il me semble, que l'une des rares lettres que nous avons &#233;crites par Rabelais est celle qu'il avait &#233;crite &#224; &#201;rasme lorsque lui, Rabelais, avait quitt&#233; ses ordres ill&#233;gitimement et &#233;tait nomm&#233; professeur de m&#233;decine et chef de la section m&#233;decine &#224; l'H&#244;tel-Dieu de Lyon. Il a &#233;crit &#224; &#201;rasme pour lui dire : &#171; Vous n'&#234;tes pas seulement mon p&#232;re spirituel, mais vous &#234;tes aussi ma m&#232;re ; je vous dois tout. &#187; Et je crois que ce qu'il rappelait l&#224;, c'est ce qu'il devait &#224; &#201;rasme &#8212; comprenez-le bien &#8212; une certaine conception du rire. Ce n'est pas un rire identique, leur fa&#231;on de s'exprimer est bien diff&#233;rente, mais la structure, l'arri&#232;re-pens&#233;e, la th&#233;ologie, la philosophie du rire pr&#233;sentent des analogies &#233;troites chez les deux auteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Michael Screech est n&#233; le 26 mai 1926 &#224; Plymouth, une nuit de gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale, pr&#233;cise-t-il. Mobilis&#233; &#224; 18 ans pendant les bombardements de Londres, il est envoy&#233; au Japon. Le premier soldat japonais qu'il aura interrog&#233; lisait Rabelais dans la grande traduction de Kazuo Watanabe. D&#233;mobilis&#233; en 1948, il se consacre au XVIe si&#232;cle dont il est l'un des meilleurs sp&#233;cialistes. Son &#233;dition de Rabelais chez Droz &#224; Gen&#232;ve fait r&#233;f&#233;rence aujourd'hui. Chercheur au prestigieux College d'Oxford, il publie en 1972, chez Gerald Duckworth, un&lt;/i&gt; Rabelais &lt;i&gt;en anglais qui est sans doute, parmi les livres consacr&#233;s &#224; l'&#339;uvre dans son ensemble, l'un des plus essentiels. Il a fallu quinze ans pour qu'une maison d'&#233;dition fran&#231;aise entreprenne la traduction du livre de Michael Screech. Rabelais&#8230; en France, on le conna&#238;t si bien.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;MICHAEL SCREECH : Il est probable que Rabelais avait vers cinquante ans lorsqu'il a commenc&#233; &#224; publier son &lt;i&gt;Pantagruel&lt;/i&gt;. Sinon cinquante ans, au moins quarante ans. Ce n'&#233;tait pas un homme jeune. &#201;videmment, au XVIe si&#232;cle, quarante ans &#233;quivalait presque &#224; cinquante ans maintenant. Si Rabelais avait &#233;crit &lt;i&gt;Pantagruel&lt;/i&gt; &#224; cinquante ans, c'&#233;tait d&#233;j&#224; un homme assez &#226;g&#233; pour l'&#233;poque. Mais en tout cas, il n'a pas publi&#233; cela jeune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans un sens un roman &#224; tiroirs. Si vous &#233;crivez un livre avec des &#233;pisodes et que vous faites venir des lettres, ou que vous faites faire une pri&#232;re &#224; un moment donn&#233;, vous cr&#233;ez un moment o&#249; vous pouvez dire ce que vous voulez. Lorsque vous avez la lettre de Gargantua &#224; son fils, vous avez un chapitre tr&#232;s dense o&#249; vous parlez de l'&#233;ducation &#8212; d'ailleurs dans le contexte des id&#233;es des l&#233;gistes sur l'&#233;ducation de l'&#233;poque &#8212;, et vous pouvez quitter compl&#232;tement le fil de l'histoire. Une lettre qui arrive change tout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais j'attirerai l'attention sur un autre fait. Si vous regardez la page de titre du &lt;i&gt;Pantagruel&lt;/i&gt;, vous verrez que la page de titre m&#234;me fait allusion &#224; &lt;i&gt;L'Utopie&lt;/i&gt; de Thomas More. Eh bien, ce livre, &#224; l'&#233;poque, premi&#232;rement, n'existait qu'en latin. Ce n'&#233;tait pas un livre &#233;crit en fran&#231;ais. Un livre adress&#233; par un grand humaniste anglais &#224; un public europ&#233;en &#8212; &#233;crit en Angleterre, mais imprim&#233; &#224; Paris et &#224; B&#226;le. Et Rabelais, dans un livre qu'on s'obstine &#224; consid&#233;rer comme un livre populaire, fait allusion, &#224; la page de titre m&#234;me, &#224; l'un des livres les plus difficiles et les plus &#224; la mode, &#233;crits en latin, de son &#233;poque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour parler un peu de cette page de titre du &lt;i&gt;Pantagruel&lt;/i&gt;, nous n'avons qu'un seul exemplaire de ce que nous croyons &#234;tre la premi&#232;re &#233;dition. &#201;videmment, il a pu y avoir des &#233;ditions ant&#233;rieures compl&#232;tement perdues. Mais la premi&#232;re &#233;dition de Pantagruel se pr&#233;sente comme une &#339;uvre de droit. Il y a un encadrement en bois. Et cet encadrement, on peut en trouver d'autres exemplaires dans mon coll&#232;ge &#224; Oxford. Il y a quatre livres qui datent de la m&#234;me &#233;poque et qui ont non seulement un encadrement semblable, mais le m&#234;me encadrement. Et cet encadrement donnait &#224; toute une s&#233;rie de livres une sorte de marque : c'&#233;tait la marque des livres de droit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et Rabelais &#8212; il n'est pas tr&#232;s facile de savoir comment il a mis la main dessus, ou son &#233;diteur a mis la main dessus &#8212; a pu avoir entre ses mains cet encadrement. Il s'en est servi pour &lt;i&gt;Pantagruel&lt;/i&gt;, de sorte que &lt;i&gt;Pantagruel&lt;/i&gt; se pr&#233;sentait au public, premi&#232;rement, comme une satire des &#339;uvres de droit, et deuxi&#232;mement, comme une sorte d'analogue comique &#224; &lt;i&gt;L'Utopie&lt;/i&gt; de Thomas More. Thomas More, dont tout le monde parlait &#224; l'&#233;poque &#8212; n'oublions pas que c'&#233;tait au moment o&#249; il allait trouver le supplice en Angleterre. L'ami d'&#201;rasme, peut-&#234;tre le seul Anglais vraiment connu par ses &#233;crits sur le continent &#224; ce moment-l&#224;. Rabelais attache son livre, apparemment populaire, &#224; des tendances de la haute culture de son &#233;poque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pantagruel existait avant Rabelais. C'&#233;tait un petit nain, probablement breton, dont le devoir &#233;tait de visiter les gens qui avaient trop bu le soir et de jeter dans leur gorge du sel pour leur donner &#8212; qu'est-ce que vous dites en fran&#231;ais ? &#8212; une gueule de bois. Eh bien, Rabelais prend ce nain et il en fait un g&#233;ant : d&#233;j&#224; amusant. Puis, au lieu de lui donner le nom traditionnel &#171; Penthagruel &#187; (P-E-N-T-H-A-G-R-U-E-L), il a donn&#233; &#171; Pantagruel &#187; (P-A-N-T-A-G-R-U-E-L).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, &#171; Penthagruel &#187; est breton, parce que c'est par le pr&#233;fixe pen qu'on reconna&#238;t les noms bretons. Et en anglais, on dit : par Pol, Tre et Pen ont reconna&#238;t les hommes de Cornouailles. &#171; Pantagruel &#187;, m&#233;tamorphos&#233; en &#171; Pantagruel &#187;, c'est autre chose. Rabelais rappelait, dans une explication amusante, amus&#233;e, en disant que &lt;i&gt;Panta&lt;/i&gt; vient du grec et &lt;i&gt;gruel &lt;/i&gt; de l'Agar&#232;ne, de l'arabe. Et cela aurait plu aux gens de l'&#233;poque, parce que justement &#201;rasme avait attaqu&#233; l'un des grands savants de l'&#233;poque parce qu'il avait confondu dans l'&#233;tymologie des noms de langues. Et &#201;rasme avait insist&#233; pour dire qu'on cherchait dans une seule langue l'&#233;tymologie des mots. Donc ce &#171; Pantagruel &#187; qui a l'allure grecque est une plaisanterie pour les gens instruits de l'&#233;poque.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; Mon amy dont viens tu &#224; ceste heure ? De l'alme inclyte &amp; celebre academie, que l'on vocite Lutece. Qu'est-ce &#224; dire ? C'est de Paris. Tu viens doncques de Paris ? Et &#224; quoy passez vous le temps vous aultres messieurs estudians audict Paris ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous transfetons la Sequane au dilucule &amp; crepuscule, nous deambulons par les compites &amp; quadriviez de l'urbe, nous despumons la verbocination latiale &amp; comme verisimiles amorabunds captons la benevolence de l'omniiuge omniforme &amp; omnigene sexe feminin. Certaines diecules nous invisons les lupanares, et en ecstase Venereicque inculcons nos veretres es penitissimes recesses des pudendes de ces meretricules amicabilissimes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et bren bren qu'est-ce que veult dire ce fol. Ie croy qu'il nous forge icy quelque langaige diabolicque, &amp; qu'il nous cherme comme enchanteur.&lt;br class='autobr' /&gt;
Seigneur, mon genie n'est point apte nate &#224; ce que dit ce flagitiose nebulon, pour escorier la cuticule de nostre Vernacule Gallicque, mais vicecersement ie gnave opere &amp; par veles &amp; rames ie me enite de le locupleter de la redundance latinicome.&lt;br class='autobr' /&gt;
Par dieu ie vous apprendray &#224; parler. Mais devant responds moy, dont es tu.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'origine primeve de mes aves &amp; ataves fut indigene des regions lemovicques.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ientends bien. Tu es Lymousin pour tout potaige. Et tu veulx icy contrefaire le Parisien. Or viens &#231;a que ie te donne ung tour de peigne. Tu escorches le latin, par sainct Iehan ie te feray escorcher le renard : car ie te escorcheray tout vif.&lt;br class='autobr' /&gt;
V&#233;e dicou gentilastre. Ho sainct Marsault adiouda mi, hau hau laissas aquau au nom de dious, et ne me touquas grou.&lt;br class='autobr' /&gt;
Sainct Alipentin corne my de bas, quelle cyvette. Au diable soit le mascherabe tant il put.&lt;br class='autobr' /&gt;
A ceste heure parles tu naturellement.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;FRAN&#199;OIS BON : On est au chapitre 6 de &lt;i&gt;Pantagruel&lt;/i&gt;, tout pr&#232;s encore de l'ouverture, et d'un coup la langue s'est brouill&#233;e, comme une distorsion sous la langue qu'on reconna&#238;t encore. Comique, de toute fa&#231;on : chez Rabelais, tout est toujours lisible tel quel et ob&#233;it strictement &#224; son projet. Rien de plus qu'un ridicule &#233;tudiant latinisant, mais aussi bien plus. Soudain, le fouillis d'une langue &#224; la surface de la peau, o&#249; l'on cherche la sienne contre la langue impos&#233;e. Bruissement sonore du monde qu'on entend, qui r&#233;sonne de partout &#224; la fois ; bruit faux du monde du dehors ; bruits et paroles qu'on repousse parce qu'ils font mal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant Rabelais parle de sa vie m&#234;me : on en trouve la trace dans ses universit&#233;s o&#249; il fait passer Pantagruel. Mais ce fouillis de langue ne donne pas de prise. N'a-t-on, au bord d'&#233;crire pareille &#339;uvre, que cette mis&#232;re dans la t&#234;te ? Et Pantagruel, le petit d&#233;mon qui assoiffe la gorge &#8212; l'organe vif de la voix &#8212;, est celui qui prend, d&#232;s ce moment, dans une incroyable tautologie, la fausse langue &#224; la gorge. Une boucle se ferme qui contient tout le livre. &#171; Parler naturellement &#187; : du livre de foire, on a bris&#233; la premi&#232;re coquille. En secouant l'&#233;tudiant limousin, en lui cassant sa langue emprunt&#233;e, c'est le chemin, pour n'importe qui, de l'acc&#232;s &#224; sa propre langue qui s'&#233;crit.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; : Bigua salutis, Bragueta iuris, Pantoufla decretorum, Malogranatum viciorum, Le Peloton de theologie, Le Vistempenard des prescheurs, compos&#233; par Pepin, La Couillebarine des preux, Les Hanebanes des evesques, L'apparition de saincte Gertrude &#224; une nonain de Poissy estant en mal d'enfant, Ars honeste petandi in societate per M. Ortuinum, Le moustardier de penitence, Le Culot de discipline, La savate de humilit&#233;, Le Tripiez de bon pensement, Le Chaudron de magnanimit&#233;, Les Hanicrochemens des confesseurs, Les Lunettes des romipetes, Maioris de modio faciendi boudinos, La cornemuse des prelatz, Cacatorium medicorum, Le Ramonneur d'astrologie, Le tyrepet des apotycaires, le Baisecul de chirurgie, Antidotarium anime. M. Coccaius de patria diabolorum.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&#171; Rabelais est lumineusement incompr&#233;hensible &#187;, dit Val&#232;re Novarina, &#171; un chaos tr&#232;s n&#233;cessaire aujourd'hui o&#249; il y a un myst&#232;re de la langue qu'on voudrait nous enlever &#187;. Par son travail dans l'int&#233;rieur des mots, ses cadences prises brutes &#224; la Bible, la richesse plastique de sa langue, Val&#232;re Novarina est sans doute celui qui, aujourd'hui, s'avance le plus loin dans la vieille mine rabelaisienne.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_16689 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/les_songes_drolatiques_de_pantagruel_ou_sont_contenues_plusieurs_figures_de_l_invention_de_maitre_franc_ois_rabelais_met_dp242807.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/les_songes_drolatiques_de_pantagruel_ou_sont_contenues_plusieurs_figures_de_l_invention_de_maitre_franc_ois_rabelais_met_dp242807.jpg?1770331547' width='500' height='360' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;VAL&#200;RE NOVARINA : Lire Rabelais, c'est une navigation tr&#232;s &#233;puisante, tr&#232;s fatigante. C'est red&#233;couvrir sous la langue fran&#231;aise toute une profondeur respir&#233;e qu'on voulait nous faire oublier, tout un orchestre int&#233;rieur et des muscles chanteurs qui ne travaillaient plus. Il y a une esp&#232;ce de d&#233;gringolade de la parole et de retour de la parole au chaos des consonnes. C'est-&#224;-dire que parler est catastrophique &#8212; &#231;a veut dire que parler, c'est animal d'abord. Il y a de vraies paroles qui sont ancr&#233;es dans quelque chose d'animal et de terriblement physique, et qui viennent d'un chaos, d'un chaos de la langue incompr&#233;hensible. Sous les mots, sous les mots qu'on s'&#233;change, il y a un boucan incompr&#233;hensible. Et dans Rabelais, on sent ce boucan affleurer, ce magma de la langue qui est notre chair en m&#234;me temps ; on sent &#231;a tout pr&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et parler est catastrophique parce que parler est dangereux &#8212; et aussi tout notre malheur. Notre salut vient du fait qu'on soit les animaux qui parlent. Si on ne parlait pas, on brouterait seulement et tout irait bien. C'est pour &#231;a que parler, c'est une catastrophe. Une catastrophe qui nous entra&#238;ne &#224; parler, et on se tire de &#231;a en parlant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, on a l'impression que la langue est compl&#232;tement atomique, qu'il y a une esp&#232;ce de noyau &#224; partir duquel, tout d'un coup, &#231;a peut exploser dans un sens ou dans l'autre. Une esp&#232;ce de quelque chose de lucr&#233;cien, une esp&#232;ce de mat&#233;rialisme spirituel en m&#234;me temps. C'est-&#224;-dire qu'il y a des blocs &#8212; comme des blocs d'antimati&#232;re &#8212; dans Rabelais. Il y a des blocs de non-communicabilit&#233;, il y a des grands blocs incompr&#233;hensibles, et il y a au contraire des &#233;num&#233;rations tr&#232;s claires et des r&#233;cits tr&#232;s simples. Et puis, tout d'un coup, il y a des esp&#232;ces de caillots de langue qui apparaissent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est comme un corps, avec des moments, des endroits o&#249; &#231;a circule, o&#249; il y a le flux du r&#233;cit, puis des moments o&#249; il y a flux de choses, des blocs charri&#233;s, des choses tr&#232;s myst&#233;rieuses qui sont difficiles pour nous quand on le lit &#8212; parce qu'une grande partie du vocabulaire nous &#233;chappe. Mais c'&#233;tait tr&#232;s difficile aussi pour les gens de son &#233;poque. Il fait appel sans arr&#234;t &#224; de l'italien francis&#233;, du latin ; il puise dans toutes les langues de l'Europe, toutes les langues de la M&#233;diterran&#233;e : l'h&#233;breu, le grec, etc. C'est Ezra Pound et Joyce au XVIe si&#232;cle. Moi, je pense qu'il &#233;tait tr&#232;s difficile &#224; lire vraiment, aussi, pour les gens de l'&#233;poque. &#199;a demande un affrontement physique, une sorte de petite partie de boxe, parfois, de le lire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut se lancer et ne pas avoir peur du noir, ne pas avoir peur de la descente dans les mots, parce qu'il y a quelque chose d'incompr&#233;hensible dans la parole. Si la parole est r&#233;duite simplement &#224; l'&#233;change des id&#233;es et &#224; la communication, c'est la fin de tout. On r&#233;apprend qu'il y a plusieurs langues, qu'on est travers&#233; par plusieurs langues. Il n'y a pas simplement la langue du Quai d'Orsay ou la langue d'Amyot. Peut-&#234;tre que c'est particulier au fran&#231;ais aussi : il y a quand m&#234;me ce courant de voyage en langues dans la litt&#233;rature fran&#231;aise. Je ne sais pas, par exemple, si &#231;a existe chez les Allemands.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce courant existe, ce courant de revendication d'une langue fran&#231;aise plurielle &#8212; pas la langue de Paris enferm&#233;e dans le dictionnaire, mais le fran&#231;ais comme une immense machine &#224; fabriquer du fran&#231;ais, aussi un immense r&#233;servoir germinatif, un creuset alchimique, un endroit d'o&#249; recuire, d'o&#249; faire refleurir du fran&#231;ais sans arr&#234;t. Parce que c'est sans arr&#234;t du fran&#231;ais, ce que fait Rabelais, mais c'est du fran&#231;ais nourri d'anglais, d'italien, d'allemand, etc. Et les langues &#8212; moi, c'est &#231;a qui m'int&#233;resse dans la litt&#233;rature &#8212;, c'est la force germinative d'une langue. Qu'une langue puisse sans arr&#234;t rena&#238;tre de ses cendres, rena&#238;tre d'elle-m&#234;me, et que chacun doive la recr&#233;er sans cesse.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Lettre de Gargantua.&lt;/i&gt; Ientends &amp; veulx que tu aprenes les langues parfaictement. Premierement la Grecque comme le veult Quintilian. Secondement la latine. Et puis l'Hebraicque pour les sainctes lettres, &amp; la Chaldeicque &amp; Arabicque pareillement : &amp; que tu formes ton stille, quant &#224; la Grecque, &#224; l'imitation de Platon, quant &#224; la Latine, &#224; Ciceron. Qu'il n'y ait histoire que tu ne tiengne en memoire presente, &#224; quoy te aydera la Cosmographie de ceulx qui en ont escript. Les ars liberaulx, Geometrie, Arismetique, &amp; Musicque, Ie t'en donnay quelque goust quand tu estoys encores petit en l'aage de cinq &#224; six ans : poursuys le reste, &amp; de Astronomie saches en tous les canons, laisse moy l'Astrologie divinatrice, et art de Lucius comme abuz et vanitez. Du droit Civil ie veulx que tu saches par cueur les beaulx textes, et me les confere avecques la philosophie. Et quant &#224; la congnoissance des faitz de nature, Ie veulx que tu t'y adonne curieusement, qu'il n'y ait mer, ryviere, ny fontaine, dont tu ne congnoisse les poissons, tous les oyseaulx de l'air, tous les arbres arbustes &amp; fructices des forestz, toutes les herbes de la terre, tous les metaulx cachez au ventre des abysmes, les pierreries de tout orient &amp; midy, riens ne te soit incongneu. Puis songneusement revisite les livres des medecins, Grecs, Arabes, &amp; Latins, sans contemner les Thalmudistes &amp; Cabalistes, &amp; par frequentes anatomyes acquiers toy parfaicte congnoissance de l'aultre monde, qui est l'homme.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;MICHAEL SCREECH : Pour l'ath&#233;isme de Rabelais, je crois que c'est une affaire du pass&#233;. On devrait peut-&#234;tre &#233;tudier en d&#233;tail comment c'&#233;tait quand &#171; Rabelais ath&#233;e &#187;, entre guillemets, &#233;tait le Rabelais qu'on pr&#233;f&#233;rait trouver. &#201;videmment, une fois que Rabelais a &#233;t&#233; mis &#224; l'index du concile de Trente, il &#233;tait mal vu par les catholiques romains, du moins en th&#233;orie. Mais premi&#232;rement, les d&#233;crets du concile de Trente n'&#233;taient pas enregistr&#233;s en France, ce qui n'est pas tr&#232;s connu. On a pr&#233;f&#233;r&#233; publier Rabelais avant cette date, d'ailleurs, et toujours apr&#232;s cette date, soit &#224; l'&#233;tranger, soit par des &#233;diteurs anonymes ou pseudonymes. Mais dans d'autres pays, surtout en Angleterre, en Allemagne, on adorait Rabelais parce qu'on avait justement un catholique anti-papiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me dans cette id&#233;e de l'immortalit&#233; perp&#233;tu&#233;e par le nom et la semence &#8212; &#231;a, c'est tout &#224; fait dans l'esprit d'&#201;rasme. Si vous mettez &#231;a dans le contexte th&#233;ologique &#8212; et Rabelais cite justement la Bible, on ne l'a pas remarqu&#233; dans les &#233;ditions &#8212;, juste avant de parler de cette &#171; immortalit&#233; &#187;, Rabelais commence, si vous vous rappelez, par l'&#233;loge du mariage, le mariage l&#233;gitime. Il met l'accent sur &#171; l&#233;gitime &#187;. Et par le mariage l&#233;gitime, vous avez la semence de l'homme qui assure l'immortalit&#233;, entre guillemets, de l'homme &#8212; c'est-&#224;-dire de l'esp&#232;ce humaine &#8212;, jusqu'au moment o&#249; le Christ aura donn&#233; &#224; Dieu son P&#232;re son royaume pacifique. &#199;a, c'est une citation simple.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &lt;i&gt;Des langues &#233;trang&#232;res &lt;/i&gt;. Junker Gotte geb euch gl&#252;ck unnd hail. Zuvor lieber iuncker ich las euch wissen das da ir mich von fragt, ist ein arm unnd erbarmglich ding, unnd wer vil darvon zu sagen, welches euch verdrustlich zuhoeren, unnd mir zu erzelenwer.&lt;br class='autobr' /&gt;
A quoy respondit Pantagruel. Mon amy ie n'entends point ce barragouyn, &amp; pourtant si voulez qu'on vous entende parlez aultre langaige.&lt;br class='autobr' /&gt;
Lors dist le compaignon. Adoni scholom lecha : im ischar harob habdeca bemeherah thithen li kikar lehem, cham cathub laal al adonai cho nen ral.&lt;br class='autobr' /&gt;
A quoy respondit Epistemon. Autant de l'ung comme de l'aultre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Adoncques le compaignon luy respondit : Al barildim gotfano dech min brin alabo dordin falbroth ringuam albras. Nin porth zadilrim almucathin milko prim al elmim enthoth dal heben enfouim : kuth im aldim alkatim nim broth dechoth porth min michas im endoth, pruch dal marsouim hol moth dansrikim lupaldar im holdemoth. Nin hur diavolth mnarbothim dal goulch pal frapin duch im scoth pruch galeth dal chinon, mir foultrich al conin butbathen doth dal prim.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ie croy que c'est langaige des Antipodes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Compere, ie ne s&#231;ais si les murailles vous entendront, mais de nous nul n'y entends note.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ientends ce me semble, dist Pantagruel : car ou c'est langaige de mon pays de Utopie, ou bien luy ressemble quant au son.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dea mon amy, ne s&#231;avez vous parler fran&#231;oys ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Si fois tresbien seigneur, respondit le compaignon, Dieu mercy : c'est ma langue naturelle et maternelle, car ie suis n&#233; et ay est&#233; nourry ieune au iardin de France, cette Touraine.&lt;br class='autobr' /&gt;
Seigneur, mon vray et propre nom de baptesme, est Panurge, et voulentiers vous racompteroys mes fortunes qui sont plus merveilleuses, que celles de Ulysses. Mais pour ceste heure iay necessit&#233; bien urgente de repaistre, dentz agues, ventre vuyde, gorge seiche, appetit strident, tout y est deliber&#233; si me voulez mettre en oeuvre, ce sera basme de me veoir briber, pour Dieu donnez y ordre.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;FRAN&#199;OIS BON : Il n'y a sans doute pas d'&#233;nonciations raisonnables qui puissent rendre compte de cette marche forc&#233;e qu'a le &lt;i&gt;Pantagruel&lt;/i&gt; en ses premiers chapitres. Mais il est pr&#233;cis&#233;ment question de g&#233;ants, et Rabelais ne marche pas comme nous. Il marche plut&#244;t comme on d&#233;chire et laisse en cours de route tout ce qui n'est pas exactement au point central, d'o&#249; il triture, malaxe, arrache. Reste la langue, comme on tombe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si &lt;i&gt;Pantagruel&lt;/i&gt; est un monstrueux d&#233;sordre, ce d&#233;sordre a une rigueur, une logique, mais r&#233;trospective. On regarde ce qui s'est pass&#233;, ce qui vient de na&#238;tre. On en reprend un &#233;clat, et cela repart pour une boucle qui repousse les bords de la premi&#232;re, du dedans. On avance &#224; reculons, mais dans une immensit&#233; donn&#233;e ainsi &#224; d&#233;couvrir toute enti&#232;re. Chaque page en est le t&#233;moignage pr&#233;cis : mani&#232;re de cogner et voir ce qui se passe, faire r&#233;cit des &#233;clats du choc en plein centre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi Rabelais, pas &#224; pas, se hisse comme hors de son propre livre pour faire d&#233;ferler sur nous ses blocs organis&#233;s de paroles. Apr&#232;s la liste des livres fous de la librairie Saint-Victor &#8212; chacun s'autorisant pourtant un titre r&#233;el du temps &#8212;, voici dans le livre m&#234;me encore une forme &#233;crite : lettre envoy&#233;e &#224; Pantagruel pour son &#233;ducation, une langue grave, limpide, lettre du p&#232;re. Puis, soudain, Panurge. Un coup de poing dans le livre : Rabelais a ouvert son gouffre. Non plus la langue chosifi&#233;e de l'&#233;tudiant, non plus les livres sur les &#233;tag&#232;res, et non plus la lettre qu'on tient dans les mains, mais la parole en tant que telle entre dans l'&#339;uvre, et les deux ne se dissocieront plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La plupart des bavards &#8212; parce qu'il ne manque pas les livres tristes sur Rabelais &#8212; d&#233;nombrent treize langues ainsi utilis&#233;es par Panurge, dont quatre d'invention. Ils font simplement l'erreur d'exclure la derni&#232;re, pourtant strictement identique quant au texte quatorze fois r&#233;p&#233;t&#233;. C'est du fond de l'&#233;clatement, langue des antipodes, langue de l'utopie, parler du cul, qu'on a rejoint la langue fran&#231;aise &#8212; &#233;trang&#232;re. Et quelle ampleur elle prend alors !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-ce le seul hasard si c'est ici qu'est prononc&#233;, quant &#224; la langue, le mot &#171; maternelle &#187; ? Un grand livre s'est toujours reconnu &#224; la conscience qu'il a partout de lui-m&#234;me, et Rabelais le tout premier. Et quelle mise en sc&#232;ne : aux franges de la ville, de loin, par le chemin du pont de Charenton, l'apparition &#224; Pantagruel &#8212; comme &#224; Rabelais lui-m&#234;me, peut-&#234;tre &#8212; son personnage de Panurge.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Rencontre de Panurge.&lt;/i&gt; Se pourmenant hors de la ville, devisant et philosophant, rencontra ung homme beau de stature &amp; elegant en tous lineamans du corps, mais pitoyablement navr&#233; en divers lieux, &amp; tant mal en ordre&#8230; qu'il sembloit ung cueilleur de pommes du pays du Perche.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Un homme comme la langue, telle que Rabelais la prend.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;VAL&#200;RE NOVARINA : Ce sont des moments toniques quand m&#234;me de la langue fran&#231;aise, des moments o&#249; elle sort un peu de ses gonds, o&#249; elle est en &#233;tat d'incandescence, de consumation. De consumation par le souffle qu'on y met, parce que c'est &#231;a : ces textes de Rabelais ne peuvent vivre que si on leur donne notre souffle &#224; nous, si on se lance dedans, si on les fait vivre en soufflant dedans. Sinon, c'est lettre mort, ce n'est rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#233;puisant &#224; lire, c'est tr&#232;s difficile. &#199;a demande de tomber compl&#232;tement dedans, d'y aller carr&#233;ment. On ne peut pas lire &#231;a en diagonale, du bout des l&#232;vres ou comme le journal : ce n'est pas possible. Mais je pense que c'est le cas de la plupart des &#339;uvres litt&#233;raires&#8230; C'est &#231;a qui m'int&#233;resse : cette chose tr&#232;s violente quand m&#234;me qu'est la lecture, qui est proche du th&#233;&#226;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est-&#224;-dire que le lecteur est un acteur. M&#234;me s'il ne lit pas &#224; haute voix, il est oblig&#233; d'entrer compl&#232;tement dans le texte qu'il lit. Il doit tout apporter compl&#232;tement : son souffle, tomber dans les pi&#232;ges, dans les trous, dans les embuscades rythmiques. C'est en y allant carr&#233;ment qu'il va pouvoir faire le parcours. Il ne faut pas avoir le vertige, rester au bord et ne pas oser y aller.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour lire Rabelais, il faut se lancer dedans et traverser des moments difficiles, des blocs de choses incompr&#233;hensibles. Mais l'oralit&#233;, elle est dans notre cerveau. L'oralit&#233;, ce n'est pas forc&#233;ment... il n'est pas n&#233;cessaire de le lire vraiment &#224; haute voix. Je pense qu'on peut faire une esp&#232;ce de m&#226;chage des sons, mental. Quand on lit vraiment, il y a des bouches dans le cerveau qui appr&#233;hendent les voyelles ; il y a une sensation musicale tr&#232;s physique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oralit&#233;, &#231;a ne veut pas dire forc&#233;ment qu'on entend parler &#224; haute voix sur un th&#233;&#226;tre. Il y a une oralit&#233; int&#233;rieure &#224; l'esprit, une oralit&#233; m&#234;me dans notre pens&#233;e, c'est-&#224;-dire un rapport au corps et au d&#233;roulement des choses dans le temps. C'est une grande composition musicale, Rabelais, quand m&#234;me&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;FRAN&#199;OIS BON : Panurge, paradoxe : &#224; peine invent&#233; par un chemin si pr&#233;cis, si cher pay&#233;, dispara&#238;t. Incoh&#233;rence du &lt;i&gt;Pantagruel&lt;/i&gt;, na&#239;vet&#233; de r&#233;cits &#224; tiroirs ? Plut&#244;t, dans cet &#233;clatement conquis de la langue, le besoin maintenant d'aller y voir, d'ouvrir tout grand des fen&#234;tres, ne pas laisser &#224; la promesse le temps de s'&#233;vanouir, &#224; la folie le temps de se retirer. Quelque chose que jamais peut-&#234;tre la langue fran&#231;aise ne red&#233;couvrira, tant elle va &#234;tre marqu&#233;e l&#224; de l'&#233;motion de ce premier moment o&#249; l'on foule le nouveau, et l'&#233;merveillement infini de Rabelais lui-m&#234;me, avanc&#233;e dans la folie, la langue folle de ses plaidoiries de Baisecul et Humevesne. Le r&#233;cit saura bien apr&#232;s rattraper Panurge.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;D&#233;but de la plaidoirie.&lt;/i&gt; Or en ceste propre saison estoit ung proces pendant en la court entre deux gros seigneurs, desquelz l'ung estoit monsieur de Baisecul demandeur d'une part, l'aultre monsieur de Humevesne defendeur de l'autre. Desquelz la controverse estoit si haulte &amp; difficile en droict, que la court de Parlement n'y entendoit que le hault Allemant.&lt;br class='autobr' /&gt;
Messeigneurs, les deux seigneurs qui ont ce proces entre eulx, sont ilz encore vivans ? De quoy diable donc servent tant de fatrasseries de papiers ? Ne vault il pas beaucoup mieulx les ouyr de leur vive voix que lire ces babouyneries icy ?&lt;br class='autobr' /&gt;
A quoy aulcun d'entre eulx contredisoit, comme vous s&#231;avez qu'en toute compaignie il n'y a plus de folz que de sages, et la plus grande partie surmonte tousjours la meilleure.&lt;br class='autobr' /&gt;
Somme tous les papiers furent bruslez, &amp; les deux gentilzhommes personnellement convoquez.&lt;br class='autobr' /&gt;
Estes vous qui avez ce grand different entre vous deux ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Ouy monsieur.&lt;br class='autobr' /&gt;
Lequel de vous est demandeur ?&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est moy.&lt;br class='autobr' /&gt;
Or mon amy, comptez moy de poinct en poinct vostre affaire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Donc commen&#231;a en la maniere que s'ensuyt. Monsieur il est vray que une bonne femme de ma maison portoit vendre des oeufz au march&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Couvrez vous Baisecul.&lt;br class='autobr' /&gt;
Grand mercy monsieur.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais a propos passoit entre les tropicques vers le zenith diametralement oppos&#233; es Troglodytes, par autant que les mons Rhiph&#233;es avoient eu celle ann&#233;e grande sterilit&#233; de happelourdes, moyennant une sedition meue entre les Barragouyns &amp; les Accoursiers pour la rebellion des Souisses, qui s'estoient assemblez iusques au nombre de troys, six, neuf, dix, pour aller &#224; l'aguillanneuf, le premier trou de l'an, que l'on donne la souppe aux boeufz, &amp; la clef du charbon aux filles, pour donner l'avoine aux chiens. Car les marroufles avoient i&#224; bon commencement &#224; danser l'estrindore au diapason ung pied au feu &amp; la teste au meillieu comme disoit le bon Ragot.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ha messieurs Dieu modere tout &#224; son plaisir, &amp; contre fortune la diverse ung chartier rompit son fouet.&lt;br class='autobr' /&gt;
Car la memoire souvent se pert quand on se chausse au rebours sa dieu guard de mal.&lt;br class='autobr' /&gt;
Tout beau mon amy, tout beau, parlez &#224; traict &amp; sans cholere, ientends le cas poursuyvez.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[&#8230;]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or monsieur, c'est bien ce que l'on dit, qu'il faict bon adviser aulcunesfoys les gens. Or ladicte bonne femme, au plus pres du lieu ou l'on vent les vieulx drapeaux, dont usent les painctres de Flandres, quand ilz veullent bien &#224; droict ferrer les cigalles, &amp; m'esbahys bien fort comment le monde ne pont veu qu'il faict si beau couver.&lt;br class='autobr' /&gt;
Icy voulut interpeller &amp; dire quelque chose le seigneur de Humevesne.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et ventre sainct Antoine, t'appartient il de parler sans commandement ? Ie sue icy de ahan, pour entendre la procedure de vostre different, &amp; tu me viens encore tabuster. Poursuyvez Baisecul, &amp; ne vous hastez point.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Plaidoirie de Humeven&lt;/i&gt;. Lors commen&#231;a le seigneur de Humevesne ainsi que s'ensuyt. Monsieur &amp; messieurs, si l'iniquit&#233; des hommes estoit aussi facilement veue en iugement categoricque comme on congnoit mousches en laict, le monde ne seroit pas tant mang&#233; de ratz, &amp; y auroit des aureilles maintes sur terre, qui en ont est&#233; rong&#233;es trop laschement. Car doibs ie endurer que &#224; l'heure que ie mange ma souppe sans mal penser ny mal dire l'on me vieigne ratisser &amp; tabuster le cerveau &amp; me sonner l'antiquaille, disant, qui boit en mangeant sa souppe, quand il est mort il ne voit goutte.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais maintenant le monde est tout detrav&#233; de louschetz des balles de lucestre : l'ung se desbauche, l'aultre se cache le muzeau pour les froidures hyvernales.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et quand le soleil est couch&#233;, toutes bestes sont &#224; l'umbre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[&#8230;]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Messieurs ne croyez pas que au temps que ladicte bonne femme englua la pochecuilliere pour le record du sergeant mieulx apanaiger &amp; que la fressure boudinalle tergiversa par les bourses des usuriers, il y eust rien meilleur &#224; soy garder des Caniballes, que prendre une liasse d'oignons li&#233;e de troys cens avez mariatz, &amp; quelque peu d'une fraize de veau, du meilleur alloy que ayent les alkymistes et bien luter &amp; calciner les pantoufles mouflin mouflart avecques belle saulce de raballe et soy mucer en quelque petit trou de taulpe, saulvant tousiours les lardons. Concluant comme dessus avecques despens, dommaiges, et interetz.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Jugement de Pantagruel.&lt;/i&gt; Comment Pantagruel equitablement iugea d'une controverse merveilleusement obscure et difficile si iustement que son iugement fut dit plus admirable que celluy de Salomon.&lt;br class='autobr' /&gt;
Veu que le soleil decline bravement de son solstice estivale, pour mugoter les bilves&#233;es qui ont eu mat du pion par les malvexations des lucifuges nicticorraces qui sont au mesocome du climat diasome d'ung crucificque &#224; cheval bandant une arbaleste au rein, le demandeur eut iuste cause de calfater le gallion que la bonne femme boursouffloit, ung pied chauss&#233; &amp; l'aultre nu, le remboursant bas &amp; roit en sa conscience d'autant de baguenaudes, comme il y a de poil en dix huict vaches, &amp; autant pour le brodeur.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais en ce qu'il met sus au defendeur, qu'il feust saccacrappateur, fromager, &amp; caqueneur de mornie, qui n'a est&#233; trouv&#233; vray, comme bien l'a deduict le dict defendeur, la court le condemne en troys verres de caillebotte asimentee, preloritantee, godes de pisser, comme est la coustume du pays, envers le dict defendeur, payable &#224; la my aoust en may.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais le dict defendeur sera tenu de fournir de foin &amp; d'estouppe &#224; l'embouchement des chaussetrappes guturales embrelicoqu&#233;es de gueuleveaux bien linez &#224; poyvre pertuy. Et amys comme devant, sans despens, &amp; pour cause.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;FRAN&#199;OIS BON : &#171; Interminable s&#233;rie de coq-&#224;-l'&#226;ne &#187;, dit la Pl&#233;iade. &#171; Salade de locutions &#187;, dit Droz. Et pourtant, l'incroyable marche en avant d'une invention, de la langue qui se fabrique elle-m&#234;me, une mont&#233;e en pression. Mais cela se distend &#224; coups de proverbes, et dessous la langue, ses suites d'ombres : les mots &#171; s&#233;dition &#187;, &#171; r&#233;bellion &#187;, &#171; nuit &#187; &#8212; un glissement s'est fait. Au cours des trois plaidoiries, la plastique et le rythme ont command&#233; au sens. Dans la premi&#232;re, quand il le domine, elle cesse. Humevesne, quand il r&#233;pondra, partira lui de cet &#233;tat &#224; l'envers de la langue, et cela ne marche plus &#224; coups de disjonctions : cela se ronge. D'autres fant&#244;mes surgissent au travers des mots : d&#233;bauche, mati&#232;re f&#233;cale, usurier avec cannibale, alchimiste et astrologue, des expressions comme &#171; vivez en souffrance &#187;, et dangereuses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rabelais vient d'inventer ses caves. La libert&#233; prise avec le sens a fait surgir tout un grouillement, et la r&#233;ponse de Pantagruel peut basculer dans une organisation de rythme et de plastique qui peut, un temps, s'explorer elle-m&#234;me sans se pr&#233;occuper d'aucun sens. C'est m&#234;me le comique revendiqu&#233; du chapitre, et tout retombe sur ses pieds. Mais dans ce que Rabelais aura arrach&#233; au non-sens par ses trois plaidoiries dans leur ordre serr&#233;, il puisera &#224; pleine main. Des trappes, d&#233;sormais ouvertes au fond des mots : il suffit de se pencher et d'ouvrir. Ainsi va Pantagruel dans ses farces, escalier g&#233;ant o&#249; tout compte.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; Vous aultres gens de l'aulte monde tenez pour chose admirable. Representez vous un monde haut, donnez y allegorie &amp; intelligence tant grave que vouldrez, &amp; y ravasser vous &amp; tout le monde, ainsi que vouldrez. N'en fault &#224; plaisir, &#244; chose grande, chose admirable. Le monde ne faict plus que resver. Il approche de sa fin. Or tenez. Des nopces, des nopces, des nopces. Car voyez le pont aux asnes de logicque. Voyez le trebuchet. Voyez la difficult&#233; de pouvoir exprimer pour les abismes erigez au dessus des nus.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Portrait de Panurge. Panurge estoit de stature moyenne nu trop grand ny trop petit, et avoit le nez ung peu aquillin faict &#224; manche de rasouer. Et pour lors estoit de l'aage de trente &amp; cinq ans ou environ, fin &#224; dorer comme une dague de plomb, bien galand homme de sa personne, sinon qu'il estoit quelque peu paillard, &amp; subiect de nature &#224; une maladie qu'on appeloit en ce temps l&#224;, faulte d'argent, c'est douleur non pareille : toutesfois il avoit soixante &amp; troys manieres d'en trouver tousiours &#224; son besoing, dont la plus honnorable &amp; la plus commune estoit par fa&#231;on de larrecin furtivement faict, malfaisant, bateur de pavez, ribleur s'il y en avoit en Paris.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Bougettes de Panurge&lt;/i&gt;. Et en son saye y avoit plus de vingt &amp; six petites bougettes &amp; fasques tousiours pleines, l'une d'ung petit deaul de plomb, &amp; d'ung petit cousteau affil&#233; comme une aiguille de peletier, dont il couppoit les bourses. En l'aultre ung tas de cornetz tous plains de pusses &amp; de poux, qu'il empruntoit des guenaulx de sainct Innocent &amp; les gettoit &#224; tout belles petites cannes ou plumes dont on escript, sur les colletz des plus sucr&#233;es damoiselles qu'il trouvoit. En l'aultre deux ou troys mirouers ardens, dont il faisoit enrager aulcunesfois les hommes et les femmes, &amp; leur faisoit perdre contenance &#224; l'esglise, car il disoit qu'il n'y avoit qu'ung antistrophe entre femme folle &#224; la messe, &amp; femme molle &#224; la fesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[&#8230;]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En l'aultre avoit tout plain de forme pulveris&#233;e bien subtilement, &amp; l&#224; dedans mettoit ung mouchenet beau &amp; bien ouvr&#233;, qu'il avoit desrob&#233; &#224; la belle lingi&#233;re du Palays, en luy ostant ung poulx dessus son sein, lequel toutesfoys il y avoit mis. Et quand il se trouvoit en compaignie de quelques bonnes dames, il leur mettoit sur le propous de lingerie, &amp; leur mettoit la main au sein, demandant, Et cest ouvraige, est il de Flandres ou de Haynault ? Et puis tiroit son mouchenet, disant, Tenez, tenez, voyez cy de l'ouvraige, elle est de Foutignan ou de Foutaraby. Et le secouoit bien fort &#224; leurs nez, &amp; les faisoit esternuer quatre heures sans repos. Cependant il pettoit comme ung roussin, &amp; les femmes rioient &amp; luy disoient, Comment, vous pettez Panurge ? Non foy, disoit il, madame, mais ie me accorde au contrepoinct de la musicque que vous sonnez du nez.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;FRAN&#199;OIS BON : Il y a quelque chose de difficile dans l'acc&#232;s &#224; &lt;i&gt;Pantagruel&lt;/i&gt;, en ce qu'il va ainsi d'une marche in&#233;gale. Pourtant, dans les pires farces de Panurge, c'est avec les plumes dont on &#233;crit que Rabelais jette puce et poux, ce qui gratte et d&#233;mange, sur son public. Et pour faire perdre contenance &#224; l'ordre en repr&#233;sentation, il le repr&#233;sente simplement dans l'&#233;glise : des miroirs ardents. Le livre toujours se disant lui-m&#234;me, jusque dans son rapport &#224; ses lecteurs, charriant donc, comme de la lave sur son magma de langue neuve, les cro&#251;tes arrach&#233;es &#224; la vieille terre f&#233;odale, soulev&#233;es, emport&#233;es.&lt;br class='autobr' /&gt;
Rabelais ne reviendra plus &#224; ce premier degr&#233; de la farce, et la maniera depuis cette zone du magma, dessous. Mais &lt;i&gt;Pantagruel&lt;/i&gt;, plus fragile, maladroit, n'est pas &#224; prendre avec des pincettes, morceau par morceau. Comme aux sculptures des cath&#233;drales, aux supplices en place publique du Moyen &#194;ge, quelque chose nous reste inacceptable ou simplement inaccessible. Et ce Moyen &#194;ge-l&#224;, tout fantastique, survit aussi dans Rabelais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;VAL&#200;RE NOVARINA : Je n'ai pas lu tout Rabelais, j'en garde pour plus tard, mais de temps en temps je vais y regarder. Je crois qu'il ne faut pas lire forc&#233;ment les livres toujours int&#233;gralement. Il y a des livres qu'on se met en r&#233;serve et on va mettre trente ans &#224; les lire, d'autres qu'on lira ligne &#224; ligne. Je ne l'ai pas lu, je ne l'ai jamais lu d'un trait. Devant des textes comme Rabelais, je me sens quand m&#234;me en sympathie, en terrain un peu... en terrain un peu... je ne sais pas. Parce que moi aussi, quand j'&#233;cris, &#231;a part souvent... Enfin au d&#233;but, c'est quand m&#234;me le rythme, ce sont des choses pas claires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors des choses s'&#233;claircissent, deviennent lisibles, mais il y a parfois une esp&#232;ce de battement : tout se pr&#233;sente d'une mani&#232;re un peu obligatoire. Il faut que... Je ne peux pas... Je suis oblig&#233; de passer par des tunnels, par des tentatives de travail dans le noir, compl&#232;tement avec les mains, compl&#232;tement manuelles, sans savoir, dans l'angoisse, et sans penser du tout faire un livre. Je suis oblig&#233; de repasser l&#224;-dedans et je ne peux pas choisir de br&#251;ler les &#233;tapes ni de passer tout de suite &#224; quelque chose de plus... Je ne sais pas, il y a une sorte de passage oblig&#233; par certaines choses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Quand tu &#233;cris, est-ce que tu es conscient que &#231;a va faire rire ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;VAL&#200;RE NOVARINA : Eh bien, pas du tout. Je suis m&#234;me tr&#232;s surpris au th&#233;&#226;tre &#8212; on voit &#231;a &#8212; parce que les gens rient parfois. Non, je ne me rends pas compte. Mais les gens rient parce qu'&#224; un moment il y a des concentrations : c'est une mani&#232;re de... c'est une d&#233;charge nerveuse. &#199;a peut se traduire en rire ou en larmes, ce n'est pas le probl&#232;me. Mais j'ai assez peu l'impression que tel moment est comme... Au contraire, c'est plut&#244;t constamment douloureux, constamment la description de choses tr&#232;s douloureuses. Et puis, une fois expuls&#233;, pris en relais par d'autres lecteurs, acteurs, etc., alors on peut en rire et &#231;a soulage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moi, je suis tout &#224; fait partisan de la catharsis par la litt&#233;rature. Il y a une purification des choses par le rire. Bon, le rire, le comique se fabrique avec des choses proches de la folie quand m&#234;me, souvent. C'est une sorte de mime de choses vraiment de la folie quand m&#234;me, dans l'&#233;criture et dans le... et peut-&#234;tre particuli&#232;rement dans le comique. Des choses qui pourraient &#234;tre l'enfermement complet et qui ne le sont pas finalement, parce que les gens parcourent &#231;a, ils viennent d&#233;nouer &#231;a. Mais l'&#339;uvre pourrait &#234;tre compl&#232;tement referm&#233;e sur elle-m&#234;me comme un tombeau d&#233;finitif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;MICHAEL SCREECH : Mais il est tr&#232;s difficile de savoir combien de gens lisaient Rabelais quand m&#234;me. On sait que Rabelais &#233;tait lu &#224; la Cour. On sait que lorsque Fran&#231;ois Ier a entendu dire que Rabelais &#233;tait h&#233;r&#233;tique, il a fait lire ses livres par le meilleur anagnoste &#8212; le meilleur lecteur du royaume &#8212;, qui &#233;tait l'&#233;v&#234;que de Sens. Il me semble qu'on doit se souvenir, lorsqu'on parle de Rabelais comme d'un livre grivois, que son texte ne contient aucun mot qu'un &#233;v&#234;que ne puisse lire en public devant son roi, qui &#233;tait entour&#233; de toutes les dames de la cour, en m&#234;me temps &#233;videmment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la Cour, est-il lu ? J'ai publi&#233; tr&#232;s r&#233;cemment une bibliographie de tous les exemplaires de toutes les &#233;ditions de Rabelais qu'on puisse retrouver dans le monde entier, et on est frapp&#233; par le fait que ces livres appartiennent assez souvent aux gens de cour : au roi d'Angleterre, au roi de France, &#224; Gabriel d'Estr&#233;es. D'autres appartenaient aux grandes biblioth&#232;ques des j&#233;suites, etc. Rabelais &#233;tait tr&#232;s lu dans la haute soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-ce qu'il &#233;tait aussi lu par le grand public ? Ou est-ce que, dans des soir&#233;es, celui qui savait lire lisait Rabelais &#224; ceux qui ne savaient pas lire ou n'avaient pas enti&#232;rement ? C'est une id&#233;e romantique qui est tr&#232;s tentante. Mais imaginez-vous, &#224; un moment donn&#233;, un homme qui n'a pas une &#233;ducation tr&#232;s d&#233;velopp&#233;e essayant de lire &#8212; seulement de prononcer &#8212; l'&#233;pisode de Bridoye dans le &lt;i&gt;Tiers Livre&lt;/i&gt; ? Est-ce qu'il saurait comment r&#233;soudre ces abr&#233;viations latines ? Ou si vous prenez la liste des livres satiris&#233;s dans &lt;i&gt;Pantagruel&lt;/i&gt;, les livres satiris&#233;s sont des livres &#233;crits en latin. L'un des premiers, c'est &lt;i&gt;Bragheta Juris&lt;/i&gt;. Eh bien, le mot &#171; Bragheta &#187; aurait fait rire, mais est-ce que les gens auraient connu le livre &lt;i&gt;Parcardia casuum juristarum &lt;/i&gt; ?&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Combat contre Loupgarou.&lt;/i&gt; Ce faict voyant Pantagruel que Loupgarou approchoit la gueulle ouverte, vint contre luy hardiment &amp; s'escrya &#034;A mort ribault &#224; mort&#034;. Puis luy getta de sa barque, qu'il portoit &#224; sa ceincture, plus de dix &amp; huit cacques de sel, dont il luy emplit &amp; gorge &amp; gouzier. Quoy voyant Pantagruel desploya ses bras &amp; comme est l'art de la hasche, luy donna du gros bout de son mast, en estoc au dessus de la mamelle. Ce que voyant Pantagruel, luy court sus, &amp; luy vouloit avaler la teste tout net. Disant, Meschant &#224; ceste heure te hascheray ie comme chair &#224; patez, luy frappa du pied ung grand coup contre le ventre, qu'il le getta en arriere &#224; iambes redindaines, &amp; vous le trainoit ainsi &#224; l'escorche cul plus d'ung trait d'arc. Et Pantagruel print Loupgarou par les deux pieds, &amp; du corps de Loupgarou arm&#233; d'enclumes frappoit parmy ces geans armez de pierre de taille, &amp; les abattoit comme ung ma&#231;on faict de couppeaulx, que nul n'arrestoit devant luy qu'il ne ruast contre terre. Finablement voyant que tous estoient mors, getta le corps de Loupgarou tant qu'il peut contre la ville, &amp; en tombant du coup tua ung chat brusl&#233;, une chatte mouill&#233;e, une canne petiere, &amp; ung oyson brid&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;MICHAEL SCREECH : Le plus marquant, il me semble, c'est la pri&#232;re de Pantagruel avant la guerre contre Loupgarou, o&#249; vous avez une densit&#233; th&#233;ologique frappante. Vous &#234;tes dans le contexte de l'histoire &#8212; un peu grivois et en tout cas pas tr&#232;s profond. Et puis vous avez une pri&#232;re ancr&#233;e non seulement dans des textes bibliques, mais dans une interpr&#233;tation de ces textes qu'on pouvait lire en latin dans d'immenses tomes, si on voulait, publi&#233;s par Lef&#232;vre d'&#201;taples ou par &#201;rasme. Ce qui repr&#233;sente, je suppose, d&#233;j&#224; une volont&#233; de propagande. Et je crois que Rabelais &#233;tait en effet un auteur qui faisait de la propagande, mais il ne faisait pafs que cela !&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Pri&#232;re de Pantagruel&lt;/i&gt;. Seigneur dieu qui tousiours a est&#233; mon protecteur &amp; mon servateur, tu voys la destresse en laquelle ie suis maintenant. Riens icy ne me amene, sinon zele naturel comme tu as conced&#233; es humains de garder &amp; defendre soy, leurs femmes, enfans, pays, &amp; famille. Car tu es le tout puissant, qui en ton affaire propre, &amp; o&#249; ta cause propre est tir&#233;e en action, te peulx defendre trop plus qu'on ne s&#231;auroit estimer : toy qui as milliers de centaines de millions de legions d'anges, duquel le moindre peut occire tous les humains, &amp; tourner le ciel &amp; la terre &#224; son plaisir, comme bien appareut en l'arm&#233;e de Sennacherib. Doncques s'il te plaist &#224; ceste heure me estre en ayde comme en toy seul est ma totalle confiance &amp; espoir, Ie te fays veu que par toutes contr&#233;es tant de ce pays de Utopie que d'ailleurs o&#249; ie auray puissance &amp; auctorit&#233;, Ie feray prescher ton sainct Evangile, purement, simplement, &amp; entierement, si que les abuz d'ung tas de papelars &amp; faulx prophetes, qui ont par constitutions humaines &amp; inventions deprav&#233;es envenim&#233; tout le monde, seront d'entour moy extermin&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;MICHAEL SCREECH : Ah oui, &#171; exterminer &#187; veut dire &#224; l'&#233;poque &#8212; n'oubliez pas &#8212; chasser hors des fronti&#232;res. &lt;i&gt;Exterminare&lt;/i&gt;, c'est le latin. Et je crois que vous avez l&#224; justement l'influence de Luther. Luther ne croyait pas que les th&#233;ologiens avaient le droit de tuer qui que ce soit. Si vous n'&#233;tiez pas d'accord avec quelqu'un, vous ne vous tourniez pas vers le bourreau pour d&#233;cider la question. Mais on peut, dans certains cas, exterminer les gens, c'est-&#224;-dire les chasser hors des fronti&#232;res. Et je crois que vous avez l&#224; &#8212; et pour d'autres raisons aussi &#8212; une th&#233;ologie nettement luth&#233;rienne dans cette lettre, dans cette pri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce qui aurait frapp&#233; les gens de l'&#233;poque, je crois, c'est la notion qu'on doit aider Dieu et ne pas l'aider dans certaines circonstances. Et lorsque Pantagruel, dans ses pri&#232;res, insiste pour dire que Dieu ne veut nulle &lt;i&gt;coadjutorie&lt;/i&gt; dans certaines circonstances, cela aussi est luth&#233;rien. Plus tard, Rabelais met l'accent sur le devoir, en effet, d'aider Dieu. Mais la notion d'aider Dieu est une id&#233;e complexe, parce que si Dieu est tout-puissant, en quel sens peut-il avoir besoin ou d&#233;sirer m&#234;me l'aide de l'homme ? Et plus tard, Rabelais pr&#233;f&#232;re &#8212; avec Lef&#232;vre d'&#201;taples d'ailleurs &#8212; remplacer le mot &#171; aider &#187; par &#171; coop&#233;rer &#187;. On peut coop&#233;rer avec Dieu ; l'aider, c'est un peu plus ambigu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;FRAN&#199;OIS BON : Pri&#232;res, d&#233;tresse, &#171; tourner le ciel et la terre &#224; son plaisir &#187;, menaces, d&#233;prav&#233;es, proph&#232;tes. Voil&#224; &#224; quoi nous a men&#233;s, au terme de Pantagruel, la farce. Rabelais a constitu&#233; son orgue : en voil&#224; l'ultime registre. D&#233;sormais, il lui faut rejouer, et rejouer plus fort. Construction d&#233;lib&#233;r&#233;e, rigoureuse et la plus simple : repartir du m&#234;me endroit, en creusant plus fort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;coutez le texte qui vient. Il est l'un des plus magiques, des plus secrets, sous sa simplicit&#233; m&#234;me, de toute notre langue. Derni&#232;re marche du &lt;i&gt;Pantagruel&lt;/i&gt;, mais comme une &#233;l&#233;vation o&#249; le fantastique trouve son &#233;vidence par ce fonctionnement o&#249; le plus simple vient imposer le plus &#233;trange. Raison d'&#234;tre de l'escalier g&#233;ant que nous avons descendu tout au long du livre. On entre dans le monde du dedans, l'autre moiti&#233; du monde, dans la bouche m&#234;me du g&#233;ant, pays oubli&#233; dont Rabelais nous dit avoir oubli&#233; le nom. Mais nous, nous le reconnaissons : c'est le pays de &lt;i&gt;Gargantua&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a fait un livre pour cr&#233;er le corps d'un g&#233;ant et, comme un peintre entre dans sa toile, voil&#224; que dans le corps du g&#233;ant on d&#233;couvre ce que le monde r&#233;el aurait interdit si le livre n'y avait fait place : le pays de l'enfance. Chercher dans les grands livres, il n'en est pas qui ne marche ainsi &#224; reculons, comme on va dans le sommeil. &#201;cluse qui s'ouvre lentement de Rabelais &#224; lui-m&#234;me. Et dans la bouche du g&#233;ant, dans l'exploration de la voix apr&#232;s qu'elle a repouss&#233; le monde : le pays d'enfance, tout le livre &#224; venir de &lt;i&gt;Gargantua&lt;/i&gt;. &#201;coutez l'un des textes les plus magiques et secrets de notre langue.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment Pantagruel de sa langue couvrit toute une arm&#233;e, &amp; de ce que l'auteur veit dedans sa bouche.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Adoncq tous se mirent en ordre comme deliberez de donner l'assault. Mais au chemin passans une grande campaigne, furent saisys d'une grosse houz&#233;e de pluye. A quoy ilz commencerent &#224; se tremousser &amp; se serrer l'ung l'aultre. Ce que voyant Pantagruel leur fist dire par les capitaines que ce n'estoit riens, &amp; qu'il voyait bien au dessus des nues que ce ne seroit qu'une petite venue : mais &#224; toutes fins qu'ilz se missent en ordre &amp; qu'il les vouloit couvrir. Lors se mirent en bon ordre &amp; bien serrez. Adoncques Pantagruel tira la langue seulement &#224; demy, &amp; les en couvrit comme une gelline faict ses poulletz.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce pendant ie qui vous fays ces tant veritables contes, m'estoys cach&#233; dessoubz une feuille de Bardane, qui n'estoit point moins large que l'arche du pont de Monstrible : mais quand ie les veiz ainsi bien couverts ie m'en allay &#224; eulx rendre &#224; l'abrit : ce que ie ne peuz tant ilz estoient comme l'on dit, au bout de l'aulne fault le drap. Doncques le mieux que ie peu ie montay dessus &amp; cheminay bien deux lieues sus sa langue, tant que ie entray dedans sa bouche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[&#8230;]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais o dieux &amp; desses, que veiz ie l&#224; ? Iuppiter me confonde de la fouldre trisulque si ien mens. Ie y cheminois comme l'on faict en Sophie &#224; Constantinople, &amp; y veiz de grans rochiers, comme les monts des Dannoys, ie croy que c'estoient les dentz : &amp; de grans prez, de grans foretz, &amp; de fortes &amp; grosses villes non moins grandes que Lyon ou Poictiers. Et le premier que y trouvay, ce fut ung bon homme qui plantoit des choulx. Dont tout esbahy luy demanday. Mon amy que fays tu icy ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Ie plante, dist il, des choux.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et &#224; quoy ny comment ? dys ie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ha monsieur, dist il, chascun ne peut avoir les couillons aussi pesans qu'ung mortier, ilz ne povent pas estre tous riches. Ie gaigne ainsi ma vie : &amp; les porte vendre au march&#233; en la cit&#233; qui est icy derriere.&lt;br class='autobr' /&gt;
Iesus (dys ie) il y a icy ung nouveau monde.&lt;br class='autobr' /&gt;
Certes (dist il) il n'est mie nouveau : mais l'on dit bien que hors d'icy il y a une terre neufve o&#249; ilz ont et soleil et lune et tout plain de belles besoingnes, mais cestuy cy est plus ancien.&lt;br class='autobr' /&gt;
Voire mais (dis ie) mon amy, dont vous viennent ces pigeons icy ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Sire (dist il) ilz viennent de l'aultre monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[&#8230;]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors, je pensais que, quand Pantagruel baillait, les pigeons &#224; pleine vol&#233;e entra&#238;daient dans sa gorge, pensant que fut un Colombier. De l&#224; partant, passer entre les rochers qui &#233;taient ses dents, et fi que je montais sur une, et l&#224; trouver les plus beaux lieux du monde, beaux grands jeux de paumes, belles galeries, belles prairies, force vignes et une infinit&#233; de cassines &#224; la mode italique par les champs pleins de d&#233;lices, et l&#224; de mourir bien quatre mois, et ne fions que telle chair pour l'or. Puis trouver une petite bourgade &#224; la d&#233;val&#233;e, j'ai oubli&#233; son nom. o&#249; je fis encore meilleur cher que jamais et gagner quelques peu d'argent pour vivre. Savez-vous comment ? A dormir ! Car l'on loue les gens &#224; journ&#233;e pour dormir et gagner cinq et six sols par jour, mais ceux qui ronflent bien, fort, gagnent bien sept sols et demi. L&#224;, commencez &#224; penser qu'il est bien vrai ce que l'on dit, que la moiti&#233; du monde ne sait comment l'autre vit.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Avec la participation de Val&#232;re Novarina, est venu sp&#233;cialement d'Oxford &#224; Paris Michael Screech. Les textes &#233;taient dits par Claude Degliame, Ros&#233;liane Goldstein et Laurence Mayor. &#192; la r&#233;gie : Myron Nerson, assist&#233; de Claude Niort. &lt;i&gt;La Passion Rabelais&lt;/i&gt;, une &#233;mission propos&#233;e par Christine Robert et Fran&#231;ois Bon.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div class='spip_document_16693 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/french_school_-_illustration_from_gargantua_and_pantagruel_by_franois_rabelais__engraving__-__meisterdrucke-911912_.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/french_school_-_illustration_from_gargantua_and_pantagruel_by_franois_rabelais__engraving__-__meisterdrucke-911912_.jpg?1770331872' width='500' height='414' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Nuits magn&#233;tiques&lt;/i&gt;. &lt;i&gt;La Passion Rabelais&lt;/i&gt;, une &#233;mission de Christine Robert et Fran&#231;ois Bon. &lt;i&gt;Le Tiers Livre.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Pantagrueline Prognostication&lt;/i&gt;. Ce que nous voyons encores de iour en iour par France, o&#249; le premier propos qu'on tient &#224; gens fraischement arrivez sont. Quelles nouvelles ? s&#231;avez vous rien de nouveau ? Qui dict ? qui bruyt par le monde ? Et tant y sont attentifz, que souvent se courroussent contre ceulx qui viennent de pays estranges sans apporter pleines bougettes de nouvelles, les appellant veaulx &amp; idiotz.&lt;br class='autobr' /&gt;
Voulant doncques satisfaire &#224; la curiosit&#233; de tous bons compaignons, iay revolv&#233; toutes les Pantarches des cieulx, calcul&#233; les quadratz de la Lune, crochet&#233; tout ce que iamais penserent tous les astrophiles, hypernephelistes, Anemophylaces, Uranopetes, &amp; Ombrophores. Tout le tu autem ay icy en peu de chapitres redig&#233;, vous asseurant que ie n'en dis sinon ce que ien pense, &amp; n'en pense sinon ce que en est, &amp; n'en est aultre chose pour toute verit&#233; que ce qu'en lirez &#224; ceste heure.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dun cas vous advertys. Que si ne croyez le tout vous me faictes un maulvais tour, pour lequel ycy ou ailleurs serez tres griefvement puniz.&lt;br class='autobr' /&gt;
Or mouchez voz nez petitz enfans : &amp; vous aultres vieux resveurs affutez voz bezicles &amp; pesez ces motz au pois du Sanctuaire.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La Passion Rabelais&lt;/i&gt; : le &lt;i&gt;Tiers Livre des faits et dits h&#233;ro&#239;ques du bon Pantagruel&lt;/i&gt;. En direct avec Claude Degliame, Ros&#233;liane Goldstein et Laurence Mayor.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Pronostic&lt;/i&gt;.Ceste ann&#233;e seront tant d'ecclipses du Soleil &amp; de la Lune que iay peur (&amp; non &#224; tort) que noz bourses en patiront inanition &amp; nos sens perturbation. Saturne sera retrograde. Venus directe. Mercure insconstant. Et un tas d'aultres planetes ne iront pas &#224; vostre commendement.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dont pour ceste ann&#233;e les chancres iront de coust&#233;, &amp; les cordiers &#224; reculons, les pusses seront noires pour la plus grande part, le ventre ira devant, le cul se assoira le premier.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ceste ann&#233;e les aveugles ne verront que bien peu, les sourdz oyront assez mal : les muetz ne parleront guieres : les riches se porteront un peu mieulx que les pauvres, &amp; les sains mieulx que les malades.&lt;br class='autobr' /&gt;
Plusieurs moutons, boeufz, pourceaulx, oysons, pouletz &amp; canars, mourront &amp; ne sera sy cruelle mortalit&#233; entre les cinges &amp; dromadaires.&lt;br class='autobr' /&gt;
Vieillesse sera incurable ceste ann&#233;e &#224; cause des ann&#233;es pass&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[&#8230;]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La plus grande folie du monde est de penser qu'il y a des astres pour les Roys, Papes, &amp; gros seigneurs, plustost que pour les pauvres &amp; souffreteux, comme si nouvelles estoilles avoient est&#233; cr&#233;ez depuis le temps du deluge.&lt;br class='autobr' /&gt;
Tenant doncques pour certain que les astres se soucient aussi peu des Roys comme gueux, &amp; des riches comme des maraux, ie laisseray es aultres folz pronosticqueurs &#224; parler des Roys &amp; riches, &amp; parleray des gens de bas estat.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et premierement des gens soubmis &#224; Saturne, comme gens despourveuz d'argent, ialoux, resveurs, mal pensans, soubsonneux, preneurs de taulpes, usuriers, tanneurs de cuirs, fondeurs de cloches, rataconneurs de bobelins, gens melancholicques, n'auront en ceste ann&#233;e tout ce qu'ilz voudroient bien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[&#8230;]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A Iupiter comme cagotz, caffars, botineurs, porteurs de rogatons, abbreviateurs, scripteurs, copistes, bulistes, chatemittes, torticollis, barbouilleurs de papiers, esperrucquetz, maminotiers, patenostriers, notaires, promoteurs, se porteront selon leur argent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A Mars comme bourreaux, meurtriers, adventuriers, sergeans, arracheurs de dens, bouchiers, faulx monnoieurs, medicins de trinquenique, ramonneurs de chemin&#233;e, alchimistes, coquassiers, seront fort subiectz &#224; recepvoir quelque coup de baston &#224; l'embl&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
A Sol comme beuveurs, enlumineurs de museaulx, ventres &#224; poulaine, brasseurs de biere, boteleurs de foing, portefaix, faulcheurs, recouvreurs, degresseurs de bonnetz, emboureurs de batz, generalement tous portans la chemise nou&#233;e sur le dos : seront sains &amp; alaigres &amp; n'auront la goutte es dentz quand ilz seront de nopces.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[&#8230;] A Venus comme putains, maquerelles, marioletz, bougrins, bragars, napleux, eschancrez, ribleurs, chamberieres dhostelerie, nomina mulierum desinentia in iere, ut lingiere, advocatiere, taverniere, buandiere, frippiere seront ceste ann&#233;e en reputation. Les nonnains &#224; poine concepvront sans penetration virile.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais allez vous pendre, ia ne sera aultre lune que celle laquelle dieu crea au commencement du monde.&lt;br class='autobr' /&gt;
En toute ceste ann&#233;e ne sera qu'une Lune, encores ne sera elle poinct nouvelle.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;FRAN&#199;OIS BON : Souvenez-vous : la fin de &lt;i&gt;Pantagruel&lt;/i&gt;. Alcofribas, les lettres en d&#233;sordre du nom de l'auteur, entre dans le corps m&#234;me de son g&#233;ant. Il se d&#233;couvre dans ce pays d'un autre monde, le pays int&#233;rieur, une suite de possibilit&#233;s quasi initiatiques du r&#233;cit. Pantagruel, maladroit, in&#233;gal, mais avec, sur son paysage de farce, un escalier dans la langue. Un escalier qui donne sur rien et qui reste l&#224;, au milieu, comme si Rabelais lui-m&#234;me &#233;tait &#233;tonn&#233; de cette magie neuve du Verbe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Gargantua&lt;/i&gt; reprend la donne : livre d'une seule venue et &#226;pre, secret, avec des vertiges de construction qui emp&#234;chent de le r&#233;duire &#224; une quelconque des directions qu'il indique dans les conflits du temps ou leur symbole. Les &#233;ditions fran&#231;aises courantes, dans un touchant ensemble et par le bon sens de ces hommes savants, pr&#233;tendent faire lire &lt;i&gt;Gargantua&lt;/i&gt; avant &lt;i&gt;Pantagruel&lt;/i&gt;, l'achever avant le tremplin, sous pr&#233;texte qu'il s'agit de l'histoire du p&#232;re. Pourtant, &lt;i&gt;Gargantua&lt;/i&gt; cite &lt;i&gt;Pantagruel&lt;/i&gt;, s'y r&#233;f&#232;re. Surtout, on n'y comprend plus rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;MADAME CHEMIN (mus&#233;e Rabelais) : Fin novembre, La Devini&#232;re, maison natale et mus&#233;e Rabelais. C'est l&#224; qu'on a entrepos&#233; aussi les traductions &#233;trang&#232;res ; vous les avez vues. Alors il y en a peut-&#234;tre trois qui sont un petit peu plus &#8212; je ne dirais pas exceptionnelles &#8212; peut-&#234;tre un peu plus rares, qu'on a un peu plus de mal &#224; trouver, qui sont sous le plan de Paris. Il y a une traduction en japonais, une traduction en h&#233;breu, et puis une traduction en ukrainien qui est relativement rare parce qu'elle a &#233;t&#233; imprim&#233;e en Ukraine. Comme il y a pas mal d'ann&#233;es qu'on n'imprime plus en Ukraine, elle est relativement rare.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour la beaut&#233; du livre, il y a de tr&#232;s belles &#233;ditions. Les &#233;ditions Michel de L'Orme-Moret qui sont magnifiques. Il y a les &#233;ditions... qui &#233;dite en Suisse. Je ne me souviens plus de son nom. Droz ? Non, ce n'est pas... Je ne me souviens plus de son nom.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, en &#233;dition d'art &#8212; ce qu'on peut appeler une &#233;dition d'art &#8212;, ou des &#233;diteurs qui diffusent uniquement par bibliophilie, on en trouve pas mal de tr&#232;s belles &#233;ditions. Apr&#232;s, on re&#231;oit les &#233;ditions classiques : la Pl&#233;iade, Garnier... Actuellement &#8212; c'est une opinion tout &#224; fait personnelle &#8212;, celle que je trouve la plus pratique, mais vraiment pratique, pour un prix raisonnable pour un livre, ce sont les &#233;ditions int&#233;grales du Seuil, qui sont moiti&#233; fran&#231;ais ancien, moiti&#233; fran&#231;ais moderne. Parce qu'elles sont pratiques, je dis bien, c'est un point de vue pratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si on veut une traduction en fran&#231;ais moderne, disons que c'est la meilleure. Mais bon, c'est certain que &#231;a enl&#232;ve le style, &#231;a enl&#232;ve la saveur du texte, &#231;a enl&#232;ve... C'est normal. S'il faut &#234;tre logique, il y a des expressions qui n'existent plus ou des mots qui n'existent plus qu'il a fallu remplacer par des expressions enti&#232;res : &#231;a casse le rythme, c'est normal. Bon, puis ce sont les images en plus... rien n'est pareil. Mais &#231;a donne peut-&#234;tre une possibilit&#233; aux gens de le lire d'abord en fran&#231;ais moderne et d'y revenir en fran&#231;ais ancien. C'est peut-&#234;tre un palier pour que les gens lisent Rabelais ensuite dans le texte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parce que le premier mot des gens, c'est : &#171; le langage utilis&#233; par Rabelais, la langue du XVIe si&#232;cle, &#231;a leur para&#238;t &#234;tre un barrage insurmontable &#187;. &#199;a offre peut-&#234;tre une &#233;tape. La premi&#232;re fois que je l'ai lu, je l'ai lu dans le texte. Bon, j'ai eu des probl&#232;mes comme tout le monde, c'est ind&#233;niable. J'ai fait de nombreux retours aux r&#233;f&#233;rences, aux lexiques. Et puis, &#224; force de le lire, on s'habitue &#224; ce vocabulaire et on finit par... M&#234;me si on n'est pas toujours capable de donner une d&#233;finition tr&#232;s exacte des mots, on a une id&#233;e de ce qu'ils veulent dire et on finit par comprendre le texte. Mais &#231;a peut &#234;tre un palier, une &#233;dition mixte comme celle-ci.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un endroit que j'aime le mieux... J'aime bien une phrase, mais j'ai s&#251;rement &#233;corch&#233; parce que je n'arrive pas &#224; la mettre de t&#234;te. Une phrase de Rabelais quand il dit qu'il ne b&#226;tit que sur des pierres vives : les hommes. J'aime beaucoup cette phrase, entre autres. Ce sont plus des petites choses comme &#231;a, par-ci par-l&#224;, que des passages entiers. Mais j'aime en particulier cette phrase.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;FRAN&#199;OIS BON : Qui ne proc&#232;de pas soi-m&#234;me &#224; la mise en ordre, lire &lt;i&gt;Gargantua&lt;/i&gt; apr&#232;s &lt;i&gt;Pantagruel&lt;/i&gt;, se bloque dans Rabelais, ne va pas plus loin. C'est d'un assassinat en douceur qu'il s'agit, pareil &#224; ces braves &#233;ditions traduites en fran&#231;ais moderne, comme si Rabelais n'&#233;tait pas encore en avant de nous-m&#234;mes. On ne peut lire les Dipsodes apr&#232;s Picrochole ; et le Tiers Livre, le Quart Livre restent des massifs m&#233;connus, voire ignor&#233;s. Quand l'&#339;uvre de Rabelais est d'une seule venue, un seul mouvement vers ce que Rabelais appelait le &#171; grand peut-&#234;tre &#187; : remettez les livres dans l'ordre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Th&#233;l&#232;me, la fin ouverte et comme fig&#233;e de &lt;i&gt;Gargantua&lt;/i&gt;, devient tout naturellement le centre g&#233;ographique de l'&#339;uvre, et il n'y a plus qu'&#224; tourner la page pour ouvrir le gouffre tout neuf, le prochain livre. Ce soir : le Tiers Livre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Gargantua&lt;/i&gt;, en finissant sur Th&#233;l&#232;me, inscrivait l'utopie dans le monde, mais une utopie close, emmur&#233;e. Panurge n'y avait pas sa place ; c'est chez lui qu'on se retrouve. Th&#233;l&#232;me figeait le monde &#224; l'envers. Le Salmigondin de Panurge : l'utopie devient le r&#234;ve d'un instant, quelque chose d'entrevu au passage. On se retrouve du bon c&#244;t&#233; de la vie, l&#224; o&#249; &#231;a grouille, o&#249; &#231;a mange. Et d&#233;marre la nouvelle boucle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui s'&#233;crit dans le Tiers Livre, c'est encore la m&#234;me percussion. Mais cette fois, comme &lt;i&gt;Gargantua&lt;/i&gt;, mais mental. Une guerre non plus en Touraine, mais dans la t&#234;te. Comme &lt;i&gt;Gargantua&lt;/i&gt;, mais mental ; une guerre non plus en Touraine, mais dans la t&#234;te ; un travail de dissociation o&#249; le g&#233;ant garde taille humaine, mais peu &#224; peu incarnera un g&#233;ant besoin de savoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Tiers Livre&lt;/i&gt;, encore un escalier dans un paysage immobile, et quatre cercles d&#233;crits entre les mondes et les signes pour explorer du dedans l'espace cette fois d&#233;nud&#233; de la parole. Moins connu, le &lt;i&gt;Tiers Livre&lt;/i&gt; en tire l'avantage d'&#234;tre moins faussement connu. Plaisir plus corrosif, acide, o&#249; les figures de la mort commencent &#224; affleurer sous les mots et appellent la hantise.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Panurge dilapide&lt;/i&gt;. Donnant Pantagruel ordre au gouvernement de toute Dipsodie, assigna la chastellenie de Salmiguondin &#224; Panurge, valent par chascun an 6789106789. Royaulx en deniers certains, non comprins l'incertain revenu des Hanetons, &amp; Cacquerolles, montant bon an mal an de 2345768. &#224; 2435769. moutons &#224; la grande laine. Quelques foys revenoit &#224; 1234554321. Seraphz : quand estoit bonne ann&#233;e de Cacquerolles, &amp; Hanetons de requeste. Mais ce n'estoit tous les ans. Et se gouverna si bien &amp; prudentement monsieur le nouveau chastellain, qu'en moins de quatorze iours il dilapida le revenu certain &amp; incertain de sa Chastellenie pour troys ans. Non proprement dilapida, comme vous pourriez dire en fondations de monast&#232;res, erections de temples, bastimens de collieges &amp; hospitaulx, ou iectant son lard aux chiens. Mais despendit en mille petitz banquetz &amp; festins ioyeulx, ouvers &#224; tous venens, mesmement bons compaignons, ieunes fillettes, &amp; mignonnes gualoises. Abastant boys, bruslant les grosses souches pour la vente des cendres, prenent argent d'avance, achaptant cher, vendent &#224; bon march&#233;, &amp; mangeant son bled en herbe.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;FRAN&#199;OIS BON : Rabelais a mis dix ans pour publier son &lt;i&gt;Tiers Livre&lt;/i&gt;. Il a donc pr&#232;s de soixante ans maintenant, dix ans de voyages en Italie, dix ans de diplomatie &#224; suivre les fr&#232;res Du Bellay et &#224; partager leurs fortunes politiques. Ils sont les conseillers les plus &#233;clair&#233;s de Fran&#231;ois Ier, lequel n'a pas toujours envie d'&#234;tre &#233;clair&#233;, et Jean Du Bellay est le premier responsable de sa politique ext&#233;rieure. Il portera m&#234;me la charge de n&#233;gociations secr&#232;tes avec les Turcs pour contenir Charles Quint. On lui confiera aussi &#8212; et Rabelais est toujours dans l'affaire &#8212; la fortification de Paris quand la ville sera menac&#233;e. Dix ans comme m&#233;decin personnel de Guillaume Du Bellay, r&#233;dacteur de ses m&#233;moires ou de livres techniques aujourd'hui disparus. Pour nous, dix ans de silence de l'abstracteur de quintessence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces dix ans, on les sent dessous chaque ligne du &lt;i&gt;Tiers Livre&lt;/i&gt;, dans les luminosit&#233;s, les audaces d'&#233;criture. Ce sont dix ans d'une exp&#233;rience dure de la vie, comme la mort de son fils Th&#233;odule, ou la disparition de son patron, Guillaume Du Bellay. Dix ans &#224; d&#233;pendre des autres, et au bout du compte, la possibilit&#233; pour la premi&#232;re fois de signer de son nom son livre &#8212; &lt;i&gt;Pantagruel&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Gargantua&lt;/i&gt; &#233;taient rest&#233;s anonymes. Quand Rabelais publie son &lt;i&gt;Tiers Livre&lt;/i&gt;, il est trop hasardeux de pr&#233;tendre que la suite de l'&#339;uvre est d&#233;j&#224;, sinon &#233;crite, du moins &#233;bauch&#233;e. Pourtant, cette id&#233;e d'un voyage qui ne finit pas, d'une travers&#233;e du monde et des mers vers un oracle symbolique, une utopie qu'on n'atteindrait pas pour ne pas la figer comme Th&#233;l&#232;me, est pr&#233;sente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a l'impression, au moment o&#249; ce voyage pourrait &#234;tre entrepris, que Rabelais d'un geste suspend tout. Une immobilit&#233; o&#249; il faudrait d'abord d&#233;brouiller ce que veut dire parler. Et dans cette immobilit&#233;, quatre cercles, avant que tous ne s'&#233;branlent. Premier cercle : la parole pure, la rh&#233;torique. Discours de Panurge, le discours &#224; la louange des pr&#234;teurs et des emprunteurs. Et ce mouvement, qui &#233;tait d&#233;j&#224; celui de Gargantua, devient incessant, chose qu'on pousse &#224; bout et qui se fige. Mais ce qui s'y met &#224; nu, de fa&#231;on neuve, c'est la seule question : le d&#233;fi de la question faite &#224; la vie, et qui lui refuse toute r&#233;ponse.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#201;loge des b&#226;tisseurs&lt;/i&gt; : Je ne b&#226;tis que pierres vives, ce sont hommes ! Repr&#233;sentez-vous un monde autre ! Je me perds en cette contemplation. Aux mondes heureux, aux gens de cestuy-mondes heureux ! Et les beaux b&#226;tisseurs nouveaux de pierres mortes ne sont &#233;crits en mon livre de vie !&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;FRAN&#199;OIS BON : &lt;i&gt;Tiers Livre&lt;/i&gt;, dernier cercle : l'oreille perc&#233;e &#224; la juda&#239;que, et y attacha un petit anneau d'or &#224; ouvrage de tauche, au chaton duquel &#233;tait une puce ench&#226;ss&#233;e &#8212; et &#233;tait la puce noire, afin que nul n'en dout&#226;t. C'est belle chose, &#234;tre en tout cas bien inform&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_16690 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/les_songes_drolatiques_de_pantagruel_ou_sont_contenues_plusieurs_figures_de_l_invention_de_maitre_franc_ois_rabelais_met_dp242808.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/les_songes_drolatiques_de_pantagruel_ou_sont_contenues_plusieurs_figures_de_l_invention_de_maitre_franc_ois_rabelais_met_dp242808.jpg?1770331548' width='500' height='359' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Panurge en philosophe&lt;/i&gt;. Print quatre aulnes de bureau : s'en acoustra comme d'une robbe longue &#224; simple cousture : desista porter le hault de ses chausses : &amp; attacha des lunettes &#224; son bonnet. En tel estat se presenta davant Pantagruel : lequel trouva le desguisement estrange, mesmement ne voyant plus la belle &amp; magnificque braguette, en laquelle il souloit comme en l'ancre sacre constituer son dernier refuge contre to' naufraiges d'adversit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment Panurge se conseille &#224; Pantagruel pour s&#231;avoir s'il se doibt marier.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Seigneur vous avez ma deliberation entendue, qui est me marier, si de malencontre n'estoient tous les trouz fermez, clous, &amp; bouclez. Ie vous supply par l'amour, que si longtemps m'avez port&#233;, dictez m'en vostre advis.&lt;br class='autobr' /&gt;
Puis (respondit Pantagruel) qu'une foys en avez iect&#233; le dez, &amp; ainsi l'avez decret&#233;, &amp; prins en ferme deliberation, plus parler n'en fault, reste seulement la mettre &#224; execution.&lt;br class='autobr' /&gt;
Voyre mais (dist Panurge) ie ne la vouldrois executer sans vostre conseil &amp; bon advis.&lt;br class='autobr' /&gt;
I'en suis (respondit Pantagruel) d'advis, &amp; vous le conseille.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais (dist Panurge) si vous congnoissiez, que mon meilleur feust tel que ie suys demeurer, sans entreprendre cas de nouvellet&#233;, i'aymerois mieulx ne me marier poinct.&lt;br class='autobr' /&gt;
Point doncques ne vous mariez, respondit Pantagruel.&lt;br class='autobr' /&gt;
Voire mais (dist Panurge) vouldriez vo' qu'ainsi seulet ie demeurasse toute ma vie sans compaignie coniugale ? Vous savez qu'il est escript, Veh soli. L'homme seul n'a iamais tel soulas qu'on veoyd entre gens mariez.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mariez vous doncq de par Dieu, respondit Pantagruel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[&#8230;] &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais si (dist Panurge) ma femme me faisoit coqu, comme vous s&#231;avez qu'il en est grande ann&#233;e, ce seroit assez pour me faire trespasser hors les gonds de patience. I'ayme bien les coquz, &amp; me semblent gens de bien, &amp; les hante voluntiers : mais pour mourir ie n'en vouldroys estre. C'est un poinct qui trop me poingt.&lt;br class='autobr' /&gt;
Poinct doncques ne vous mariez : (respondit Pantagruel) Car la sentence de Senecque est veritable hors toute exception. Ce qu'&#224; aultruy tu auras faict, soys certain qu'aultruy te fera.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dictez vous, demanda Panurge, cela sans exception ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Sans exception il le dict, respondit Pantagruel.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ho ho (dist Panurge) de par le petit diable. Il entend en ce monde, ou en l'aultre. Voyre mais puis que de femme ne me peuz passer en plus qu'un aveugle de baston (Car il faut que le virolet trote, aultrement vivre ne s&#231;auroys) n'est ce le mieulx que ie me associe quelque honneste &amp; preude femme, qu'ainsi changer de iour en iour avecques continuel dangier de quelque coup de baston, ou de la verolle pour le pire ? Car femme de bien oncques ne me feut rien. Et n'en desplaise &#224; leurs mariz.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mariez vous doncq de par Dieu, respondit Pantagruel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[&#8230;]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais si (dist Panurge) Dieu le vouloit, &amp; advint que i'esposasse quelque femme de bien, &amp; elle me bastist, ie seroys plus que tiercelet de Iob, si ie n'enrageois tout vif. Car l'on m'a dict, que ces tant femmes de bien ont communement maulvaise teste, ausi ont elles bon vinaigre en leur mesnaige. Ie l'auroys encore pire, &amp; luy batteroys tant &amp; trestant la petite oye, ce sont braz, iambes, teste, poulmon, foye, &amp; ratelle : tant luy deschicqueterois ses habillemens &#224; bastons rompuz, que le grand Diole en attendroit l'ame damn&#233;e &#224; la porte. De ces tabus ie me passerois bien pour ceste ann&#233;e, &amp; content serois n'y entrer poinct.&lt;br class='autobr' /&gt;
Point doncques ne vous mariez, respondit Pantagruel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[&#8230;]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voire mais, dist Panurge, estant en estat tel que ie suis, quitte, &amp; non mari&#233;. Notez que ie diz quitte en la male heure. Car estant bien fort endebt&#233;, mes crediteurs ne seroient que trop soigneux de ma paternit&#233;. Mais quitte, &amp; non mari&#233;, ie n'ay personne qui tant de moy se souciast, &amp; amour tel me portast, qu'on dist estre amour coniugal. Et si par cas tombois en maladie, traict&#233; ne serois qu'au rebours. Le saige dict. L&#224; o&#249; n'est femme, i'entends merefamiles, &amp; en mariage legitime, le malade est en grand estrif. I'en ay veu claire experience en papes, legatz, cardinaulx, evesques, abbez, prieurs, prebstres, &amp; moines. Or l&#224; iamais ne m'auriez.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mariez vous doncq de par Dieu, respondit Pantagruel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[&#8230;] Mais si, dist Panurge, estant malade &amp; impotent au debvoir de mariage, ma femme impatiente de ma langueur, &#224; aultruy se abandonnoit, &amp; non seulement ne me secourust au besoing, mais aussi se mocquast de ma calamit&#233;, &amp; (que pis est) me desrobast, comme i'ay veu souvent advenir : ce seroit pour m'achever de paindre, &amp; courir les champs en pourpoinct.&lt;br class='autobr' /&gt;
Poinct doncques ne vous mariez, respondit Pantagruel.&lt;br class='autobr' /&gt;
Voire mais, dist Panurge, ie n'aurois iamais aultrement filz ne filles legitimes, es quelz i'eusse espoir mon nom &amp; armes perpetuer : es quelz ie puisse laisser mes heritaiges &amp; acquetz, (i'en feray de beaulx un de ces matins, n'en doubtez, &amp; d'abondant seray grand retireur de rantes) avecques les quelz ie me puisse esbaudir, quand d'ailleurs serois meshaign&#233;, comme ie voys iournellement vostre tant bening &amp; debonnaire p&#232;re faire avecques vous, &amp; font tout gens de bien en leur serail &amp; priv&#233;. Car quite estant, mari&#233; non estant, estant par accident fasch&#233;, en lieu de me consoler, advis m'est que de mon mal riez.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mariez vous doncq de par Dieu, respondit Pantagruel.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;FRAN&#199;OIS BON : &lt;i&gt;Tiers Livre&lt;/i&gt;, premier cercle. La parole pouss&#233;e &#224; son terme et la rh&#233;torique &#224; sa limite. Du coup, une premi&#232;re fragilit&#233; reconquise. Panurge, au terme du &#034;mariez-vous donc&#034;, a fini d'&#234;tre seulement le verbe. De son assurance et sa d&#233;brouillardise, rien n'a surv&#233;cu. Il n'a plus d'assurance et de d&#233;brouillardise qu'en parole. Pour le reste, maintenant, on a son portrait : foireux, pleurard, englu&#233; dans la contemplation complaisante de lui-m&#234;me. Panurge s'est soudain &#8212; au terme du &#034;mariez-vous, point donc ne vous mariez&#034; &#8212; toute la faiblesse de l'homme dans le monde. La force, la r&#233;flexion, le doute sont pour Pantagruel. Mais le monde, on n'est pas pr&#234;t &#224; le rejoindre. On est encore en Salmigondinois, pays d'utopie. Il a fallu traverser la mer dans Pantagruel pour y atteindre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On va partir vers le monde. D'abord on va explorer ces signes. Fantastique coh&#233;rence de Rabelais. Les premiers signes dont disposera Panurge viendront du rapport m&#234;me de cette phrase dite &#224; ce qu'elle est phrase mat&#233;rielle, phrase du livre. Chez Rabelais, le livre toujours se raconte lui-m&#234;me en train de se faire. On ouvrira un livre, on confie sa vie &#224; l'arbitraire d'une page, au mot des autres, alors incapables de sens univoque. Coh&#233;rence de Rabelais, qu'on traite ensuite du hasard et des nombres, et que hasard et nombre, pour signifier, doivent se renvoyer encore au livre. Troisi&#232;me essai d'interpr&#233;tation, au bout des rh&#233;toriques du Tiers Livre, comme encore &#224; rares pages tout pr&#232;s du livre, on fera r&#234;ver Panurge, on parlera des songes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Tiers Livre&lt;/i&gt;, premier cercle : incapacit&#233; des signes, s'ils n'ont pas &#233;t&#233; tremp&#233;s dans le monde, s'ils ont &#233;t&#233; laiss&#233;s cantonn&#233;s aux livres, au hasard, aux r&#234;ves. Et fantastique incoh&#233;rence de Rabelais. On l&#232;ve la t&#234;te, on d&#233;cide d'aller consulter la Sibylle voisine, et du Salmigondinois, &#224; l'autre bout du monde, nous voil&#224; en Touraine. L'utopie de Panurge n'&#233;tait qu'une distraction, une absence. &#192; chercher les signes r&#233;els, on a l'obligation du monde, m&#234;me si on retrouve cette vall&#233;e imaginaire de Gargantua, le pays prot&#233;g&#233; de l'enfance. &#192; preuve qu'il s'agit encore d'un r&#234;ve et du r&#234;ve du pays d'enfance : de Chinon &#224; Panzoust, il y a six kilom&#232;tres et leur chemin fut de trois journ&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Critique des conseils&lt;/i&gt;. &#034;Vostre conseil (dist Panurge) semble &#224; la chanson de Ricochet : Ce ne sont que sarcasmes, mocqueries, &amp; redictes contradictoires. Les unes destruisent les aultres. Ie ne s&#231;ay es quelles me tenir.&lt;br class='autobr' /&gt;
Aussi (respondit Pantagruel) en vos propositions tant y a de Si, &amp; de Mais, que ie n'y s&#231;aurois rien fonder ne rien resouldre. N'estez vous asceur&#233; de vostre vouloir ? Le poinct principal y gist : tout le reste est fortuit &amp; dependent des fatales dispositions du Ciel. Il se y convient mettre &#224; l'adventure, les oeilz bandez, baissant la teste.&lt;br class='autobr' /&gt;
Or voyez cy que vous ferez, si bon vous semble. Aportez moy les oeuvres de Virgile, &amp; par troys foys avecques l'ongle les ouvrant, explorerons par les vers du nombre entre nous convenus, le sort futur de vostre mariage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[&#8230;] &lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Ie vous grupperay au cruc. Et s&#231;avez que luy feray ? Cor bien ce que feist Saturne au Ciel son p&#232;re. Ie vous luy coupperay les couillons tout rasibus du cul. Il ne s'en fauldra un pelet.&lt;br class='autobr' /&gt;
Tout beau fillol (dist Pantagruel) tout beau. Ouvrez pour la seconde foys.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il denote (dist Pantagruel) qu'elle vous battera dos &amp; ventre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au rebours (repondist Panurge) C'est de moy qu'il prognosticque, &amp; dict, que ie la batteray en Tigre si elle me fasche. Martin baston en fera l'office. En faulte de baston, le Diable me mange, si ie ne la mangeroys toute vive.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il denote (dist Pantagruel) qu'elle vous desrobera.&lt;br class='autobr' /&gt;
Vous voit bien en poinct. Vous serez coqu, vous serez battu, vous serez desrob&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[&#8230;]&lt;br class='autobr' /&gt;
Prenons par autre voie de divination. Quelle ? Bonne, antique et authentique. C'est par songe. Je le veux. Faudra-t-il peu ou beaucoup souper ce soir ? Je ne le demande sans cause, car si bien et largement je ne soupe, je ne dors rien qui vaille, la nuit ne fait que ravasser, et autant songe creux que pour l'or &#233;tait mon ventre. Point souper serait le meilleur, mais ne useront de temps extr&#234;me et rigoureuse di&#232;te. Vous mangerez bonne paume, croustimanie et bergamote.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;Comment Pantagruel conseille &#224; Panurge de conferer avecques une Sibylle de Panzoust.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous soubvieigne que Alexandre le grand : ayant obtenu victoire du roy Darie en Arbelles, praesens les Satrapes quelque foys refusa audience &#224; un compaignon, puys en vain mille &amp; mille foys s'en repentit. Que luy eust coust&#233; ouyr &amp; entendre ce que l'homme avoit invent&#233;. Nature me semble non sans cause nous avoir form&#233; aureilles ouvertes, n'y appousant porte ne clousture aulcune, comme a faict es oeilz, langue, &amp; aultres issues du corps. La cause ie cuide estre, affin que tousiours toutes nuyctz, continuellement, puissions ouyr : &amp; par ouye perpetuellement aprendre : car c'est le sens sus tous aultres plus apte es disciplines.&lt;br class='autobr' /&gt;
Leur chemin feut de troys iourn&#233;es. La troizi&#232;me &#224; la crouppe de une montaigne soubs un grand &amp; ample Chastaignier leurs feut monstr&#233;e la maison de la vaticinatrice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[&#8230;]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans difficult&#233; ilz entr&#232;rent en la case chaumine, mal bastie, mal meubl&#233;e, toute enfum&#233;e. Au coing de la chemmin&#233;e trouv&#232;rent la vieille. La vieille estoit mal en poinct, mal vestue, mal nourrie, edent&#233;e, chassieuse courbass&#233;e, roupieuse, languoureuse, &amp; faisoit un potaige de choux verds, avecques une couane de lard iausne, &amp; un vieil savorados.&lt;br class='autobr' /&gt;
La vieille resta quelque temps en silence pensifve &amp; richinante des dens, puys s'assit sus le cul d'un boisseau, print en ses mains troys vieulx fuseaulx, les tourna &amp; vira entre ses doigtz en diverses mani&#232;res : puys esprouva leurs poinctes, le plus poinctu retint en main, les deux aultres iecta soubs une pille &#224; mil. Apr&#232;s print ses devidou&#232;res, &amp; par neuf foys les tourna, au neufvi&#232;me tour consydera sans plus toucher le mouvement des devidou&#232;res, &amp; attendit leur repous perfaict.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[&#8230;] &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuys ie veidz qu'elle deschaussa un de ses esclos, (nous les nommons Sabotz) mist son davantau sus sa teste, comme les prebstres mettent leur amict quand ilz voulent messe chanter : puys avecques un antique tissu riol&#233;, piol&#233;, le lia soubs la guorge. Ainsi affeubl&#233;e tira un grand traict du bourrabaquin, print de la couille belini&#232;re trois carolus, les mist en trois coques de noix, &amp; les posa sus le cul d'un pot &#224; plume, feist trois tours de balay par la chemin&#233;e, iecta on feu demy fagot de brui&#232;re, &amp; un rameau de laurier sec. Le consydera brusler en silence, &amp; veid que bruslant ne faisoit grislement ne bruyt aulcun. Adoncques s'escria espovantablement, sonnant entre les dens quelques motz barbares &amp; d'estrange termination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[&#8230;] &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De mode que Panurge dit &#224; Epistemon.&lt;br class='autobr' /&gt;
Par la vertus Dieu ie tremble, ie croy que ie suys charm&#233;, elle ne parle poinct Christian. Voyez comment elle me semble de quatre empans plus grande, que n'estoit lors qu'elle se capitonna de son davantau. Que signifie ce remuement de badiguoinces ? Que pretend ceste iectigation des espaulles ? A quelle fin fredonne elle des babines, comme un Cinge demembrant escrevisses ? Les aureilles me cornent, il m'est advis que ie oy Proserpine bruyante : les Diables bien toust en place sortiront. O les laydes bestes. Fuyons. Serpe Dieu ie meurs de paour. Ie n'ayme poinct les Diables. Ilz me faschent &amp; sont mal plaisans. Fuyons. Adieu ma Dame, grand mercy de vos biens. Ie ne me marieray poinct, non. Ie y renonce des &#224; prasens comme allors.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[&#8230;] &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi commen&#231;oit escamper de la chambre, mais la vieille anticipa, tenente le fuseau en sa main : &amp; sortis en un courtil pr&#232;s sa maison. L&#224; estoit un Sycomore antique : elle l'escroulla par troys fois, &amp; sus huyct feueilles qui en tomb&#232;rent, sommairement avecques le fuseau escrivit quelques briefz vers. Puys les iecta au vent, &amp; leurs dist.&lt;br class='autobr' /&gt;
Allez les chercher si voulez, trouvez les si povez, le sort fatal de vostre mariage y est descript.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ces parolles dictes, se retira en sa tesni&#232;re, &amp; sus le perron de la porte se recoursa robe, cotte, &amp; chemise iusques aux escelles, &amp; leurs monstroit son cul.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;FRAN&#199;OIS BON : Reste que la question chaque fois r&#233;it&#233;r&#233;e n'a pas de r&#233;ponse, ou plut&#244;t re&#231;oit toujours la m&#234;me double r&#233;ponse. Comment disposer de son propre sort, et comment outrepasser la r&#233;ponse de prime abord donn&#233;e par Pantagruel : &#171; Soyez assur&#233; de votre propre vouloir, et vous y tenez &#187; ? Le livre sur Rabelais, les notes des &#233;ditions courantes, nous rebattent les oreilles de cette fameuse querelle des femmes. Et alors ? N'est-ce pas la mani&#232;re m&#234;me de Rabelais, depuis ses premi&#232;res lignes, d'attraper les vieux d&#233;mons, les dossiers en poussi&#232;re et de secouer &#231;a d'un bon coup de rire ? Que ses ma&#238;tres, ses amis, quelqu'un qu'il estime comme le fontaineblien Tiraqueau, soient intervenus, doctes, dissertateurs, grands connaisseurs dans cette tr&#232;s s&#233;rieuse querelle des femmes, ne devait que l'aider &#224; entrer dans son vieil habit du buveur des prologues, qui chausse lunettes pour apercevoir ses lecteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vie de Rabelais dans la querelle des femmes, cherchez-la si vous voulez, trouvez-la si vous pouvez. Il y a &#224; la fin de Gargantua, le bon Gargantua, qui sort de son livre, soudain, pour venir dans celui-ci donner son avis. Mais quand Rabelais, tout en attrapant, en pleine farce, l&#226;che : &#171; Et si le signe vous f&#226;che, &#244; combien vous f&#226;cheront les choses signifi&#233;es ! &#187; Ou encore : &#171; Tout vrai &#224; tout vrai consonne. &#187; Ou plus loin dans le m&#234;me passage, &#233;crivant soudain : &#171; Rien de moins, c'est abus de dire que nous ayons langage naturel. Les langages sont par institution arbitraire et convenance des peuples. Les voix ne signifient naturellement mais &#224; plaisir. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et qu'on insiste : &#171; Je ne vous dis ce propos sans cause &#187;, et que ce registre s'&#233;crit sur toute la surface du Tiers Livre. Voil&#224; le seul th&#232;me, le th&#232;me permanent sous la farce de ce mariage de Panurge l'immariable. Et quand la sorci&#232;re de Panzoust s'&#233;criera, &#233;pouvantablement sonnant entre les dents mots barbares et d'&#233;tranges terminations, nous ne les entendrons pas ces mots. Nous ne les entendrons qu'au Quart Livre. Ici, on nous les montre seulement. On nous montre les mots du monde, et c'est Panurge qui prend peur. C'est lui, par la sorci&#232;re, qu'on r&#233;entend.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et de la Sibylle, suite du cercle. Signes du monde quand la parole y interroge. Le langage des muets, l'as des cabres. Signes contre paroles et pas d'interp&#233;n&#233;tration. Au contraire, des coups. Et le livre glisse. On croit que Rabelais joue, et soudain on ne sait plus. La satire et la farce sont l&#224;, toujours, au premier plan, sur toute la surface du tableau. Mais la mort aussi est l&#224;, et le secret. Et ce sont symboles d'un autre culte, des coques, des bijoux bizarres. C'est d'une pure aventure mentale qu'il s'agit. Et avec Raminagrobis, vieux po&#232;te fran&#231;ais, le troisi&#232;me cercle du Tiers Livre. Ceux dont la parole s'ouvre aux signes et les communique, m&#234;me si cette communication reste marqu&#233;e de son myst&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;MICHEL CHAILLOU : Les fanatiques de Rabelais ne sont pas si nombreux. C'est l&#224; o&#249; on voit &#8212; c'est Pantagruel qui parle &#8212; o&#249; on voit justement cette esp&#232;ce d'&#233;vidence du secret du monde qui parle par la bouche de Pantagruel. C'est &#231;a, regardez : &#171; Je ne pensais, dit Pantagruel, jamais rencontrer homme tant obstin&#233; en sa pr&#233;hension, comme je vous vois. &#187; Ce &#171; comme je vous vois &#187; est d'une na&#239;vet&#233; extraordinaire. Il a la na&#239;vet&#233; des plus grands, parce que c'est l&#224; o&#249; se trouve le g&#233;nie. &#171; Comme je vous vois. Pour toutefois votre doute &#233;claircir... &#187; Le &#171; toutefois &#187;, la d&#233;licatesse de Pantagruel dans le &#171; toutefois &#187;. &#171; Pour toutefois votre doute &#233;claircir, suis d'avis... &#187; C'est merveilleux, c'est une all&#233;gresse, une suavit&#233;, une douceur. On a l'impression qu'il joint les mains et qu'il ne veut surtout pas heurter son interlocuteur. &#171; Suis d'avis que remuons toutes pierres. &#187; C'est-&#224;-dire qu'il n'y a rien qui reste, que vous ne compreniez pas. &#171; Entendez ma conception &#187;, et faites-moi le plaisir de m'&#233;couter. &#171; Les cygnes &#187; &#8212; on sent qu'il &#233;tend d&#233;j&#224; les ailes de sa pens&#233;e, comme les cygnes peuvent les &#233;tendre en prenant leur vol &#8212; &#171; qui sont oiseaux sacr&#233;s &#224; Apollon, ne chantent jamais sinon quand ils approchent de leur mort. &#187; C'est pourtant une phrase tr&#232;s simple, elle n'est pas finie. Puis alors Rabelais va faire cette esp&#232;ce d'allusion &#233;rudite : &#171; M&#234;mement au M&#233;andre (fleuve de Phrygie) &#187; &#8212; &#171; M&#234;mement au M&#233;andre &#187;, &#231;a m&#233;andre beaucoup &#8212; &#171; (fleuve de Phrygie) &#187;. Alors j'aime beaucoup la parenth&#232;se. Il emploie beaucoup de parenth&#232;ses parce que la parenth&#232;se pour moi c'est l'art du roman, c'est la digression, c'est tout ce qu'on veut. C'est la phrase dans la phrase, celle qui lutte pour arriver &#224; la surface et qui est englob&#233;e par les autres. Et peut-&#234;tre que toute la vie est en parenth&#232;se. Mais je veux dire, la phrase en parenth&#232;se, c'est l'apart&#233;, c'est... Toutes les r&#233;ussites, m&#234;me quand il n'y a pas de parenth&#232;ses, sont en parenth&#232;se. Pantagruel est en parenth&#232;se dans le monde, puisqu'il n'est pas un homme, il est plus qu'un homme, il est une sorte de dieu b&#233;n&#233;fique. Alors, il dit &#8212; la parenth&#232;se : &#171; Pour ce qu'Aelianus et Alexandre &#233;crivent en avoir ailleurs vu plusieurs mourir, mais nul chanter mourant. &#187; Ce &#171; nul chanter mourant &#187; est magnifique, ce n'est pas &#171; chanter mourir &#187;, c'est &#171; chanter mourant &#187; : il chante en mourant et la mort devient presque un chant. On ne peut pas imaginer la mort de Pantagruel &#224; cause de &#231;a, parce que la mort n'ose m&#234;me pas s'en approcher. Ce n'est pas possible. C'est pour &#231;a qu'il n'est pas humain en fait. C'est autre chose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; De mode que chant de cygne est pr&#233;sage certain de sa mort prochaine. &#187; Il donne des explications mais qui sont presque indignes, il s'en passerait. On sent qu'il dit : &#171; Bon, d'accord, vous savez que de mode que chant de Signe est pr&#233;sage certain de sa mort prochaine. Et ne meurt que pr&#233;alablement n'ait chant&#233;. &#187; Il nous rappelle &#224; nous que c'est &#231;a. On dit que le cygne ne meurt qu'une fois qu'il a chant&#233;. Mais c'est tout. Mais lui, &#231;a ne l'int&#233;resse pas tellement, &#231;a. Parce qu'on devrait le savoir, il n'a m&#234;me pas besoin de le dire, mais il le pr&#233;cise parce qu'il est gentil. &#192; ce moment-l&#224;, il vient &#224; ce qui l'int&#233;resse plus : &#171; Semblablement, les po&#232;tes qui sont en protection d'Apollon, approchant de leur mort, ordinairement deviennent proph&#232;tes et chantent par apolline inspiration, vaticinant des choses futures. &#187; Po&#233;sie, proph&#233;tie.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_16689 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/les_songes_drolatiques_de_pantagruel_ou_sont_contenues_plusieurs_figures_de_l_invention_de_maitre_franc_ois_rabelais_met_dp242807.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/les_songes_drolatiques_de_pantagruel_ou_sont_contenues_plusieurs_figures_de_l_invention_de_maitre_franc_ois_rabelais_met_dp242807.jpg?1770331547' width='500' height='360' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pantagruel sur les signes&lt;/strong&gt; Ie ne pensoys (dist Pantagruel) iamais rencontrer homme tant obstin&#233; &#224; ses apprehensions comme ie vous voy. Pour toutesfoys vostre doubte esclarcir, suys d'advis que mouvons toute pierre. Entendez ma conception. Les cycnes, qui sont oyseaulx sacrez &#224; Apollo, ne chantent iamais, si non quand ilz approchent de leur mort : mesmement en Meander fleuve de Phrygie, de mode que chant de Cycne est praesaige certain de sa mort prochaine, &amp; ne meurt que praealablement n'ayt chant&#233;. Semblablement les po&#235;tes qui sont en protection de Apollo, approchans de leur mort ordinairement deviennent proph&#232;tes, &amp; chantent par Apolline inspiration vaticinans des choses futures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[&#8230;] &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;I'ay d'adventaige ouy dire que tout homme vieulx, decrepit, &amp; pr&#232;s de sa fin, facilement divine des cas advenir. Et me souvient que Aristophanes en quelque comedie appelle les gens vieulx Sibylles. Car comme nous estans sur le moule, &amp; de loing voyans les mariniers &amp; voyagiers dedans leurs naufz en haulte mer, seulement en silence les considerons, &amp; bien prions pour leur prosp&#232;re abourdement : mais lors qu'ilz approchent du havre, &amp; par parolles &amp; par gestes les saluons, &amp; congratulons de ce que &#224; port de saulvet&#233; sont arrivez : aussi les Anges, les Heroes, les bons Daemons (scelon la doctrine des Platonicques) voyans les humains prochains de mort, comme de port tresceur &amp; salutaire : port de repous, &amp; de tranquillit&#233;, hors les troubles &amp; sollicitudes terrienes, les saluent, les consolent, parlent avecques eulx, &amp; i&#224; commencent leurs communicquer art de divination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[&#8230;] &lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Ie le veulx (respondit Panurge). Allons y Epistemon de ce pas : de paour que mort ne le praevieigne. Veulx tu venir fr&#232;re Ian ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Ie le veulx (respondit fr&#232;re Ian) bien voluntiers, pour l'amour de toy couillette. Car ie t'ayme du bon du foye.&lt;br class='autobr' /&gt;
Sus l'heure feut par eulx chemin prins, &amp; arrivans au logis po&#235;ticque trouv&#232;rent le bon vieillart en agonie, avecques maintient ioyeulx, face ouverte, &amp; reguard lumineux. Panurge le saluant luy mist on doigt Medical de la main gausche en pur don un anneau d'or, en la palle duquel estoit un sapphyr oriental, beau &amp; ample : Puys &#224; l'imitation de Socrates luy offrit un beau coq blanc, lequel incontinent pos&#233; sus son lict la teste elev&#233;e en grande alaigresse secoua son pennaige, puys chanta en bien hault ton. Cela faict Panurge requist courtoisement dire &amp; exposer son iugement sus le doubte du mariage praetendu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[&#8230;] &lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Adoncques escrivit ce que s'ensuyt.&lt;br class='autobr' /&gt;
Prenez l&#224;, ne la prenez pas. Si vous la prenez, c'est bien faict. Si ne la prenez en effect, Ce sera oeuvr&#233; par compas.&lt;br class='autobr' /&gt;
Puys leurs bailla en main, &amp; leurs dist.&lt;br class='autobr' /&gt;
Allez enfans en la guarde du grand Dieu des cieulx, &amp; plus de cestuy affaire ne de aultre que soit, ne me inquietez. I'ay ce iourd'huy, qui est le dernier &amp; de May &amp; de moy, hors ma maison &#224; grande fatigue &amp; difficult&#233; chass&#233; un tas de villaines, immondes, &amp; pestilentes bestes, noires, guarres, fauves, blanches, cendr&#233;es, grivol&#233;es : les quelles laisser ne me vouloient &#224; mon aise mourir : &amp; par fraudulentes poinctures, gruppemens harpyacques, importunitez freslonnicques, toutes forg&#233;es en l'officine de ne s&#231;ay quelle insatiabilit&#233;, me evocquoient du doulx pensement on quel ie acquies&#231;ois contemplant, &amp; voyans &amp; i&#224; touchant &amp; guoustant le bien, &amp; felicit&#233;, que le bon Dieu a praepar&#233; &#224; ses fid&#232;les &amp; esleuz en l'aultre vie : &amp; estat de immortalit&#233;. Declinez de leur voye, ne soyez &#224; elles semblables : plus ne me molestez, &amp; me laissez en silence, ie vous supply.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[&#8230;] &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ie croy par la vertus Dieu, qu'il est Hereticque, ou ie me donne au Diable. Il mesdict des bons p&#232;res mendians Cordeliers, &amp; Iacobins, qui sont les deux hemisph&#232;res de la Christiant&#233;, &amp; par la gyrognomonique circumbilivagination desquelz comme par deux filopendoles coelivages, tout l'Antonomatic matagrobolisme de l'eclise Romaine, soy snetente emburelucoqu&#233;e d'aulcun baraguouinage d'erreur ou de haeresie, homocentricalement se tremousse. Mais que tous les Diables luy ont faict, les paouvres Diables de Capussins, &amp; Minimes ? Ne sont ilz assez maigres les paouvres Diables ? Ne sont ilz assez enfumez &amp; perfumez de mis&#232;re &amp; calamit&#233; les paouvres couillons extraictz de Ichthyophagie ? Est il, fr&#232;re Ian, par ta foy, en estat de salvation ? Il s'en va par Dieu damn&#233; comme une serpe &#224; trente mille hott&#233;es de Diables. Mesdire de ces bons &amp; vaillans piliers d'eclise ? Appellez vous cela fureur po&#235;ticque ? Ie ne m'en peuz contenter : il p&#232;che villainement, il blasph&#232;me contre la religion. I'en suys fort scandalis&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[&#8230;] &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Son ame s'en va &#224; trente mille charret&#233;es de Diables. S&#231;avez vous o&#249; ? Cor Bieu mon amy droict dessoubs la scelle pers&#233;e de Proserpine, dedans le propre bassin infernal, on quel elle rend l'operation fecale de ses clyst&#232;res, &#224; coust&#233; guausche de la grande chauldi&#232;re, &#224; trois toises pr&#232;s les gryphes de Lucifer, tirant vers la chambre noire de Demiourgon. Ho le villain.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ho, ho, ie me abuse, &amp; me esguare en mes discours. Le Diable me emport si ie y voys. Vertus Dieu, la chambre est desi&#224; pleine de Diables. Ie les oy desi&#224; soy pelaudans &amp; entrebattans en Diable, &#224; qui humera l'ame Raminagrobidicque, &amp; qui premier de broc en bouc la portera &#224; messer Lucifer. Houstez vous de l&#224;. Ie ne y vois pas. Le Diable me emport si ie ny voys. Qui s&#231;ait s'ilz useroient de qui pro quo, &amp; en lieu de Raminagrobis grupperoient le paouvre Panurge quitte ? Ilz y ont maintes foys failly estant safran&#233; &amp; endebt&#233;. Houstez vous de l&#224;. Ie ne y vois pas. Ie meurs par Dieu de male raige de paour. Soy trouver entre Diables affamez ? entre Diables de faction ? entre Diables negocians ? Houstez vous de l&#224;. Le Diable me emport si ie y voys. S'il est damn&#233;, &#224; son dam. Pour quoy mesdisoit il des bons p&#232;res de religion ? Pour quoy les avoit il chass&#233; hors sa chambre, sus l'heure que il avoit plus de besoing de leur ayde, de leurs devotes pri&#232;res, de leurs sainctes admonitions ? Pour quoy par testament ne leurs ordonnoit il au moins quelques bribes, quelque bouffaige, quelque carreleure de ventre, aux paouvres gens qui n'ont que leur vie en ce monde ? Y aille qui vouldra aller. Le Diable me emport si ie y voys. Si ie y allois, le Diable me emporteroit. Cancre. Houstez vous de l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[&#8230;] &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu as la metaposcopie &amp; physionomie d'un coqu. Ie diz coqu scandal&#233; &amp; diffam&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce faulx traict que ie voy icy au dessus du mons Iovis, oncques ne feut qu'en la main d'un coqu.&lt;br class='autobr' /&gt;
Plus vray n'est verit&#233; qu'il est certain que seras coqu bien tost apr&#232;s que seras mari&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Icy i'en ay d'abondant asceurance nouvelle. Et te afferme que tu seras coqu. D'adventaige seras de ta femme battu, &amp; d'elle seras desrobb&#233;. Car ie trouve la septiesme maison en aspectz tous malings, &amp; en batterie de tous signes portans cornes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ie seray (respondit Panurge) tes fortes fiebvres quartaines, vieulx fol : sot : mal plaisant que tu es. Quand tous coquz s'assembleront, tu porteras la bani&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[&#8230;] &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voulez vous (dist Her Trippa) en s&#231;avoir plus amplement la verit&#233; par Pyromantie, par A&#235;romantie, par Hydromantie ? Dedans un bassin plein d'eau ie te montreray ta femme future brimballant avecques deux rustres.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quand (dist Panurge) tu mettras ton nez en mon cul, soys recors de deschausser tes lunettes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Par Catoptromantie il ne te fauldra poinct de lunettes. Tu la voyras en un mirouoir brisgoutant aussi apertement que si ie te la monstroys en la fontaine du temple. Par Coscinomantie. Ayons un crible &amp; des forcettes, tu voyras Diables. Par Alphitomantie &amp; par Alevromantie meslant du froment avecques de la farine. Par Astragalomantie. I'ay ceans les proiectz tous pretz. Par Tyromantie. I'ay un fromaige de Brehemont &#224; propous. Par Gyromantie ie te feray icy tournoyer force cercles, les quelz tous tomberont &#224; gausche ie t'en asceure. Par Sternomantie. Par Libanomantie. Il ne fault qu'un peu d'encent. Par Ceromantie. L&#224; par cire fondue en eaue tu voiras la figure de ta femme &amp; de ses taboureurs. Par Capnomantie. Sus des charbons ardens nous mettrons de la semence de Pavot &amp; de Sisame. O chose gualante ! Par Tephramantie. Tu voiras la cendre en l'a&#235;r figurante ta femme en bel estat. Par Stichomantie. Par Onomatomantie. Comment as tu nom ? (Maschemerde respondit Panurge) ou bien par Alectryomantie, par l'art de Aruspiscine, par Extispicine, ou bien par Necromantie ? Ie vous feray soubdain resusciter quelqu'un peu cy devant mort, lequel nous en dira le totage. Ou si avez paour des mors, comme ont naturellement tous coquz, ie useray seulement de Sciomantie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[&#8230;] &lt;/p&gt;
&lt;p&gt; : Va (respondit Panurge) fol enraig&#233; au Diable : &amp; te faiz lanterner &#224; quelque Albanoys, si auras un chapeau poinctu. Diable que ne me conseillez tu aussi bien tenir une Esmeraulde, ou la pierre de Hy&#232;ne soubs la langue ? ou me munir de langues de Puputz, &amp; de coeurs de Ranes verdes ? A trente Diables soit le coqu, cornu, marrane, sorcier au Diable, enchanteur de l'Antichrist. Allons. Laissons icy ce fol enraig&#233;, mat de cath&#232;ne, ravasser tout son saoul avecques ses diables privez. Tien moy un peu ioyeulx mon bedon. Ie me sens tout matagrabolis&#233; en mon esprit, des propous de ce fol endiabl&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[&#8230;] &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Escoute couillon mignon.&lt;br class='autobr' /&gt;
Couillon moignon, c. de renom, couillon paillart, guallart, palpable, batable, Arabesque, c. d'algamala, verniss&#233;, lyripipi&#233;, tonnant, absolu, sigillatif, baltoquet, desir&#233;, farcy, iolly, c. oval, c. claustral, c. convulsif, repercussif, de haulte lisse, secourable, redoubtable, martel&#233;, c. effren&#233;, c. entass&#233;, c. bouffy, c. poudrebif, c. gigantal, magistral, goulu, membru, laict&#233;, madr&#233;, trouss&#233;, entrelard&#233;, c. d'audace, c. lascif, c. forcen&#233;, resolu, courtoys, sifflant, urgent, brusquet, fallot, c. belutant, c. poupin, c. dallidalot, c. roussinant, c. fulminant, c. aromatisant, c. pimpant, c. farfouillant, c. culbutant, fr&#232;re Ian mon amy, me doibs ie marier ou non ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Marie toy de par le Diable, marie toy, &amp; carillonne &#224; doubles carrillons de couillons. Ie diz &amp; entends le plus toust que faire pourras. D&#232;s huy au soir faiz en crier les bancs &amp; le challit. S&#231;aiz tu pas bien, que la fin du monde approche ? Nous en sommes huy plus pr&#232;s de deux trabutz &amp; demie toise, que n'estions avant hier. Vouldrois tu bien qu'on te trouvast les couillons pleins au iour du iugement ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[&#8230;] &lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Escoute (dist fr&#232;re Ian) l'oracle des cloches de Varenes. Que disent elles ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Ie les entends, (respondit Panurge). Escoute. Marie toy, marie toy : marie, marie. Si tu te marie, marie, marie, tresbien t'en trouveras, veras, veras. Marie, marie. Ie te asceure que ie me marieray : tous les elemens me y invitent. Ce mot te soit comme une muraille de bronze.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quant au second poinct, tu me semblez aulcunement doubter, voyre deffier, de ma paternit&#233; : comme ayant peu favorable le roydde Dieu des iardins. Ie te supply me faire ce bien de croire, que ie l'ay &#224; commandement, docile, benevole, attentif, obeissant en tout &amp; par tout. Il ne luy fault que lascher les longes, ie diz l'aiguillette, luy monstrer de pr&#232;s la proye : &amp; dire, hale compaignon. Et quand ma femme future seroit aussi gloute du plaisir Venerien, que fut oncques Messalina, ou la marquise de Oinsestre en Angleterre, ie te prie croire, que ie l'ay encores plus copieux au contentement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[&#8230;] &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ie t'entends (dist fr&#232;re Ian) mais le temps matte toutes choses. Il n'est le marbre ne le Porphyre, qui n'ayt sa vieillesse &amp; decadence. Desi&#224; voy ie ton poil grisonner en teste. Ta barbe par les distinctions du gris, du blanc, du tann&#233;, &amp; du noir, me semble une Mappemonde. Reguarde icy. Voy l&#224; Asie. Icy sont Tigris &amp; Euphrates. Voy l&#224; Afrique ? Icy est la montaigne de la Lune. Voydz tu les paluz du Nil ? De&#231;a est Europe. Voydz tu Thel&#232;me ? Ce touppet icy tout blanc, sont les monts Hyperbor&#233;es. Par ma soif mon amy, quand les neiges sont es montaignes : ie diz la teste &amp; le menton, il n'y a pas grand chaleur par les val&#233;es de la braguette.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[&#8230;] &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tes males mules (respondit Panurge). Tu n'entends pas les Topiques. Quand la neige est sus les montaignes : la fouldre, l'esclair, les lanciz, le mau lubec, le rouge grenat, le tonnoirre, la tempeste, tous les Diables, sont par les vall&#233;es. Tu me reproches mon poil grisonnant, &amp; ne consyd&#232;re poinct comment il est de la nature des pourreaux, es quelz nous voyons la teste blanche, &amp; la queue verde droicte &amp; vigoureuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[&#8230;] &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est qu'aulcune qui vueille (dist fr&#232;re Ian). Diz Couillon flatry. C. moisy. c. rouy. c. poitry d'eaue froyde. c. transy. c. avall&#233;. c. fen&#233;. c. esren&#233;. c. hallebren&#233;. c. prostern&#233;. c. engrou&#233;. c. ecrem&#233;. c. supprim&#233;. c. retif. c. moulu. c. dissolu. c. chaumeny. c. pendillant. c. appellant. c. guavasche. c. esgren&#233;. c. incongru. c. forbeu. c. lantern&#233;. c. embren&#233;. c. amadou&#233;. c. exprim&#233;. c. chetif. c. putatif. c. vermoulu. c. courbatu. c. morfondu. c. dyscrasi&#233;. c. disgrati&#233;. c. esgoutt&#233;. c. demanch&#233;. c. vesneux. c. malandr&#233;. c. farineux. c. gangreneux. c. croustelev&#233;. c. guoguelu. c. niebl&#233;. c. gers&#233;. c. de Ratepenade.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[&#8230;]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Viens &#231;a, couillot hault, escoute, que me disent les cloches &#224; ceste heure que sommes plus vrais. Marie, poinct, Marie, poinct, poinct, poinct, poinct. Si tu te marie, Marie, poinct, Marie, poinct, Marie, poinct, tu t'en repentiras, pentiras, pentiras, coquerasseras.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Ces &#233;missions ont &#233;t&#233; diffus&#233;es pour la premi&#232;re fois le 6 et le 8 d&#233;cembre 1988.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_16691 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/les_songes_drolatiques_de_pantagruel_ou_sont_contenues_plusieurs_figures_de_l_invention_de_maitre_franc_ois_rabelais_met_dp242809.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/les_songes_drolatiques_de_pantagruel_ou_sont_contenues_plusieurs_figures_de_l_invention_de_maitre_franc_ois_rabelais_met_dp242809.jpg?1770331549' width='500' height='360' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>Rimbaud | Enfers artificiels </title>
		<link>https://www.arnaudmaisetti.net/spip/notes-questions-lirecrire/rimbaud-lire-ecrire/rimbaud-des-nouvelles-jusqu-a-nous/article/rimbaud-enfers-artificiels</link>
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		<dc:date>2026-01-27T09:31:25Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;&#171; Maintenir pour parler &#187;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.arnaudmaisetti.net/spip/notes-questions-lirecrire/rimbaud-lire-ecrire/rimbaud-des-nouvelles-jusqu-a-nous/" rel="directory"&gt;Rimbaud, des nouvelles jusqu'&#224; nous&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/logo/rimbaud-numerique-66436e36a36bb187787934.jpg?1769506267' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Cette br&#232;ve, dans &lt;a href=&#034;https://france3-regions.franceinfo.fr/grand-est/ardennes/charleville-mezieres/intelligence-artificielle-posez-vos-questions-au-poete-arthur-rimbaud-mort-il-y-a-133-ans-2969315.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;le journal&lt;/a&gt; : &#171; Discuter avec Arthur Rimbaud, c'est d&#233;sormais possible. Un jumeau num&#233;rique du c&#233;l&#232;bre po&#232;te est install&#233; &#224; la Maison des Ailleurs &#224; Charleville-M&#233;zi&#232;res. Il pourra r&#233;pondre aux questions des visiteurs d&#232;s ce samedi 18 mai. &#187; On en est donc l&#224; aussi.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s tout, s'il n'avait pas fait cette vilaine chute au retour d'une marche caravani&#232;re dans les premiers jours de 1891 sur les pistes en poussi&#232;re entre Harar et Entotto, chute qui lui aurait sans nul doute &#233;pargn&#233; cette l&#233;g&#232;re douleur au genou droit et la vilaine synovite infectieuse qui s'en est suivie &#8212; et le reste &#8212;, c'est un Arthur Rimbaud fringant qui aurait f&#234;t&#233; avec nous ses cent soixante et onze ans ; le regret et l'amertume ne nous quittent pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'&#224; cela ne tienne. Pour donner le change &#224; la mort, broutille, on a touch&#233; aux codes, plong&#233; les mains dans les entrailles du chiffre lui-m&#234;me, et voil&#224;. Il suffisait d'y penser : puisqu'on sait fabriquer des phrases &#224; partir d'autres phrases, aucune raison de ne pas c&#233;der &#224; cette tentation ci. Un si&#232;cle durant, on a interrog&#233; chaque ligne, chaque po&#232;me, et demand&#233; des comptes aux lettres qui n'ont rien voulu entendre, pris de plein fouet leur opacit&#233; et leur vitesse, leur mani&#232;re particuli&#232;re de ne jamais r&#233;pondre &#224; ce qu'on leur demande &#8212; oui, tout cela devenait inutilement compliqu&#233;. Mais une &lt;i&gt;interface&lt;/i&gt;, des lignes de code, un corpus bien rang&#233; &#233;tale en son &#233;ternit&#233;, &lt;a href=&#034;https://france3-regions.franceinfo.fr/grand-est/ardennes/charleville-mezieres/intelligence-artificielle-posez-vos-questions-au-poete-arthur-rimbaud-mort-il-y-a-133-ans-2969315.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;et voil&#224; le po&#232;te de nouveau frais et dispos, serviable m&#234;me et dispos&#233; &#224; r&#233;pondre &#224; toutes nos questions&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip_document_16651 spip_document spip_documents spip_document_video spip_documents_center spip_document_center&#034;&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;div class=&#034;video-intrinsic-wrapper&#034; style='height:0;width:1920px;max-width:100%;padding-bottom:56.25%;position:relative;'&gt; &lt;div class=&#034;video-wrapper&#034; style=&#034;position: absolute;top:0;left:0;width:100%;height:100%;&#034;&gt; &lt;video class=&#034;mejs mejs-16651&#034; data-id=&#034;ff32a5d105fa82d03d114f663609cf64&#034; data-mejsoptions='{&#034;iconSprite&#034;: &#034;plugins-dist/medias/lib/mejs/mejs-controls.svg&#034;,&#034;alwaysShowControls&#034;: true,&#034;pluginPath&#034;:&#034;plugins-dist/medias/lib/mejs/&#034;,&#034;loop&#034;:false,&#034;videoWidth&#034;:&#034;100%&#034;,&#034;videoHeight&#034;:&#034;100%&#034;,&#034;duration&#034;:69}' width=&#034;100%&#034; height=&#034;100%&#034; controls=&#034;controls&#034; preload=&#034;none&#034; &gt; &lt;source type=&#034;video/mp4&#034; src=&#034;IMG/mp4/rimbaud.mp4&#034; /&gt; &lt;img src='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/local/cache-vignettes/L64xH64/mp4-d7cc4-f1e42.svg?1773502143' width='64' height='64' alt='Impossible de lire la video' /&gt; &lt;/video&gt; &lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;
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&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ce qu'il pense de la vie, du temps qu'il fait dans les Ardennes en cet automne pourri, de la neige sur le Minnesota ou de la performance de l'Olympique Charleville Prix Ardenne M&#233;tropole, il le dit sans d&#233;tour. Il suffit de demander.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On sait pourquoi d&#233;sormais on d&#233;pense l'&#233;quivalent de la consommation annuelle mondiale de bouteilles d'eau dans quelques centrales de refroidissement, et que les centaines de t&#233;rawatt-heures par an sont bien d&#233;pens&#233;s : la conversation urbaine d'Arthur Rimbaud vaut bien ces douze millions d'arbres arrach&#233;es par semestre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oh, le visage de cire semble un peu engonc&#233; dans quelques poses num&#233;riques, et la voix de m&#233;tal nous parvenir avec ce grain compass&#233; que poss&#232;de parfois la machine du GPS quand elle nous indique la route vers les Orients d&#233;sirables, mais, comme on n'arr&#234;te pas le progr&#232;s, c'est lui qui finira par nous enjamber, cadavres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Install&#233; &#224; la &lt;i&gt;Maison des Ailleurs&lt;/i&gt;, 7 quai Arthur-Rimbaud &#8212; puisque le sort affreux pousse l'ironie du sort jusque dans les noms qui ram&#232;nent tout d&#233;sir de lointain &#224; la cit&#233; &lt;i&gt;sup&#233;rieurement idiote&lt;/i&gt; &#8212; l'avatar nous attend, pr&#234;t &#224; r&#233;pondre, affable et civil. Sans doute qu'il sait m&#234;me trouver les mots pour dire la cruaut&#233; d'&#234;tre r&#233;duit &#224; r&#233;gurgiter des formulations brass&#233;es &#224; partir d'un corpus donn&#233;, lui qui s'&#233;tait donn&#233; pour t&#226;che de donner naissance &#224; un langage invent&#233; lui-m&#234;me en acte. L'&#233;cho assourdi de sa voix, l'entend-il ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce leurre. Ce qu'on demande &#224; Jean Nicolas Arthur Rimbaud, il l'a d&#233;j&#224; dit : la preuve. Et pourtant : ce qui se dit dans ce qu'il a d&#233;j&#224; dit reste ouvert comme un ventre sous le poignard effil&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'IA n'est pas un &lt;i&gt;autre&lt;/i&gt;, c'est le double d'un catafalque de papier qui n'est capable que de reformuler l'ic&#244;ne, et mal synth&#233;tiser l'envers de l'inou&#239;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agirait de rendre la culture &lt;i&gt;proche&lt;/i&gt; &#8212; nous dit la brochure &#8212; &lt;i&gt;accessible&lt;/i&gt; : rien de plus loin pourtant que la figure de pixels parchemin&#233;s, tout au plus l'intelligence la rend digeste, autant dire bonne aux latrines ? L'&#233;change format&#233; par l'attente ne r&#233;pond qu'&#224; ce qui est d&#233;j&#224; pr&#233;vu, et ici comme ailleurs, le langage est moins g&#233;n&#233;r&#233; que simul&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En partant, on ne peut m&#234;me pas serrer la main de l'avatar, qui pose sur nous le regard vide et d&#233;sesp&#233;r&#233; de celui qui ne mourra jamais.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Rimbaud | Poste restante en concession perp&#233;tuelle</title>
		<link>https://www.arnaudmaisetti.net/spip/notes-questions-lirecrire/rimbaud-lire-ecrire/rimbaud-des-nouvelles-jusqu-a-nous/article/rimbaud-poste-restante-en-concession-perpetuelle</link>
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		<dc:date>2025-12-11T20:41:13Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Appel &#224; projet&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.arnaudmaisetti.net/spip/notes-questions-lirecrire/rimbaud-lire-ecrire/rimbaud-des-nouvelles-jusqu-a-nous/" rel="directory"&gt;Rimbaud, des nouvelles jusqu'&#224; nous&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/logo/boite_aux_lettres_rimbaud__2_-660d560984eb4.jpg?1765485667' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='94' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&#171; La mort est le commencement de l'immortalit&#233; &#187;, avait hurl&#233; Robespierre ; deux jours plus tard, il &#233;tait ex&#233;cut&#233; (peut-&#234;tre aussi pour ce mot)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Tout porte &#224; croire d'ailleurs qu'il ne l'a jamais prononc&#233;.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. On peut aussi entendre la phrase comme une punition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir re&#231;u du courrier au 12, anciennement 10, rue Pierre-N&#232;gre (aujourd'hui rue du Quai Rimbaud), puis rue de la Porte-de-Bourgogne (actuel 22 rue d'Arches), puis &#8212; et surtout &#8212; au 8, quai de la Madeleine (d&#233;sormais 7 quai Rimbaud), &#224; Charleville, 08000 ;&lt;br&gt;
puis au 6, rue Campagne-Premi&#232;re, Paris 14&#7497; (c/o Paul Demeny), au 15, rue Monsieur-le-Prince, Paris 6&#7497; (c/o M. &amp; &#822;M&#822;m&#822;e&#822; Paul Verlaine), au 18, rue S&#233;guier, Paris 6&#7497;, au 22, rue Saint-Louis-en-l'&#206;le, Paris 4&#7497; (c/o Germain Nouveau), enfin au 110, rue du Bac, Paris 7&#7497; ;&lt;br&gt;
puis quelque part en Belgique &#8212; Bruxelles, poste restante ;&lt;br&gt;
puis au 8 Great College Street, Camden Town, et au 34 Howland Street, Fitzrovia, Londres ;&lt;br&gt;
puis au 17 Marienstrasse, Stuttgart ;&lt;br&gt;
puis &#8212; on ne sait o&#249; &#8212; sur un bateau entre la Hollande et l'Indon&#233;sie ;&lt;br&gt;
puis Maison Bardey, Tawila (Crater), Aden ;&lt;br&gt;
puis, enfin, au 147 boulevard Baille, H&#244;pital de la Conception, Marseille :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rimbaud d&#233;cachette aujourd'hui son courrier en terre natale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car chaque jour, Arthur Rimbaud re&#231;oit du courrier. Il en vient de toute la France et d'ailleurs, et m&#234;me au-del&#224; : les lettres lui sont adress&#233;es directement chez lui, au 124, avenue Charles Boutet &#8212; depuis la Place Ducale, descendez la rue du Moulin jusqu'&#224; atteindre la Meuse ; l&#224;, prenez &#224; droite et suivez l'avenue Boutet pendant dix bonne minutes : c'est sur la gauche, vous &#234;tes arriv&#233;s, vous ne pourrez pas manquer le cimeti&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La boite aux lettres est l&#224;. Le courrier y est d&#233;pos&#233; avec rigueur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis, c'&#233;tait pourtant pr&#233;visible. Cet automne 2023, la temp&#234;te Ciaran s'abat sur les Ardennes ; les d&#233;g&#226;ts sont, gr&#226;ce au ciel (ou en d&#233;pit de lui), assez limit&#233;s. Seulement, la boite aux lettres fut arrach&#233;e, enfer et damnation. Le courrier s'accumulait sur le bureau de la Poste de Charleville-Mezi&#232;res, et Arthur Rimbaud se retrouvait priv&#233; de son courrier &#8212; sans rien dire de l'impatience de ses &#171; correspondants &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Heureusement, plus que Dieu, l'administration sait pourvoir en tout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un &lt;i&gt;appel &#224; projet&lt;/i&gt; fut lanc&#233; presque aussit&#244;t qu'on ramassa les d&#233;bris. Avis donc aux talents : il s'agissait de cr&#233;er une nouvelle bo&#238;te &#224; lettres &#171; p&#233;renne &#187; (sic) &#8212; teintes taupe &#224; privil&#233;gier, le beige serait tol&#233;r&#233;. C'est qu'il s'agirait de se fondre dans le paysage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; noter : devis inf&#233;rieur &#224; 4000 euros. L'aust&#233;rit&#233; aussi est &#224; perp&#233;tuit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je d&#233;pose ici l'appel &#224; projet, tel qu'en lui m&#234;me il fut cr&#233;&#233; : je n'invente rien (comment inventer pareille chose).&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt;&lt;b&gt;&lt;big&gt;&lt;a href='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/[https:/www.charleville-mezieres.fr/blog/posts/appel-a-projet-creation-dune-nouvelle-boite-a-lettres-arthur-'&gt;Appel &#224; projet : cr&#233;ation d'une nouvelle bo&#238;te &#224; lettres Arthur Rimbaud&lt;/a&gt;&lt;/b&gt;&lt;/big&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2005, une bo&#238;te &#224; lettres a &#233;t&#233; install&#233;e &#224; l'entr&#233;e du cimeti&#232;re Boutet afin de recueillir les missives adress&#233;es &#224; Arthur Rimbaud.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette bo&#238;te ayant &#233;t&#233; endommag&#233;e par une temp&#234;te en 2023, la Ville souhaite la remplacer par une nouvelle cr&#233;ation originale. Dans cette optique, elle lance un appel &#224; projet ouvert &#224; tous, y compris aux &#233;tablissements scolaires, pour cr&#233;er une nouvelle bo&#238;te &#224; lettres Arthur Rimbaud p&#233;renne. La date limite du d&#233;p&#244;t des candidatures est fix&#233;e au 31 mai 2024.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Arthur Rimbaud (1854&#8211;1891) est inhum&#233; au cimeti&#232;re de l'avenue Charles Boutet &#224; Charleville-M&#233;zi&#232;res. Depuis plusieurs d&#233;cennies, des lettres sont r&#233;guli&#232;rement adress&#233;es au po&#232;te d&#233;c&#233;d&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour la conception de cette nouvelle bo&#238;te &#224; lettres, plusieurs &#233;l&#233;ments seront &#224; prendre en compte. Etant install&#233;e en ext&#233;rieur, &#224; l'entr&#233;e du cimeti&#232;re, une attention particuli&#232;re devra &#234;tre port&#233;e au contexte paysager, &#224; la proximit&#233; de la s&#233;pulture du po&#232;te, ainsi qu'&#224; la p&#233;rennit&#233; des mat&#233;riaux et leur durabilit&#233;. De plus, le cimeti&#232;re &#233;tant situ&#233; dans le p&#233;rim&#232;tre des abords de monuments historiques, les teintes brun, taupe, beige seront &#224; privil&#233;gier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autre part, recevant aussi bien du courrier d&#233;livr&#233; par le facteur que des lettres d&#233;pos&#233;es directement par les personnes se rendant sur la tombe du po&#232;te, elle devra &#234;tre &#171; normalis&#233;e &#187; et respecter la r&#233;glementation en vigueur quant &#224; ses dimensions et son implantation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un jury examinera les diff&#233;rents projets selon plusieurs crit&#232;res comme la qualit&#233; et l'originalit&#233; de la proposition artistique ou la capacit&#233; &#224; consid&#233;rer le site environnant et le contexte d'un haut lieu rimbaldien dans la proposition artistique et informera le candidat retenu en juin 2024.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nouvelle bo&#238;te &#224; lettres devra &#234;tre livr&#233;e pr&#234;te &#224; &#234;tre install&#233;e avec son support et &#234;tre mise en place pour le 15 octobre 2024 au plus tard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes les modalit&#233;s pratiques sont pr&#233;cis&#233;es dans l'appel &#224; projet t&#233;l&#233;chargeable ci-dessous.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;a href=&#034;https://musear.fr/documents/20240011_AAP_BOITE_A_LETTRES_RIMBAUDv2.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Ici&lt;/a&gt;&lt;/center&gt;&lt;/small&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;J'ignore qui remporta la timbale. &#192; quoi ressemble aujourd'hui la boite aux lettres du cimeti&#232;re de l'avenue Charles-Boutet ? On peut &#234;tre certain en tous cas que le courrier arrive d&#233;sormais en toute s&#233;r&#233;nit&#233; &#224; destination, que le brave postier fait son office et glisse, chaque matin que le Seigneur accomplit, les lettres qu'il faut dans la bo&#238;te &#8212; qu'un spectre endimanch&#233;, un peu boiteux, mais le geste s&#251;r, vient relever son courrier. Et, qui sait, r&#233;pondre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons tous &#233;crit &#224; Arthur Rimbaud dans le secret terrible de nos vies int&#233;rieures : mais qui d'entre nous auraient os&#233; lui envoy&#233; sa lettre ? Visiblement, des milliers de milliers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On esp&#232;re malgr&#233; tout que personne, aux PTT, n'aura l'id&#233;e de lui ouvrir une bo&#238;te mail.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Tout porte &#224; croire d'ailleurs qu'il ne l'a jamais prononc&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Rimbaud, une vie | D&#233;lires. Suites et fin</title>
		<link>https://www.arnaudmaisetti.net/spip/notes-questions-lirecrire/rimbaud-lire-ecrire/rimbaud-une-vie/article/rimbaud-une-vie-delires-suites-et-fin</link>
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		<dc:date>2025-11-10T09:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>


		<dc:subject>_vies</dc:subject>
		<dc:subject>_Arthur Rimbaud</dc:subject>
		<dc:subject>_Fiction</dc:subject>
		<dc:subject>_vies des morts</dc:subject>
		<dc:subject>_Marseille</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Chapitre I
&lt;br/&gt;R&#234;ves et agonies&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.arnaudmaisetti.net/spip/notes-questions-lirecrire/rimbaud-lire-ecrire/rimbaud-une-vie/" rel="directory"&gt;Rimbaud, une vie&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.arnaudmaisetti.net/spip/mot/_vies" rel="tag"&gt;_vies&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.arnaudmaisetti.net/spip/mot/_arthur-rimbaud" rel="tag"&gt;_Arthur Rimbaud&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.arnaudmaisetti.net/spip/mot/_fiction" rel="tag"&gt;_Fiction&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.arnaudmaisetti.net/spip/mot/_vies-des-morts" rel="tag"&gt;_vies des morts&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.arnaudmaisetti.net/spip/mot/_marseille" rel="tag"&gt;_Marseille&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/logo/arton1592.jpg?1470323708' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='150' height='113' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff1592.jpg?1470323716&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;small&gt;
&lt;center&gt;Un projet : raconter les vies irracont&#233;es de Jean Nicolas Arthur Rimbaud.&lt;br&gt;
Imaginer sa vie dans les silences qu'elle nous a laiss&#233;s,&lt;i&gt; d'outre tombe&lt;/i&gt;.&lt;br&gt;
T&#226;cher de soulever &#224; nous les forces r&#233;clam&#233;es &#224; la vie apr&#232;s sa mort.&lt;br&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://arnaudmaisetti.net/spip/notes-questions-lirecrire/rimbaud-lire-ecrire/rimbaud-vies-imaginaires/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Voir le sommaire&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; et mes autres &lt;a href=&#034;http://www.arnaudmaisetti.net/spip/spip.php?rubrique41&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;r&#234;ves autour de Rimbaud&lt;/a&gt; .&lt;/small&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/center&gt;&lt;/blockquote&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;small&gt;
&lt;p&gt;10 novembre 1891 - 10 novembre 2025 : on est 134 ans apr&#232;s, mais on ne sait toujours o&#249;, et on se demande si nous ne sommes pas depuis lors &lt;i&gt;dans&lt;/i&gt; cette fin des yeux ferm&#233;s soudain.&lt;/p&gt;
&lt;/small&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;small&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;10 novembre 1891 - 10 novembre 2024 : on est 133 ans apr&#232;s la derni&#232;re seconde qui pr&#233;c&#233;da ce qu'on ignore et dans quoi pourtant depuis on se d&#233;bat, nous qui sommes d&#233;sormais cet autre c&#244;t&#233; de la fen&#234;tre de l'h&#244;pital de la Conception par o&#249; passe le jour sur lequel il ferma les yeux soudain.&lt;/p&gt;
&lt;/small&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;small&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;10 novembre 1891 - 10 novembre 2023 : on est 132 ans apr&#232;s le dernier regard pos&#233; sur nous et qui nous a d&#233;poss&#233;d&#233; d'une partie de nous, ne nous laissant que l'autre part, plus am&#232;re, plus lointaine et dans la bouche ce go&#251;t de fer.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;small&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;10 novembre 1891 - 10 novembre 2020 : on est 129 ans apr&#232;s le dernier souffle crach&#233; sur nous et qui nous maintient dans l'air des choses vivantes.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;small&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Premi&#232;re publication 10 novembre 2015 : on est 124 ans apr&#232;s sa mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces derni&#232;res ann&#233;es aussi, je fixais le vertige de ce jour. &lt;br /&gt;&#8212; Le 10 novembre 2014, &lt;a href=&#034;https://arnaudmaisetti.net/spip/notes-questions-lirecrire/rimbaud-lire-ecrire/rimbaud-des-nouvelles-jusqu-a-nous/article/rimbaud-naissance-de-la-mort&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;jour de la naissance de la mort&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&#8212; Le 10 novembre 2011, &lt;a href=&#034;https://arnaudmaisetti.net/spip/notes-questions-lirecrire/rimbaud-lire-ecrire/rimbaud-des-nouvelles-jusqu-a-nous/article/rimbaud-les-vies-posthumes&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;ses vies posthumes&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;big&gt;
&lt;center&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Chapitre I&lt;/big&gt;&lt;br&gt;
D&#233;lires. Suites et fin&lt;br&gt;
&lt;i&gt;R&#234;ves et agonies&lt;/i&gt;&lt;/center&gt; &lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div class='spip_document_4874 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/png/arton1592.png?1470323733' width='500' height='407' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;1891. Marseille&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est un r&#234;ve qui dure depuis pr&#232;s de deux semaines maintenant. Jour et nuit, cet automne l&#224;, &#224; l'abri du vent furieux, il ne dort plus, il r&#234;ve.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les yeux grands ouverts, il r&#234;ve chaque minute de chaque heure. Des r&#234;ves &#233;tranges. On dit qu'il d&#233;lire, que c'est la fi&#232;vre, qu'elle va passer. Elle ne passe pas. La fi&#232;vre qui s'est pos&#233;e sur lui est d&#233;sormais sa pens&#233;e, son &#226;me et son corps et son sang qui coule &#224; grosses gouttes le long de son front jusqu'&#224; ses l&#232;vres qui les boit toutes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On lui dit &lt;i&gt;Ce n'est rien, ne t'en fais pas, dors maintenant&lt;/i&gt;. Comment dormir quand de tels r&#234;ves l'assaillent et que le vent dehors se d&#233;cha&#238;ne ? Des chiens, des for&#234;ts, des d&#233;serts. Des amours immenses et perdues. De l'or qui tombe du ciel comme de la sueur, une pluie d'or qui donne soif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il r&#234;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas sa vie qui d&#233;file, mais des images affol&#233;es d'autres vies que la sienne, des d&#233;sirs de vies qui le sid&#232;rent. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ce sont des cascades insens&#233;es. Des monceaux de cadavres. Sous ses pieds, de la terre &#233;tendue qui se fend. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les r&#234;ves par centaines d&#233;filent dans un long cort&#232;ge de terreurs et de beaut&#233;s. Un seul et m&#234;me r&#234;ve pulv&#233;ris&#233; &#224; la place d'une r&#233;alit&#233; abjecte. &lt;br class='autobr' /&gt;
Depuis dix jours, son corps d&#233;j&#224; en d&#233;composition de son vivant d&#233;gage une odeur de putr&#233;faction ; on a renonc&#233; &#224; ouvrir la fen&#234;tre &#224; cause du vent terrible dehors, l'odeur est maintenant tenace. Mais dans le r&#234;ve, d'autres parfums remplace pour lui cette odeur : jasmin, paille br&#251;l&#233;e, encens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;but, il racontait ses r&#234;ves aux visiteurs qui venaient le voir, mais il a vite compris que ces visiteurs faisaient partie des r&#234;ves, alors il s'est tu et se contente de r&#234;ver.&lt;br class='autobr' /&gt;
Des caravanes vers Chao. Des chiens encore et des cadavres d'&#233;l&#233;phants d&#233;pec&#233;s. De l'ivoire qu'on arrache et l'or qu'on en tirera sur les march&#233;s du Harar. Des fusils qu'on transporte. De la fatigue qui rend vivant. De la mort qui n'attendra pas. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il r&#234;ve tout cela &#224; la fois et parfois ces r&#234;ves lui arrachent des cris.&lt;br class='autobr' /&gt;
Personne pour les entendre. &lt;br class='autobr' /&gt;
Personne sauf Isabelle, sa s&#339;ur ; c'est-&#224;-dire personne. Isabelle est l&#224;, le matin et le soir ; l&#224; pour lui faire lecture de la Bible et du journal &#8211; quelle diff&#233;rence &#8211;, du courrier qui lui parvient encore. L&#224; pour r&#233;pondre et &#233;crire &#224; sa place, l&#224; pour noter la dict&#233;e qu'il murmure dans ses r&#234;ves : qu'on l'attende surtout, qu'on soit convaincu de son retour, qu'il se r&#233;tablit lentement. &lt;br class='autobr' /&gt;
Au fid&#232;le Djami, aux camarades rest&#233;s en Afrique, Savour&#233;, Tian, Illg et Pino, Br&#233;mond, il leur dit : &lt;i&gt;J'arrive&lt;/i&gt;. On lui r&#233;pond dans des lettres pleines d'affection &lt;i&gt;Nous t'attendons. Quand tu reviendras, on te mariera. Viens. &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lui, allong&#233; sur le dos, immobile, conna&#238;t toutes les douleurs. La fi&#232;vre d&#233;lire en lui seule. Il r&#234;ve continuellement dans les frissons, l'&#233;touffement et l'effroi d'une mort incessamment imminente. Oui, l&#224;-bas, il est vrai qu'on l'attend pourtant. L'Afrique est de l'autre c&#244;t&#233; de Marseille, il suffit d'enjamber la mer. Mais dans son lit, quand il soul&#232;ve les draps, il ne voit plus qu'une jambe, et elle est aussi inerte et dure que du bois. Il pleure. Il dit &lt;i&gt;On m'attend pourtant&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parfois il se dresse, il hurle &lt;i&gt;Il faut se d&#233;p&#234;cher. Pr&#233;parer les chameaux, tenir les &#233;critures, faire les lettres. Vite. On nous attend, vite, il faut fermer les valises, Djami h&#226;te-toi, nous arriverons en retard. Djami, je t'en prie, je t'en supplie, h&#226;te-toi.&lt;/i&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans un sanglot, brutalement, il l&#226;che encore &lt;i&gt;Pourquoi m'a-t-on laiss&#233; dormir ?&lt;/i&gt; &lt;i&gt;Pourquoi ne m'aide-t-on pas &#224; m'habiller ? &lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Il s'effondre. &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Que dira-t-on si nous n'arrivons pas au jour dit ? &lt;/i&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
Il se tait. Il ne dit pas quel jour. Le sait-il ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Et il pleure. Il murmure &#224; Djami : &lt;i&gt;Je vais &#234;tre en retard.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais Djami n'est pas l&#224;. &#192; c&#244;t&#233; de lui, c'est Isabelle qui r&#233;pond, Isabelle sa s&#339;ur venue des Ardennes &#224; sa demande dans ce sud chaud qu'elle ex&#232;cre comme elle ex&#232;cre le vent d'ici, ce Mistral qui rend fou, Isabelle qui dit : &lt;i&gt;Repose-toi.&lt;/i&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
Le soir, elle &#233;crira &#224; leur m&#232;re : &lt;i&gt;Ce qu'il dit, ce sont des r&#234;ves&lt;/i&gt;. Elle ajoutera, pour cette m&#232;re qui ne r&#233;pondra jamais, pour nous alors, pench&#233;s sur ces lettres comme sur un cadavre op&#233;r&#233; vivant par le d&#233;lire : &lt;i&gt;C'est un &#234;tre immat&#233;riel presque, et sa pens&#233;e s'&#233;chappe malgr&#233; lui. Il ach&#232;ve sa vie dans une sorte de r&#234;ve continuel. Il dit des choses bizarres, tr&#232;s doucement.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans sa chambre, seul, il hurle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut changer les draps tous les jours &#224; cause de la sueur et des larmes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un matin, Isabelle lui lit la lettre que lui envoie le roi M&#233;n&#233;lik II, N&#233;gus du Shewa, Empereur d'&#201;thiopie qui lui souhaite &lt;i&gt;la bonne sant&#233;&lt;/i&gt;. Une lettre d'un Empereur ? Alors c'est bien vrai qu'il d&#233;lire. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mais non, cette fois, il ne d&#233;lirait pas. La lettre porte le sceau du souverain qui lui aussi l'attend.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les m&#233;decins lui disent : &lt;i&gt;Vous vous r&#233;tablissez&lt;/i&gt;. &#192; Isabelle ces m&#234;mes m&#233;decins confient que c'est &#233;videmment sans espoir. Qu'il mourra bient&#244;t. Peut-&#234;tre demain, comment savoir ? Les m&#233;decins ne comprennent rien &#224; ce cas. La mort est sur lui, et la vie r&#233;siste. Un cadavre op&#233;r&#233; vivant par le d&#233;lire, comment comprendre ? Les m&#233;decins sont les premiers pench&#233;s sur ce corps qui disent : on ne comprend rien &#224; cette vie qui continue en d&#233;pit du bon sens. Une longue liste suivra, de m&#233;decins et de savants et de po&#232;tes ou de critiques qui ausculteront cette vie dans les traces qu'elle aura laiss&#233;es, et n'y entendront rien, ne saisiront rien du sens qui sera tout sauf bon. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le docteur Trastoul le premier &#233;coute le c&#339;ur et les poumons, prend dans sa main la main de l'homme qui jadis, s'il se souvient bien, avait &#233;crit des mots qui avait soulev&#233; &#224; lui ce qui dans la vie la rendait possible, mais le docteur Trastoul n'entend rien. Le pouls est fuyant, labile, irr&#233;gulier. Le souffle parfois cesse, parfois s'amplifie. Le c&#339;ur se d&#233;robe. La gangr&#232;ne monte, insatiable. &lt;br class='autobr' /&gt;
Non, il ne passera pas l'hiver. Pas m&#234;me l'automne. &lt;i&gt;Il faut &#234;tre raisonnable.&lt;/i&gt; Pr&#233;parer l'&#226;me &#224; reconna&#238;tre ses fautes et accueillir l'esprit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme au condamn&#233; &#224; mort, on ne lui refuse rien. La soupe est chaude et le pain blanc et frais. Lui, dans son lit de souffrance, refuse la compassion et le pain. Derri&#232;re la compassion et le pain il sait bien qu'il y a la condamnation, le soin qu'on doit au tr&#233;pass&#233; du lendemain. Lui refuse la mort parce que la vie en lui n'a pas achev&#233; l'&#339;uvre de sa vie, alors il refuse avec la mort la compassion. Mais en refusant le pain, il h&#226;te la mort : c'est une fatalit&#233; sans issue. &lt;br class='autobr' /&gt;
La mort n'a pourtant pas besoin qu'on la repousse : elle vient, elle est d&#233;j&#224; l&#224; qui gagne le corps et monte le long de la jambe inerte, gagne le ventre, les bras, bient&#244;t le c&#339;ur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Isabelle dit &lt;i&gt;Mange&lt;/i&gt;. &lt;i&gt;Demain tu recevras la visite de l'abb&#233; Charlier, il te faudra confesser. &lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
L'abb&#233; Charlier vient.&lt;br class='autobr' /&gt;
Que lui dit-il ? La porte restera ferm&#233;e sur Isabelle.&lt;br class='autobr' /&gt;
Allong&#233; dans son lit, il voit sans doute l'homme en aube noire approcher. Est-ce Dieu le P&#232;re lui-m&#234;me ? On ne sait pas ce qu'ils se disent.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quand l'abb&#233; Charlier sort, il ne donne pas de d&#233;tails. Il racontera seulement la grande faiblesse du corps. &lt;br class='autobr' /&gt;
Avec des mots timides, il racontera aussi comment, les yeux ferm&#233;s, l'homme a vomi l'hostie dans ses derniers crachats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On lui dit : &lt;i&gt;Sois raisonnable&lt;/i&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il pleure et dans ses larmes, Isabelle viendra lire le salut et la foi, la foi d&#233;vorante et v&#233;ritable, l'adoration de Dieu, la force de s'&#234;tre reconnu p&#233;cheur, la conscience r&#233;unie aupr&#232;s de celle du Christ Sauveur. Elle recueille les larmes et lit en elles ce qu'elle viendra lire ensuite dans les vers qu'il aura laiss&#233;es. &lt;br class='autobr' /&gt;
Elle voudrait d&#233;chiffrer ce que le docteur Tratsoul n'avait pas su lire. &lt;br class='autobr' /&gt;
Face &#224; l'&#233;nigme, il n'y a que deux r&#233;ponses : celle d'&#338;dipe devant le Sphinx, ou celle d'Isabelle pench&#233;e au-dessus de ce corps. L'homme ou Dieu : deux r&#233;ponses qui sont aussi deux fa&#231;ons de refuser de r&#233;pondre. L'&#233;nigme que propose le corps de celui qui, allong&#233; dans son lit, pleure et tremble dans son d&#233;lire, est labile et fuyant, c'est un fait. L'odeur qui se d&#233;gage de son corps est inhumaine, et ses paroles d&#233;lirent la peur sacr&#233;e du vent dans l'inou&#239;, c'est l'&#233;nigme.&lt;br class='autobr' /&gt;
Isabelle jusqu'&#224; sa propre mort continuera de r&#233;pondre Dieu &#224; l'&#233;nigme de son fr&#232;re, dessinant sans faute un signe de croix &#224; chaque page, &#224; chaque mot.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lui avait simplement vomi l'hostie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et maintenant il tourne le visage vers la fen&#234;tre, les arbres fous secou&#233;s par le Mistral. Dans ses sanglots il &#233;touffe une injure qu'Isabelle n'entend pas ; il voudrait dire que ce ne sont pas des larmes mais de la sueur et du sang qui coule hors de son corps, du sang transparent et sal&#233; ; on lui dit &lt;i&gt;Tu d&#233;lires&lt;/i&gt;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Au-dessus de son corps, dans le bruit des arbres livr&#233;s &#224; la folie du vent, Isabelle d&#233;lire les larmes et la foi intacte.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et lui r&#234;ve encore et toujours. Du Christ br&#251;l&#233; dans le d&#233;sert de sable, d'un corps transform&#233; en pain et en compassion qu'il vaut vomir, encore et toujours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Isabelle se l&#232;ve : elle lui dit &lt;i&gt;Enfin ne pleure pas&lt;/i&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Non, il ne pleure pas, c'est le sang qui ruisselle sur sa peau, blanc et sal&#233;. Elle dit &lt;i&gt;Ne parle plus, tu dis n'importe quoi&lt;/i&gt;. Elle ajoute encore avec un sourire comme &#224; un enfant &lt;i&gt;Tu d&#233;lires&lt;/i&gt;. Lui voudrait ni se taire ni crier, mais ces r&#234;ves lui arrachent des cris qu'on prend pour des larmes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Isabelle &#233;ponge son front et lui demande de se taire. De manger. Il ne mange plus. Il boit la sueur de son front en pensant : c'est mon sang et c'est l'or du ciel qui tombe.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il tourne la t&#234;te vers la vitre de la chambre. Dehors, le vent redouble qui pourrait arracher les arbres. Le ciel est si bleu qu'il semble venir de plus loin, d'Afrique peut-&#234;tre. Le Mistral frappe la vitre ; il murmure peut-&#234;tre : le vent veut entrer, qu'on le laisse entrer. Isabelle lui demande de se taire encore, et de manger, de prendre des forces. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il n'a aucune force, pas m&#234;me celle de dire non.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis le 24 ao&#251;t il est l&#224;, et ce r&#234;ve dure. Septembre puis octobre sont pass&#233;s. La f&#234;te des morts est pass&#233;e aussi sur lui de tout son poids et l'a laiss&#233; plus mort que vivant, mais toujours d&#233;lirant, r&#234;vant mille vies qui l'appellent encore. Et toujours la soif. Et toujours le vent du Nord, et le bleu du ciel du Sud, et la lutte au-dessus de lui. Toujours les cris qui ne cessent de l'arracher &#224; la mort et de l'&#233;loigner de la vie. Novembre est tout entier l&#224; dans ses yeux qui d&#233;lirent une vie et une mort enlac&#233;es sur lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors il ferme les yeux ; les r&#234;ves ne cessent pas. Le mal dans le cr&#226;ne s'est confondu avec le poids de son cr&#226;ne et la forme de ses r&#234;ves, il dit : &lt;i&gt;je n'ai plus mal.&lt;/i&gt; Le mal maintenant est partout. Il dit : &lt;i&gt;je ne sens plus ma jambe. L'autre jambe, la jambe que j'ai encore. Et je ne sens plus mon bras droit, ni mon bras gauche&lt;/i&gt;. Soudain il comprend : &lt;i&gt;Mon Dieu je ne peux plus bouger&lt;/i&gt;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il hurle silencieusement les mots qu'il avait &#233;crit &#224; sa m&#232;re, il y a quelques semaines :&lt;i&gt;O&#249; sont les courses &#224; travers les monts, les cavalcades, les promenades, les d&#233;serts, les rivi&#232;res et les mers ?&lt;/i&gt; C'est d&#233;j&#224; une autre vie, si lointaine, comment s'en souvenir ? Il regarde le ciel pour chercher en lui le souvenir des marches et de la fatigue, celles qui entre Charleville et Paris, ou entre Rotterdam et Bruxelles, ou entre Londres et Douvres, &#224; Java, Aden ou dans les hauteurs d'Addis-Abeba le faisaient aller, jour et nuit. Il regarde le ciel et ne trouve que le vent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jour et nuit maintenant il r&#234;ve qu'il marche, et r&#234;ver, cela veut dire qu'il est immobile dans ce lit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autour de lui, la chambre de l'h&#244;pital de la Conception ressemble &#224; un bureau de fonctionnaire. Une petite table pour recevoir le courrier, une commode. C'est tout. Une fen&#234;tre minuscule o&#249; des fragments de ciels tournoient dans le vent. Un bureau avec un lit qui semble de trop, comme son corps, comme ses membres immobiles pos&#233;s sur son corps lourd de toute une vie qui cesse. Il voudrait porter la main &#224; sa jambe, la soulever et se mettre debout. Il oublie parfois que sa jambe, on lui a arrach&#233; comme l'ivoire aux &#233;l&#233;phants. Il oublie que son autre jambe ne le porte plus. Qu'il est immobile dans cette chambre minuscule o&#249; il va mourir. Il ne veut pas mourir. Il sait qu'il va mourir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il regarde Isabelle qui lit la Bible &#224; c&#244;t&#233; de lui. Il r&#234;ve tellement de revoir Djami : alors il pense que c'est Djami &#224; c&#244;t&#233; de lui qui veille. Dans ces cris il dit &lt;i&gt;Djami !,&lt;/i&gt; et la figure qui lit &#224; c&#244;t&#233; de lui r&#233;pond &lt;i&gt;je suis l&#224; ;&lt;/i&gt; il r&#233;p&#232;te &lt;i&gt;Djami&lt;/i&gt;. Djami n'est pas l&#224;. Ce n'est qu'Isabelle et Isabelle lit la Bible.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il regarde le visage d'Isabelle et ses mains, ses cheveux noirs et blancs, ses yeux bleus comme les siens. Comme ceux de leur p&#232;re peut-&#234;tre, comment le savoir ? Leur m&#232;re a les yeux noirs comme la terre. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il regarde Isabelle, et de nouveau comme chaque jour depuis deux mois, il la supplie de rester avec lui. Elle dit &lt;i&gt;oui&lt;/i&gt;. Elle ajoute sans quitter des yeux le texte sacr&#233; : &lt;i&gt;Je reste, ne t'en fais pas, dors.&lt;/i&gt; Il ferme les yeux et ne dormira pas avant de mourir et cette pens&#233;e pourrait le faire pleurer. &lt;i&gt;Ne pleure pas&lt;/i&gt;, dit Isabelle. &lt;i&gt;Sois fort, tu iras mieux. &lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Il se tait longuement, puis il dit avec tendresse et f&#233;rocit&#233; : &lt;i&gt;J'irai sous la terre et toi, tu marcheras dans le soleil. &lt;/i&gt; Les mots sont v&#233;ritables. Tendresse pour le soleil, et f&#233;rocit&#233; pour tout, la mort, la terre et le vent, lui et Isabelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette fois il pleure. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il pleure longtemps et soudain la nuit est l&#224;, celle du huit au neuf novembre. Isabelle n'est pas l&#224;, elle dort dans un h&#244;tel en ville. Il est seul dans la chambre de souffrance avec ses r&#234;ves. Il crie, il ne sait pas pourquoi il crie. La douleur est tellement forte. Chaque battement de son c&#339;ur r&#233;pand dans son corps le poison qui infecte ses membres. Bient&#244;t le c&#339;ur sera lui m&#234;me empoisonn&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans ses r&#234;ves, il voit alors le visage de son p&#232;re dont il n'a aucun souvenir. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il crie encore.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il ne sait pas quoi. De ses l&#232;vres sortent tous les cris possibles.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il crie pour le chasser.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il insulte. Son p&#232;re et Dieu, et la terre et les femmes, et les hommes et tout ce qui respire, et les fleurs, et les chiens. Se souvient-il des paroles de la femme de Job dans le livre Sacr&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son cri quelque chose s'&#233;chappe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qu'il y avait dans ces cris, ces jours pass&#233;s, se figent alors dans un long cri qui le d&#233;visage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Silence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il regarde autour de lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fi&#232;vre semble cesser. &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans le cri qu'il vient de pousser, il y a la r&#233;ponse &#224; sa douleur. Et il y a la certitude de pouvoir la surmonter. Il y a la consolation et la rage d'&#234;tre sauv&#233;. Il y a l'insoumission des r&#234;ves, la force d'en &#234;tre ma&#238;tre et possesseur. Il y a surtout la beaut&#233; des d&#233;parts qu'on d&#233;cide comme d'une vie qui s'est tout entier log&#233; dans ce cri.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il sourit. &lt;br class='autobr' /&gt;
Demain, il dictera une lettre, c'est d&#233;cid&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette nuit l&#224; il s'apaise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ferme les yeux. &lt;br class='autobr' /&gt;
Et pour la premi&#232;re fois il va dormir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est une longue nuit peupl&#233;e de r&#234;ves effrayants, mais une nuit simple et humaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'aube, ce neuf novembre, il demande &#224; Isabelle d'&#233;crire cette lettre pour lui. Tu l'adresses au Directeur des Messageries Maritimes et tu &#233;cris. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il parle lentement mais avec une telle assurance. &lt;br class='autobr' /&gt;
Elle prend une feuille de papier qu'elle pose sur sur ses genoux ; dans sa main droite, elle serre le long stylet noir, dans sa main gauche, l'encrier. Elle est &#224; la dict&#233;e. Il dit&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;&#171; Un lot : une dent seule. &lt;br class='autobr' /&gt;
Un lot : deux dents. &lt;br class='autobr' /&gt;
Un lot : trois dents. &lt;br class='autobr' /&gt;
Un lot : quatre dents. &lt;br class='autobr' /&gt;
Un lot : deux dents &#187;. &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il souffle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est une bonne chose de faite. Les comptes sont &#233;tablis. L'ivoire r&#233;parti, &#233;quitablement. Peu importe &#224; qui. Son propre squelette peut-&#234;tre adress&#233; aux quatre vents.&lt;br class='autobr' /&gt;
Isabelle est terrifi&#233;e. Mais elle &#233;crit. Si cela peut l'apaiser, un peu, et faire taire les cris et les larmes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans une seule et longue respiration, il continue la lettre, en fermant les yeux. Isabelle note sans comprendre. &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Monsieur&lt;/i&gt;, demande-t-il au Directeur, &lt;i&gt;je veux monter &#224; bord. Dites-moi le prix et le lieu et l'heure o&#249; il me faudra monter &#224; bord. Je ne trouve nullement ces informations qui me sont essentiels. Oui, moi, impotent, malheureux, je ne peux rien trouver, le premier chien dans la rue vous dira cela. Envoyez moi donc le prix des services d'Aphinar &#224; Suez.&lt;/i&gt; (Aphinar est-il le nom d'un bateau, d'un port ? C'est la derni&#232;re Atlantide de cette vie. Une cit&#233; lacustre enfouie dans l'ultime d&#233;lire.)&lt;br class='autobr' /&gt;
Il termine la lettre sur cette supplique : &lt;i&gt;Dites-moi &#224; quelle heure je dois &#234;tre transport&#233; &#224; bord.&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Isabelle &#233;crit. Elle dit en elle-m&#234;me : &lt;i&gt;il d&#233;lire&lt;/i&gt;. &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Je t'en prie, dors&lt;/i&gt;, lui dit-elle doucement en quittant la chambre, portant cette lettre dict&#233;e pour solde de tout compte qu'elle n'enverra jamais. &lt;br class='autobr' /&gt;
Lui se retourne vers la vitre et de nouveau il pleure. Ce ne sont pas les m&#234;mes larmes. Il sourit aussi. Il pense au premier chien dans la rue peut-&#234;tre. Il a de la compassion pour ce chien et de la col&#232;re. Mais peu importe. Maintenant, tout est pr&#234;t pour le voyage, le dernier voyage. Reste &#224; attendre d&#233;sormais qu'on me dise l'heure de me pr&#233;senter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La journ&#233;e passe. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les r&#234;ves effrayants ne cessent pas. Lui les regarde maintenant avec le sourire, sans cesser de pleurer cette fi&#232;vre qui le ravage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il attend seulement qu'on lui dise l'heure d'embarquer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est dix heures du matin, ce dix novembre, et le Mistral souffle davantage. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le visage pos&#233; sur le c&#244;t&#233;, le corps immobile, il garde les yeux ouverts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#234;ves cette fois ont cess&#233; en m&#234;me temps que le d&#233;lire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jean Nicolas Arthur Rimbaud a soudain 37 ans pour l'&#233;ternit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Ecrire | Quand comment</title>
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		<dc:date>2025-09-21T17:30:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Notes sur l'insomnie qui en r&#233;sulte&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.arnaudmaisetti.net/spip/notes-questions-lirecrire/chantier-ecritures-litterature/" rel="directory"&gt;CHANTIER | &#201;CRITURES &amp; LITT&#201;RATURE&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/logo/tempimage8zqe1w.jpg?1758484539' class='spip_logo spip_logo_right' width='100' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Kafka. N'&#233;crit qu'&#224; partir de onze heures du soir, repousser la nuit jusqu'o&#249; elle c&#232;de, jusqu'&#224; trois ou quatre heures du matin &#8211; pour &lt;i&gt;Le Verdict&lt;/i&gt;, six heures du matin : et le r&#233;cit fut entrepris et achev&#233; d'une hal&#232;te : le plus souvent, rien que d'atroce maux de t&#234;te, et quelques lignes avort&#233;es sur le cahier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Beckett. Tard le soir dans des cahiers d'&#233;colier et le plus grand silence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Balzac. Se l&#232;ve vers une heure du matin et travaille jusqu'&#224; huit heures, reprend apr&#232;s une sieste, jusqu'&#224; seize heures &#8212; debout, entour&#233; de ses papiers entass&#233;s et de ses tasses de caf&#233; &#8212; cinquante tasses par jour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hemingway. Commence &#224; &#233;crire &#224; l'aube, vers cinq heures et demie ; travaille jusqu'&#224; midi, note chaque jour le nombre de mots produits. Le reste de la journ&#233;e : lecture, p&#234;che, alcool.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Murakami. Se l&#232;ve &#224; quatre heures, &#233;crit cinq ou six heures, puis court dix kilom&#232;tres ou nage. Se couche vers neuf heures du soir : ce rythme r&#233;p&#233;t&#233; chaque jour comme, dit-il, une mani&#232;re de se mettre en &#233;tat d'hypnose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hugo. Se l&#232;ve t&#244;t et &#233;crit plusieurs heures le matin. &#192; Guernesey, la journ&#233;e commence par une baignade en mer. &#201;crit debout face &#224; une fen&#234;tre ouverte sur la mer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Proust. &#201;crit dans son lit, surtout l'apr&#232;s-midi et la nuit, souvent jusqu'&#224; quatre heures du matin. Sa chambre, capitonn&#233;e de li&#232;ge, est ferm&#233;e aux bruits et &#224; la lumi&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rimbaud. &#201;crit par instants hallucin&#233;s ; souvent le soir, jusque tard dans les caf&#233;s, ou la nuit dans les chambres d'h&#244;tel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dosto&#239;evski. &#201;crit la nuit press&#233; par les d&#233;lais. Il dicte ses textes &#224; Anna Grigorievna.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Woolf. &#201;crit le matin, trois heures chaque jour. Quand elle a achev&#233;, note la date et le nombre de mots dans son journal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Joyce. &#201;crit lentement, souvent l'apr&#232;s-midi, parfois une seule phrase dans la journ&#233;e. Souvent dict&#233;e &#224; Nora ou &#224; des amis. Ses cahiers remplis de variantes, ratures, listes de mots.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Flaubert. Travaille la nuit, &#224; Croisset. Hurle les phrases ensuite, pour en &#233;prouver la r&#233;sistance. Avance par pages arrach&#233;es, refus&#233;es, r&#233;&#233;crites.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faulkner. &#201;crit t&#244;t le matin, avant d'aller travailler &#224; la centrale &#233;lectrique ou sur ses terres. Travaille sur des tables branlantes, dans des carnets, boit, recommence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nietzsche. &#201;crit en marchant. Ses carnets toujours dans la poche, il compose dans la montagne, &#224; Sils-Maria, debout, le corps pris dans la marche. Ses textes sont dict&#233;s par le rythme des pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tchekhov. M&#233;decin le jour, il &#233;crit la nuit. Il r&#233;dige vite, dans les intervalles, entre deux patients. Ses nouvelles tiennent de la fatigue et de l'odeur de l'h&#244;pital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pasolini. &#201;crit le matin, tr&#232;s t&#244;t, s'&#233;gare dans le jour. La nuit, il corrige, monte, r&#233;&#233;crit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Simon. &#201;crit &#224; la table, cahiers devant lui, heures enti&#232;res de ratures. Lenteur, reprises. &#192; peine quelques lignes dans une journ&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pessoa. Employ&#233; de bureau le jour, &#233;crit ses po&#232;mes et fragments le soir, dans les caf&#233;s de Lisbonne. Cherche son nom, les cahiers remplis d'identit&#233;s qui se croisent, se saluent &#224; peine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Duras. Dicte aussi ses livres : hurle les phrases &#224; travers les immenses pi&#232;ces de Neauphle le Ch&#226;teau &#224; Yann Andr&#233;a qui saisit les mots &#224; la vol&#233;e et les tape &#224; la machine ; ivres tous les deux au dernier degr&#233; : ce qui s'invente de l'un &#224; l'autre et par l'ivresse, on ne saura pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Yourcenar. &#201;crit en voyage, dans les trains, les h&#244;tels et sur des feuilles volantes qu'elle classe ensuite. Emporte partout ses manuscrits dans une vieille serviette de cuir. &lt;i&gt;Hadrien&lt;/i&gt; na&#238;t entre Bruges et Rome.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Queneau. Chaque matin, de neuf heures &#224; midi, dans son appartement de Neuilly. Compte ses vers. L'apr&#232;s-midi, il peint ou se prom&#232;ne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ponge. &#201;crit peu mais longtemps : des ann&#233;es parfois pour un po&#232;me bref. Prend des notes sur les objets, les accumule, les retourne. Dans sa maison du Bar-sur-Loup, observe jusqu'&#224; l'&#233;puisement du regard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Celan. &#201;crit debout, face &#224; la fen&#234;tre de son appartement parisien. Souvent la nuit, dans le silence de la rue de Longchamp.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Perec. &#201;crit partout : dans les caf&#233;s, les trains, les salles d'attente. Carnet &#224; port&#233;e de main, note, classe, inventorie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Claudel. &#192; son pupitre, dans sa maison de Brangues. Le jour au Consulat, la nuit compose ses drames, arpente sa chambre, d&#233;clame.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Artaud. Par crises. &#192; Rodez dans sa cellule couvre des cahiers entiers de dessins et de mots, griffonne sur les murs, crache sur les pages et les perfore, cherche le passage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Breton. La nuit rue Fontaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Michaux. Entre deux voyages dehors et dedans dans de petits carnets qu'il emporte partout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kolt&#232;s. Le matin, le t&#233;l&#233;phone d&#233;branch&#233;. Au Nicaragua, sans t&#233;l&#233;phone au bord du lac Atitl&#225;n, il pose devant lui trois portraits : celui de Dostoievski, de James Dean, et de sa m&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Rimbaud | La m&#233;sintelligence artificielle</title>
		<link>https://www.arnaudmaisetti.net/spip/notes-questions-lirecrire/rimbaud-lire-ecrire/rimbaud-des-nouvelles-jusqu-a-nous/article/rimbaud-la-mesintelligence-artificielle</link>
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		<dc:date>2025-08-08T08:25:01Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;&#192; propos de &lt;i&gt;Rimbaud est vivant&lt;/i&gt; de Luc Loiseaux&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.arnaudmaisetti.net/spip/notes-questions-lirecrire/rimbaud-lire-ecrire/rimbaud-des-nouvelles-jusqu-a-nous/" rel="directory"&gt;Rimbaud, des nouvelles jusqu'&#224; nous&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/logo/vraidufauxrimbaud-64f6be47d7179882052107.jpg?1754641352' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Saisissantes de r&#233;alisme&lt;/i&gt;, dit la presse &#8212; peut-&#234;tre est-ce la d&#233;finition m&#234;me de la laideur apr&#232;s tout : quand la r&#233;alit&#233; nous saisit, deux mains serr&#233;es &#224; la gorge, et nous hurle d'avouer que, oui, c'est bien elle. Mais non, on tient bon, on pr&#233;f&#232;re garder le silence. D'ailleurs, comment parler quand on nous &#233;trangle ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Soit donc ces images, &lt;i&gt;saisissantes de r&#233;alisme&lt;/i&gt;, l&#226;ch&#233;es sur un groupe Facebook en 2023 avant de se r&#233;pandre sur le web comme une train&#233;e de poudre, et &#171; d'affoler les r&#233;seaux sociaux &#187; &#8212; comme s'ils avaient besoin d'&#234;tre affol&#233;s davantage. J'apprends qu'en marine, le verbe &lt;i&gt;affoler&lt;/i&gt; est utile quand la foudre frappe le bateau et &lt;i&gt;affole&lt;/i&gt; la boussole. Des images, donc, plus r&#233;elles que la r&#233;alit&#233; elle-m&#234;me : leur laideur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reprises, comment&#233;es, recadr&#233;es, pr&#233;sent&#233;es comme de nouvelles photos authentiques (&lt;i&gt;enfin&lt;/i&gt;), et ainsi affubl&#233;es de &lt;a href=&#034;https://www.facebook.com/anneedelecture/posts/242858201784527?ref=embed_post&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;l&#233;gende&lt;/a&gt; d&#233;finitives : &#171; Rarissime photo d'Arthur Rimbaud prise par Ernest Balthazar, photographe de rue, &#224; Paris le 1er novembre 1873 &#187;. Le pav&#233; qui luit pourrait &#234;tre celui de la rue Beauregard, c'est vrai ; la chemise, la redingote, les bottes de cuir, tout y est &#8212; jusqu'aux mains dans les poches. La r&#233;alit&#233; convoqu&#233;e tout enti&#232;re nous saisirait donc. On voudrait respirer un peu, quand m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;In&#233;vitablement, &lt;a href=&#034;https://www.estrepublicain.fr/culture-loisirs/2023/06/19/d-ou-viennent-ces-photos-inedites-d-arthur-rimbaud&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;la presse est all&#233;e tendre son micro&lt;/a&gt; vers les &lt;a href=&#034;https://x.com/PatriceFerus/status/1675478923537264640&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;savants&lt;/a&gt;, qui se perdent en &lt;a href=&#034;https://www.tf1info.fr/culture/video-tf1-cliche-inedit-d-arthur-rimbaud-quand-l-intelligence-artificielle-reinvente-le-passe-2268455.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;justifications&lt;/a&gt; : voyons, le grain est trop parfait pour une photo si ancienne, trop net pour un tel tirage &#8212; le ridicule s'ajoute au grotesque, l'embarras est complet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;videmment, la supercherie cache (mal) son op&#233;ration commerciale : un auteur sur le point de faire para&#238;tre son &lt;a href=&#034;https://www.gallimard.fr/catalogue/rimbaud-est-vivant/9782073081759&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;livre&lt;/a&gt; a fait appel (comme on dit) &#224; &lt;i&gt;l'intelligence artificielle &lt;/i&gt; &#8211; d&#233;signation d'&#233;poque. Celle-ci a donc recrach&#233; cette r&#233;alit&#233;-l&#224;. Mais il suffisait de regarder les traits du visage pour s'apercevoir que, de visage, il n'y en avait pas ; ni de regard, rien qui t&#233;moigne d'une aventure terrestre et sa mal&#233;diction.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_16326 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;25&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/r_visage.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/r_visage.jpg?1754642603' width='500' height='279' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Gallimard / L. Loiseaux
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;L'auteur &#8211; touchant de sinc&#233;rit&#233; &#8211; &lt;a href=&#034;https://actualitte.com/article/120315/interviews/rimbaud-version-ia-quoi-qu-on-en-dise-l-homme-pilote-toujours&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;explique&lt;/a&gt; que ces images seraient n&#233;es d'une frustration : celle d'une iconographie fam&#233;lique (seules huit photos v&#233;ridiques, dont deux de l'adolescence), et du r&#234;ve d'&#171; &lt;i&gt;illustrer&lt;/i&gt; &#187; la vie du po&#232;te. Qu'il ait envisag&#233; costumes, d&#233;cors et &#233;clairages avant de se rabattre sur l'IA pour des raisons budg&#233;taires ne change rien au fond : l'entreprise rel&#232;ve moins d'une exploration esth&#233;tique que d'une exhumation imaginaire, comme si l'on pouvait combler le manque d'images par un fac-simil&#233; num&#233;rique. L'auteur assure qu'il avait pr&#233;venu de leur nature fabriqu&#233;e, mais le mal &#8212; ou le mythe &#8212; &#233;tait fait : l'emballement num&#233;rique avait d&#233;j&#224; r&#233;&#233;crit l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_16320 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;25&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/r_avecverlaine.jpg?1754642555' width='500' height='281' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Gallimard / L. Loiseaux
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Luc Loiseaux a pu d&#233;fendre, bien s&#251;r, la &#171; somme de travail &#187; que lui ont demand&#233; (dans quelle langue ?) ces images : dizaines d'essais, retouches minutieuses, &#171; ingr&#233;dient secret &#187; pour fixer les visages. Ce perfectionnisme revendiqu&#233; pourrait s'honorer. Mais vouloir fabriquer un visage de Rimbaud, c'est rappeler qu'il n'en reste aucun, sinon m&#234;l&#233; quelque part &#224; la terre meuble du cimeti&#232;re de l'avenue Charles-Boutet &#224; Charleville-M&#233;zi&#232;res. Et qu'&#224; traquer la proie du regard, on oublie l'ombre que fait le corps lorsqu'il s'&#233;loigne.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_16321 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;25&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/r_banc_avril71.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/r_banc_avril71.jpg?1754642556' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Gallimard / L. Loiseaux
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Rimbaud est vivant &#8211;&lt;/i&gt; c'est le titre de l'ouvrage de &lt;a href=&#034;https://actualitte.com/article/120315/interviews/rimbaud-version-ia-quoi-qu-on-en-dise-l-homme-pilote-toujours&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;l'auteur&lt;/a&gt; du prompt augment&#233;e d'une biographie de son cru. Il y propose un &#171; double num&#233;rique &#187; du camarade, et recompose, &#224; l'aide (?) d'IA g&#233;n&#233;rative, des sc&#232;nes illustr&#233;es, suppos&#233;es r&#233;alistes, de la vie de Jean-Nicolas Arthur R., entre 70 et 75 &#224; partir des correspondances.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_16324 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;25&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/r_vent.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/r_vent.jpg?1754642597' width='500' height='326' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Gallimard / L. Loiseaux
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Loiseaux insiste sur le fait que &#171; rien n'est invent&#233; &#187;, que tout est &#171; sourc&#233; &#187; &#224; partir de t&#233;moignages directs et de recherches &#224; la BNF. Dont acte. C'est pourtant l&#224; que se niche l'illusion : comme si le relev&#233; scrupuleux des d&#233;tails pouvait abolir la distance et ressusciter la chair. &#212;, cruelle obsession documentaire maquill&#233;e en hommage, et qui devient l'avatar de l'idol&#226;trie rimbaldienne : on ne lit plus les mots, on scrute la redingote.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_16322 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;25&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/r_ecritavecverlaine.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/r_ecritavecverlaine.jpg?1754642562' width='500' height='500' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Gallimard / L. Loiseaux
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Rimb. n'&#233;chappera donc &#224; aucun des pi&#232;ges de la vie dite moderne, absolument. Et comme la modernit&#233; ne cesse de l'&#234;tre davantage, il devait bien &#234;tre condamn&#233; aussi &#224; cela : simulacre du simulacre, l'image g&#233;n&#233;r&#233;e produit alors le contraire de la r&#233;alit&#233; (mais cela a-t-il un nom ?) et sombre dans cet au-del&#224; du kitsch qui n'en poss&#232;de m&#234;me pas la puissance corrosive. L'hyper-photor&#233;alisme finit par devenir ce cauchemar visuel qui vient hanter les pages de nos magazines artificiellement intelligents.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_16323 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;25&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/r_groupe.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/r_groupe.jpg?1754642595' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Gallimard / L. Loiseaux
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;M&#234;me cas ne se vit encore&lt;/i&gt; : on a touch&#233; au script.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_16325 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;25&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/r_verlaine.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/r_verlaine.jpg?1754642602' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Gallimard / L. Loiseaux
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; Quoi qu'on en dise, l'homme pilote toujours &#187;, affirme Loiseaux, pour se d&#233;fendre d'un usage na&#239;f de l'IA. Soit. Mais piloter vers o&#249; ? Vers quelle rive d&#233;coup&#233;e par quelles falaises verticalement dress&#233;es entre le monde et la soif du monde, entre le besoin d'incarnation et l'illustration ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Tout est authentique, rien n'est une fiction &#187; (&lt;a href=&#034;https://www.francebleu.fr/infos/culture-loisirs/video-tout-est-authentique-il-n-y-a-aucune-fiction-quand-rimbaud-rencontre-l-intelligence-artificielle-7232793&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;cette phrase-ci est vraie&lt;/a&gt;, prononc&#233;e de vive voix par l'auteur.)&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;center&gt;&lt;iframe width=&#034;560&#034; height=&#034;315&#034; src=&#034;https://www.youtube.com/embed/kq9ejHeZuHE?si=9mbpWiyNgUnPDOix&#034; title=&#034;YouTube video player&#034; frameborder=&#034;0&#034; allow=&#034;accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share&#034; referrerpolicy=&#034;strict-origin-when-cross-origin&#034; allowfullscreen&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/center&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Que Rimbaud soit devenu une franchise touristique, on le savait &#8211; un produit calibr&#233; &#224; l'export imaginaire : &#233;videmment. Qu'il soit condamn&#233; &#224; &#233;pouser toutes les formes de ce &#171; &lt;a href=&#034;https://actualitte.com/article/120074/edition/quand-gallimard-convoque-l-ia-pour-faire-revivre-rimbaud&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;merchandising culturel&lt;/a&gt; &#187;, f&#233;tiche, pour qui le po&#232;me trouve pleinement son sens empaquet&#233; dans un coffret cadeau visuel &#224; destination des classes de lyc&#233;e, voil&#224; qui devait &#234;tre fatal. Mais qu'on en appelle &#224; la r&#233;alit&#233; pour en fabriquer une fausse et lui &#244;ter son &#233;nigme, alors il ne reste plus rien : ni regard ni image, seulement l'&#233;clat froid d'un code qui pr&#233;tend avoir vu ce que l'algorithme a cru voir. On serait donc r&#233;duit &#224; feuilleter les photomatons d'une &lt;i&gt;ic&#244;ne&lt;/i&gt;. Et Rimbaud, confin&#233; dans son cadre cadr&#233;, trouverait l&#224; son ultime devenir : celui d'un cadavre impeccablement retouch&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_16318 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;25&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/files_2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/files_2.jpg?1754641298' width='500' height='632' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Gallimard / L. Loiseaux
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Kafka ne mourra pas</title>
		<link>https://www.arnaudmaisetti.net/spip/notes-questions-lirecrire/chantier-ecritures-litterature/article/kafka-ne-mourra-pas</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.arnaudmaisetti.net/spip/notes-questions-lirecrire/chantier-ecritures-litterature/article/kafka-ne-mourra-pas</guid>
		<dc:date>2024-12-03T20:44:27Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;L'impossible&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.arnaudmaisetti.net/spip/notes-questions-lirecrire/chantier-ecritures-litterature/" rel="directory"&gt;CHANTIER | &#201;CRITURES &amp; LITT&#201;RATURE&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/logo/img_1396.jpg?1733258662' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='113' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Au pli de la biographie monumentale de Reiner Stach, j'en resterai &#224; jamais au mois de mai 1924, quelques jours avant les derniers. Ces jours de mai qui sont peut-&#234;tre les plus atroces, quand l'espoir encore existe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le livre bascule de la page 816 &#224; la page 865. Aux jours de mai succ&#232;dent les notes savantes du savant auteur. Et entre ? Rien. Dans le pli de cette vie non &#233;crite, il n'y a que la mort. Et la mort n'existe pas. Mon &#233;dition fautive est la plus juste. Mon &#233;dition fautive est la plus v&#233;ritable et je la tiendrai pour seule vraie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On dira bien s&#251;r que c'est un cahier qui en serait la cause. Que ce n'est l&#224; qu'un souci d'assemblage. Que l'imprimeur aura &#233;t&#233; distrait, le fabricant n&#233;gligent, l'&#233;diteur &#8212; les impeccables &#233;ditions du Cherche-Midi &#8212; peu regardant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais je sais bien, pour avoir compuls&#233; dans le d&#233;tail les XII cahiers et les innombrables liasses compos&#233;es rageusement et dans le plus grand d&#233;sordre par K., que non.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'ami Max Brod, il ne cessait de dire que tout &#233;tait impossible : contenter son p&#232;re, se marier ou se rendre chaque jour &#224; l'Arbeiter-Unfall-Versicherungs-Anstalt f&#252;r das K&#246;nigreich B&#246;hmen et r&#233;diger ses rapports d'assurance, venir &#224; bout d'un de ses romans : impossible, tout. Max souriait, il disait que si tout, vraiment &lt;i&gt;tout&lt;/i&gt; &#233;tait impossible, le travail au bureau et l'&#233;criture, la vie, alors pourquoi le simple fait de manger ne serait-il pas impossible lui aussi ? Or, il mangeait &#8212; si peu, et sans plaisir certes, mais il levait la fourchette de temps en temps, ce qui &#233;tait bien la preuve qu'au moins une chose n'&#233;tait pas impossible. Mais &lt;i&gt;c'est vrai&lt;/i&gt;, lui r&#233;pondait Franz, &lt;i&gt;c'est vrai. Sans doute le d&#233;sir de perfection n'est qu'une petite partie de mon grand n&#339;ud gordien, mais chaque partie est aussi le tout en l'occurrence, et donc ce que tu dis est vrai. Mais cette impossibilit&#233; existe bel et bien : cette impossibilit&#233; de manger. Sauf qu'elle n'est pas aussi grossi&#232;rement visible que l'impossibilit&#233;, par exemple, de me marier.&lt;/i&gt; Impossible, tout l'est &#8212; manger y compris, mais ce n'est qu'un d&#233;tail. Tout est dans cette vie impossible, et avant tout l'&#233;criture, et avant tout ce que l'&#233;criture affronte. C'est le projet de chaque texte qu'il &#233;crivit, l'enjeu m&#234;me : c'est pourquoi en chacun, l'impossible se produit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Impossible donc que Kafka puisse jamais mourir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le trois juin mille neuf-cent vingt-quatre n'arrivera pas. Pas dans ce livre que je tiens entre mes mains o&#249; la vie s'&#233;crit en lettres pleines, pr&#233;cises et fatales ; o&#249; la vie est cette t&#226;che impossible qui s'accomplit, ligne &#224; ligne, jusqu'&#224; fabriquer cette &#339;uvre impossible o&#249; l'impossible est &#224; sa t&#226;che jusqu'&#224; repousser la mort entre deux pages oubli&#233;es, volantes et introuvables.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_13418 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_1400.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_1400.jpg?1733258638' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Arthur Rimbaud | Illuminations</title>
		<link>https://www.arnaudmaisetti.net/spip/notes-questions-lirecrire/rimbaud-lire-ecrire/rimbaud-une-anthologie/article/arthur-rimbaud-illuminations</link>
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		<dc:date>2024-11-21T13:30:14Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Jadis&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.arnaudmaisetti.net/spip/notes-questions-lirecrire/rimbaud-lire-ecrire/rimbaud-une-anthologie/" rel="directory"&gt;Rimbaud | une anthologie&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/logo/rimbaud_arthur_les-illuminations_1886_edition-originale_tirage-de-tete_12_64589.jpg?1732195491' class='spip_logo spip_logo_right' width='130' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt;Le recueil, tel que paru en 1886 en feuilleton des &#233;ditions de La Vogue, puis en plaquette peu apr&#232;s chez le m&#234;me &#233;diteur.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;div class='spip_document_13152 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/h-3000-rimbaud_arthur_les-illuminations_1886_edition-originale_tirage-de-tete_10_64589.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/h-3000-rimbaud_arthur_les-illuminations_1886_edition-originale_tirage-de-tete_10_64589.jpg?1732195791' width='500' height='380' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;center&gt;&lt;small&gt;
&lt;br /&gt;&#8212; &lt;a href=&#034;#apres&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;Apr&#232;s le d&#233;luge&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&#8212; &lt;a href=&#034;#enfance&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;Enfance&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&#8212; &lt;a href=&#034;#conte&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;Conte&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&#8212; &lt;a href=&#034;#parade&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;Parade&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&#8212; &lt;a href=&#034;#antique&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;Antique&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&#8212; &lt;a href=&#034;#being&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;Being Beauteous&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&#8212; &lt;a href=&#034;#vies&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;Vies&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&#8212; &lt;a href=&#034;#depart&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;D&#233;part&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&#8212; &lt;a href=&#034;#royaute&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;Royaut&#233;&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&#8212; &lt;a href=&#034;#auneraison&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;&#192; une Raison&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&#8212; &lt;a href=&#034;#matinee&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;Matin&#233;e d'ivresse&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&#8212; &lt;a href=&#034;#phrases&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;Phrases&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&#8212; &lt;a href=&#034;#ouvriers&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;Ouvriers&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&#8212; &lt;a href=&#034;#ponts&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;Les Ponts&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&#8212; &lt;a href=&#034;#ville&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;Ville&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&#8212; &lt;a href=&#034;#ornieres&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;Orni&#232;res&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&#8212; &lt;a href=&#034;#villesI&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;Villes (&lt;i&gt;Ce sont des villes&#8230;&lt;/i&gt;)&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&#8212; &lt;a href=&#034;#vagabonds&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;Vagabonds&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&#8212; &lt;a href=&#034;#villesII&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;Villes (&lt;i&gt;L'acropole officielle&#8230;&lt;/i&gt;)&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&#8212; &lt;a href=&#034;#veillees&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;Veill&#233;es&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&#8212; &lt;a href=&#034;#mystique&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;Mystique&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&#8212; &lt;a href=&#034;#aube&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;Aube&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&#8212; &lt;a href=&#034;#fleurs&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;Fleurs&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&#8212; &lt;a href=&#034;#nocturne&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;Nocturne vulgaire&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&#8212; &lt;a href=&#034;#marine&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;Marine&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&#8212; &lt;a href=&#034;#fete&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;F&#234;te d'hiver&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&#8212; &lt;a href=&#034;#angoisse&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;Angoisse&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&#8212; &lt;a href=&#034;#metropolitain&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;M&#233;tropolitain&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&#8212; &lt;a href=&#034;#barbare&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;Barbare&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&#8212; &lt;a href=&#034;#promontoire&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;Promontoire&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&#8212; &lt;a href=&#034;#scenes&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;Sc&#232;nes&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&#8212; &lt;a href=&#034;#soir&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;Soir historique&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&#8212; &lt;a href=&#034;#mouvement&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;Mouvement&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&#8212; &lt;a href=&#034;#metropolitain&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;M&#233;tropolitain&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&#8212; &lt;a href=&#034;#bottom&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;Bottom&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&#8212; &lt;a href=&#034;#h&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;H&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&#8212; &lt;a href=&#034;#devotion&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;D&#233;votion&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&#8212; &lt;a href=&#034;#d&#233;mocratie&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;D&#233;mocratie&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&#8212; &lt;a href=&#034;#fairy&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;Fairy&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&#8212; &lt;a href=&#034;#guerre&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;Guerre&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&#8212; &lt;a href=&#034;#genie&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;G&#233;nie&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&#8212; &lt;a href=&#034;#jeunesse&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;Jeunesse&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&#8212; &lt;a href=&#034;#solde&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;Solde&lt;/a&gt;&lt;/small&gt;
&lt;/center&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;apres&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Apr&#232;s le D&#233;luge&lt;/h2&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt; Aussit&#244;t apr&#232;s que l'id&#233;e du D&#233;luge se fut rassise,&lt;br class='autobr' /&gt; Un li&#232;vre s'arr&#234;ta dans les sainfoins et les clochettes mouvantes et dit sa pri&#232;re &#224; l'arc-en-ciel &#224; travers la toile de l'araign&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt; Oh ! les pierres pr&#233;cieuses qui se cachaient, &#8212; les fleurs qui regardaient d&#233;j&#224;.&lt;br class='autobr' /&gt; Dans la grande rue sale les &#233;tals se dress&#232;rent, et l'on tira les barques vers la mer &#233;tag&#233;e l&#224;-haut comme sur les gravures.&lt;br class='autobr' /&gt; Le sang coula, chez Barbe-Bleue, &#8212; aux abattoirs, &#8212; dans les cirques, o&#249; le sceau de Dieu bl&#234;mit les fen&#234;tres. Le sang et le lait coul&#232;rent.&lt;br class='autobr' /&gt; Les castors b&#226;tirent. Les &#171; mazagrans &#187; fum&#232;rent dans les estaminets.&lt;br class='autobr' /&gt; Dans la grande maison de vitres encore ruisselante les enfants en deuil regard&#232;rent les merveilleuses images&lt;br class='autobr' /&gt; Une porte claqua, et sur la place du hameau, l'enfant tourna ses bras, compris des girouettes et des coqs des clochers de partout, sous l'&#233;clatante giboul&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt; Madame*** &#233;tablit un piano dans les Alpes. La messe et les premi&#232;res communions se c&#233;l&#233;br&#232;rent aux cent mille autels de la cath&#233;drale.&lt;br class='autobr' /&gt; Les caravanes partirent. Et le Splendide H&#244;tel fut b&#226;ti dans le chaos de glaces et de nuit du p&#244;le.&lt;br class='autobr' /&gt; Depuis lors, la Lune entendit les chacals piaulant par les d&#233;serts de thym, &#8212; et les &#233;glogues en sabots grognant dans le verger. Puis, dans la futaie violette, bourgeonnante, Eucharis me dit que c'&#233;tait le printemps.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Sourds, &#233;tang, &#8212; &#201;cume, roule sur le pont, et par-dessus les bois ; &#8212; draps noirs et orgues, &#8212; &#233;clairs et tonnerre, &#8212; montez et roulez ; &#8212; Eaux et tristesses, montez et relevez les D&#233;luges.&lt;br class='autobr' /&gt; Car depuis qu'ils se sont dissip&#233;s, &#8212; oh les pierres pr&#233;cieuses s'enfouissant, et les fleurs ouvertes ! &#8212; c'est un ennui ! et la Reine, la Sorci&#232;re qui allume sa braise dans le pot de terre, ne voudra jamais nous raconter ce qu'elle sait, et que nous ignorons.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;enfance&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;center&gt;Enfance&lt;/center&gt;&lt;/h2&gt;&lt;center&gt;I&lt;/center&gt;
&lt;p&gt; Cette idole, yeux noirs et crin jaune, sans parents ni cour, plus noble que la fable, mexicaine et flamande ; son domaine, azur et verdure insolents, court sur des plages nomm&#233;es, par des vagues sans vaisseaux, de noms f&#233;rocement grecs, slaves, celtiques.&lt;br class='autobr' /&gt; &#192; la lisi&#232;re de la for&#234;t &#8212; les fleurs de r&#234;ve tintent, &#233;clatent, &#233;clairent, &#8212; la fille &#224; l&#232;vre d'orange, les genoux crois&#233;s dans le clair d&#233;luge qui sourd des pr&#233;s, nudit&#233; qu'ombrent, traversent et habillent les arcs-en-ciel, la flore, la mer.&lt;br class='autobr' /&gt; Dames qui tournoient sur les terrasses voisines de la mer ; enfantes et g&#233;antes, superbes noires dans la mousse vert-de-gris, bijoux debout sur le sol gras des bosquets et des jardinets d&#233;gel&#233;s &#8212; jeunes m&#232;res et grandes s&#339;urs aux regards pleins de p&#232;lerinages, sultanes, princesses de d&#233;marche et de costume tyranniques petites &#233;trang&#232;res et personnes doucement malheureuses.&lt;br class='autobr' /&gt; Quel ennui, l'heure du &#034;cher corps&#034; et &#034;cher c&#339;ur&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;II&lt;/center&gt;
&lt;p&gt; C'est elle, la petite morte, derri&#232;re les rosiers. &#8212; La jeune maman tr&#233;pass&#233;e descend le perron &#8212; La cal&#232;che du cousin crie sur le sable &#8212; Le petit fr&#232;re &#8212; (il est aux Indes !) l&#224;, devant le couchant, sur le pr&#233; d'&#339;illets. &#8212; Les vieux qu'on a enterr&#233;s tout droits dans le rempart aux girofl&#233;es.&lt;br class='autobr' /&gt; L'essaim des feuilles d'or entoure la maison du g&#233;n&#233;ral. Ils sont dans le midi. &#8212; On suit la route rouge pour arriver &#224; l'auberge vide. Le ch&#226;teau est &#224; vendre ; les persiennes sont d&#233;tach&#233;es. &#8212; Le cur&#233; aura emport&#233; la clef de l'&#233;glise. &#8212; Autour du parc, les loges des gardes sont inhabit&#233;es. Les palissades sont si hautes qu'on ne voit que les cimes bruissantes. D'ailleurs il n'y a rien &#224; voir l&#224;-dedans.&lt;br class='autobr' /&gt; Les pr&#233;s remontent aux hameaux sans coqs, sans enclumes. L'&#233;cluse est lev&#233;e. &#212; les calvaires et les moulins du d&#233;sert, les &#238;les et les meules.&lt;br class='autobr' /&gt; Des fleurs magiques bourdonnaient. Les talus le ber&#231;aient. Des b&#234;tes d'une &#233;l&#233;gance fabuleuse circulaient. Les nu&#233;es s'amassaient sur la haute mer faite d'une &#233;ternit&#233; de chaudes larmes.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;III&lt;/center&gt;
&lt;p&gt; Au bois il y a un oiseau, son chant vous arr&#234;te et vous fait rougir.&lt;br class='autobr' /&gt; Il y a une horloge qui ne sonne pas.&lt;br class='autobr' /&gt; Il y a une fondri&#232;re avec un nid de b&#234;tes blanches.&lt;br class='autobr' /&gt; Il y a une cath&#233;drale qui descend et un lac qui monte.&lt;br class='autobr' /&gt; Il y a une petite voiture abandonn&#233;e dans le taillis, ou qui descend le sentier en courant, enrubann&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt; Il y a une troupe de petits com&#233;diens en costumes, aper&#231;us sur la route &#224; travers la lisi&#232;re du bois.&lt;br class='autobr' /&gt; Il y a enfin, quand l'on a faim et soif, quelqu'un qui vous chasse.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;IV&lt;/center&gt; &lt;p&gt;Je suis le saint, en pri&#232;re sur la terrasse, &#8212; comme les b&#234;tes pacifiques paissent jusqu'&#224; la mer de Palestine.&lt;br class='autobr' /&gt; Je suis le savant au fauteuil sombre. Les branches et la pluie se jettent &#224; la crois&#233;e de la biblioth&#232;que.&lt;br class='autobr' /&gt; Je suis le pi&#233;ton de la grand-route par les bois nains ; la rumeur des &#233;cluses couvre mes pas. Je vois longtemps la m&#233;lancolique lessive d'or du couchant.&lt;br class='autobr' /&gt; Je serais bien l'enfant abandonn&#233; sur la jet&#233;e partie &#224; la haute mer, le petit valet, suivant l'all&#233;e dont le front touche le ciel.&lt;br class='autobr' /&gt; Les sentiers sont &#226;pres. Les monticules se couvrent de gen&#234;ts. L'air est immobile. Que les oiseaux et les sources sont loin ! Ce ne peut &#234;tre que la fin du monde, en avan&#231;ant.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;V&lt;/center&gt;
&lt;p&gt; Qu'on me loue enfin ce tombeau, blanchi &#224; la chaux avec les lignes du ciment en relief &#8212; tr&#232;s loin sous terre.&lt;br class='autobr' /&gt; Je m'accoude &#224; la table, la lampe &#233;claire tr&#232;s vivement ces journaux que je suis idiot de relire, ces livres sans int&#233;r&#234;t.&lt;br class='autobr' /&gt; &#192; une distance &#233;norme au-dessus de mon salon souterrain, les maisons s'implantent, les brumes s'assemblent. La boue est rouge ou noire. Ville monstrueuse, nuit sans fin !&lt;br class='autobr' /&gt; Moins haut, sont des &#233;gouts. Aux c&#244;t&#233;s, rien que l'&#233;paisseur du globe. Peut-&#234;tre des gouffres d'azur, des puits de feu. C'est peut-&#234;tre sur ces plans que se rencontrent lunes et com&#232;tes, mers et fables.&lt;br class='autobr' /&gt; Aux heures d'amertume je m'imagine des boules de saphir, de m&#233;tal. Je suis ma&#238;tre du silence. Pourquoi une apparence de soupirail bl&#234;mirait-elle au coin de la vo&#251;te ?&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;conte&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;center&gt;Conte&lt;/center&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; Un Prince &#233;tait vex&#233; de ne s'&#234;tre employ&#233; jamais qu'&#224; la perfection des g&#233;n&#233;rosit&#233;s vulgaires. Il pr&#233;voyait d'&#233;tonnantes r&#233;volutions de l'amour, et soup&#231;onnait ses femmes de pouvoir mieux que cette complaisance agr&#233;ment&#233;e de ciel et de luxe. Il voulait voir la v&#233;rit&#233;, l'heure du d&#233;sir et de la satisfaction essentiels. Que ce f&#251;t ou non une aberration de pi&#233;t&#233;, il voulut. Il poss&#233;dait au moins un assez large pouvoir humain.&lt;br class='autobr' /&gt; Toutes les femmes qui l'avaient connu furent assassin&#233;es. Quel saccage du jardin de la beaut&#233; ! Sous le sabre, elles le b&#233;nirent. Il n'en commanda point de nouvelles. &#8212; Les femmes r&#233;apparurent.&lt;br class='autobr' /&gt; Il tua tous ceux qui le suivaient, apr&#232;s la chasse ou les libations. &#8212; Tous le suivaient.&lt;br class='autobr' /&gt; Il s'amusa &#224; &#233;gorger les b&#234;tes de luxe. Il fit flamber les palais. Il se ruait sur les gens et les taillait en pi&#232;ces. &#8212; La foule, les toits d'or, les belles b&#234;tes existaient encore.&lt;br class='autobr' /&gt; Peut-on s'extasier dans la destruction, se rajeunir par la cruaut&#233; ! Le peuple ne murmura pas. Personne n'offrit le concours de ses vues.&lt;br class='autobr' /&gt; Un soir il galopait fi&#232;rement. Un G&#233;nie apparut, d'une beaut&#233; ineffable, inavouable m&#234;me. De sa physionomie et de son maintien ressortait la promesse d'un amour multiple et complexe ! d'un bonheur indicible, insupportable m&#234;me ! Le Prince et le G&#233;nie s'an&#233;antirent probablement dans la sant&#233; essentielle. Comment n'auraient-ils pas pu en mourir ? Ensemble donc ils moururent.&lt;br class='autobr' /&gt; Mais ce Prince d&#233;c&#233;da, dans son palais, &#224; un &#226;ge ordinaire. Le prince &#233;tait le G&#233;nie. Le G&#233;nie &#233;tait le Prince.&lt;br class='autobr' /&gt; La musique savante manque &#224; notre d&#233;sir.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;parade&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;center&gt;Parade&lt;/center&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; Des dr&#244;les tr&#232;s solides. Plusieurs ont exploit&#233; vos mondes. Sans besoins, et peu press&#233;s de mettre en &#339;uvre leurs brillantes facult&#233;s et leur exp&#233;rience de vos consciences. Quels hommes m&#251;rs ! Des yeux h&#233;b&#233;t&#233;s &#224; la fa&#231;on de la nuit d'&#233;t&#233;, rouges et noirs, tricolores, d'acier piqu&#233; d'&#233;toiles d'or ; des faci&#232;s d&#233;form&#233;s, plomb&#233;s, bl&#234;mis, incendi&#233;s ; des enrouements fol&#226;tres ! La d&#233;marche cruelle des oripeaux ! &#8212; Il y a quelques jeunes, &#8212; comment regarderaient-ils Ch&#233;rubin ? &#8212; pourvus de voix effrayantes et de quelques ressources dangereuses. On les envoie prendre du dos en ville, affubl&#233;s d'un luxe d&#233;go&#251;tant.&lt;br class='autobr' /&gt; &#212; le plus violent Paradis de la grimace enrag&#233;e ! Pas de comparaison avec vos Fakirs et les autres bouffonneries sc&#233;niques. Dans des costumes improvis&#233;s avec le go&#251;t du mauvais r&#234;ve ils jouent des complaintes, des trag&#233;dies de malandrins et de demi-dieux spirituels comme l'histoire ou les religions ne l'ont jamais &#233;t&#233;. Chinois, Hottentots, boh&#233;miens, niais, hy&#232;nes, Molochs, vieilles d&#233;mences, d&#233;mons sinistres, ils m&#234;lent les tours populaires, maternels, avec les poses et les tendresses bestiales. Ils interpr&#233;teraient des pi&#232;ces nouvelles et des chansons &#171; bonnes filles &#187;. Ma&#238;tres jongleurs, ils transforment le lieu et les personnes, et usent de la com&#233;die magn&#233;tique. Les yeux flambent, le sang chante, les os s'&#233;largissent, les larmes et des filets rouges ruissellent. Leur raillerie ou leur terreur dure une minute, ou des mois entiers.&lt;br class='autobr' /&gt; J'ai seul la clef de cette parade sauvage.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;antique&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;center&gt;Antique&lt;/center&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; Gracieux fils de Pan ! Autour de ton front couronn&#233; de fleurettes et de baies tes yeux, des boules pr&#233;cieuses, remuent. Tach&#233;es de lies brunes, tes joues se creusent. Tes crocs luisent. Ta poitrine ressemble &#224; une cithare, des tintements circulent dans tes bras blonds. Ton coeur bat dans ce ventre o&#249; dort le double sexe. Prom&#232;ne-toi, la nuit, en mouvant doucement cette cuisse, cette seconde cuisse et cette jambe de gauche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; -&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;being&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;center&gt;Being Beauteous&lt;/center&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; Devant une neige un &#202;tre de Beaut&#233; de haute taille. Des sifflements de mort et des cercles de musique sourde font monter, s'&#233;largir et trembler comme un spectre ce corps ador&#233; ; des blessures &#233;carlates et noires &#233;clatent dans les chairs superbes. Les couleurs propres de la vie se foncent, dansent, et se d&#233;gagent autour de la Vision, sur le chantier. Et les frissons s'&#233;l&#232;vent et grondent et la saveur forcen&#233;e de ces effets se chargeant avec les sifflements mortels et les rauques musiques que le monde, loin derri&#232;re nous, lance sur notre m&#232;re de beaut&#233;, &#8212; elle recule, elle se dresse. Oh ! nos os sont rev&#234;tus d'un nouveau corps amoureux.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;x x x.&lt;/center&gt; &lt;p&gt;&#212; la face cendr&#233;e, l'&#233;cusson de crin, les bras de cristal ! le canon sur lequel je dois m'abattre &#224; travers la m&#234;l&#233;e des arbres et de l'air l&#233;ger !&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;vies&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;center&gt;Vies&lt;/center&gt;&lt;/h2&gt;&lt;center&gt;I&lt;/center&gt;
&lt;p&gt; &#212; les &#233;normes avenues du pays saint, les terrasses du temple ! Qu'a-t-on fait du brahmane qui m'expliqua les Proverbes ? D'alors, de l&#224;-bas, je vois encore m&#234;me les vieilles ! Je me souviens des heures d'argent et de soleil vers les fleuves, la main de la campagne sur mon &#233;paule, et de nos caresses debout dans les plaines poivr&#233;es. &#8212; Un envol de pigeons &#233;carlates tonne autour de ma pens&#233;e. &#8212; Exil&#233; ici, j'ai eu une sc&#232;ne o&#249; jouer les chefs-d'&#339;uvre dramatiques de toutes les litt&#233;ratures. Je vous indiquerais les richesses inou&#239;es. J'observe l'histoire des tr&#233;sors que vous trouv&#226;tes. Je vois la suite ! Ma sagesse est aussi d&#233;daign&#233;e que le chaos. Qu'est mon n&#233;ant, aupr&#232;s de la stupeur qui vous attend ?&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;II&lt;/center&gt;
&lt;p&gt; Je suis un inventeur bien autrement m&#233;ritant que tous ceux qui m'ont pr&#233;c&#233;d&#233; ; un musicien m&#234;me, qui ai trouv&#233; quelque chose comme la clef de l'amour. &#192; pr&#233;sent, gentilhomme d'une campagne aigre au ciel sobre, j'essaye de m'&#233;mouvoir au souvenir de l'enfance mendiante, de l'apprentissage ou de l'arriv&#233;e en sabots, des pol&#233;miques, des cinq ou six veuvages, et quelques noces o&#249; ma forte t&#234;te m'emp&#234;cha de monter au diapason des camarades. Je ne regrette pas ma vieille part de ga&#238;t&#233; divine : l'air sobre de cette aigre campagne alimente fort activement mon atroce scepticisme. Mais comme ce scepticisme ne peut d&#233;sormais &#234;tre mis en &#339;uvre, et que d'ailleurs je suis d&#233;vou&#233; &#224; un trouble nouveau, &#8212; j'attends de devenir un tr&#232;s m&#233;chant fou.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;III&lt;/center&gt; &lt;p&gt;Dans un grenier o&#249; je fus enferm&#233; &#224; douze ans j'ai connu le monde, j'ai illustr&#233; la com&#233;die humaine. Dans un cellier j'ai appris l'histoire. &#192; quelque f&#234;te de nuit dans une cit&#233; du Nord j'ai rencontr&#233; toutes les femmes des anciens peintres. Dans un vieux passage &#224; Paris on m'a enseign&#233; les sciences classiques. Dans une magnifique demeure cern&#233;e par l'Orient entier j'ai accompli mon immense &#339;uvre et pass&#233; mon illustre retraite. J'ai brass&#233; mon sang. Mon devoir m'est remis. Il ne faut m&#234;me plus songer &#224; cela. Je suis r&#233;ellement d'outre-tombe, et pas de commissions.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;depart&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;center&gt;D&#233;part&lt;/center&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; Assez vu. La vision s'est rencontr&#233;e &#224; tous les airs.&lt;br class='autobr' /&gt; Assez eu. Rumeurs des villes, le soir, et au soleil, et toujours.&lt;br class='autobr' /&gt; Assez connu. Les arr&#234;ts de la vie. &#8212; &#212; Rumeurs et Visions !&lt;br class='autobr' /&gt; D&#233;part dans l'affection et le bruit neufs !&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;royaute&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;center&gt;Royaut&#233;&lt;/center&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; Un beau matin, chez un peuple fort doux, un homme et une femme superbes criaient sur la place publique. &#171; Mes amis, je veux qu'elle soit reine ! &#187; &#171; Je veux &#234;tre reine ! &#187; Elle riait et tremblait. Il parlait aux amis de r&#233;v&#233;lation, d'&#233;preuve termin&#233;e. Ils se p&#226;maient l'un contre l'autre.&lt;br class='autobr' /&gt; En effet ils furent rois toute une matin&#233;e o&#249; les tentures carmin&#233;es se relev&#232;rent sur les maisons, et toute l'apr&#232;s-midi, o&#249; ils s'avanc&#232;rent du c&#244;t&#233; des jardins de palmes.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;auneraison&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;center&gt;&#192; une Raison&lt;/center&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; Un coup de ton doigt sur le tambour d&#233;charge tous les sons et commence la nouvelle harmonie.&lt;br class='autobr' /&gt; Un pas de toi c'est la lev&#233;e des nouveaux hommes et leur en-marche.&lt;br class='autobr' /&gt; Ta t&#234;te se d&#233;tourne : le nouvel amour !&lt;br class='autobr' /&gt; Ta t&#234;te se retourne, &#8212; le nouvel amour !&lt;br class='autobr' /&gt; &#171; Change nos lots, crible les fl&#233;aux, &#224; commencer par le temps &#187;, te chantent ces enfants. &#171; &#201;l&#232;ve n'importe o&#249; la substance de nos fortunes et de nos v&#339;ux &#187; on t'en prie.&lt;br class='autobr' /&gt; Arriv&#233;e de toujours, qui t'en iras partout.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;matinee&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;center&gt;Matin&#233;e d'ivresse&lt;/center&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; &#212; mon Bien ! &#244; mon Beau ! Fanfare atroce o&#249; je ne tr&#233;buche point ! chevalet f&#233;erique ! Hourra pour l'&#339;uvre inou&#239;e et pour le corps merveilleux, pour la premi&#232;re fois ! Cela commen&#231;a sous les rires des enfants, cela finira par eux. Ce poison va rester dans toutes nos veines m&#234;me quand, la fanfare tournant, nous serons rendu &#224; l'ancienne inharmonie. &#212; maintenant, nous si digne1 de ces tortures ! rassemblons fervemment cette promesse surhumaine faite &#224; notre corps et &#224; notre &#226;me cr&#233;&#233;s : cette promesse, cette d&#233;mence ! L'&#233;l&#233;gance, la science, la violence ! On nous a promis d'enterrer dans l'ombre l'arbre du bien et du mal, de d&#233;porter les honn&#234;tet&#233;s tyranniques, afin que nous amenions notre tr&#232;s pur amour. Cela commen&#231;a par quelques d&#233;go&#251;ts et cela finit, &#8212; ne pouvant nous saisir sur-le-champ de cette &#233;ternit&#233;, &#8212; cela finit par une d&#233;bandade de parfums.&lt;br class='autobr' /&gt; Rire des enfants, discr&#233;tion des esclaves, aust&#233;rit&#233; des vierges, horreur des figures et des objets d'ici, sacr&#233;s soyez-vous par le souvenir de cette veille. Cela commen&#231;ait par toute la rustrerie, voici que cela finit par des anges de flamme et de glace.&lt;br class='autobr' /&gt; Petite veille d'ivresse, sainte ! quand ce ne serait que pour le masque dont tu nous as gratifi&#233;. Nous t'affirmons, m&#233;thode ! Nous n'oublions pas que tu as glorifi&#233; hier chacun de nos &#226;ges. Nous avons foi au poison. Nous savons donner notre vie tout enti&#232;re tous les jours.&lt;br class='autobr' /&gt; Voici le temps des Assassins.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;phrases&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;center&gt;Phrases&lt;/center&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; Quand le monde sera r&#233;duit en un seul bois noir pour nos quatre yeux &#233;tonn&#233;s, &#8212; en une plage pour deux enfants fid&#232;les, &#8212; en une maison musicale pour notre claire sympathie, &#8212; je vous trouverai.&lt;br class='autobr' /&gt; Qu'il n'y ait ici-bas qu'un vieillard seul, calme et beau, entour&#233; d'un &#171; luxe inou&#239; &#187;, &#8212; et je suis &#224; vos genoux.&lt;br class='autobr' /&gt; Que j'aie r&#233;alis&#233; tous vos souvenirs, &#8212; que je sois celle qui sait vous garrotter, &#8212; je vous &#233;toufferai.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt; &lt;/center&gt;
&lt;p&gt; Quand nous somme tr&#232;s forts, &#8212; qui recule ? tr&#232;s gais, qui tombe de ridicule ? Quand nous sommes tr&#232;s m&#233;chants, que ferait-on de nous ?&lt;br class='autobr' /&gt; Parez-vous, dansez, riez, &#8212; je ne pourrai jamais envoyer l'Amour par la fen&#234;tre.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt; &lt;/center&gt;
&lt;p&gt; &#8212; Ma camarade, mendiante, enfant monstre ! comme &#231;a t'est &#233;gal, ces malheureuses et ces man&#339;uvres, et mes embarras. Attache-toi &#224; nous avec ta voix impossible, ta voix ! unique flatteur de ce vil d&#233;sespoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Une matin&#233;e couverte, en Juillet. Un go&#251;t de cendres vole dans l'air ; &#8212; une odeur de bois suant dans l'&#226;tre, &#8212; les fleurs rouies &#8212; le saccage des promenades &#8212; la bruine des canaux par les champs &#8212; pourquoi pas d&#233;j&#224; les joujoux et l'encens ?&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;x x x&lt;/center&gt;
&lt;p&gt; J'ai tendu des cordes de clocher &#224; clocher ; des guirlandes de fen&#234;tre &#224; fen&#234;tre ; des cha&#238;nes d'or d'&#233;toile &#224; &#233;toile, et je danse.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;x x x&lt;/center&gt; &lt;p&gt;Le haut &#233;tang fume continuellement. Quelle sorci&#232;re va se dresser sur le couchant blanc ? Quelles violettes frondaisons vont descendre ?&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;x x x&lt;/center&gt; &lt;p&gt;Pendant que les fonds publics s'&#233;coulent en f&#234;tes de fraternit&#233;, il sonne une cloche de feu rose dans les nuages.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;x x x&lt;/center&gt;
&lt;p&gt; Avivant un agr&#233;able go&#251;t d'encre de Chine une poudre noire pleut doucement sur ma veill&#233;e. &#8212; Je baisse les feux du lustre, je me jette sur le lit, et tourn&#233; du c&#244;t&#233; de l'ombre je vous vois, mes filles ! mes reines !&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;x x x&lt;/center&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;ouvriers&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;center&gt;Ouvriers&lt;/center&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; &#212; cette chaude matin&#233;e de f&#233;vrier. Le Sud inopportun vint relever nos souvenirs d'indigents absurdes, notre jeune mis&#232;re.&lt;br class='autobr' /&gt; Henrika avait une jupe de coton &#224; carreau blanc et brun, qui a d&#251; &#234;tre port&#233;e au si&#232;cle dernier, un bonnet &#224; rubans, et un foulard de soie. C'&#233;tait bien plus triste qu'un deuil. Nous faisions un tour dans la banlieue. Le temps &#233;tait couvert, et ce vent du Sud excitait toutes les vilaines odeurs des jardins ravag&#233;s et des pr&#233;s dess&#233;ch&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt; Cela ne devait pas fatiguer ma femme au m&#234;me point que moi. Dans une flache laiss&#233;e par l'inondation du mois pr&#233;c&#233;dent &#224; un sentier assez haut elle me fit remarquer de tr&#232;s petits poissons.&lt;br class='autobr' /&gt; La ville, avec sa fum&#233;e et ses bruits de m&#233;tiers, nous suivait tr&#232;s loin dans les chemins. &#212; l'autre monde, l'habitation b&#233;nie par le ciel et les ombrages ! Le sud me rappelait les mis&#233;rables incidents de mon enfance, mes d&#233;sespoirs d'&#233;t&#233;, l'horrible quantit&#233; de force et de science que le sort a toujours &#233;loign&#233;e de moi. Non ! nous ne passerons pas l'&#233;t&#233; dans cet avare pays o&#249; nous ne serons jamais que des orphelins fianc&#233;s. Je veux que ce bras durci ne tra&#238;ne plus une ch&#232;re image.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;ponts&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;center&gt;Les Ponts&lt;/center&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; Des ciels gris de cristal. Un bizarre dessin de ponts, ceux-ci droits, ceux-l&#224; bomb&#233;s, d'autres descendant ou obliquant en angles sur les premiers, et ces figures se renouvelant dans les autres circuits &#233;clair&#233;s du canal, mais tous tellement longs et l&#233;gers que les rives charg&#233;es de d&#244;mes s'abaissent et s'amoindrissent. Quelques-uns de ces ponts sont encore charg&#233;s de masures. D'autres soutiennent des m&#226;ts, des signaux, de fr&#234;les parapets. Des accords mineurs se croisent, et filent, des cordes montent des berges. On distingue une veste rouge, peut-&#234;tre d'autres costumes et des instruments de musique. Sont-ce des airs populaires, des bouts de concerts seigneuriaux, des restants d'hymnes publics ? L'eau est grise et bleue, large comme un bras de mer. &#8212; Un rayon blanc, tombant du haut du ciel, an&#233;antit cette com&#233;die.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;ville&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;center&gt;Ville&lt;/center&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; Je suis un &#233;ph&#233;m&#232;re et point trop m&#233;content citoyen d'une m&#233;tropole crue moderne parce que tout go&#251;t connu a &#233;t&#233; &#233;lud&#233; dans les ameublements et l'ext&#233;rieur des maisons aussi bien que dans le plan de la ville. Ici vous ne signaleriez les traces d'aucun monument de superstition. La morale et la langue sont r&#233;duites &#224; leur plus simple expression, enfin ! Ces millions de gens qui n'ont pas besoin de se conna&#238;tre am&#232;nent si pareillement l'&#233;ducation, le m&#233;tier et la vieillesse, que ce cours de vie doit &#234;tre plusieurs fois moins long que ce qu'une statistique folle trouve pour les peuples du continent. Aussi comme, de ma fen&#234;tre, je vois des spectres nouveaux roulant &#224; travers l'&#233;paisse et &#233;ternelle fum&#233;e de charbon, &#8212; notre ombre des bois, notre nuit d'&#233;t&#233; ! &#8212; des &#201;rinyes nouvelles, devant mon cottage qui est ma patrie et tout mon c&#339;ur puisque tout ici ressemble &#224; ceci, &#8212; la Mort sans pleurs, notre active fille et servante, et1 un Amour d&#233;sesp&#233;r&#233;, et un joli Crime piaulant dans la boue de la rue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; -&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;ornieres&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;center&gt;Orni&#232;res&lt;/center&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; &#192; droite l'aube d'&#233;t&#233; &#233;veille les feuilles et les vapeurs et les bruits de ce coin du parc, et les talus de gauche tiennent dans leur ombre violette les mille rapides orni&#232;res de la route humide. D&#233;fil&#233; de f&#233;eries. En effet : des chars charg&#233;s d'animaux de bois dor&#233;, de m&#226;ts et de toiles bariol&#233;es, au grand galop de vingt chevaux de cirque tachet&#233;s, et les enfants et les hommes sur leurs b&#234;tes les plus &#233;tonnantes ; &#8212; vingt v&#233;hicules, boss&#233;s, pavois&#233;s et fleuris comme des carrosses anciens ou de contes, pleins d'enfants attif&#233;s pour une pastorale suburbaine ; &#8212; M&#234;me des cercueils sous leur dais de nuit dressant les panaches d'&#233;b&#232;ne, filant au trot des grandes juments bleues et noires.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;villes&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;center&gt;Villes&lt;/center&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; Ce sont des villes ! C'est un peuple pour qui se sont mont&#233;s ces Alleghanys et ces Libans de r&#234;ve ! Des chalets de cristal et de bois qui se meuvent sur des rails et des poulies invisibles. Les vieux crat&#232;res ceints de colosses et de palmiers de cuivre rugissent m&#233;lodieusement dans les feux. Des f&#234;tes amoureuses sonnent sur les canaux pendus derri&#232;re les chalets. La chasse des carillons crie dans les gorges. Des corporations de chanteurs g&#233;ants accourent dans des v&#234;tements et des oriflammes &#233;clatants comme la lumi&#232;re des cimes. Sur les plateformes1 au milieu des gouffres les Rolands sonnent leur bravoure. Sur les passerelles de l'ab&#238;me et les toits des auberges l'ardeur du ciel pavoise les m&#226;ts. L'&#233;croulement des apoth&#233;oses rejoint les champs des hauteurs o&#249; les centauresses s&#233;raphiques &#233;voluent parmi les avalanches. Au-dessus du niveau des plus hautes cr&#234;tes une mer troubl&#233;e par la naissance &#233;ternelle de V&#233;nus, charg&#233;e de flottes orph&#233;oniques et de la rumeur des perles et des conques pr&#233;cieuses, &#8212; la mer s'assombrit parfois avec des &#233;clats mortels. Sur les versants des moissons de fleurs grandes comme nos armes et nos coupes, mugissent. Des cort&#232;ges de Mabs en robes rousses, opalines, montent des ravines. L&#224;-haut, les pieds dans la cascade et les ronces, les cerfs t&#234;tent Diane. Les Bacchantes des banlieues sanglotent et la lune br&#251;le et hurle. V&#233;nus entre dans les cavernes des forgerons et des ermites. Des groupes de beffrois chantent les id&#233;es des peuples. Des ch&#226;teaux b&#226;tis en os sort la musique inconnue. Toutes les l&#233;gendes &#233;voluent et les &#233;lans se ruent dans les bourgs. Le paradis des orages s'effondre. Les sauvages dansent sans cesse la f&#234;te de la nuit. Et une heure je suis descendu dans le mouvement d'un boulevard de Bagdad o&#249; des compagnies ont chant&#233; la joie du travail nouveau, sous une brise &#233;paisse, circulant sans pouvoir &#233;luder les fabuleux fant&#244;mes des monts o&#249; l'on a d&#251; se retrouver.&lt;br class='autobr' /&gt; Quels bons bras, quelle belle heure me rendront cette r&#233;gion d'o&#249; viennent mes sommeils et mes moindres mouvements ?&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;vagabonds&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;center&gt;Vagabonds&lt;/center&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; Pitoyable fr&#232;re ! Que d'atroces veill&#233;es je lui dus ! &#171; Je ne me saisissais pas fervemment de cette entreprise. Je m'&#233;tais jou&#233; de son infirmit&#233;. Par ma faute nous retournerions en exil, en esclavage. &#187; Il me supposait un guignon et une innocence tr&#232;s bizarres, et il ajoutait des raisons inqui&#233;tantes.&lt;br class='autobr' /&gt; Je r&#233;pondais en ricanant &#224; ce satanique docteur, et finissais par gagner la fen&#234;tre. Je cr&#233;ais, par-del&#224; la campagne travers&#233;e par des bandes de musique rare, les fant&#244;mes du futur luxe nocturne.&lt;br class='autobr' /&gt; Apr&#232;s cette distraction vaguement hygi&#233;nique, je m'&#233;tendais sur une paillasse. Et, presque chaque nuit, aussit&#244;t endormi, le pauvre fr&#232;re se levait, la bouche pourrie, les yeux arrach&#233;s, &#8212; tel qu'il se r&#234;vait ! &#8212; et me tirait dans la salle en hurlant son songe de chagrin idiot.&lt;br class='autobr' /&gt; J'avais en effet, en toute sinc&#233;rit&#233; d'esprit, pris l'engagement de le rendre &#224; son &#233;tat primitif de fils du Soleil, &#8212; et nous errions, nourris du vin des cavernes et du biscuit de la route, moi press&#233; de trouver le lieu et la formule.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;villes&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;center&gt;Villes&lt;/center&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; L'acropole officielle outre les conceptions de la barbarie moderne les plus colossales. Impossible d'exprimer le jour mat produit par le ciel immuablement gris, l'&#233;clat imp&#233;rial des b&#226;tisses, et la neige &#233;ternelle du sol. On a reproduit dans un go&#251;t d'&#233;normit&#233; singulier toutes les merveilles classiques de l'architecture. J'assiste &#224; des expositions de peinture dans des locaux vingt fois plus vastes qu'Hampton-Court. Quelle peinture ! Un Nabuchodonosor norw&#233;gien a fait construire les escaliers des minist&#232;res ; les subalternes que j'ai pu voir sont d&#233;j&#224; plus fiers que des Brahmas1 et j'ai trembl&#233; &#224; l'aspect de colosses des gardiens et officiers de constructions2. Par le groupement des b&#226;timents en squares, cours et terrasses ferm&#233;es, on a &#233;vinc&#233; les cochers. Les parcs repr&#233;sentent la nature primitive travaill&#233;e par un art superbe. Le haut quartier a des parties inexplicables : un bras de mer, sans bateaux, roule sa nappe de gr&#233;sil bleu entre des quais charg&#233;s de cand&#233;labres g&#233;ants. Un pont court conduit &#224; une poterne imm&#233;diatement sous le d&#244;me de la Sainte-Chapelle. Ce d&#244;me est une armature d'acier artistique de quinze mille pieds de diam&#232;tre environ.&lt;br class='autobr' /&gt; Sur quelques points des passerelles de cuivre, des plates-formes, des escaliers qui contournent les halles et les piliers, j'ai cru pouvoir juger la profondeur de la ville ! C'est le prodige dont je n'ai pu me rendre compte : quels sont les niveaux des autres quartiers sur ou sous l'acropole ? Pour l'&#233;tranger de notre temps la reconnaissance est impossible. Le quartier commer&#231;ant est un circus d'un seul style, avec galeries &#224; arcades. On ne voit pas de boutiques. Mais la neige de la chauss&#233;e est &#233;cras&#233;e ; quelques nababs aussi rares que les promeneurs d'un matin de dimanche &#224; Londres, se dirigent vers une diligence de diamants. Quelques divans de velours rouge : on sert des boissons polaires dont le prix varie de huit cents &#224; huit mille roupies. A l'id&#233;e de chercher des th&#233;&#226;tres sur ce circus, je me r&#233;ponds que les boutiques doivent contenir des drames assez sombres. Je pense qu'il y a une police, mais la loi doit &#234;tre tellement &#233;trange, que je renonce &#224; me faire une id&#233;e des aventuriers d'ici.&lt;br class='autobr' /&gt; Le faubourg aussi &#233;l&#233;gant qu'une belle rue de Paris est favoris&#233; d'un air de lumi&#232;re. L'&#233;l&#233;ment d&#233;mocratique compte quelques cents3 &#226;mes. L&#224; encore les maisons ne se suivent pas ; le faubourg se perd bizarrement dans la campagne, le &#171; Comt&#233; &#187; qui remplit l'occident &#233;ternel des for&#234;ts et des plantations prodigieuses o&#249; les gentilshommes sauvages chassent leurs chroniques sous la lumi&#232;re qu'on a cr&#233;&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;veillees&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;center&gt;Veill&#233;es&lt;/center&gt;&lt;/h2&gt;&lt;center&gt;I&lt;/center&gt;
&lt;p&gt; C'est le repos &#233;clair&#233;, ni fi&#232;vre ni langueur, sur le lit ou sur le pr&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt; C'est l'ami ni ardent ni faible. L'ami.&lt;br class='autobr' /&gt; C'est l'aim&#233;e ni tourmentante ni tourment&#233;e. L'aim&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt; L'air et le monde point cherch&#233;s. La vie.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Etait-ce donc ceci ?&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Et le r&#234;ve fra&#238;chit.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;II&lt;/center&gt;
&lt;p&gt; L'&#233;clairage revient &#224; l'arbre de b&#226;tisse. Des deux extr&#233;mit&#233;s de la salle, d&#233;cors quelconques, des &#233;l&#233;vations harmoniques se joignent. La muraille en face du veilleur est une succession psychologique de coupes de frises, de bandes atmosph&#233;riques et d'accidences g&#233;ologiques. &#8212; R&#234;ve intense et rapide de groupes sentimentaux avec des &#234;tres de tous les caract&#232;res parmi toutes les apparences.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;III&lt;/center&gt;
&lt;p&gt; Les lampes et les tapis de la veill&#233;e font le bruit des vagues, la nuit, le long de la coque et autour du steerage.&lt;br class='autobr' /&gt; La mer de la veill&#233;e, telle que les seins d'Am&#233;lie.&lt;br class='autobr' /&gt; Les tapisseries, jusqu'&#224; mi-hauteur, des taillis de dentelle, teinte d'&#233;meraude, o&#249; se jettent les tourterelles de la veill&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;.....................................................................................................................&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La plaque du foyer noir, de r&#233;els soleils des gr&#232;ves : ah ! puits des magies ; seule vue d'aurore, cette fois.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;mystique&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;center&gt;Mystique&lt;/center&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; Sur la pente du talus les anges tournent leurs robes de laine dans les herbages d'acier et d'&#233;meraude.&lt;br class='autobr' /&gt; Des pr&#233;s de flammes bondissent jusqu'au sommet du mamelon. &#192; gauche le terreau de l'ar&#234;te est pi&#233;tin&#233; par tous les homicides et toutes les batailles, et tous les bruits d&#233;sastreux filent leur courbe. Derri&#232;re l'ar&#234;te de droite la ligne des orients, des progr&#232;s.&lt;br class='autobr' /&gt; Et tandis que la bande en haut du tableau est form&#233;e de la rumeur tournante et bondissante des conques des mers et des nuits humaines,&lt;br class='autobr' /&gt; La douceur fleurie des &#233;toiles et du ciel et du reste descend en face du talus comme un panier, &#8212; contre notre face, et fait l'ab&#238;me fleurant et bleu l&#224;-dessous.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;aube&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;center&gt;Aube&lt;/center&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; J'ai embrass&#233; l'aube d'&#233;t&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt; Rien ne bougeait encore au front des palais. L'eau &#233;tait morte. Les camps d'ombres ne quittaient pas la route du bois. J'ai march&#233;, r&#233;veillant les haleines vives et ti&#232;des, et les pierreries regard&#232;rent, et les ailes se lev&#232;rent sans bruit.&lt;br class='autobr' /&gt; La premi&#232;re entreprise fut, dans le sentier d&#233;j&#224; empli de frais et bl&#234;mes &#233;clats, une fleur qui me dit son nom.&lt;br class='autobr' /&gt; Je ris au wasserfall blond qui s'&#233;chevela &#224; travers les sapins : &#224; la cime argent&#233;e je reconnus la d&#233;esse.&lt;br class='autobr' /&gt; Alors je levai un &#224; un les voiles. Dans l'all&#233;e, en agitant les bras. Par la plaine, o&#249; je l'ai d&#233;nonc&#233;e au coq. &#192; la grand'ville elle fuyait parmi les clochers et les d&#244;mes, et courant comme un mendiant sur les quais de marbre, je la chassais.&lt;br class='autobr' /&gt; En haut de la route, pr&#232;s d'un bois de lauriers, je l'ai entour&#233;e avec ses voiles amass&#233;s, et j'ai senti un peu son immense corps. L'aube et l'enfant tomb&#232;rent au bas du bois.&lt;br class='autobr' /&gt; Au r&#233;veil il &#233;tait midi.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;fleurs&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;center&gt;Fleurs&lt;/center&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; D'un gradin d'or, &#8212; parmi les cordons de soie, les gazes grises, les velours verts et les disques de cristal qui noircissent comme du bronze au soleil, &#8212; je vois la digitale s'ouvrir sur un tapis de filigranes d'argent, d'yeux et de chevelures.&lt;br class='autobr' /&gt; Des pi&#232;ces d'or jaune sem&#233;es sur l'agate, des piliers d'acajou supportant un d&#244;me d'&#233;meraudes, des bouquets de satin blanc et de fines verges de rubis entourent la rose d'eau.&lt;br class='autobr' /&gt; Tels qu'un dieu aux &#233;normes yeux bleus et aux formes de neige, la mer et le ciel attirent aux terrasses de marbre la foule des jeunes et fortes roses.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;nocturne&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;center&gt;Nocturne vulgaire&lt;/center&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; Un souffle ouvre des br&#232;ches op&#233;radiques dans les cloisons, &#8212; brouille le pivotement des toits rong&#233;s, &#8212; disperse1 les limites des foyers, &#8212; &#233;clipse les crois&#233;es. &#8212; Le long de la vigne, m'&#233;tant appuy&#233; du pied &#224; une gargouille, &#8212; Je suis descendu dans ce carrosse dont l'&#233;poque est assez indiqu&#233;e par les glaces convexes, les panneaux bomb&#233;s et les sophas contourn&#233;s &#8212; Corbillard de mon sommeil, isol&#233;, maison de berger de ma niaiserie, le v&#233;hicule vire sur le gazon de la grande route effac&#233;e ; et dans un d&#233;faut en haut de la glace de droite tournoient les bl&#234;mes figures lunaires, feuilles, seins ;&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Un vert et un bleu tr&#232;s fonc&#233;s envahissent l'image. D&#233;telage aux environs d'une tache de gravier. &lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Ici, va-t-on siffler pour l'orage, et les Sodomes, &#8212; et les Solymes, &#8212; et les b&#234;tes f&#233;roces et les arm&#233;es, &lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; (Postillon et b&#234;tes de songe reprendront-ils sous les plus suffocantes futaies, pour m'enfoncer jusqu'aux yeux dans la source de soie).&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Et nous envoyer, fouett&#233;s &#224; travers les eaux clapotantes et les boissons r&#233;pandues, rouler sur l'aboi des dogues...&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Un souffle disperse les limites du foyer.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;marine&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;center&gt;Marine&lt;/center&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; Les chars d'argent et de cuivre &#8212;&lt;br class='autobr' /&gt;
Les proues d'acier et d'argent &#8212;&lt;br class='autobr' /&gt;
Battent l'&#233;cume, &#8212;&lt;br class='autobr' /&gt;
Soul&#232;vent les souches des ronces. &#8212;&lt;br class='autobr' /&gt; Les courants de la lande,&lt;br class='autobr' /&gt;
Et les orni&#232;res immenses du reflux,&lt;br class='autobr' /&gt;
Filent circulairement vers l'est,&lt;br class='autobr' /&gt;
Vers les piliers de la for&#234;t, &#8212;&lt;br class='autobr' /&gt;
Vers les f&#251;ts de la jet&#233;e,&lt;br class='autobr' /&gt;
Dont l'angle est heurt&#233; par des tourbillons de lumi&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;fete&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;center&gt;F&#234;te d'hiver&lt;/center&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; La cascade sonne derri&#232;re les huttes d'op&#233;ra-comique. Des girandoles prolongent, dans les vergers et les all&#233;es voisins du M&#233;andre, &#8212; les verts et les rouges du couchant. Nymphes d'Horace coiff&#233;es au Premier Empire, &#8212; Rondes Sib&#233;riennes, Chinoises de Boucher.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;angoisse&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;center&gt;Angoisse&lt;/center&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; Se peut-il qu'Elle me fasse pardonner les ambitions continuellement &#233;cras&#233;es, &#8212; qu'une fin ais&#233;e r&#233;pare les &#226;ges d'indigence, &#8212; qu'un jour de succ&#232;s nous endorme sur la honte de notre inhabilet&#233; fatale.&lt;br class='autobr' /&gt; ( &#212; palmes ! diamant ! &#8212; Amour, force ! &#8212; plus haut que toutes joies et gloires ! &#8212; de toutes fa&#231;ons, partout, &#8212; D&#233;mon, dieu, &#8212; Jeunesse de cet &#234;tre-ci, moi ! )&lt;br class='autobr' /&gt; Que des accidents de f&#233;erie scientifique et des mouvements de fraternit&#233; sociale soient ch&#233;ris comme restitution progressive de la franchise premi&#232;re ?...&lt;br class='autobr' /&gt; Mais la Vampire qui nous rend gentils commande que nous nous amusions avec ce qu'elle nous laisse, ou qu'autrement nous soyons plus dr&#244;les.&lt;br class='autobr' /&gt; Rouler aux blessures, par l'air lassant et la mer ; aux supplices, par le silence des eaux et de l'air meurtriers ; aux tortures qui rient, dans leur silence atrocement houleux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; -&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;metropolitain&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;center&gt;M&#233;tropolitain&lt;/center&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; Du d&#233;troit d'indigo aux mers d'Ossian, sur le sable rose et orange qu'a lav&#233; le ciel vineux viennent de monter et de se croiser des boulevards de cristal habit&#233;s incontinent par de jeunes familles pauvres qui s'alimentent chez les fruitiers. Rien de riche. &#8212; La ville !&lt;br class='autobr' /&gt; Du d&#233;sert de bitume fuient droit en d&#233;route avec les nappes de brumes &#233;chelonn&#233;es en bandes affreuses au ciel qui se recourbe, se recule et descend, form&#233; de la plus sinistre fum&#233;e noire que puisse faire l'Oc&#233;an en deuil, les casques, les roues, les barques, les croupes. &#8212; La bataille !&lt;br class='autobr' /&gt; L&#232;ve la t&#234;te : ce pont de bois, arqu&#233; ; les derniers potagers de Samarie ; ces masques enlumin&#233;s sous la lanterne fouett&#233;e par la nuit froide ; l'ondine niaise &#224; la robe bruyante, au bas de la rivi&#232;re : les cr&#226;nes lumineux dans les plans de pois &#8212; et les autres fantasmagories &#8212; la campagne.&lt;br class='autobr' /&gt; Des routes bord&#233;es de grilles et de murs, contenant &#224; peine leurs bosquets, et les atroces fleurs qu'on appellerait c&#339;urs et s&#339;urs, Damas damnant de longueur, &#8212; possessions de f&#233;eriques aristocraties ultra-Rh&#233;nanes, Japonaises, Guaranies, propres encore &#224; recevoir la musique des anciens &#8212; et il y a des auberges qui pour toujours n'ouvrent d&#233;j&#224; plus &#8212; il y a des princesses, et si tu n'es pas trop accabl&#233;, l'&#233;tude des astres &#8212; Le ciel.&lt;br class='autobr' /&gt; Le matin o&#249; avec Elle, vous vous d&#233;batt&#238;tes parmi les &#233;clats de neige, les l&#232;vres vertes, les glaces, les drapeaux noirs et les rayons bleus, et les parfums pourpres du soleil des p&#244;les, &#8212; ta force.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;barbare&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;center&gt;Barbare&lt;/center&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; Bien apr&#232;s les jours et les saisons, et les &#234;tres et les pays,&lt;br class='autobr' /&gt; Le pavillon en viande saignante sur la soie des mers et des fleurs arctiques ; (elles n'existent pas.)&lt;br class='autobr' /&gt; Remis des vieilles fanfares d'h&#233;ro&#239;sme &#8212; qui nous attaquent encore le c&#339;ur et la t&#234;te &#8212; loin des anciens assassins &#8212;&lt;br class='autobr' /&gt; Oh ! Le pavillon en viande saignante sur la soie des mers et des fleurs arctiques ; (elles n'existent pas)&lt;br class='autobr' /&gt; Douceurs !&lt;br class='autobr' /&gt; Les brasiers pleuvant aux rafales de givre, &#8212; Douceurs ! &#8212; les feux &#224; la pluie du vent de diamants jet&#233;e par le c&#339;ur terrestre &#233;ternellement carbonis&#233; pour nous. &#8212; &#212; monde ! &#8212;&lt;br class='autobr' /&gt; (Loin des vieilles retraites et des vieilles flammes, qu'on entend, qu'on sent,)&lt;br class='autobr' /&gt; Les brasiers et les &#233;cumes. La musique, virement des gouffres et choc des gla&#231;ons aux astres.&lt;br class='autobr' /&gt; &#212; Douceurs, &#244; monde, &#244; musique ! Et l&#224;, les formes, les sueurs, les chevelures et les yeux, flottant. Et les larmes blanches, bouillantes, &#8212; &#244; douceurs ! &#8212; et la voix f&#233;minine arriv&#233;e au fond des volcans et des grottes arctiques.&lt;br class='autobr' /&gt; Le pavillon...&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;promontoire&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;center&gt;Promontoire&lt;/center&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; L'aube d'or et la soir&#233;e frissonnante trouvent notre brick en large en face de cette villa et de ses d&#233;pendances, qui forment un promontoire aussi &#233;tendu que l'&#201;pire et le P&#233;loponn&#232;se, ou que la grande &#238;le du Japon, ou que l'Arabie ! Des fanums qu'&#233;claire la rentr&#233;e des th&#233;ories, d'immenses vues de la d&#233;fense des c&#244;tes modernes ; des dunes illustr&#233;es de chaudes fleurs et de bacchanales ; de grands canaux de Carthage et des Embankments d'une Venise louche ; de molles &#233;ruptions d'Etnas et des crevasses de fleurs et d'eaux des glaciers ; des lavoirs entour&#233;s de peupliers d'Allemagne ; des talus de parcs singuliers penchant des t&#234;tes d'Arbres1 du Japon ; les fa&#231;ades circulaires des &#034;Royal&#034; ou des &#034;Grand&#034; de Scarbro ou de Brooklyn ; et leurs railways flanquent, creusent, surplombent les dispositions de cet H&#244;tel, choisies dans l'histoire des plus &#233;l&#233;gantes et des plus colossales constructions de l'Italie, de l'Am&#233;rique et de l'Asie, dont les fen&#234;tres et les terrasses &#224; pr&#233;sent pleines d'&#233;clairages, de boissons et de brises riches, sont ouvertes &#224; l'esprit des voyageurs et des nobles &#8212; qui permettent, aux heures du jour, &#224; toutes les tarentelles des c&#244;tes, &#8212; et m&#234;me aux ritournelles des vall&#233;es illustres de l'art, de d&#233;corer merveilleusement les fa&#231;ades du Palais-Promontoire.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;scenes&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;center&gt;Sc&#232;nes&lt;/center&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; L'ancienne Com&#233;die poursuit ses accords et divise ses Idylles :&lt;br class='autobr' /&gt; Des boulevards de tr&#233;teaux.&lt;br class='autobr' /&gt; Un long pier en bois d'un bout &#224; l'autre d'un champ rocailleux o&#249; la foule barbare &#233;volue sous les arbres d&#233;pouill&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt; Dans des corridors de gaze noire, suivant le pas des promeneurs aux lanternes et aux feuilles.&lt;br class='autobr' /&gt; Des oiseaux de myst&#232;res s'abattent sur un ponton de ma&#231;onnerie m&#251; par l'archipel couvert des embarcations des spectateurs.&lt;br class='autobr' /&gt; Des sc&#232;nes lyriques accompagn&#233;es de fl&#251;te et de tambour s'inclinent dans des r&#233;duits m&#233;nag&#233;s sous les plafonds, autour des salons de clubs modernes ou des salles de l'Orient ancien.&lt;br class='autobr' /&gt; La f&#233;erie man&#339;uvre au sommet d'un amphith&#233;&#226;tre couronn&#233; par les taillis, &#8212; Ou s'agite et module pour les B&#233;otiens, dans l'ombre des futaies mouvantes sur l'ar&#234;te des cultures.&lt;br class='autobr' /&gt; L'op&#233;ra-comique se divise sur une sc&#232;ne &#224; l'ar&#234;te d'intersection de dix cloisons dress&#233;es de la galerie aux feux.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;soir&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;center&gt;Soir historique&lt;/center&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; En quelque soir, par exemple, que se trouve le touriste na&#239;f, retir&#233; de nos horreurs &#233;conomiques, la main d'un ma&#238;tre anime le clavecin des pr&#233;s ; on joue aux cartes au fond de l'&#233;tang, miroir &#233;vocateur des reines et des mignonnes ; on a les saintes, les voiles, et les fils d'harmonie, et les chromatismes l&#233;gendaires, sur le couchant.&lt;br class='autobr' /&gt; Il frissonne au passage des chasses et des hordes. La com&#233;die goutte1 sur les tr&#233;teaux de gazon. Et l'embarras des pauvres et des faibles sur ces plans stupides !&lt;br class='autobr' /&gt; &#192; sa vision esclave, &#8212; l'Allemagne s'&#233;chafaude vers des lunes ; les d&#233;serts tartares s'&#233;clairent &#8212; les r&#233;voltes anciennes grouillent dans le centre du C&#233;leste Empire, par les escaliers et les fauteuils de rocs2 &#8212; un petit monde bl&#234;me et plat, Afrique et Occidents, va s'&#233;difier. Puis un ballet de mers et de nuits connues, une chimie sans valeur, et des m&#233;lodies impossibles.&lt;br class='autobr' /&gt; La m&#234;me magie bourgeoise &#224; tous les points o&#249; la malle nous d&#233;posera ! Le plus &#233;l&#233;mentaire physicien sent qu'il n'est plus possible de se soumettre &#224; cet atmosph&#232;re personnel, brume3 de remords physiques, dont la constatation est d&#233;j&#224; une affliction.&lt;br class='autobr' /&gt; Non ! &#8212; Le moment de l'&#233;tuve, des mers enlev&#233;es, des embrasements souterrains, de la plan&#232;te emport&#233;e, et des exterminations cons&#233;quentes, certitudes si peu malignement indiqu&#233;es dans la Bible et par les Nornes et qu'il sera donn&#233; &#224; l'&#234;tre s&#233;rieux de surveiller. &#8212; Cependant ce ne sera point un effet de l&#233;gende !&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;mouvement&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;center&gt;Mouvement&lt;/center&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement de lacet sur la berge des chutes du fleuve,&lt;br class='autobr' /&gt;
Le gouffre &#224; l'&#233;tambot,&lt;br class='autobr' /&gt;
La c&#233;l&#233;rit&#233; de la rampe,&lt;br class='autobr' /&gt;
L'&#233;norme passade du courant&lt;br class='autobr' /&gt;
M&#232;nent par les lumi&#232;res inou&#239;es&lt;br class='autobr' /&gt;
Et la nouveaut&#233; chimique&lt;br class='autobr' /&gt;
Les voyageurs entour&#233;s des trombes du val&lt;br class='autobr' /&gt;
Et du strom.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont les conqu&#233;rants du monde&lt;br class='autobr' /&gt;
Cherchant la fortune chimique personnelle ;&lt;br class='autobr' /&gt;
Le sport et le comfort voyagent avec eux ;&lt;br class='autobr' /&gt;
Ils emm&#232;nent l'&#233;ducation&lt;br class='autobr' /&gt;
Des races, des classes et des b&#234;tes, sur ce Vaisseau.&lt;br class='autobr' /&gt;
Repos et vertige&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; la lumi&#232;re diluvienne,&lt;br class='autobr' /&gt;
Aux terribles soirs d'&#233;tude.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car de la causerie parmi les appareils, &#8212; le sang, les fleurs, le feu, les bijoux &#8212;&lt;br class='autobr' /&gt;
Des comptes agit&#233;s &#224; ce bord fuyard,
&lt;br /&gt;&#8212; On voit, roulant comme une digue au-del&#224; de la route hydraulique motrice,&lt;br class='autobr' /&gt;
Monstrueux, s'&#233;clairant sans fin, &#8212; leur stock d'&#233;tudes ; &#8212;&lt;br class='autobr' /&gt;
Eux chass&#233;s dans l'extase harmonique,&lt;br class='autobr' /&gt;
Et l'h&#233;ro&#239;sme de la d&#233;couverte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aux accidents atmosph&#233;riques les plus surprenants&lt;br class='autobr' /&gt;
Un couple de jeunesse s'isole sur l'arche,
&lt;br /&gt;&#8212; Est-ce ancienne sauvagerie qu'on pardonne ? &#8212;&lt;br class='autobr' /&gt;
Et chante et se poste.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;bottom&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;center&gt;Bottom&lt;/center&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; La r&#233;alit&#233; &#233;tant trop &#233;pineuse pour mon grand caract&#232;re, &#8212; je me trouvai n&#233;anmoins chez ma dame, en gros oiseau gris bleu s'essorant vers les moulures du plafond et tra&#238;nant l'aile dans les ombres de la soir&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt; Je fus, au pied du baldaquin supportant ses bijoux ador&#233;s et ses chefs-d'&#339;uvre physiques, un gros ours aux gencives violettes et au poil chenu de chagrin, les yeux aux cristaux et aux argents des consoles.&lt;br class='autobr' /&gt; Tout se fait ombre et aquarium ardent. Au matin, &#8212; aube de juin batailleuse, &#8212; je courus aux champs, &#226;ne, claironnant et brandissant mon grief, jusqu'&#224; ce que les Sabines de la banlieue vinrent se jeter &#224; mon poitrail.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;h&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;center&gt;H&lt;/center&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; Toutes les monstruosit&#233;s violent les gestes atroces d'Hortense. Sa solitude est la m&#233;canique &#233;rotique, sa lassitude, la dynamique amoureuse. Sous la surveillance d'une enfance elle a &#233;t&#233;, &#224; des &#233;poques nombreuses, l'ardente hygi&#232;ne des races. Sa porte est ouverte &#224; la mis&#232;re. L&#224;, la moralit&#233; des &#234;tres actuels se d&#233;corpore en sa passion ou en son action. &#8212; &#212; terrible frisson des amours novices, sur le sol sanglant et par l'hydrog&#232;ne clarteux ! trouvez Hortense.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;devotion&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;center&gt;D&#233;votion&lt;/center&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; &#192; ma s&#339;ur Louise Vanaen de Voringhem : &#8212; Sa cornette bleue tourn&#233;e &#224; la mer du Nord. &#8212; Pour les naufrag&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt; &#192; ma s&#339;ur L&#233;onie Aubois d'Ashby. Baou. &#8212; l'herbe d'&#233;t&#233; bourdonnante et puante. &#8212; Pour la fi&#232;vre des m&#232;res et des enfants.&lt;br class='autobr' /&gt; &#192; Lulu, &#8212; d&#233;mon &#8212; qui a conserv&#233; un go&#251;t pour les oratoires du temps des Amies et de son &#233;ducation incompl&#232;te. Pour les hommes ! &#192; madame***.&lt;br class='autobr' /&gt; &#192; l'adolescent que je fus. &#192; ce saint vieillard, ermitage ou mission.&lt;br class='autobr' /&gt; &#192; l'esprit des pauvres. Et &#224; un tr&#232;s haut clerg&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt; Aussi bien &#224; tout culte en telle place de culte m&#233;moriale et parmi tels &#233;v&#233;nements qu'il faille se rendre, suivant les aspirations du moment ou bien notre propre vice s&#233;rieux,&lt;br class='autobr' /&gt; Ce soir &#224; Circeto des hautes glaces, grasse comme le poisson, et enlumin&#233;e comme les dix mois de la nuit rouge, &#8212; (son c&#339;ur ambre et spunk), &#8212; pour ma seule pri&#232;re muette comme ces r&#233;gions de nuit et pr&#233;c&#233;dant des bravoures plus violentes que ce chaos polaire.&lt;br class='autobr' /&gt; &#192; tout prix et avec tous les airs, m&#234;me dans des voyages m&#233;taphysiques. &#8212; Mais plus alors.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;democratie&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;center&gt;D&#233;mocratie&lt;/center&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; &#034;Le drapeau va au paysage immonde, et notre patois &#233;touffe le tambour.&lt;br class='autobr' /&gt; &#034;Aux centres nous alimenterons la plus cynique prostitution. Nous massacrerons les r&#233;voltes logiques.&lt;br class='autobr' /&gt; &#034;Aux pays poivr&#233;s et d&#233;tremp&#233;s ! &#8212; au service des plus monstrueuses exploitations industrielles ou militaires.&lt;br class='autobr' /&gt; &#034;Au revoir ici, n'importe o&#249;. Conscrits du bon vouloir, nous aurons la philosophie f&#233;roce ; ignorants pour la science, rou&#233;s pour le confort ; la crevaison pour le monde qui va. C'est la vraie marche. En avant, route !&#034;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;fairy&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;center&gt;Fairy&lt;/center&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; Pour H&#233;l&#232;ne se conjur&#232;rent les s&#232;ves ornamentales dans les ombres vierges et les clart&#233;s impassibles dans le silence astral. L'ardeur de l'&#233;t&#233; fut confi&#233;e &#224; des oiseaux muets et l'indolence requise &#224; une barque de deuils sans prix par des anses d'amours morts et de parfums affaiss&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Apr&#232;s le moment de l'air des b&#251;cheronnes &#224; la rumeur du torrent sous la ruine des bois, de la sonnerie des bestiaux &#224; l'&#233;cho des vals, et des cris1 des steppes. &#8212;&lt;br class='autobr' /&gt; Pour l'enfance d'H&#233;l&#232;ne frissonn&#232;rent les fourrures et les ombres, &#8212; et le sein des pauvres, et les l&#233;gendes du ciel.&lt;br class='autobr' /&gt; Et ses yeux et sa danse sup&#233;rieurs encore aux &#233;clats pr&#233;cieux, aux influences froides, au plaisir du d&#233;cor et de l'heure uniques.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;guerre&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;center&gt;Guerre&lt;/center&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; Enfant, certains ciels ont affin&#233; mon optique : tous les caract&#232;res nuanc&#232;rent ma physionomie. Les Ph&#233;nom&#232;nes s'&#233;murent. &#8212; &#192; pr&#233;sent, l'inflexion &#233;ternelle des moments et l'infini des math&#233;matiques me chassent par ce monde o&#249; je subis tous les succ&#232;s civils, respect&#233; de l'enfance &#233;trange et des affections &#233;normes. &#8212; Je songe &#224; une Guerre de droit ou de force, de logique bien impr&#233;vue.&lt;br class='autobr' /&gt; C'est aussi simple qu'une phrase musicale.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;genie&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;center&gt;G&#233;nie&lt;/center&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; Il est l'affection et le pr&#233;sent puisqu'il a fait la maison ouverte &#224; l'hiver &#233;cumeux et &#224; la rumeur de l'&#233;t&#233; &#8212; lui qui a purifi&#233; les boissons et les aliments &#8212; lui qui est le charme des lieux fuyant et le d&#233;lice surhumain des stations. &#8212; Il est l'affection et l'avenir, la force et l'amour que nous, debout dans les rages et les ennuis, nous voyons passer dans le ciel de temp&#234;te et les drapeaux d'extase.&lt;br class='autobr' /&gt; Il est l'amour, mesure parfaite et r&#233;invent&#233;e, raison merveilleuse et impr&#233;vue, et l'&#233;ternit&#233; : machine aim&#233;e des qualit&#233;s fatales. Nous avons tous eu l'&#233;pouvante de sa concession et de la n&#244;tre : &#244; jouissance de notre sant&#233;, &#233;lan de nos facult&#233;s, affection &#233;go&#239;ste et passion pour lui, &#8212; lui qui nous aime pour sa vie infinie...&lt;br class='autobr' /&gt; Et nous nous le rappelons et il voyage... Et si l'Adoration s'en va, sonne, sa Promesse, sonne : &#034;Arri&#232;re ces superstitions, ces anciens corps, ces m&#233;nages et ces &#226;ges. C'est cette &#233;poque-ci qui a sombr&#233; !&#034;&lt;br class='autobr' /&gt; Il ne s'en ira pas, il ne redescendra pas d'un ciel, il n'accomplira pas la r&#233;demption des col&#232;res de femmes et des ga&#238;t&#233;s des hommes et de tout ce p&#234;ch&#233; : car c'est fait, lui &#233;tant, et &#233;tant aim&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt; &#212; ses souffles, ses t&#234;tes, ses courses ; la terrible c&#233;l&#233;rit&#233; de la perfection des formes et de l'action.&lt;br class='autobr' /&gt; &#212; f&#233;condit&#233; de l'esprit et immensit&#233; de l'univers !&lt;br class='autobr' /&gt; Son corps ! Le d&#233;gagement r&#234;v&#233;, le brisement de la gr&#226;ce crois&#233;e de violence nouvelle !&lt;br class='autobr' /&gt; Sa vue, sa vue ! tous les agenouillages anciens et les peines relev&#233;s &#224; sa suite.&lt;br class='autobr' /&gt; Son jour ! l'abolition de toutes souffrances sonores et mouvantes dans la musique plus intense.&lt;br class='autobr' /&gt; Son pas ! les migrations plus &#233;normes que les anciennes invasions.&lt;br class='autobr' /&gt; &#212; Lui et nous ! l'orgueil plus bienveillant que les charit&#233;s perdues.&lt;br class='autobr' /&gt; &#212; monde ! &#8212; et le chant clair des malheurs nouveaux !&lt;br class='autobr' /&gt; Il nous a connus tous et nous a tous aim&#233;s, sachons, cette nuit d'hiver, de cap en cap, du p&#244;le tumultueux au ch&#226;teau, de la foule &#224; la plage, de regards en regards, forces et sentiments las, le h&#233;ler et le voir, et le renvoyer, et sous les mar&#233;es et au haut des d&#233;serts de neige, suivre ses vues, &#8212; ses souffles &#8212; son corps, &#8212; son jour.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;jeunesse&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;center&gt;Jeunesse&lt;/center&gt;&lt;/h2&gt;&lt;center&gt;I&lt;/center&gt;&lt;center&gt;Dimanche&lt;/center&gt;
&lt;p&gt; Les calculs de c&#244;t&#233;, l'in&#233;vitable descente du ciel, la visite des souvenirs et la s&#233;ance des rythmes occupent la demeure, la t&#234;te et le monde de l'esprit.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Un cheval d&#233;tale sur le turf suburbain, et le long des cultures et des boisements, perc&#233; par la peste carbonique. Une mis&#233;rable femme de drame, quelque part dans le monde, soupire apr&#232;s des abandons improbables. Les desperadoes languissent apr&#232;s l'orage, l'ivresse et les blessures. De petits enfants &#233;touffent des mal&#233;dictions le long des rivi&#232;res. &#8212;&lt;br class='autobr' /&gt; Reprenons l'&#233;tude au bruit de l'&#339;uvre d&#233;vorante qui se rassemble et remonte dans les masses.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;II&lt;/center&gt;&lt;center&gt;Sonnet&lt;/center&gt;
&lt;p&gt; Homme de constitution ordinaire, la chair&lt;br class='autobr' /&gt;
n'&#233;tait-elle pas un fruit pendu dans le verger ; &#8212; &#244;&lt;br class='autobr' /&gt;
journ&#233;es enfantes ! &#8212; le corps un tr&#233;sor &#224; prodiguer ; &#8212; &#244;&lt;br class='autobr' /&gt;
aimer, le p&#233;ril ou la force de Psych&#233; ? La terre&lt;br class='autobr' /&gt;
avait des versants fertiles en princes et en artistes&lt;br class='autobr' /&gt;
et la descendance et la race vous poussaient aux&lt;br class='autobr' /&gt;
crimes et aux deuils : le monde votre fortune et votre&lt;br class='autobr' /&gt;
p&#233;ril. Mais &#224; pr&#233;sent, ce labeur combl&#233;, &#8212; toi, tes calculs,
&lt;br /&gt;&#8212; toi, tes impatiences &#8212; ne sont plus que votre danse et&lt;br class='autobr' /&gt;
votre voix, non fix&#233;es et point forc&#233;es1, quoique d'un double&lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;v&#233;nement d'invention et de succ&#232;s +2 une raison,
&lt;br /&gt;&#8212; en l'humanit&#233; fraternelle et3 discr&#232;te par l'univers,4&lt;br class='autobr' /&gt;
sans images ; &#8212; la force et le droit r&#233;fl&#233;chissent la&lt;br class='autobr' /&gt;
danse et la voix &#224; pr&#233;sent seulement appr&#233;ci&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;III&lt;/center&gt;
&lt;center&gt;Vingt ans&lt;/center&gt;
&lt;p&gt; Les voix instructives exil&#233;es... L'ing&#233;nuit&#233; physique am&#232;rement rassise... &#8212; Adagio &#8212; Ah ! l'&#233;go&#239;sme infini de l'adolescence, l'optimisme studieux : que le monde &#233;tait plein de fleurs cet &#233;t&#233; ! Les airs et les formes mourant... &#8212; Un ch&#339;ur, pour calmer l'impuissance et l'absence ! Un ch&#339;ur de verres, de m&#233;lodies nocturnes... En effet les nerfs vont vite chasser.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;IV&lt;/center&gt;
&lt;p&gt; Tu en es encore &#224; la tentation d'Antoine. L'&#233;bat du z&#232;le &#233;court&#233;, les tics d'orgueil pu&#233;ril, l'affaissement et l'effroi.&lt;br class='autobr' /&gt; Mais tu te mettras &#224; ce travail : toutes les possibilit&#233;s harmoniques et architecturales s'&#233;mouvront autour de ton si&#232;ge. Des &#234;tres parfaits, impr&#233;vus, s'offriront &#224; tes exp&#233;riences. Dans tes environs affluera r&#234;veusement la curiosit&#233; d'anciennes foules et de luxes oisifs. Ta m&#233;moire et tes sens ne seront que la nourriture de ton impulsion cr&#233;atrice. Quant au monde, quand tu sortiras, que sera-t-il devenu ? En tout cas, rien des apparences actuelles.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;solde&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;center&gt;Solde&lt;/center&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; &#192; vendre ce que les Juifs n'ont pas vendu, ce que noblesse ni crime n'ont go&#251;t&#233;, ce qu'ignorent l'amour maudit et la probit&#233; infernale des masses : ce que le temps ni la science n'ont pas &#224; reconna&#238;tre :&lt;br class='autobr' /&gt; Les Voix reconstitu&#233;es ; l'&#233;veil fraternel de toutes les &#233;nergies chorales et orchestrales et leurs applications instantan&#233;es ; l'occasion, unique, de d&#233;gager nos sens !&lt;br class='autobr' /&gt; &#192; vendre les Corps sans prix, hors de toute race, de tout monde, de tout sexe, de toute descendance ! Les richesses jaillissant &#224; chaque d&#233;marche ! Solde de diamants sans contr&#244;le !&lt;br class='autobr' /&gt; &#192; vendre l'anarchie pour les masses ; la satisfaction irr&#233;pressible pour les amateurs sup&#233;rieurs ; la mort atroce pour les fid&#232;les et les amants !&lt;br class='autobr' /&gt; &#192; vendre les habitations et les migrations, sports, f&#233;eries et comforts parfaits, et le bruit, le mouvement et l'avenir qu'ils font !&lt;br class='autobr' /&gt; &#192; vendre les applications de calcul et les sauts d'harmonie inou&#239;s. Les trouvailles et les termes non soup&#231;onn&#233;s, possession imm&#233;diate,&lt;br class='autobr' /&gt; &#201;lan insens&#233; et infini aux splendeurs invisibles, aux d&#233;lices insensibles, &#8212; et ses secrets affolants pour chaque vice &#8212; et sa ga&#238;t&#233; effrayante pour la foule &#8212;.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; &#192; vendre les Corps, les voix, l'immense opulence inquestionable, ce qu'on ne vendra jamais. Les vendeurs ne sont pas &#224; bout de solde ! Les voyageurs n'ont pas &#224; rendre leur commission de si t&#244;t !&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		
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