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	<title>arnaud ma&#239;setti | carnets</title>
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	<description>Carnets d'&#233;critures et de lectures, journal, images, textes &amp; fictions web. (Depuis octobre 2005)</description>
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		<title>arnaud ma&#239;setti | carnets</title>
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		<title>Rimbaud | Une Am&#233;rique secr&#232;te</title>
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		<dc:date>2026-03-12T18:23:04Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;&#171; C'est un peuple pour qui se sont mont&#233;s ces Alleghanys et ces Libans de r&#234;ve ! &#187;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.arnaudmaisetti.net/spip/notes-questions-lirecrire/rimbaud-lire-ecrire/rimbaud-des-nouvelles-jusqu-a-nous/" rel="directory"&gt;Rimbaud, des nouvelles jusqu'&#224; nous&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/logo/capture_d_e_cran_2026-03-01_a_08.54_04.png?1773339336' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='150' height='98' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/capture_d_e_cran_2026-03-01_a_08.54_14.png?1773339351&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Les &lt;a href=&#034;https://arnaudmaisetti.net/spip/notes-questions-lirecrire/rimbaud-lire-ecrire/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;carnets Rimbaud&lt;/a&gt; &lt;br /&gt;&#8212; &lt;a href=&#034;https://arnaudmaisetti.net/spip/notes-questions-lirecrire/rimbaud-lire-ecrire/rimbaud-des-nouvelles-jusqu-a-nous/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Des nouvelles jusqu'&#224; nous&lt;/a&gt; (des signes adress&#233;es outre-tombe)
&lt;br /&gt;&#8212; &lt;a href=&#034;https://arnaudmaisetti.net/spip/notes-questions-lirecrire/rimbaud-lire-ecrire/rimbaud-une-vie/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Les vies irracont&#233;es&lt;/a&gt; (une contre-bio)
&lt;br /&gt;&#8212; &lt;a href=&#034;https://arnaudmaisetti.net/spip/notes-questions-lirecrire/rimbaud-lire-ecrire/rimbaud-une-anthologie/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Anthologies&lt;/a&gt; (textes &amp; br&#251;lots)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Une &lt;i&gt;illumination&lt;/i&gt; apr&#232;s l'autre, voil&#224; qu'une rose des vents recompose le monde. C'est peut-&#234;tre le geste absent, et premier, de ce mince livre &#8212; qu'on r&#233;duit &#224; tort &#224; cette seule puissance de d&#233;flagration &#224; m&#234;me de renverser les assises de la pens&#233;e occidentale, mais non : c'est si peu dire. Comme sur le capot d'une voiture on d&#233;ploie la carte du monde, et qu'on d&#233;ciderait, parce que c'est ainsi, que l'ouest n'est plus &#224; l'ouest, et le sud, et le nord, ni l'est : et qu'il n'y a plus ni carte ni territoire, mais pur d&#233;sir de les voir tel que le d&#233;sir les exige.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aimant&#233;e par la brutalit&#233; d'affects qui gouvernent d&#233;sormais les pens&#233;es, la rose des vents dessine les trajectoires : au nord s'&#233;paississent les brouillards de l'abjection, lourds d'une noirceur compacte, hostile &#8212; d'une hostilit&#233; m&#234;me qui pourrait presque para&#238;tre d&#233;sirable : Bruxelles, Londres ; au sud se tend d'&#233;vidence la ligne du d&#233;sir &#233;toil&#233; d'or, la soif qu'attise la chaleur, et la chaleur qui appelle l'in&#233;puisable soif ; &#224; l'est se dresse l'&#233;blouissement, fascination presque intouchable o&#249; miroite Java, soleils lev&#233;s, aubes sans cesses naissantes de la r&#233;alit&#233; maudite &#8212; mais &#224; l'ouest ? On se penche. Le dessin ici s'estompe &#224; mesure qu'il d&#233;vore le couchant. C'est le p&#244;le quasi silencieux, presque secret, qui incline la pens&#233;e vers un horizon qu'elle pressent sans rien d&#233;signer &#8212; silencieux ? Non pas muet. Il suffit alors d'un seul mot murmur&#233; pour soulever, comme on le ferait d'un caillou d'une tonne pos&#233; lourdement sur la fourmili&#232;re cach&#233;e, les cit&#233;s grouillantes du Grand Ouest. Celui, par exemple, et au hasard (non) : d'&lt;i&gt;Alleghanys&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alleghanys ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On se souvient de la page corn&#233;e : du po&#232;me ancien et pourtant plus jeune que le monde qui portait ce mot. Alleghany.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Devant de tels mots, sid&#233;rants et s&#251;rs d'eux, on ne sait vraiment que faire &#8212; souvent m&#234;me, on ne fait rien ; on passe ; on ne sait faire que cela : que passer. Voil&#224; un autre mot impossible, et alors ? On est embarrass&#233;, oui, mais il y en a tant, de ces mots qu'on m&#226;che comme des cailloux et tout le po&#232;me, toute cette langue et ce monde sont peut-&#234;tre de cet acabit ; il suffit de passer. On enjambe m&#234;me et l'acabit et l'embarras. Et puis, c'est commode : on a tant dit de tout ce fatras qu'il &#233;tait envoutant, autant se livrer &#224; l'envo&#251;tement : &lt;i&gt;Alleghanys&lt;/i&gt;, moins un nom qu'un mot, et moins un mot qu'un sort, une formule. Et voici le Rimbaud vaporeux des ma&#238;tres d'&#233;cole qui tiennent l&#224; r&#233;servoir d'explication de textes o&#249; le myst&#232;re tiendra lieu de &lt;i&gt;probl&#233;matique&lt;/i&gt;. Tentant, oui, de voir partout ce r&#234;ve sans attaches, vapeur, d&#233;rive purement verbale et th&#233;&#226;tre de signes qui se regardent jouer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Alleghanys&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sauf que ce sort n'est pas seulement un mot, c'est surtout un nom : pas m&#234;me : un lieu du monde que l'orthographe a peu &#224; peu d&#233;form&#233; jusqu'&#224; nous &#8211; et qui s'&#233;crit de toutes les fa&#231;ons possible, Alleghanie tout aussi bien qu'Allegheny. Oui, voici que se dresse Cobb Hill, dans le comt&#233; de Potter, en Pennsylvanie, plus qu'un nom : un mince filet d'eau qui va depuis le lac &#201;ri&#233; pour se jeter infiniment dans l'Ohio, nom qui prend corps dans le cours du temps et d'un fleuve, errant dans Pittsburg pour nommer comt&#233;, parc, bouche de m&#233;tro et salle de conf&#233;rence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut ouvrir de nouveau le livre et revenir &#224; la page corn&#233;e, et plonger dans la page sid&#233;rante, s'y perdre pour voir lentement le monde s'organiser autrement, plus douloureusement, plus brutalement.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_16744 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/bday11_skyline_33_hdr-e1572460361435.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/bday11_skyline_33_hdr-e1572460361435.jpg?1773342028' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Ce sont des villes ! C'est un peuple pour qui se sont mont&#233;s ces Alleghanys et ces Libans de r&#234;ve ! Des chalets de cristal et de bois qui se meuvent sur des rails et des poulies invisibles. Les vieux crat&#232;res ceints de colosses et de palmiers de cuivre rugissent m&#233;lodieusement dans les feux. Des f&#234;tes amoureuses sonnent sur les canaux pendus derri&#232;re les chalets. La chasse des carillons crie dans les gorges. Des corporations de chanteurs g&#233;ants accourent dans des v&#234;tements et des oriflammes &#233;clatants comme la lumi&#232;re des cimes. Sur les plates-formes au milieu des gouffres les Rolands sonnent leur bravoure. Sur les passerelles de l'ab&#238;me et les toits des auberges l'ardeur du ciel pavoise les m&#226;ts. L'&#233;croulement des apoth&#233;oses rejoint les champs des hauteurs o&#249; les centauresses s&#233;raphiques &#233;voluent parmi les avalanches. Au-dessus du niveau des plus hautes cr&#234;tes une mer troubl&#233;e par la naissance &#233;ternelle de V&#233;nus, charg&#233;e de flottes orph&#233;oniques et de la rumeur des perles et des conques pr&#233;cieuses, &#8212; la mer s'assombrit parfois avec des &#233;clats mortels. Sur les versants des moissons de fleurs grandes comme nos armes et nos coupes, mugissent. Des cort&#232;ges de Mabs en robes rousses, opalines, montent des ravines. L&#224;-haut, les pieds dans la cascade et les ronces, les cerfs t&#232;tent Diane. Les Bacchantes des banlieues sanglotent et la lune br&#251;le et hurle. V&#233;nus entre dans les cavernes des forgerons et des ermites. Des groupes de beffrois chantent les id&#233;es des peuples. Des ch&#226;teaux b&#226;tis en os sort la musique inconnue. Toutes les l&#233;gendes &#233;voluent et les &#233;lans se ruent dans les bourgs. Le paradis des orages s'effondre. Les sauvages dansent sans cesse la f&#234;te de la nuit. Et une heure je suis descendu dans le mouvement d'un boulevard de Bagdad o&#249; des compagnies ont chant&#233; la joie du travail nouveau, sous une brise &#233;paisse, circulant sans pouvoir &#233;luder les fabuleux fant&#244;mes des monts o&#249; l'on a d&#251; se retrouver.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quels bons bras, quelle belle heure me rendront cette r&#233;gion d'o&#249; viennent mes sommeils et mes moindres mouvements ?&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;On comprend que la critique parle de brume : tout y est &#8211; th&#233;&#226;tre et machinerie, m&#233;tal et mythologie, beffrois, gouffres, rails et avalanches ; on comprend aussi que cette brume soit un charme, et son pi&#232;ge, une capture &#8212; parce qu'elle a la densit&#233; d'une mati&#232;re et qu'elle arrime au r&#234;ve. Pi&#232;ge pourtant : oui, il suffit de relire. Non, le myst&#232;re n'est pas un &#233;cran pos&#233; sur le monde, mais cette seule fa&#231;on de le rendre plus proche, ou exact, et plus violent, douloureux et n&#233;cessaire, qui le force &#224; passer par l'allusion afin qu'on puisse en traverser les atours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Confusion de r&#234;ves &#187;. C'est ainsi que la critique parle du Po&#232;me, sid&#233;r&#233;e peut-&#234;tre, embarrass&#233;e plut&#244;t : sont-ce des villes ces montagnes ? Puis pourquoi cette exaltation lyrique pour une telle &lt;i&gt;confusion&lt;/i&gt; ? Pr&#233;sence effarante du monde ainsi lev&#233; ou son retrait &#224; force de mots ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Antoine Adam &#8211; dans sa v&#233;n&#233;rable Pl&#233;iade mill&#233;sime 1972 &#8211; &#233;voque, incertain, le grouillement indistinct, l'image d'une image : celle, donc, d'une &lt;i&gt;confusion intime&lt;/i&gt; (intime ?) ; Andr&#233; Guyaux, dans l'Autre Pl&#233;iade, plus r&#233;cente, d&#233;pla&#231;ait ailleurs le d&#233;cor vers l'int&#233;riorit&#233;, faisant des &#171; Alleghanys &#187; et des &#171; Libans &#187; tels reliefs psychiques ; Antoine Raybaud pr&#233;f&#232;re discerner un tohu-bohu bab&#233;lien livr&#233; aux aimantations du signifiant ; John E. Jackson assume l'autot&#233;lie d'un &#171; op&#233;ra fabuleux &#187; ; Marie-Claire Bancquart parle tout de go d'un th&#233;&#226;tre conscient de sa machinerie ; Pierre Brunel d'une parade mythologique o&#249; l'enthousiasme, port&#233; &#224; l'exc&#232;s, fr&#244;le le d&#233;risoire. Tous semblent faire du r&#234;ve et du langage l'objet et le sujet du po&#232;me. Personne, jamais, ne parle de Far West, des canyons ocres au fond desquels serpentent des Cow-Boys poursuivis par les Indiens, du soleil qui se couche devant la solitude du hors-la-loi ivre d'un mauvais tort-boyaux de saloon et couvert de poussi&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_16742 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/unnamed-2.jpg?1773339719' width='500' height='362' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Personne ou presque : en 2004, Bruno Claysse &#8211; apr&#232;s avoir propos&#233; une premi&#232;re &#233;tude, en 1990, o&#249; il voyait l&#224; le plus magnifique r&#234;ve d'&#226;ge d'or de Rimbaud, renverse la perspective : non pas un r&#234;ve, mais la parodie d'un r&#234;ve : lequel ? Claysse d&#233;pose, au d&#233;tour de son article, l'hypoth&#232;se : le Mont Liban du po&#232;me ne renverrait pas au Liban &#8212; ce serait trop simple &#8212; mais &#224; un Mount Lebanon de Pennsylvanie, au pied duquel coule la rivi&#232;re Allegheny.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut d&#233;cid&#233;ment se pencher sur la carte ainsi retourn&#233;e, suivre du doigt o&#249; conduit cette Allegheny am&#233;ricaine, de sa naissance sur Cobb Hill, Potter County, au nord de la Pennsylvanie et descendant des for&#234;ts sombres du Allegheny Plateau pour fr&#244;ler Coudersport, longeant Port Allegany et franchissant la ligne de New York State avant de traverser Olean, Salamanca, terres de la Seneca Nation, puis de s'&#233;largir dans les eaux du Allegheny Reservoir, retenue par le Kinzua Dam et de reprendre vers le sud-ouest, coupant la Allegheny National Forest, Warren, la Conewango Creek et Tidioute, Tionesta, Franklin, puis recevant la French Creek &#224; Oil City, m&#233;moire du p&#233;trole, et Emlenton, Parker, Kittanning, Ford City, Freeport, entrant dans la vall&#233;e industrielle, Tarentum, New Kensington, Oakmont et enfin les faubourgs de Pittsburgh &#8211; Highland Park, Lawrenceville, Strip District &#8211;, avant la pointe exacte du Golden Triangle, Point State Park, rejoignant alors la Monongahela River, d'o&#249; surgit soudain l'Ohio River &#8212; Pittsburgh Downtown, &#224; l'ombre du Mount Lebanon, les &#171; Monts Liban &#187; du po&#232;me &#8212; qui sent moins le c&#232;dre que le fer, montagne creus&#233;e de mines que gravie en effet un chemin de fer en colima&#231;on.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autant dire l'Am&#233;rique. Et pour la voir na&#238;tre sous la main du Po&#232;te, il faut aller plus amont encore que Cobb Hill et suivre Claysse dans une autre de ses hypoth&#232;ses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mars 1871. Rimb. entre dans la librairie du bon imprimeur Lemerre &#8212; &lt;i&gt;j'ai vue quelques nouveaut&#233;s chez Lemerre &lt;/i&gt; &#8212;, &#233;crit-il presque aussit&#244;t &#224; Demeny. Mais pas seulement. Il ne dit pas ce qu'il fait, quand il sort du 47 Passage Choiseul et d&#233;bouche rue des Petits Champs alors il faut inventer. Mais est-ce qu'on invente, quand on sait, que trois cents m&#232;tres s&#233;parent la librairie Lemerre de la librairie Dentu, et qu'un gar&#231;on de 16 ans qui fait le tour des libraires du passage Choiseul au Palais-Royal ne saute pas une vitrine. Il suffit de fermer les yeux et on le voit, regarder la vitrine Dentu, l'&#233;diteur de r&#233;cits de voyage : voil&#224;, il est entr&#233;. Il observe les couvertures, pose les mains sur l'une d'entre elles, regarde le titre. &lt;i&gt;&#192; travers l'Atlantique et dans le Nouveau Monde&lt;/i&gt;, tableau d'une Am&#233;rique en fusion &#8211; c'est sign&#233; C&#233;sar Pascal, il l'emporte &#233;videmment, un titre pareil, vous n'y pensez pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il rentre on ne sait o&#249;. On sait seulement que le gar&#231;on a vendu sa montre en argent pour payer le train jusqu'&#224; Paris, les combats faisaient encore rage &#8212; ces premiers jours de mars, les troupes prussiennes ont d&#233;fil&#233; sur les Champs-&#201;lys&#233;es. Vraiment, on ne sait pas, ces quelques jours de mars, ce qu'il fait, o&#249; il dort &#8212; certainement pas chez le caricaturiste Gill, chez qui il s'est rendu d'abord, et qu'il a effray&#233;. Rimb ne dira rien de ces quelques jours, et ne rapportera qu'une liste de livres &#8212; &lt;i&gt;Le Sacre de Paris&lt;/i&gt; de Leconte de Lisle, &lt;i&gt;Le Soir d'une bataille&lt;/i&gt; du m&#234;me, la &lt;i&gt;Lettre d'un Mobile breton&lt;/i&gt; de Copp&#233;e, &lt;i&gt;Col&#232;re d'un Franc tireur&lt;/i&gt; de Mend&#232;s, &lt;i&gt;L'Invasion&lt;/i&gt; de Theuriet, &lt;i&gt;Vae victoribus&lt;/i&gt; de Lacaussade, un &lt;i&gt;Si&#232;ge de Paris&lt;/i&gt; de Claretie qu'il dit &#171; fort volume &#187;, des po&#232;mes de F&#233;lix Franck, d'&#201;mile Bergerat, et chez un autre libraire le &lt;i&gt;Fer rouge&lt;/i&gt; de Glatigny, &lt;i&gt;Nouveaux ch&#226;timents&lt;/i&gt;. Rien que de la circonstance : des vers de Parnassiens sur la guerre, des r&#233;cits de si&#232;ge &#8212; &#171; que chaque libraire ait son &lt;i&gt;Si&#232;ge&lt;/i&gt;, son &lt;i&gt;Journal de Si&#232;ge&lt;/i&gt; &#8212; le &lt;i&gt;Si&#232;ge de Sarcey&lt;/i&gt; en est &#224; sa 14e &#233;dition &#8212; que j'aie vu des ruissellements fastidieux de photographies et de dessins relatifs au &lt;i&gt;Si&#232;ge&lt;/i&gt;, vous ne douterez jamais &#187;. Seize ans, sans feu ni lieu et moins encore d'argent, le voil&#224; qu'il ricane devant les vitrines patriotiques. Mais du livre de C&#233;sar Pascal, pas un mot. Bien s&#251;r : est-ce qu'il devait signaler &#224; l'ami po&#232;te qu'il a feuillet&#233; un r&#233;cit de voyage am&#233;ricain qui n'a rien de circonstance, qui semble plut&#244;t m&#234;me l'envers de la circonstance ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il attend d'&#234;tre dans sa chambre pour ouvrir le livre et voir se lever la fournaise. De C&#233;sar Pascal, un nom qui sonne comme une invention de Balzac, on ne sait l&#224; encore presque rien &#8211; inutile de faire l'effort d'inventer. Deux livres chez Dentu &#8212; celui-ci, et quinze ans plus tard une &#233;tude sur la r&#233;vocation de l'&#233;dit de Nantes. Un lettr&#233; qui voyage ; un patriote qui se souvient.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_16736 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/png/capture_d_e_cran_2026-02-25_a_13.58_14.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/png/capture_d_e_cran_2026-02-25_a_13.58_14.png?1773339434' width='500' height='747' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#201;crire &lt;i&gt;&#192; travers l'Atlantique et dans le Nouveau Monde&lt;/i&gt; suffit sans doute &#224; justifier une vie &#8212; Hugo poss&#233;dait ce livre de voyage dans sa biblioth&#232;que de Guernesey. Un in-18, petit format qu'on peut emporter sur la route, et &#231;a tombe bien, c'est l&#224; qu'il fut &#233;crit. L'homme a travers&#233; l'oc&#233;an en 1869, et plus que l'Atlantique tout le pays qui vient en travers de la route et d&#233;chire les oc&#233;ans en deux &#8212; il le raconte dans la langue des voyageurs du Second Empire encombr&#233;e de comparaisons rassurantes, pr&#233;cises et inutiles. Le livre s'ouvre sur la mer et se referme sur le retour ; entre les deux : New York, les chemins de fer et les plaines. Un d&#233;sert apr&#232;s l'autre interrompu par des bourgades de poussi&#232;res, le Grand Ouest qui s'&#233;tend devant soi, la Destin&#233;e Manifeste d'un monde neuf qui se baptise dans le sang, le fer des chemins et la croix de toutes les sectes chr&#233;tiennes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les noms des chapitres s'&#233;gr&#232;nent de noms propres inconnus &#8212; au chapitre XIII par exemple &#8212; &#171; les Alleghanys &#187;. Les voil&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_16738 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/capture_d_e_cran_2026-02-25_a_14.00_05.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/capture_d_e_cran_2026-02-25_a_14.00_05.jpg?1773339501' width='500' height='807' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt; Suffit de se pencher et de ramasser un tel mot. Dans ce chapitre, le voyageur prend halte dans la ville au nom difficilement pronon&#231;able de Pittsburgh &#8212; sous le regard et la phrase du voyageur Cesar Pascal, la ville y respire sous un nuage de charbon que ni vent ni soleil ne percent ; il essaie d'approcher la ville en cherchant des comparaisons : cet enfer industriel lui semble une sorte de &#171; Saint-&#201;tienne ou Birmingham de l'Am&#233;rique &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_16737 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/png/capture_d_e_cran_2026-02-25_a_13.59_57.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/png/capture_d_e_cran_2026-02-25_a_13.59_57.png?1773339434' width='500' height='401' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Les Allegheny Mountains, portion des Appalaches, forment la barri&#232;re des colons, la muraille &#224; franchir pour gagner l'Ouest ; cha&#238;nes parall&#232;les, vall&#233;es longitudinales, gorges transversales &#8212; des &lt;i&gt;gaps&lt;/i&gt; &#8212; que traverse le rail. Voil&#224; aussi le mot &#171; gorges &#187; qui va r&#233;sonner dans le po&#232;me et qu'il suffisait aussi de ramasser, de le jeter dans ce paysage : &#171; La chasse des carillons crie dans les gorges. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Allegheny. Soulevons ce mot je vous prie, et secouons le lentement pour en d&#233;gager l'ombre : nom qui d&#233;signe cette rivi&#232;re de plus de cinq cents kilom&#232;tres qui, &#224; la confluence avec la Monongahela, engendre l'Ohio, la &#171; Belle Rivi&#232;re &#187; dont Thomas Jefferson vante tant la splendeur. Nom qui vient de l'unami des Lenapes &#8211; peut-&#234;tre signifie-t-il &#171; belle rivi&#232;re &#187; justement, ou peut-&#234;tre conserve-t-il la m&#233;moire des Allegewi, l'ancien peuple de ces terres chass&#233; vers le sud. Mot-monde et mot-m&#233;moire : montagne et fleuve ensemble, et territoire et peuple effac&#233; sous les massacres. On ne passe pas &#224; c&#244;t&#233; d'un nom qui porte tant.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_16741 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/webp/12474a_900x.jpg.webp' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/webp&#034;&gt; &lt;img src='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/webp/12474a_900x.jpg.webp?1773339715' width='500' height='400' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#192; la confluence de la rivi&#232;re et du fleuve qui na&#238;t sous lui, les Fran&#231;ais avaient b&#226;ti le fort Duquesne d&#232;s 1754 ; l'ann&#233;e suivante, le g&#233;n&#233;ral Braddock, accompagn&#233; d'un jeune officier nomm&#233; George Washington, &#233;choue &#224; s'en emparer &#8211; mais les Fran&#231;ais l'abandonnent apr&#232;s l'avoir tant d&#233;fendu. En 1758, les Anglais reconstruisent sur les ruines le fort Pitt. La ville na&#238;t de la cendre et du combat. Au XIX&#7497; si&#232;cle, fer, acier, charbon font de la r&#233;gion une matrice ardente : hauts fourneaux, ruisseaux incandescents, colonnes de fum&#233;e &#8211; le minerai tombe de la mine dans la fonderie et le feu retourne au ciel en panache noir. En 1907, Pittsburgh annexera Allegheny City et l'absorbe ; la ville d&#233;vore la ville qu'elle a enfant&#233;e, le nom dispara&#238;t pour ne baptiser que p&#226;t&#233;s de maisons, square, un General Hospital et une High School d&#233;labr&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_16739 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/png/capture_d_e_cran_2026-03-01_a_08.52_14.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/png/capture_d_e_cran_2026-03-01_a_08.52_14.png?1773339558' width='500' height='549' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Relisons ? &#171; C'est un peuple pour qui se sont mont&#233;s ces Alleghanys et ces Libans de r&#234;ve ! &#187; L'attaque appelle la machinerie et l'&#233;difice, l'architecture d'une sc&#232;ne &#8211; &#233;pouse &#224; merveille cette r&#233;gion industrielle, spectacle et dispositif &#224; la fois. Quant aux &#171; chalets de cristal et de bois qui se meuvent sur des rails et des poulies invisibles &#187;, ils dessinent sans doute les funiculaires &#8212; la Monongahela Incline, inaugur&#233;e en 1870, qui hisse les ouvriers des vall&#233;es vers les cr&#234;tes de Coal Hill : l'invisibilit&#233; du m&#233;canisme et la transmutation du verre en cristal donnait &#224; la technique (et aux yeux de C&#233;sar Pascal) l'aura d'une f&#233;erie scientifique sans pareil dans la Vieille Europe. Et les &#171; vieux crat&#232;res ceints de colosses et de palmiers de cuivre &#187; convoquent, supposent Breuil, le vocabulaire m&#233;taphorique de l'&#233;poque &#8212; crat&#232;res, chemin&#233;es colossales, cand&#233;labres moul&#233;s &#8212; tandis que l'oxymore &#171; rugissent m&#233;lodieusement &#187; accuse froidement la friction entre la violence r&#233;elle et l'enchantement rh&#233;torique. Puis, il y a ces &#171; f&#234;tes amoureuses &#187; sur les &#171; canaux pendus &#187;, qui rappellent peut-&#234;tre les voies ferr&#233;es et les canaux qui quadrillent les Alleghanys : les steamers embarquent des musiciens quand la modernit&#233; danse au-dessus des gouffres. Les &#171; carillons &#187; ? Les trembleurs &#233;lectriques des chemins de fer dont parlent les ouvrages techniques de 1869 &#8212; et le train de crier sa pr&#233;sence dans les gorges conquises. Les &#171; Rolands &#187; qui &#171; sonnent leur bravoure &#187; renvoient (hypoth&#232;se du toujours pr&#233;cieux Abardel) alors &#224; la cloche l&#233;gendaire de Gand &#8212; Roelandt &#8212; qui appelait au soul&#232;vement &#8212; autant qu'au Roland de Roncevaux ? &#8211; et la constellation nordique des carillons et des corporations, avec force oriflammes et beffrois installe en filigrane la m&#233;moire communarde des brumes d'Europe, Moyen &#194;ge r&#233;invent&#233; par la r&#233;volution industrielle qui s'&#233;tend jusque dans les faubourgs de ce Western. Lorsque &#171; l'&#233;croulement des apoth&#233;oses &#187; rejoint les hauteurs o&#249; &#233;voluent des &#171; centauresses s&#233;raphiques &#187;, la mythologie hugolienne de la locomotive se voit brutalement d&#233;plac&#233;e vers une sorte de syncr&#233;tisme ironique &#8212; V&#233;nus entre dans les cavernes des forgerons et croise Vulcain et la R&#233;publique invoqu&#233;e par Edgar Quinet ; les cerfs t&#234;tent Diane pour figurer l'&#226;ge d'or invers&#233;, adunaton qui mime la proph&#233;tie d'Isa&#239;e &#8212; et les &#171; ch&#226;teaux b&#226;tis en os &#187; r&#233;activent l'imaginaire civilisateur du Paris-Guide de Victor Hugo o&#249; les &#171; groupes de beffrois &#187; chantent les id&#233;es des peuples, tandis que &#171; des compagnies &#187; c&#233;l&#232;brent la joie d'un travail nouveau dont l'&#233;clat garde sa pointe d'ironie mauvaise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On oublie trop que Rimbaud est le fr&#232;re a&#238;n&#233; de cinq ans de Billy The Kid, qui meurt dix ans avant lui : qu'il en est aussi un fr&#232;re d'arme, et de tous ces cavaliers maigres des plaines, silhouettes au chapeau large tirant derri&#232;re elles la poussi&#232;re des pistes, gardiens de troupeaux sur les routes du b&#233;tail, hommes de selle et de colt r&#244;dant entre les gares neuves, les rails encore chauds, les saloons de planches et les villes surgies du d&#233;sert, o&#249; les rails traversent les plaines, o&#249; les premi&#232;res nations r&#233;sistent une derni&#232;res fois avant d'&#234;tre ex&#233;cut&#233;es &#224; Sand Creek, Wounded Knee ou Little Bighorn &#8212; mots qui s'impriment imm&#233;diatement sans distinguer l'histoire de la l&#233;gende dans l'imaginaire d'un adolescent ardennais. L'Am&#233;rique industrielle de l'Ouest lui appara&#238;t alors fatalement comme un Orient moderne, Bagdad d'acier et de cuivre o&#249; la &#171; magie bourgeoise &#187; &#233;tend sa ma&#238;trise sur toutes choses, b&#234;tes et jungles et d&#233;serts. Les Alleghanys et les Libans de r&#234;ve :ne peuvent &#234;tre que des territoires de fiction auxquels l'&#233;criture fait conqu&#234;te &#171; pour un peuple &#187; &#224; venir, th&#233;&#226;tre d'un affrontement entre le temps mythique et les &#226;ges industriels.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_16740 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/png/capture_d_e_cran_2026-03-01_a_08.54_14.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/png/capture_d_e_cran_2026-03-01_a_08.54_14.png?1773339700' width='500' height='392' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Confuses, ces images ? Elles documentent pourtant avec force d&#233;tail l'imaginaire r&#233;el du Grand Ouest qui s'allonge derri&#232;re l'Atlantique et qui est alors encore une promesse, son horizon. Si c'est un r&#234;ve, il ne peut &#234;tre issu que du r&#233;el le plus tangible, celui qu'on forge en soi rien qu'en levant, d'un mot, le mot d'Am&#233;rique quand on cr&#232;ve d'ennui &#224; Charleville, qui est peut-&#234;tre, sur terre alors, le contraire absolu de Pittsburgh. Un seul nom suffit, oui, &#224; lever ce paysage am&#233;ricain hallucin&#233; par l'&#233;criture, mais dont l'hallucinant est documentaire. Mot qui dans le m&#234;me mouvement, exhibe et infl&#233;chit la rh&#233;torique du Progr&#232;s cherchant &#224; magnifier sa propre violence. &#171; Quels bons bras, quelle belle heure me rendront cette r&#233;gion d'o&#249; viennent mes sommeils et mes moindres mouvements ? &#187; installe peut-&#234;tre cette nostalgie paradoxale, d&#233;sir d'un lieu qui n'a pas encore eu lieu pour lui, Am&#233;rique r&#234;v&#233;e dont la promesse s'effondre d&#233;j&#224; comme le fort Duquesne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, il suffisait d'entendre le mot : Alleghanys. Dans sa syllabe r&#233;sonnaient montagne, fleuve, peuple disparu, fournaise industrielle, conqu&#234;te et ruine. Et non, le po&#232;me ne flotte pas dans sa brume psychique, il s'adosse &#224; une g&#233;ographie pr&#233;cise que l'&#233;criture vient travailler au feu &#8211; qui fait entrer V&#233;nus chez les forgerons pour faire sonner Roland au-dessus des rails.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Am&#233;rique secr&#232;te de Rimbaud : ce qui de Bagdad, est l'enjambement de Paris pour poser pied sur l'Ohio, et d&#233;j&#224; le regard perdu dans la route de l'Ouest, au couchant, dans la solitude.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_16743 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/pittsburgh__allegheny___birmingham.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/pittsburgh__allegheny___birmingham.jpg?1773339719' width='500' height='271' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Rimbaud | Enfers artificiels </title>
		<link>https://www.arnaudmaisetti.net/spip/notes-questions-lirecrire/rimbaud-lire-ecrire/rimbaud-des-nouvelles-jusqu-a-nous/article/rimbaud-enfers-artificiels</link>
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		<dc:date>2026-01-27T09:31:25Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;&#171; Maintenir pour parler &#187;&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.arnaudmaisetti.net/spip/notes-questions-lirecrire/rimbaud-lire-ecrire/rimbaud-des-nouvelles-jusqu-a-nous/" rel="directory"&gt;Rimbaud, des nouvelles jusqu'&#224; nous&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/logo/rimbaud-numerique-66436e36a36bb187787934.jpg?1769506267' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Cette br&#232;ve, dans &lt;a href=&#034;https://france3-regions.franceinfo.fr/grand-est/ardennes/charleville-mezieres/intelligence-artificielle-posez-vos-questions-au-poete-arthur-rimbaud-mort-il-y-a-133-ans-2969315.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;le journal&lt;/a&gt; : &#171; Discuter avec Arthur Rimbaud, c'est d&#233;sormais possible. Un jumeau num&#233;rique du c&#233;l&#232;bre po&#232;te est install&#233; &#224; la Maison des Ailleurs &#224; Charleville-M&#233;zi&#232;res. Il pourra r&#233;pondre aux questions des visiteurs d&#232;s ce samedi 18 mai. &#187; On en est donc l&#224; aussi.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s tout, s'il n'avait pas fait cette vilaine chute au retour d'une marche caravani&#232;re dans les premiers jours de 1891 sur les pistes en poussi&#232;re entre Harar et Entotto, chute qui lui aurait sans nul doute &#233;pargn&#233; cette l&#233;g&#232;re douleur au genou droit et la vilaine synovite infectieuse qui s'en est suivie &#8212; et le reste &#8212;, c'est un Arthur Rimbaud fringant qui aurait f&#234;t&#233; avec nous ses cent soixante et onze ans ; le regret et l'amertume ne nous quittent pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'&#224; cela ne tienne. Pour donner le change &#224; la mort, broutille, on a touch&#233; aux codes, plong&#233; les mains dans les entrailles du chiffre lui-m&#234;me, et voil&#224;. Il suffisait d'y penser : puisqu'on sait fabriquer des phrases &#224; partir d'autres phrases, aucune raison de ne pas c&#233;der &#224; cette tentation ci. Un si&#232;cle durant, on a interrog&#233; chaque ligne, chaque po&#232;me, et demand&#233; des comptes aux lettres qui n'ont rien voulu entendre, pris de plein fouet leur opacit&#233; et leur vitesse, leur mani&#232;re particuli&#232;re de ne jamais r&#233;pondre &#224; ce qu'on leur demande &#8212; oui, tout cela devenait inutilement compliqu&#233;. Mais une &lt;i&gt;interface&lt;/i&gt;, des lignes de code, un corpus bien rang&#233; &#233;tale en son &#233;ternit&#233;, &lt;a href=&#034;https://france3-regions.franceinfo.fr/grand-est/ardennes/charleville-mezieres/intelligence-artificielle-posez-vos-questions-au-poete-arthur-rimbaud-mort-il-y-a-133-ans-2969315.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;et voil&#224; le po&#232;te de nouveau frais et dispos, serviable m&#234;me et dispos&#233; &#224; r&#233;pondre &#224; toutes nos questions&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip_document_16651 spip_document spip_documents spip_document_video spip_documents_center spip_document_center&#034;&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;div class=&#034;video-intrinsic-wrapper&#034; style='height:0;width:1920px;max-width:100%;padding-bottom:56.25%;position:relative;'&gt; &lt;div class=&#034;video-wrapper&#034; style=&#034;position: absolute;top:0;left:0;width:100%;height:100%;&#034;&gt; &lt;video class=&#034;mejs mejs-16651&#034; data-id=&#034;ff32a5d105fa82d03d114f663609cf64&#034; data-mejsoptions='{&#034;iconSprite&#034;: &#034;plugins-dist/medias/lib/mejs/mejs-controls.svg&#034;,&#034;alwaysShowControls&#034;: true,&#034;pluginPath&#034;:&#034;plugins-dist/medias/lib/mejs/&#034;,&#034;loop&#034;:false,&#034;videoWidth&#034;:&#034;100%&#034;,&#034;videoHeight&#034;:&#034;100%&#034;,&#034;duration&#034;:69}' width=&#034;100%&#034; height=&#034;100%&#034; controls=&#034;controls&#034; preload=&#034;none&#034; &gt; &lt;source type=&#034;video/mp4&#034; src=&#034;IMG/mp4/rimbaud.mp4&#034; /&gt; &lt;img src='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/local/cache-vignettes/L64xH64/mp4-d7cc4-f1e42.svg?1773502143' width='64' height='64' alt='Impossible de lire la video' /&gt; &lt;/video&gt; &lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;
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&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ce qu'il pense de la vie, du temps qu'il fait dans les Ardennes en cet automne pourri, de la neige sur le Minnesota ou de la performance de l'Olympique Charleville Prix Ardenne M&#233;tropole, il le dit sans d&#233;tour. Il suffit de demander.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On sait pourquoi d&#233;sormais on d&#233;pense l'&#233;quivalent de la consommation annuelle mondiale de bouteilles d'eau dans quelques centrales de refroidissement, et que les centaines de t&#233;rawatt-heures par an sont bien d&#233;pens&#233;s : la conversation urbaine d'Arthur Rimbaud vaut bien ces douze millions d'arbres arrach&#233;es par semestre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oh, le visage de cire semble un peu engonc&#233; dans quelques poses num&#233;riques, et la voix de m&#233;tal nous parvenir avec ce grain compass&#233; que poss&#232;de parfois la machine du GPS quand elle nous indique la route vers les Orients d&#233;sirables, mais, comme on n'arr&#234;te pas le progr&#232;s, c'est lui qui finira par nous enjamber, cadavres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Install&#233; &#224; la &lt;i&gt;Maison des Ailleurs&lt;/i&gt;, 7 quai Arthur-Rimbaud &#8212; puisque le sort affreux pousse l'ironie du sort jusque dans les noms qui ram&#232;nent tout d&#233;sir de lointain &#224; la cit&#233; &lt;i&gt;sup&#233;rieurement idiote&lt;/i&gt; &#8212; l'avatar nous attend, pr&#234;t &#224; r&#233;pondre, affable et civil. Sans doute qu'il sait m&#234;me trouver les mots pour dire la cruaut&#233; d'&#234;tre r&#233;duit &#224; r&#233;gurgiter des formulations brass&#233;es &#224; partir d'un corpus donn&#233;, lui qui s'&#233;tait donn&#233; pour t&#226;che de donner naissance &#224; un langage invent&#233; lui-m&#234;me en acte. L'&#233;cho assourdi de sa voix, l'entend-il ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce leurre. Ce qu'on demande &#224; Jean Nicolas Arthur Rimbaud, il l'a d&#233;j&#224; dit : la preuve. Et pourtant : ce qui se dit dans ce qu'il a d&#233;j&#224; dit reste ouvert comme un ventre sous le poignard effil&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'IA n'est pas un &lt;i&gt;autre&lt;/i&gt;, c'est le double d'un catafalque de papier qui n'est capable que de reformuler l'ic&#244;ne, et mal synth&#233;tiser l'envers de l'inou&#239;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agirait de rendre la culture &lt;i&gt;proche&lt;/i&gt; &#8212; nous dit la brochure &#8212; &lt;i&gt;accessible&lt;/i&gt; : rien de plus loin pourtant que la figure de pixels parchemin&#233;s, tout au plus l'intelligence la rend digeste, autant dire bonne aux latrines ? L'&#233;change format&#233; par l'attente ne r&#233;pond qu'&#224; ce qui est d&#233;j&#224; pr&#233;vu, et ici comme ailleurs, le langage est moins g&#233;n&#233;r&#233; que simul&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En partant, on ne peut m&#234;me pas serrer la main de l'avatar, qui pose sur nous le regard vide et d&#233;sesp&#233;r&#233; de celui qui ne mourra jamais.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Rimbaud | Poste restante en concession perp&#233;tuelle</title>
		<link>https://www.arnaudmaisetti.net/spip/notes-questions-lirecrire/rimbaud-lire-ecrire/rimbaud-des-nouvelles-jusqu-a-nous/article/rimbaud-poste-restante-en-concession-perpetuelle</link>
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		<dc:date>2025-12-11T20:41:13Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Appel &#224; projet&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.arnaudmaisetti.net/spip/notes-questions-lirecrire/rimbaud-lire-ecrire/rimbaud-des-nouvelles-jusqu-a-nous/" rel="directory"&gt;Rimbaud, des nouvelles jusqu'&#224; nous&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/logo/boite_aux_lettres_rimbaud__2_-660d560984eb4.jpg?1765485667' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='94' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&#171; La mort est le commencement de l'immortalit&#233; &#187;, avait hurl&#233; Robespierre ; deux jours plus tard, il &#233;tait ex&#233;cut&#233; (peut-&#234;tre aussi pour ce mot)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Tout porte &#224; croire d'ailleurs qu'il ne l'a jamais prononc&#233;.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. On peut aussi entendre la phrase comme une punition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir re&#231;u du courrier au 12, anciennement 10, rue Pierre-N&#232;gre (aujourd'hui rue du Quai Rimbaud), puis rue de la Porte-de-Bourgogne (actuel 22 rue d'Arches), puis &#8212; et surtout &#8212; au 8, quai de la Madeleine (d&#233;sormais 7 quai Rimbaud), &#224; Charleville, 08000 ;&lt;br&gt;
puis au 6, rue Campagne-Premi&#232;re, Paris 14&#7497; (c/o Paul Demeny), au 15, rue Monsieur-le-Prince, Paris 6&#7497; (c/o M. &amp; &#822;M&#822;m&#822;e&#822; Paul Verlaine), au 18, rue S&#233;guier, Paris 6&#7497;, au 22, rue Saint-Louis-en-l'&#206;le, Paris 4&#7497; (c/o Germain Nouveau), enfin au 110, rue du Bac, Paris 7&#7497; ;&lt;br&gt;
puis quelque part en Belgique &#8212; Bruxelles, poste restante ;&lt;br&gt;
puis au 8 Great College Street, Camden Town, et au 34 Howland Street, Fitzrovia, Londres ;&lt;br&gt;
puis au 17 Marienstrasse, Stuttgart ;&lt;br&gt;
puis &#8212; on ne sait o&#249; &#8212; sur un bateau entre la Hollande et l'Indon&#233;sie ;&lt;br&gt;
puis Maison Bardey, Tawila (Crater), Aden ;&lt;br&gt;
puis, enfin, au 147 boulevard Baille, H&#244;pital de la Conception, Marseille :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rimbaud d&#233;cachette aujourd'hui son courrier en terre natale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car chaque jour, Arthur Rimbaud re&#231;oit du courrier. Il en vient de toute la France et d'ailleurs, et m&#234;me au-del&#224; : les lettres lui sont adress&#233;es directement chez lui, au 124, avenue Charles Boutet &#8212; depuis la Place Ducale, descendez la rue du Moulin jusqu'&#224; atteindre la Meuse ; l&#224;, prenez &#224; droite et suivez l'avenue Boutet pendant dix bonne minutes : c'est sur la gauche, vous &#234;tes arriv&#233;s, vous ne pourrez pas manquer le cimeti&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La boite aux lettres est l&#224;. Le courrier y est d&#233;pos&#233; avec rigueur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis, c'&#233;tait pourtant pr&#233;visible. Cet automne 2023, la temp&#234;te Ciaran s'abat sur les Ardennes ; les d&#233;g&#226;ts sont, gr&#226;ce au ciel (ou en d&#233;pit de lui), assez limit&#233;s. Seulement, la boite aux lettres fut arrach&#233;e, enfer et damnation. Le courrier s'accumulait sur le bureau de la Poste de Charleville-Mezi&#232;res, et Arthur Rimbaud se retrouvait priv&#233; de son courrier &#8212; sans rien dire de l'impatience de ses &#171; correspondants &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Heureusement, plus que Dieu, l'administration sait pourvoir en tout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un &lt;i&gt;appel &#224; projet&lt;/i&gt; fut lanc&#233; presque aussit&#244;t qu'on ramassa les d&#233;bris. Avis donc aux talents : il s'agissait de cr&#233;er une nouvelle bo&#238;te &#224; lettres &#171; p&#233;renne &#187; (sic) &#8212; teintes taupe &#224; privil&#233;gier, le beige serait tol&#233;r&#233;. C'est qu'il s'agirait de se fondre dans le paysage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; noter : devis inf&#233;rieur &#224; 4000 euros. L'aust&#233;rit&#233; aussi est &#224; perp&#233;tuit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je d&#233;pose ici l'appel &#224; projet, tel qu'en lui m&#234;me il fut cr&#233;&#233; : je n'invente rien (comment inventer pareille chose).&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt;&lt;b&gt;&lt;big&gt;&lt;a href='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/[https:/www.charleville-mezieres.fr/blog/posts/appel-a-projet-creation-dune-nouvelle-boite-a-lettres-arthur-'&gt;Appel &#224; projet : cr&#233;ation d'une nouvelle bo&#238;te &#224; lettres Arthur Rimbaud&lt;/a&gt;&lt;/b&gt;&lt;/big&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2005, une bo&#238;te &#224; lettres a &#233;t&#233; install&#233;e &#224; l'entr&#233;e du cimeti&#232;re Boutet afin de recueillir les missives adress&#233;es &#224; Arthur Rimbaud.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette bo&#238;te ayant &#233;t&#233; endommag&#233;e par une temp&#234;te en 2023, la Ville souhaite la remplacer par une nouvelle cr&#233;ation originale. Dans cette optique, elle lance un appel &#224; projet ouvert &#224; tous, y compris aux &#233;tablissements scolaires, pour cr&#233;er une nouvelle bo&#238;te &#224; lettres Arthur Rimbaud p&#233;renne. La date limite du d&#233;p&#244;t des candidatures est fix&#233;e au 31 mai 2024.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Arthur Rimbaud (1854&#8211;1891) est inhum&#233; au cimeti&#232;re de l'avenue Charles Boutet &#224; Charleville-M&#233;zi&#232;res. Depuis plusieurs d&#233;cennies, des lettres sont r&#233;guli&#232;rement adress&#233;es au po&#232;te d&#233;c&#233;d&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour la conception de cette nouvelle bo&#238;te &#224; lettres, plusieurs &#233;l&#233;ments seront &#224; prendre en compte. Etant install&#233;e en ext&#233;rieur, &#224; l'entr&#233;e du cimeti&#232;re, une attention particuli&#232;re devra &#234;tre port&#233;e au contexte paysager, &#224; la proximit&#233; de la s&#233;pulture du po&#232;te, ainsi qu'&#224; la p&#233;rennit&#233; des mat&#233;riaux et leur durabilit&#233;. De plus, le cimeti&#232;re &#233;tant situ&#233; dans le p&#233;rim&#232;tre des abords de monuments historiques, les teintes brun, taupe, beige seront &#224; privil&#233;gier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autre part, recevant aussi bien du courrier d&#233;livr&#233; par le facteur que des lettres d&#233;pos&#233;es directement par les personnes se rendant sur la tombe du po&#232;te, elle devra &#234;tre &#171; normalis&#233;e &#187; et respecter la r&#233;glementation en vigueur quant &#224; ses dimensions et son implantation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un jury examinera les diff&#233;rents projets selon plusieurs crit&#232;res comme la qualit&#233; et l'originalit&#233; de la proposition artistique ou la capacit&#233; &#224; consid&#233;rer le site environnant et le contexte d'un haut lieu rimbaldien dans la proposition artistique et informera le candidat retenu en juin 2024.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nouvelle bo&#238;te &#224; lettres devra &#234;tre livr&#233;e pr&#234;te &#224; &#234;tre install&#233;e avec son support et &#234;tre mise en place pour le 15 octobre 2024 au plus tard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes les modalit&#233;s pratiques sont pr&#233;cis&#233;es dans l'appel &#224; projet t&#233;l&#233;chargeable ci-dessous.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;a href=&#034;https://musear.fr/documents/20240011_AAP_BOITE_A_LETTRES_RIMBAUDv2.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Ici&lt;/a&gt;&lt;/center&gt;&lt;/small&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;J'ignore qui remporta la timbale. &#192; quoi ressemble aujourd'hui la boite aux lettres du cimeti&#232;re de l'avenue Charles-Boutet ? On peut &#234;tre certain en tous cas que le courrier arrive d&#233;sormais en toute s&#233;r&#233;nit&#233; &#224; destination, que le brave postier fait son office et glisse, chaque matin que le Seigneur accomplit, les lettres qu'il faut dans la bo&#238;te &#8212; qu'un spectre endimanch&#233;, un peu boiteux, mais le geste s&#251;r, vient relever son courrier. Et, qui sait, r&#233;pondre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons tous &#233;crit &#224; Arthur Rimbaud dans le secret terrible de nos vies int&#233;rieures : mais qui d'entre nous auraient os&#233; lui envoy&#233; sa lettre ? Visiblement, des milliers de milliers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On esp&#232;re malgr&#233; tout que personne, aux PTT, n'aura l'id&#233;e de lui ouvrir une bo&#238;te mail.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Tout porte &#224; croire d'ailleurs qu'il ne l'a jamais prononc&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

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<item xml:lang="fr">
		<title>Rimbaud | La m&#233;sintelligence artificielle</title>
		<link>https://www.arnaudmaisetti.net/spip/notes-questions-lirecrire/rimbaud-lire-ecrire/rimbaud-des-nouvelles-jusqu-a-nous/article/rimbaud-la-mesintelligence-artificielle</link>
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		<dc:date>2025-08-08T08:25:01Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;&#192; propos de &lt;i&gt;Rimbaud est vivant&lt;/i&gt; de Luc Loiseaux&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.arnaudmaisetti.net/spip/notes-questions-lirecrire/rimbaud-lire-ecrire/rimbaud-des-nouvelles-jusqu-a-nous/" rel="directory"&gt;Rimbaud, des nouvelles jusqu'&#224; nous&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/logo/vraidufauxrimbaud-64f6be47d7179882052107.jpg?1754641352' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Saisissantes de r&#233;alisme&lt;/i&gt;, dit la presse &#8212; peut-&#234;tre est-ce la d&#233;finition m&#234;me de la laideur apr&#232;s tout : quand la r&#233;alit&#233; nous saisit, deux mains serr&#233;es &#224; la gorge, et nous hurle d'avouer que, oui, c'est bien elle. Mais non, on tient bon, on pr&#233;f&#232;re garder le silence. D'ailleurs, comment parler quand on nous &#233;trangle ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Soit donc ces images, &lt;i&gt;saisissantes de r&#233;alisme&lt;/i&gt;, l&#226;ch&#233;es sur un groupe Facebook en 2023 avant de se r&#233;pandre sur le web comme une train&#233;e de poudre, et &#171; d'affoler les r&#233;seaux sociaux &#187; &#8212; comme s'ils avaient besoin d'&#234;tre affol&#233;s davantage. J'apprends qu'en marine, le verbe &lt;i&gt;affoler&lt;/i&gt; est utile quand la foudre frappe le bateau et &lt;i&gt;affole&lt;/i&gt; la boussole. Des images, donc, plus r&#233;elles que la r&#233;alit&#233; elle-m&#234;me : leur laideur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reprises, comment&#233;es, recadr&#233;es, pr&#233;sent&#233;es comme de nouvelles photos authentiques (&lt;i&gt;enfin&lt;/i&gt;), et ainsi affubl&#233;es de &lt;a href=&#034;https://www.facebook.com/anneedelecture/posts/242858201784527?ref=embed_post&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;l&#233;gende&lt;/a&gt; d&#233;finitives : &#171; Rarissime photo d'Arthur Rimbaud prise par Ernest Balthazar, photographe de rue, &#224; Paris le 1er novembre 1873 &#187;. Le pav&#233; qui luit pourrait &#234;tre celui de la rue Beauregard, c'est vrai ; la chemise, la redingote, les bottes de cuir, tout y est &#8212; jusqu'aux mains dans les poches. La r&#233;alit&#233; convoqu&#233;e tout enti&#232;re nous saisirait donc. On voudrait respirer un peu, quand m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;In&#233;vitablement, &lt;a href=&#034;https://www.estrepublicain.fr/culture-loisirs/2023/06/19/d-ou-viennent-ces-photos-inedites-d-arthur-rimbaud&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;la presse est all&#233;e tendre son micro&lt;/a&gt; vers les &lt;a href=&#034;https://x.com/PatriceFerus/status/1675478923537264640&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;savants&lt;/a&gt;, qui se perdent en &lt;a href=&#034;https://www.tf1info.fr/culture/video-tf1-cliche-inedit-d-arthur-rimbaud-quand-l-intelligence-artificielle-reinvente-le-passe-2268455.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;justifications&lt;/a&gt; : voyons, le grain est trop parfait pour une photo si ancienne, trop net pour un tel tirage &#8212; le ridicule s'ajoute au grotesque, l'embarras est complet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;videmment, la supercherie cache (mal) son op&#233;ration commerciale : un auteur sur le point de faire para&#238;tre son &lt;a href=&#034;https://www.gallimard.fr/catalogue/rimbaud-est-vivant/9782073081759&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;livre&lt;/a&gt; a fait appel (comme on dit) &#224; &lt;i&gt;l'intelligence artificielle &lt;/i&gt; &#8211; d&#233;signation d'&#233;poque. Celle-ci a donc recrach&#233; cette r&#233;alit&#233;-l&#224;. Mais il suffisait de regarder les traits du visage pour s'apercevoir que, de visage, il n'y en avait pas ; ni de regard, rien qui t&#233;moigne d'une aventure terrestre et sa mal&#233;diction.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_16326 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;25&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/r_visage.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/r_visage.jpg?1754642603' width='500' height='279' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Gallimard / L. Loiseaux
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;L'auteur &#8211; touchant de sinc&#233;rit&#233; &#8211; &lt;a href=&#034;https://actualitte.com/article/120315/interviews/rimbaud-version-ia-quoi-qu-on-en-dise-l-homme-pilote-toujours&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;explique&lt;/a&gt; que ces images seraient n&#233;es d'une frustration : celle d'une iconographie fam&#233;lique (seules huit photos v&#233;ridiques, dont deux de l'adolescence), et du r&#234;ve d'&#171; &lt;i&gt;illustrer&lt;/i&gt; &#187; la vie du po&#232;te. Qu'il ait envisag&#233; costumes, d&#233;cors et &#233;clairages avant de se rabattre sur l'IA pour des raisons budg&#233;taires ne change rien au fond : l'entreprise rel&#232;ve moins d'une exploration esth&#233;tique que d'une exhumation imaginaire, comme si l'on pouvait combler le manque d'images par un fac-simil&#233; num&#233;rique. L'auteur assure qu'il avait pr&#233;venu de leur nature fabriqu&#233;e, mais le mal &#8212; ou le mythe &#8212; &#233;tait fait : l'emballement num&#233;rique avait d&#233;j&#224; r&#233;&#233;crit l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_16320 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;25&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/r_avecverlaine.jpg?1754642555' width='500' height='281' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Gallimard / L. Loiseaux
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Luc Loiseaux a pu d&#233;fendre, bien s&#251;r, la &#171; somme de travail &#187; que lui ont demand&#233; (dans quelle langue ?) ces images : dizaines d'essais, retouches minutieuses, &#171; ingr&#233;dient secret &#187; pour fixer les visages. Ce perfectionnisme revendiqu&#233; pourrait s'honorer. Mais vouloir fabriquer un visage de Rimbaud, c'est rappeler qu'il n'en reste aucun, sinon m&#234;l&#233; quelque part &#224; la terre meuble du cimeti&#232;re de l'avenue Charles-Boutet &#224; Charleville-M&#233;zi&#232;res. Et qu'&#224; traquer la proie du regard, on oublie l'ombre que fait le corps lorsqu'il s'&#233;loigne.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_16321 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;25&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/r_banc_avril71.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/r_banc_avril71.jpg?1754642556' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Gallimard / L. Loiseaux
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Rimbaud est vivant &#8211;&lt;/i&gt; c'est le titre de l'ouvrage de &lt;a href=&#034;https://actualitte.com/article/120315/interviews/rimbaud-version-ia-quoi-qu-on-en-dise-l-homme-pilote-toujours&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;l'auteur&lt;/a&gt; du prompt augment&#233;e d'une biographie de son cru. Il y propose un &#171; double num&#233;rique &#187; du camarade, et recompose, &#224; l'aide (?) d'IA g&#233;n&#233;rative, des sc&#232;nes illustr&#233;es, suppos&#233;es r&#233;alistes, de la vie de Jean-Nicolas Arthur R., entre 70 et 75 &#224; partir des correspondances.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_16324 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;25&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/r_vent.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/r_vent.jpg?1754642597' width='500' height='326' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Gallimard / L. Loiseaux
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Loiseaux insiste sur le fait que &#171; rien n'est invent&#233; &#187;, que tout est &#171; sourc&#233; &#187; &#224; partir de t&#233;moignages directs et de recherches &#224; la BNF. Dont acte. C'est pourtant l&#224; que se niche l'illusion : comme si le relev&#233; scrupuleux des d&#233;tails pouvait abolir la distance et ressusciter la chair. &#212;, cruelle obsession documentaire maquill&#233;e en hommage, et qui devient l'avatar de l'idol&#226;trie rimbaldienne : on ne lit plus les mots, on scrute la redingote.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_16322 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;25&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/r_ecritavecverlaine.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/r_ecritavecverlaine.jpg?1754642562' width='500' height='500' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Gallimard / L. Loiseaux
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Rimb. n'&#233;chappera donc &#224; aucun des pi&#232;ges de la vie dite moderne, absolument. Et comme la modernit&#233; ne cesse de l'&#234;tre davantage, il devait bien &#234;tre condamn&#233; aussi &#224; cela : simulacre du simulacre, l'image g&#233;n&#233;r&#233;e produit alors le contraire de la r&#233;alit&#233; (mais cela a-t-il un nom ?) et sombre dans cet au-del&#224; du kitsch qui n'en poss&#232;de m&#234;me pas la puissance corrosive. L'hyper-photor&#233;alisme finit par devenir ce cauchemar visuel qui vient hanter les pages de nos magazines artificiellement intelligents.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_16323 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;25&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/r_groupe.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/r_groupe.jpg?1754642595' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Gallimard / L. Loiseaux
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;M&#234;me cas ne se vit encore&lt;/i&gt; : on a touch&#233; au script.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_16325 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;25&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/r_verlaine.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/r_verlaine.jpg?1754642602' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Gallimard / L. Loiseaux
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; Quoi qu'on en dise, l'homme pilote toujours &#187;, affirme Loiseaux, pour se d&#233;fendre d'un usage na&#239;f de l'IA. Soit. Mais piloter vers o&#249; ? Vers quelle rive d&#233;coup&#233;e par quelles falaises verticalement dress&#233;es entre le monde et la soif du monde, entre le besoin d'incarnation et l'illustration ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Tout est authentique, rien n'est une fiction &#187; (&lt;a href=&#034;https://www.francebleu.fr/infos/culture-loisirs/video-tout-est-authentique-il-n-y-a-aucune-fiction-quand-rimbaud-rencontre-l-intelligence-artificielle-7232793&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;cette phrase-ci est vraie&lt;/a&gt;, prononc&#233;e de vive voix par l'auteur.)&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;center&gt;&lt;iframe width=&#034;560&#034; height=&#034;315&#034; src=&#034;https://www.youtube.com/embed/kq9ejHeZuHE?si=9mbpWiyNgUnPDOix&#034; title=&#034;YouTube video player&#034; frameborder=&#034;0&#034; allow=&#034;accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share&#034; referrerpolicy=&#034;strict-origin-when-cross-origin&#034; allowfullscreen&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/center&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Que Rimbaud soit devenu une franchise touristique, on le savait &#8211; un produit calibr&#233; &#224; l'export imaginaire : &#233;videmment. Qu'il soit condamn&#233; &#224; &#233;pouser toutes les formes de ce &#171; &lt;a href=&#034;https://actualitte.com/article/120074/edition/quand-gallimard-convoque-l-ia-pour-faire-revivre-rimbaud&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;merchandising culturel&lt;/a&gt; &#187;, f&#233;tiche, pour qui le po&#232;me trouve pleinement son sens empaquet&#233; dans un coffret cadeau visuel &#224; destination des classes de lyc&#233;e, voil&#224; qui devait &#234;tre fatal. Mais qu'on en appelle &#224; la r&#233;alit&#233; pour en fabriquer une fausse et lui &#244;ter son &#233;nigme, alors il ne reste plus rien : ni regard ni image, seulement l'&#233;clat froid d'un code qui pr&#233;tend avoir vu ce que l'algorithme a cru voir. On serait donc r&#233;duit &#224; feuilleter les photomatons d'une &lt;i&gt;ic&#244;ne&lt;/i&gt;. Et Rimbaud, confin&#233; dans son cadre cadr&#233;, trouverait l&#224; son ultime devenir : celui d'un cadavre impeccablement retouch&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_16318 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;25&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/files_2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/files_2.jpg?1754641298' width='500' height='632' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Gallimard / L. Loiseaux
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Rimbaud | Communard</title>
		<link>https://www.arnaudmaisetti.net/spip/notes-questions-lirecrire/rimbaud-lire-ecrire/rimbaud-des-nouvelles-jusqu-a-nous/article/rimbaud-communard</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.arnaudmaisetti.net/spip/notes-questions-lirecrire/rimbaud-lire-ecrire/rimbaud-des-nouvelles-jusqu-a-nous/article/rimbaud-communard</guid>
		<dc:date>2024-11-02T21:37:24Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Au fusil&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.arnaudmaisetti.net/spip/notes-questions-lirecrire/rimbaud-lire-ecrire/rimbaud-des-nouvelles-jusqu-a-nous/" rel="directory"&gt;Rimbaud, des nouvelles jusqu'&#224; nous&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/logo/braquehais_statue_brise_e_de_l_empereur_2.jpg?1730583512' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='114' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;center&gt;&lt;small&gt;Par intervalles secrets, &lt;br&gt;
Rimbaud nous adresse des nouvelles (photos, textes, d&#233;lires)&lt;br&gt;
Les recueillir ici : &lt;a href=&#034;https://arnaudmaisetti.net/spip/notes-questions-lirecrire/rimbaud-lire-ecrire/rimbaud-des-nouvelles-jusqu-a-nous/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;le sommaire&lt;/a&gt;&lt;/small&gt;&lt;/center&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Des nouvelles de Rimbaud. Cette fois, celles qu'il nous envoie sont floues : elles tremblent &#224; l'image, incertaines et fragiles, et pour les voir, il faut davantage que la foi du charbonnier, mais la mauvaise foi de l'idol&#226;tre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour ces nouvelles-ci, j'emprunte certaines hypoth&#232;ses &#224; ce blog anonyme.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#8212; et &#234;tre pr&#234;t &#224; se br&#251;ler les yeux sur une pellicule elle-m&#234;me br&#251;l&#233;e dans les feux de joie de la Commune.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_13085 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/braquehais_colonne_vendome_effondree_1.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/braquehais_colonne_vendome_effondree_1.jpg?1730578244' width='500' height='379' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Avouez, vous aussi l'avez reconnu ? Non ? Approchez davantage, jusqu'&#224; vous br&#251;ler les yeux.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_13112 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/rimb_detail_.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/local/cache-vignettes/L202xH844/rimb_detail_-75969.jpg?1769995070' width='202' height='844' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r que c'est lui, l'attitude trembl&#233;e et fuyante, ou sur le point de partir, le regard furieux et t&#234;tu, le visage presque effac&#233; : c'est lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes mardi. C'est le 16 mai. Depuis le matin, une foule s'assemble place Vend&#244;me. Par d&#233;cret du Douze avril, le gouvernement r&#233;volutionnaire a d&#233;cid&#233; en son article premier paru dans le Journal Officiel de la nouvelle R&#233;publique la destruction de la colonne imp&#233;riale, &#171; monument de barbarie, symbole de force brute et de fausse gloire, affirmation du militarisme et n&#233;gation du droit, insulte permanente des vainqueurs aux vaincus, attentat perp&#233;tuel &#224; la fraternit&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au milieu de l'apr&#232;s-midi, la c&#233;r&#233;monie commence. Des bataillons de la Garde Nationale hurlent le &lt;i&gt;Chant du D&#233;part&lt;/i&gt;, et puis &lt;i&gt;La Marseillaise&lt;/i&gt;, pendant qu'on scie difficilement la colonne. Enfin, vers dix-sept heures, les tambours cessent. Des c&#226;bles sont attach&#233;s au sommet : Ordre est donn&#233; de tirer. On tire.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_13107 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/illustration_souvenirs_de_la_commune_de_paris_renversement_de_la_colonne_vendome__1871.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/illustration_souvenirs_de_la_commune_de_paris_renversement_de_la_colonne_vendome__1871.jpg?1730578253' width='500' height='323' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_13102 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/destruction_de_la_colonne_illustration.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/destruction_de_la_colonne_illustration.jpg?1730578248' width='500' height='933' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_13106 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/jules_raudnitz_saturnales_de_la_place_vendo_me_le_sabbat_rouge.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/jules_raudnitz_saturnales_de_la_place_vendo_me_le_sabbat_rouge.jpg?1730578253' width='500' height='250' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_13108 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/l_anne_e_terrible__1874__illustr._p_157.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/l_anne_e_terrible__1874__illustr._p_157.jpg?1730578253' width='500' height='693' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La statue l&#224;-haut vacille, semble h&#233;siter, puis bascule, l&#233;g&#232;rement, avant de s'&#233;craser sur le pav&#233; recouvert de sable et de fumier dans un grand bruit de tyran qui tombe. D&#232;s 1852, Marx l'avait annonc&#233; : &#171; Mais si le manteau imp&#233;rial tombe finalement des &#233;paules de Louis Bonaparte, la statue de bronze de Napol&#233;on tombera de la hauteur de la colonne Vend&#244;me. &#187; On hurle donc, de fiert&#233; : puisque l'Empereur est prisonnier des prussiens, il fallait bien refaire la geste r&#233;volutionnaire et faire tomber sur le sol une t&#234;te imp&#233;riale. La voici, d&#233;tach&#233;e du buste, les yeux encore ouverts sur le vide.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_13086 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/braquehais_colonne_vendome_effondree_2.jpg?1730578244' width='500' height='382' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;On se presse autour des gravats, on voudrait regarder de ses yeux ces yeux ouverts, ce cr&#226;ne tomb&#233;, ce corps de bronze bris&#233; l&#224;, &#224; nos pieds, et dans ces gravats &#233;pars on mesure sa force et qu'on est capable, nous autres, en tirant ensemble sur quelques cordes, de faire tomber de son piedestal sur le tapis de fumier les regards imp&#233;riaux et toute cette morgue du pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_13109 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/lanc_on_les_oeuvres_de_la_commune.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/lanc_on_les_oeuvres_de_la_commune.jpg?1730578254' width='500' height='354' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_13090 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/braquehais_colonne_vendome_effondree_6.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/braquehais_colonne_vendome_effondree_6.jpg?1730578245' width='500' height='363' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_13091 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/png/braquehais_colonne_vendome_effondree_7.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/png/braquehais_colonne_vendome_effondree_7.png?1730578245' width='500' height='385' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_13103 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/franc_ois_franck_colonne_vendo_me_effondree_bis.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/franc_ois_franck_colonne_vendo_me_effondree_bis.jpg?1730578250' width='500' height='381' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Bruno Braquehais n'entend pas les cris, mais voit tout, il est l&#224; pour cela. Sourd de naissance, mais ma&#238;tre de la photographie, il a pris fait et cause pour l'insurrection. Alors que Nadar et les autres se sont enfuis, lui est l&#224;, qui documente la r&#233;volution. Il ne vend pas ses clich&#233;s. Il saisit au vol de son appareil, lui le photographe d'atelier, les incendies et les combats, les communards fusil au pied et les visages trembl&#233;s dans l'urgence.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_13097 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/braquehais_groupe_place_vendome_2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/braquehais_groupe_place_vendome_2.jpg?1730578246' width='500' height='387' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_13082 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/braquehais_barricade_de_la_rue_castiglione_groupe.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/braquehais_barricade_de_la_rue_castiglione_groupe.jpg?1730578243' width='500' height='460' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_13088 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/braquehais_colonne_vendome_effondree_4.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/braquehais_colonne_vendome_effondree_4.jpg?1730578245' width='500' height='367' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Braquehais a soigneusement pr&#233;par&#233; ce jour. Des prises de vue de la Grande barricade de la Rue Castiglione laisse voir, au fond de l'image, la colonne encore fi&#232;rement dress&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_13084 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/png/braquehais_barricade_rue_castiglione_vide.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/png/braquehais_barricade_rue_castiglione_vide.png?1730578244' width='500' height='382' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;D'autres photographies montrent les pr&#233;paratifs de l'abattage.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_13094 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/braquehais_colonne_vendome_preparation.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/braquehais_colonne_vendome_preparation.jpg?1730578246' width='500' height='383' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_13092 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/png/braquehais_colonne_vendome_preparation_1.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/png/braquehais_colonne_vendome_preparation_1.png?1730578246' width='500' height='391' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Et puis des dizaines d'autres t&#233;moignent des instants d'apr&#232;s : les Gardes nationaux au pied de la colonne renvers&#233;e posent, le regard mena&#231;ant ou joyeux, brandissant le sabre, criant, levant le chapeau ou r&#234;vant.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_13087 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/braquehais_colonne_vendome_effondree_3.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/braquehais_colonne_vendome_effondree_3.jpg?1730578244' width='500' height='383' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Sur l'une, on devine Courbet, tout en barbe et col&#232;re, lui qui aura d&#232;s les premiers jours appel&#233; &#224; la destruction de l'inf&#226;me colonne. On s'approche pour observer les visages, les regards. Il suffit de fermer les yeux pour apercevoir sur l'une de ces images Arthur Rimbaud.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici donc.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_13085 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/braquehais_colonne_vendome_effondree_1.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/braquehais_colonne_vendome_effondree_1.jpg?1730578244' width='500' height='379' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Mais si vous n'&#234;tes pas convaincu, Braquehais sait insister, comme l'Histoire, et s'y reprend &#224; plusieurs fois ; il est probable qu'on patiente les uns apr&#232;s les autres pour venir poser devant l'Empire terrass&#233; de ses mains. Et comme l'Histoire, labile et mouvante, voil&#224; Rimbaud de nouveau, de l'autre c&#244;t&#233; de l'image cette fois, mais avec le m&#234;me fusil au pied et le m&#234;me regard t&#234;tu, la m&#234;me attitude farouche, et le m&#234;me visage presque effac&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_13099 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/braquehais_statue_brise_e_de_l_empereur.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/braquehais_statue_brise_e_de_l_empereur.jpg?1730578247' width='500' height='379' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r que c'est lui, qui d'autre ?&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_13113 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/rimb_detail_2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/rimb_detail_2.jpg?1730579126' width='500' height='1270' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le 16 mai est un mardi. Mais on ne comprend pas ce qu'il fait l&#224;. Le dimanche 14, il est &#224; Charleville et assiste &#224; la communion d'Isabelle &#8212; &#171; Vraiment, c'est b&#234;te, ces &#233;glises des villages / O&#249; quinze laids marmots encrassant les piliers / &#201;coutent, grasseyant les divins babillages, / Un noir grotesque dont fermentent les souliers : / Mais le soleil &#233;veille, &#224; travers des feuillages, / Les vieilles couleurs des vitraux irr&#233;guliers. &#187; Le po&#232;me &#171; Les premi&#232;res communions &#187; qui commence ainsi est dat&#233; de juillet 1871, o&#249; l'on peut lire aussi ces vers : &#171; Les filles vont toujours &#224; l'&#233;glise, contentes / De s'entendre appeler garces par les gar&#231;ons / Qui font du genre apr&#232;s messe ou v&#234;pres chantantes. / Eux qui sont destin&#233;s au chic des garnisons / Ils narguent au caf&#233; les maisons importantes / Blous&#233;s neuf, et gueulant d'effroyables chansons. &#187; Un programme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lendemain, lundi 15, il ach&#232;ve l'ample lettre dite du Voyant adress&#233;e &#224; Paul Dem&#233;ny : la plus compl&#232;te &#233;tude sur ce qui l'anime alors, et qui n'est rien de moins que la refondation du langage. Et le mardi, il serait &#224; Paris, en tenue de Garde National, regard furieux et statue du tyran &#224; ses pieds ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut relire les lettres, croiser les souvenirs, consulter les cartes et les horaires des cal&#232;ches et des trains, r&#234;ver, se confier au d&#233;lire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s les &#233;v&#233;nements du 18 mars et la proclamation de la Commune, son c&#339;ur est aupr&#232;s de la R&#233;volution. De Charleville, on avait appris que la Garde Nationale offrait trente sous par jour et c'est un encouragement de plus. Dans le courant du mois d'avril, il gagne Paris &#224; pied en six jours : soixante lieues &#224; marche forc&#233;e en regardant les &#233;toiles le matin s'&#233;teindre, dormir n'importe o&#249; et mendier la bi&#232;re dans les auberges et les yeux de la serveuse. Il connait d&#233;j&#224; la route par c&#339;ur &#8211; si en ao&#251;t, il avait fugu&#233; une premi&#232;re fois, en train, en f&#233;vrier, il avait march&#233; plusieurs jours pour rejoindre la Grande Ville, Verlaine, la Gloire qu'il esp&#233;rait alors et sur laquelle il ne va pas tarder &#224; cracher soigneusement. Cette fois, c'est la R&#233;volution qu'il veut rejoindre. Il sera enr&#244;l&#233;, dira Delahaye, dans les rangs des &#171; Francs-Tireurs de la R&#233;volution &#187; dont le nom dit mal les gosses qui ont trouv&#233; refuge l&#224; pour la soupe et le couche ou l'abri et pour rien, l'odeur de poudre et de canaille &#8212; sans arme ni bagage, combien sont-ils entass&#233;s l&#224; ces gosses de la Commune dans la caserne Babylone ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi ces gosses donc, celui-l&#224;, qu'on trouve parfois avec des feuilles volantes noircies d'une &#233;criture soign&#233;e. Est-ce qu'il a gard&#233; cette habitude d'&#233;crire avant le lever du soleil quand tout le monde dort encore ? S'&#233;crivent l&#224; en quelques semaines &#171; Le Chant de guerre parisien &#187;, et &#171; Le C&#339;ur vol&#233; &#187;, bien s&#251;r, &#171; L'Orgie parisienne &#187; et &#171; Les S&#339;urs de Charit&#233; &#187;, &#171; Douaniers &#187; et peut-&#234;tre m&#234;me le terrible &#171; Voyelles &#187; &#8212; po&#232;mes qui portent trace de l'enthousiasme et de la violence, des rudesses de la troupe et des horizons possibles. Ernest Delahaye se souvient de deux autres po&#232;mes que son ami lui lira, l'&#233;t&#233;, et qui sont, pour l'heure, perdus ; il donne un titre &#224; l'un d'eux : &#171; Carnaval des statues &#187;. Ce carnaval o&#249; l'on renverse les puissants dans les cris de joie de tous les bouleversements, et cette statue ? N'est-ce pas l'Empereur qu'on terrasse en effigie et avec lui, tout pouvoir, toute brutalit&#233; guerri&#232;re ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Delahaye, il confie s'&#234;tre li&#233; &#224; un soldat du 88e R&#233;giment de Marche &#8212; s&#251;r, dira-t-il les yeux humides, qu'il est mort fusill&#233; deux mois plus tard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici ce qu'on sait. Le reste tremble comme un visage sur une photographie mal expos&#233;e. Le 13 mai, il &#233;crit &#224; son ma&#238;tre Izambard un premier embryon de la lettre du Voyant o&#249; il note au d&#233;tour ce scrupule : &#171; Je suis un travailleur, c'est l'id&#233;e qui me retient, quand les col&#232;res folles me poussent vers la bataille de Paris. &#187; Il faut croire que l'id&#233;e ne le retiendra pas longtemps. Si le lendemain 14 mai, il est contraint de rester chez lui pour la communion d'Isabelle, il est encore dans l'affreuse Charleville le 15, on le sait : la lettre du Voyant &#8212; celle adress&#233;e &#224; Dem&#233;ny &#8212; est post&#233;e de l&#224;. &#192; la fin du mois aussi, quand la Commune est &#233;cras&#233;e par les assassins de Thiers, il est &#224; l'abri dans la ville natale, &#171; sup&#233;rieurement idiote entre les petites villes de province &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais pourquoi ne serait-il pas &#224; Paris le 16 mai ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Izambard est s&#251;r de son fait : non, il n'y est pas. Comment le peut-il ? Pr&#232;s d'une semaine de marche, dans des territoires hostiles que les Prussiens contr&#244;lent, impossible. La t&#226;che &#233;tait d&#233;j&#224; h&#233;ro&#239;que en mars, alors &#224; la mi-mai&#8230; Le samedi 20 mai, l'arm&#233;e des Versaillais aura coup&#233; tous les acc&#232;s vers Paris et le dimanche, lanc&#233; son assaut criminel, pass&#233; par les armes les premiers insurg&#233;s &#8212; la caserne Babylone sera &#233;vacu&#233; le lundi 22 en grand d&#233;sordre. Rimbaud n'y sera pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une hypoth&#232;se. Et si, ayant r&#233;dig&#233; la lettre &#224; Dem&#233;ny le lundi 15 mai tr&#232;s t&#244;t &#8212; peut-&#234;tre d&#232;s le dimanche soir, et une partie de la nuit &#8212;, il l'avait post&#233;e &#224; la premi&#232;re heure ? Et s'il avait pris la direction de la gare de Charleville ? Il l'aura trouv&#233;e ferm&#233;e : un accident survenu la veille avait interdit tout d&#233;part. Devant la porte close de la gare, les hypoth&#232;ses se ferment et Izambard peut exulter : vous voyez bien, impossible. Et si Rimbaud n'avait pas renonc&#233; ? Et s'il avait pris la route de Sedan ? C'est &#224; un peu plus de vingt kilom&#232;tres &#8212; Rimbaud tient la forme, il peut y &#234;tre en cinq heures, moins s'il se faisait transporter par une cal&#232;che de passage. Il serait &#224; Sedan avant d&#233;jeuner, il aura le temps de manger sur un coin de table avant de sauter dans le train de 14h qui arrive &#224; Paris un peu avant dix heures le soir. M&#234;me s'il n'a pas la force de passer &#224; la caserne Babylone, un dessous de pont sur les quais, un bord de trottoir sous un porche ou une &#233;glise aux portes fracass&#233;es feraient l'affaire. On n'a pas sommeil, on peut aussi marcher, respirer l'air frais de la r&#233;volution : &#244; et que salubre et le vent qui disperse le vieux monde. Il sait peut-&#234;tre aussi o&#249; trouver l'ami du 88e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le matin du 16, il se serait r&#233;veill&#233; de nouveau dans Paris communarde. On lui aurait donn&#233; un fusil, un semblant d'uniforme, et le voil&#224; place Vend&#244;me, le regard furieux pour la pose et sur la pellicule de Braquehais toisant les ruines r&#233;pandues &#224; ses pieds des vieux Empires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;v&#233;nement, vraiment, avait d&#251; l'appeler : et il fallait donc qu'il ait &#233;prouv&#233; ce vif d&#233;sir de voir de ses yeux la colonne heurter le sol. Mais est-ce suffisant, et pourquoi tant de risque, tandis que l'occupaient int&#233;rieurement d'intenses r&#233;volutions du langage ? Il suffit de faire l'hypoth&#232;se que d'une r&#233;volution l'autre il fallait bien les accomplir toutes deux d'un m&#234;me pas, puisqu'elles ne faisaient qu'une : ayant nomm&#233; la premi&#232;re dans la lettre, rejoindre la seconde fusil &#224; la main et regard furieux attach&#233; aux statues effondr&#233;es n'&#233;taient qu'une cons&#233;quence logique, fatale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais Delahaye ajoute en passant, et presque sans s'y arr&#234;ter, une image au tableau, comme une ombre. Ce printemps, Rimbaud avait rencontr&#233; une jeune fille &#224; Charleville. Quand le gar&#231;on lui avait confi&#233;, d&#232;s les premiers jours de l'insurrection en mars, son d&#233;sir de rejoindre Paris, elle lui avait dit vouloir le suivre : qu'elle voulait aussi s'enr&#244;ler dans l'arm&#233;e communaliste. Non, avait dit Rimbaud : c'&#233;tait seul qu'il irait ; et il &#233;tait parti seul en effet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Seulement, raconta plus tard Rimbaud &#224; Delahaye, lors de son premier s&#233;jour comme Franc Tireur de la R&#233;volution, en avril, il l'aper&#231;ut dans une rue &#8212; avant de la voir dispara&#238;tre. Il la chercha longuement sans la trouver. Et c'est seul qu'il revint &#224; Paris. O&#249; &#233;tait-elle ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne sait pas. Ce qu'on sait : Delahaye se souviendra de ce soir de 1872 o&#249;, les yeux dans le vague, Rimbaud racontera cette image : la jeune fille dans une rue de Paris parmi la foule, et lui hurlant son nom, criant et courant vers elle, et elle happ&#233;e dans une autre rue, s'&#233;vanouissant &#224; jamais. Est-ce qu'elle le cherchait ? Et sera-t-elle cach&#233;e dans Paris pendant que les assassins de Thiers sillonnaient la ville ? A-t-elle fui, et gagn&#233; Londres, Bruxelles, ou quelle Ethiopie ? &#192; moins qu'elle ne trouva refuge dans Villers-Cotterets o&#249; vivaient des proches parents, s'&#233;tait mari&#233;e sagement avant de mourir centenaire ? Se rendre &#224; Paris le 16 mai n'avait-il pas pour but, alors que les &#233;v&#233;nements &#233;taient sur le point de basculer, de retrouver sa trace, de l'arracher &#224; Paris et aux massacres &#224; venir, et de fuir ensemble ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On est devant ces hypoth&#232;ses comme devant ce visage de la Place Vend&#244;me. On cherche une raison. Comment le dimanche cracher sur Dieu, le lundi red&#233;finir d'un seul geste toute la po&#233;sie en l'an&#233;antissant, le mardi faire la R&#233;volution &#8212; et le mercredi courir derri&#232;re une jeune fille qu'on ne verra plus ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marcher vers la Place Vend&#244;me donne ce sentiment stupide d'&#234;tre d&#233;sarm&#233;. Apr&#232;s avoir &#233;cras&#233; les Communards, la R&#233;publique ordonna la reconstruction de la colonne aux frais de Courbet qui avait &#233;mis l'id&#233;e de sa destruction. Deux ans plus tard, elle dominait de nouveau la place redevenue &lt;i&gt;Vend&#244;me&lt;/i&gt; apr&#232;s avoir &#233;t&#233;, pr&#232;s de deux mois communarde et nomm&#233;e &lt;i&gt;Place Internationale&lt;/i&gt;. On orna la colonne d'une autre statue de l'Empereur drap&#233; dans un manteau court et portant pour attributs de sa gloire le glaive, la victoire ail&#233;e et la couronne imp&#233;riale de lauriers : c'est elle qui tr&#244;ne encore sur le ciel de Paris, gouverne nos jours et ces nuits.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_13100 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/colonne_vendo_me_aujourdhui.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/colonne_vendo_me_aujourdhui.jpg?1730578248' width='500' height='835' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;En 2014, l'h&#244;tel Ritz finan&#231;a sa r&#233;novation : elle fut livr&#233;e un an plus tard, comme neuve.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_13101 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/colonne_vendome_2014.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/colonne_vendome_2014.jpg?1730578248' width='500' height='393' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Il faut fermer les yeux, observer les ombres sur le sol, au printemps, sur le nouveau dallage min&#233;ral d'une place silencieuse, muette plut&#244;t. Les ombres qui tra&#238;nent gardent le silence aussi, mais dessinent d'&#233;tranges dessins en nous, des d&#233;lires aux contours de d&#233;sirs vengeurs.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_13083 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/alphonse_liebert_colonne_vendome_effondree.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/alphonse_liebert_colonne_vendome_effondree.jpg?1730578243' width='500' height='559' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Certaines ombres poss&#232;dent des visages : celui-ci peut-&#234;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand on regarde longuement ce visage, l'&#233;vidence que c'est lui rejoint une autre, pas moins ferme et d&#233;lirante : c'est peut-&#234;tre un autre.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_13112 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/rimb_detail_.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/local/cache-vignettes/L202xH844/rimb_detail_-75969.jpg?1769995070' width='202' height='844' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour ces nouvelles-ci, j'emprunte certaines hypoth&#232;ses &#224; ce &lt;a href=&#034;http://rimbaudpassion.canalblog.com/archives/2021/05/10/38963760.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;blog anonyme&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Rimbaud | En bras de chemise</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;et autres guenilles&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.arnaudmaisetti.net/spip/notes-questions-lirecrire/rimbaud-lire-ecrire/rimbaud-des-nouvelles-jusqu-a-nous/" rel="directory"&gt;Rimbaud, des nouvelles jusqu'&#224; nous&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/logo/capture_d_e_cran_2023-11-10_a_17.43_44.png?1699635023' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='150' height='80' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/capture_d_e_cran_2023-11-10_a_17.44_01.png?1699635030&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;center&gt;&lt;small&gt;Par intervalles secrets, &lt;br&gt;
Rimbaud nous adresse des nouvelles (photos, textes, d&#233;lires)&lt;br&gt;
Les recueillir ici : &lt;a href=&#034;https://arnaudmaisetti.net/spip/notes-questions-lirecrire/rimbaud-lire-ecrire/rimbaud-des-nouvelles-jusqu-a-nous/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;le sommaire&lt;/a&gt;&lt;/small&gt;&lt;/center&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;small&gt;
&lt;p align=&#034;right&#034;&gt;
L&#224;-bas, dans leur vaste chantier&lt;br class='autobr' /&gt;
Au soleil des Hesp&#233;rides,&lt;br class='autobr' /&gt;
D&#233;j&#224; s'agitent &#8212; en bras de chemise &#8212;&lt;br class='autobr' /&gt; Les Charpentiers.
&lt;br/&gt;
&lt;br&gt;
Rimb.&lt;/small&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Cent trente deux ans apr&#232;s le dernier souffle, &lt;a href=&#034;https://arnaudmaisetti.net/spip/notes-questions-lirecrire/rimbaud-lire-ecrire/rimbaud-vies-imaginaires/article/rimbaud-delires-suites-et-fin?var_mode=calcul&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;le dernier regard par la fen&#234;tre&lt;/a&gt; sur le ciel de Marseille depuis cette chambre de l'H&#244;pital de la &lt;i&gt;Conception&lt;/i&gt; &#8212; &#233;videmment, o&#249; ailleurs ? &#8212;, et cent cinquante ans apr&#232;s la parution (dans le silence le plus lourd) d'&lt;i&gt;Une Saison en Enfer&lt;/i&gt;, Jean Nicolas Arthur Rimbaud est habill&#233; pour l'hiver&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Une vid&#233;o sur le sujet par Fran&#231;ois Bon : Rimbaud vend de la chemise chez (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'entreprise Alain Figaret, rachet&#233; en deux mille dix sept par la bien nomm&#233; Experienced Capital Partner, soci&#233;t&#233; d'investissement sp&#233;cialis&#233;e dans le secteur du &lt;i&gt;luxe abordable&lt;/i&gt; &#8212; on n'invente rien &#8212;, prend participation dans la marque &#224; hauteur de 70 % : Figaret Paris entreprend un plan de d&#233;veloppement et en novembre de la m&#234;me ann&#233;e, la soci&#233;t&#233; Comptoir Fran&#231;ais de la Chemise est absorb&#233;e par la Soci&#233;t&#233; Nouvelle Maestro qui prend le nom de Figaret Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle compte vingt huit boutiques dont une au Japon et aucune au Yemen &#224; cette heure, ou en Abyssinie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces jours, Gallimard la v&#233;n&#233;rable Maison d&#233;tenue par la holding Madrigal accueille en son sein le g&#233;ant du Luxe LVMH dirig&#233; par Bernard Arnault &#224; hauteur de neuf virgule cinq pour cent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il &#233;tait in&#233;vitable et quasi fatal que Gallimard s'associe &#224; Figaret pour coudre (est-ce le mot ?) des chemises : &#171; une collab(oration) qui rend hommage &#224; la po&#233;sie et &#224; la libert&#233; (&lt;i&gt;dixit&lt;/i&gt;) &#224; travers une capsule (?) aussi lyrique qu'in&#233;dite : deux cr&#233;ations mixtes embl&#233;matiques inspir&#233;es par Arthur Rimbaud, pour un hommage vibrant &#224; l'art de se r&#233;inventer. &#187; C'est &#233;crit &lt;a href=&#034;https://www.figaret.com/pages/collection-arthur-rimbaud&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;en toutes lettres&lt;/a&gt; num&#233;riques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La chemise mixte habite le po&#232;te moderne d'une &#171; coupe &lt;i&gt;liquette popover&lt;/i&gt; &#187; sur toile en coton et lin. La seconde chemise embrasse &#171; les lignes devenues iconiques &#187; de la chemise &#171; Je t'aime &#187; et brode quelques mots sur la patte de boutonnage pr&#232;s du c&#339;ur &#8212; et du portefeuille. Il en co&#251;terait cent trente cinq euros, mais un ouvrage sera offert g&#233;n&#233;reusement, on l'esp&#232;re bien, sans trop y croire.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div class='spip_document_12200 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/png/img_1033.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/png/img_1033.png?1699635048' width='500' height='775' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;small&gt;
&lt;p align=&#034;right&#034;&gt;
Dans leurs D&#233;serts de mousse, tranquilles,&lt;br class='autobr' /&gt;
Ils pr&#233;parent les lambris pr&#233;cieux&lt;br class='autobr' /&gt; O&#249; la ville&lt;br class='autobr' /&gt; Peindra de faux cieux.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;p&gt;C'est la suite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'&#233;tait donc pas assez que le gar&#231;on qui avait aussi fort que possible insult&#233; Charleville soit c&#233;l&#233;br&#233; &#224; chaque rue par la ville tant ha&#239;e, il fallait aussi qu'on brode des chemises hors de prix de son nom, qu'il soit, apr&#232;s avoir &#233;t&#233; sujet de d&#233;votion, pure relique et objet de troc, nom qui r&#233;sonne comme la &lt;i&gt;marque&lt;/i&gt; souill&#233;e d'une blessure, bourse en monnaie sonnante et tr&#233;buchante du bruit d'or en toc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Sa culotte avait un large trou&lt;/i&gt;, mais sa chemise est d&#233;sormais en &#233;crue lin (48 % coton, 2 % &#233;lasthanne), semi-ajust&#233;e et pens&#233;e pour s'accorder &#224; toutes les morphologies : celles qu'on monnaie sur son cadavre qui sert de code guichet quand il le faut aux marchands du temple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je crois qu'il est mort le torse nu terrass&#233; par la fi&#232;vre qui couvrait son corps br&#251;lant tandis qu'il r&#233;clamait en vain &#224; Isabelle &#224; boire et qu'elle faisait lentement le signe de la croix en lui jetant de l'eau b&#233;nite qu'il recrachait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On l'enterra avec une chemise trop grande que sa m&#232;re avait conserv&#233; dans ses armoires ardennaises pour le jour o&#249; il se marierait : elle pleura &#224; cette pens&#233;e, non de tristesse et de regret, mais plein de ranc&#339;ur pour le fils, et d'amertume pour son orgueil.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;small&gt;
&lt;p align=&#034;right&#034;&gt;
&#212;, pour ces Ouvriers charmants&lt;br class='autobr' /&gt;
Sujets d'un roi de Babylone,&lt;br class='autobr' /&gt;
V&#233;nus ! quitte un instant les Amants&lt;br class='autobr' /&gt; Dont l'&#226;me est en couronne.&lt;/small&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Poursuit encore le po&#232;me, faisant des ouvriers babyloniens les vrais sujets du monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes habitu&#233;s aux insultes. Aux mani&#232;res que poss&#232;de ce si&#232;cle de s'emparer de nous jusqu'&#224; nos cadavres. Nous sommes habitu&#233;s et nous continuons malgr&#233; tout d'&#234;tre humili&#233;s, bless&#233;s, inconsolables. Crevant de b&#234;tise comme un ventre jamais satisfait, ce monde r&#233;pand sur nous sa vulgarit&#233; de poss&#233;dant et nous voudrions tant nous tenir loin : c'est impossible, il nous rejoint toujours. C'est sur telle vitrine, telle page en &lt;i&gt;ligne&lt;/i&gt; ; on ferme les fen&#234;tres une &#224; une, mais c'est trop tard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous voudrions en retour insulter et il n'y a pas de mot.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous pr&#233;f&#233;rons penser aux cadavres, &#224; nos morts qui reposent dans cette poussi&#232;re qui ne sera qu'&#224; nous : le si&#232;cle aura beau faire, ces morts resteront les n&#244;tres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En bras de chemise, on continuera de creuser les trous ici et l&#224; o&#249; les morts trouveront place et sur quoi pousseront les fleurs sauvages qu'on arrachera pour d&#233;poser dans les cheveux de qui passera, le vent, le ciel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a cent trente deux ans, Rimbaud mourrait entour&#233; de ce ciel, dans ce vent l&#224; qui nous cerne. Il avait laiss&#233; sur quelques pages volantes quelques mots, des phrases, et dans les phrases comme si c'&#233;tait un corps d&#233;compos&#233; des forces capables de nous servir bient&#244;t afin de renverser tout ce monde vieux qui saurait se d&#233;fendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne sais pas o&#249; se trouve cette chambre de la Conception &#224; quelques centaines de m&#232;tres d'ici o&#249; j'&#233;cris, tout pr&#232;s, oui, de l&#224; o&#249; il a &lt;i&gt;rendu l'&#226;me,&lt;/i&gt; comme l'on dit, terrifi&#233; sans doute et cherchant du regard quelque chose qui n'existait pas &#8212; nu, couvert de sueur et de larmes, je ne sais pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je sais ceux qui vendent les chemises &#224; son nom et pourquoi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#192; quatre heure du matin, l'&#233;t&#233; &#187; travaillent les Charpentiers de Babylone &#339;uvrant dans l'air et la fatigue pour lever la ville neuve : elle arrive. Il fait d&#233;j&#224; chaud et leurs chemises noires de terre et relev&#233;es au coude sont tremp&#233;es ; ils ont soif.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;small&gt;
&lt;p align=&#034;right&#034;&gt; &#212; Reine des Bergers,&lt;br class='autobr' /&gt;
Porte aux travailleurs l'eau-de-vie,&lt;br class='autobr' /&gt;
Que leurs forces soient en paix&lt;br class='autobr' /&gt;
En attendant le bain dans la mer &#224; midi.&lt;/small&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;C'est la fin du po&#232;me. Apr&#232;s commence la vie, l'autre, celle qui est d&#233;figur&#233;e par le langage et donne l'envie de renverser Babylone pour rejoindre le soleil qui va se coucher.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_12202 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_1797.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_1797.jpg?1699635101' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Une vid&#233;o sur le sujet par Fran&#231;ois Bon : &lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=Pu-UB4Vzc18&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Rimbaud vend de la chemise chez Gallimard, marre&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Rimbaud | Trois photographies</title>
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		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>


		<dc:subject>_Arthur Rimbaud</dc:subject>
		<dc:subject>_photos</dc:subject>
		<dc:subject>_vies des morts</dc:subject>
		<dc:subject>_aura &amp; ailleurs</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Tenir en respect l'immobilit&#233; du pr&#233;sent&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.arnaudmaisetti.net/spip/notes-questions-lirecrire/rimbaud-lire-ecrire/rimbaud-des-nouvelles-jusqu-a-nous/" rel="directory"&gt;Rimbaud, des nouvelles jusqu'&#224; nous&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.arnaudmaisetti.net/spip/mot/_arthur-rimbaud" rel="tag"&gt;_Arthur Rimbaud&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.arnaudmaisetti.net/spip/mot/_photos" rel="tag"&gt;_photos&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.arnaudmaisetti.net/spip/mot/_vies-des-morts" rel="tag"&gt;_vies des morts&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.arnaudmaisetti.net/spip/mot/_aura-ailleurs" rel="tag"&gt;_aura &amp; ailleurs&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/logo/arton2374.jpg?1558382368' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;small&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Tous les ans, Jean-Nicolas Arthur Rimbaud nous donne de ses nouvelles. Un po&#232;me, une trace de sang sur un &lt;a href=&#034;http://arnaudmaisetti.net/spip/spip.php?article1831&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;revolver&lt;/a&gt;, une &lt;a href=&#034;http://arnaudmaisetti.net/spip/spip.php?article2237&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;lettre d&#233;cisive&lt;/a&gt;, son &lt;a href=&#034;http://arnaudmaisetti.net/spip/spip.php?article301&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;visage&lt;/a&gt;. Les &lt;a href=&#034;http://arnaudmaisetti.net/spip/spip.php?article762&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;vies posthumes&lt;/a&gt; de Rimbaud sont l&#233;gions : elles prolongent son aventure terrestre comme l'ombre sur le sol, vers le soir. Cette ann&#233;e, ce sont trois photographies qu'il a prises, en passant : au passage. C'est son regard sur le monde tel qu'il a pass&#233; comme une couleur qu'on re&#231;oit : comme s'il s'agissait maintenant de voir la vie &#224; travers lui&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour les pr&#233;cisions savantes de ce qui va suivre, voir &#233;videmment de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;p&gt;Mai 1887. Jean-Nicolas Arthur Rimbaud marche &#224; la surface du r&#233;el et laisse tomber sa sueur sur le sable des choses secou&#233;es par le vent. Il est avec l'ami Jules Borelli, et marche entre Entoto et Harar &#8212; jusqu'o&#249; M&#233;n&#233;lik II vient d'&#233;tendre son pouvoir. Ils sont partis le premier du mois pour n'arriver au comptoir d'Ethiopie que le vingt. On est le 14. On passe par la route des Itous Gallas. On longe lentement les Monts Tchercher. Borelli poss&#232;de une arme : un appareil photographique dernier cri. Plut&#244;t que de s'&#233;quiper de lourdes plaques de verre qui peuvent en chemin &#224; tous moments se briser, il a choisi le film souple, en g&#233;latine, sur laquelle est coul&#233;e une &#233;mulsion en bromure d'argent. Rimbaud est mains nues. Il a vendu son appareil deux ans plus t&#244;t : &#171; &#224; mon plus grand regret, mais sans perte &#187;, avait-il &#233;crit &#224; sa m&#232;re. Oui, les regrets vont souvent avec l'argent qu'on en tire, c'est le drame de ces ann&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Borelli pose souvent son appareil sur le sol : plonge son visage sous la capuche noire. Le bourgeois tient journal de sa travers&#233;e. Il le publiera bient&#244;t : &lt;i&gt;Ethiopie m&#233;ridionale : journal de mon voyage aux pays Amhara, Oromo et Sidamoa, septembre 1885 - novembre 1888.&lt;/i&gt; Et alors ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Taurin Cahagne : c'est son nom. Lui ne fait pas le voyage avec Borelli et Rimbaud. Il ne photographie pas. Il est vicaire des Gallas. Dans la r&#233;gion pour &#233;tendre l'empire de Dieu, il voudrait &#233;tablir des cartes &#8212; c'est la m&#234;me chose sans doute. Oui, c'est mesurer le monde pour imposer Dieu : donner mesure &#224; la terre ; c'est ce que font les hommes pour ensevelir la terre sous les fronti&#232;res comme des corps sous les pri&#232;res et assujettir leurs semblables. Rimbaud aussi r&#234;ve ce projet : tracer les cartes, c'est t&#226;che d'hommes qui arpentent les terres inconnues, voudraient les dominer d'un coup d'oeil et d'un geste, celui qui d&#233;ploie une feuille de papier avec des lignes et des cercles, et posant le doigt quelque part, diraient : c'est l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Philipp Paulitschke : c'est l'autre personnage de l'histoire. Il est ethnographe, en Harar aussi, mais bien avant le voyage de mai 1887, bien avant la marche aride des Monts Tchercher, bien avant la sueur vers&#233;e sur le sable entre Entoto et Harar. L'autrichien y est en 1885. Est-ce qu'il rencontre Rimbaud ? Comment savoir ? Sept ans plus tard, en 1892 &#8212; Rimbaud sera sous la terre d'Ardenne depuis une ann&#233;e &#8212; Paulitschke donne plus de deux cent photographies &#224; un mus&#233;e de Vienne. Il est savant : &#224; ce titre, il est scrupuleux au diable et note &#224; c&#244;t&#233; de chaque image une description de ce qu'on voit, le lieu, et la date : et aussi, quand il le peut, quand il le sait : l'auteur de l'image. L'auteur, ou celui qui la poss&#232;de ? On ne sait pas : Paulishke est savant et non po&#232;te : il note seulement &lt;i&gt;Collector&lt;/i&gt;, et on ne sait pas ce que &#231;a veut dire. Les savants lisent les notes d'un savant comme un &#233;tudiant les vers d'un po&#232;te : sans savoir, et en r&#234;vant. On fait des hypoth&#232;ses ; on pourrait croire que &lt;i&gt;collector&lt;/i&gt; veut dire &lt;i&gt;Auteur&lt;/i&gt;. On l'esp&#232;re plut&#244;t : les &#233;tudiants comme les savants, quand ils lisent les po&#232;mes, sont surtout des fid&#232;les qui inventent les traces du dieu quand il s'est retir&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les photographies que donne l'autrichien sont sans n&#233;gatif : souvent des photographies de photographies &#8212; des contretypes. On est d&#233;j&#224; dans l'aura d&#233;grad&#233; des choses. L'autrichien meurt, il ne rendra pas les comptes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le temps passe, c'est sa nature. Les livres de photos prennent la poussi&#232;re, et on les oublie. Et puis, on les ouvre, par hasard et d&#233;s&#339;uvrement, ou parce que la d&#233;votion conduit &#224; l'endroit de la poussi&#232;re quand on traque l'ombre de Rimbaud.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On tourne les pages du vieux livre laiss&#233; au mus&#233;e de la poussi&#232;re. Page 18 et 19, les lettres tracent d'&#233;vidence des contours connus : &lt;i&gt;M. Rimbaud&lt;/i&gt; est en bonne place, en regard de trois num&#233;ros qui d&#233;signent trois photographies.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_7340 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/860_exposition-rimbaud-photographe-registre-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/860_exposition-rimbaud-photographe-registre-2.jpg?1558382218' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
1/ Galla : Kindern mit dem Massaub. Tisch (&#171; Galla : enfants avec un massaub. Table &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2/ Fu&#223;waschung in Schoa (&#171; Lavage des pieds au Choa &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3/ Befestig&#252;ng im Lande der Galla-Itou : Cercer (&#171; Fortifications en pays Galla-Itou : Tchercher &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;p&gt;Il faut refaire le chemin. Celui de mai 1887, celui de la sueur sur les routes de Tchercher. Il est t&#244;t le matin, ou midi. Rimbaud voit ce que l'homme a cru voir : et quoi ? Un regard, un corps, un mouvement de terrain plus instable qu'un autre. Ou est-ce pour le plaisir ? Ou pour rep&#233;rer ici de quoi &#233;crire plus tard ce qu'on n'&#233;crira jamais ? Il d&#233;sire prendre une photo comme on prend la parole &#8212; mais il n'a pas le dernier cri, alors il se tourne vers l'ami Jules. De bonnes gr&#226;ces, ou en r&#226;lant, Borelli lui laisse l'appareil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rimbaud regarde un jeune homme laver les pieds d'un guerrier, son bouclier pos&#233; &#224; c&#244;t&#233; de lui &#8212; et peut-&#234;tre lui demande-t-il de poser, que l'Ardennais fait lui m&#234;me les gestes rituels de l'hospitalit&#233; des Gallas qu'il a vu faire ici et qu'il exige qu'on les rejoue pour lui et l'&#233;ternit&#233; (&#244; saison), peut-&#234;tre s'invente-t-il autant metteur en sc&#232;ne que photographe, et po&#232;te vrai po&#232;te, profanateur des rituels. Il regarde l'enfant qui lave les pieds et enfonce la t&#234;te sous la capuche noire.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_7343 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/lavage_des_pieds_au_choa_72dpi-4234639.jpg?1558382218' width='500' height='399' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Puis il regarde deux autres enfants et leur demande de regarder bien droit dans la machine : et enfonce la t&#234;te sous la capuche noire.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_7341 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/deux-enfants-avec-table.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/deux-enfants-avec-table.jpg?1558382218' width='500' height='417' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Et parce qu'il est aga&#231;ant de demander aux hommes de poser, et plus encore aux enfants, il se pose lui-m&#234;me devant la terre, les fortifications d'une ville sur la colline, la citadelle du ras Dargh&#233;, immobile et mod&#232;le parfait, qui sait retenir le souffle et garder l'attitude. Rimbaud, enfon&#231;ant la t&#234;te sous la capuche noire, vient alors tenir en respect l'immobilit&#233; des paysages de d&#233;sert.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_7342 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/fortification_en_pays_des_gallas_itous._monts_tchercher_72_dpi-4234655.jpg?1558382218' width='500' height='418' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Arriv&#233;s &#224; destination, ils d&#233;veloppent les images : Borelli sait faire parler la machine. Puis il remet &#224; son auteur les trois clich&#233;s. Les images l'accompagnent ces ann&#233;es-l&#224;. Quand il doit partir se soigner &#8212; et mourir &#224; la Conception de Marseille, la jambe lourde comme la pierre &#8212;, ils &#233;choient au premier occidental venu, et puisque le vicaire Taurin Cahagne est l&#224;, va pour le vicaire Taurin Cahagne. Qui les confiera &#224; l'autrichien Paulitschke, au d&#233;but des ann&#233;es 1890. Qui les confiera &#224; un mus&#233;e Viennois et &#224; la poussi&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici l'histoire telle qu'on peut la r&#234;ver.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Evidemment, ceci est vrai dans la mesure o&#249; tout cela peut &#234;tre faux. Les savants d'aujourd'hui diront peut-&#234;tre tout et son contraire bient&#244;t, et peu importe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce matin, cent trente-deux ans presque tout juste apr&#232;s ces images, je regarde ce que possiblement Jean-Nicolas Arthur Rimbaud a regard&#233;. Je pose les yeux sur quoi il a pos&#233; les yeux. Les corps qui regardent regardent Rimbaud les regarder : et les pierres aussi, et le secret qui lie les ombres &#224; ce qui les attache &#224; la lumi&#232;re, la miracle de ce qui d&#233;chire le pr&#233;sent pour en fixer l'instant et l'impression &#224; la surface d'un mauvais papier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans doute Rimbaud rep&#233;rait l&#224; des lieux ; qu'il n'y a rien de sublime ou de d&#233;cisif ; que l'ordre du monde reste &#224; sa place, vainqueur et arrogant ; que les morts sont morts, et que les vivants sont de ce c&#244;t&#233; des yeux. Sans doute : et que la poussi&#232;re qui r&#232;gne en ma&#238;tre sur la katana du ras Dargh&#233; est la m&#234;me &#224; Vienne et &#224; Marseille, ou sous Charleville le devenir d'un corps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je le sais et pourtant je regarde la poussi&#232;re quand m&#234;me ce matin dans un caf&#233; de La Plaine pour chercher ce que j'ignore.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour les pr&#233;cisions savantes de ce qui va suivre, voir &#233;videmment de premi&#232;res mains les explications de Hugues Fontaine, qui a &lt;a href=&#034;http://rimbaudphotographe.eu/quatre-negatifs-dans-le-fonds-jules-borelli/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;d&#233;couvert les photographies et formulent les hypoth&#232;ses&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Rimbaud | Meilleurs v&#339;ux</title>
		<link>https://www.arnaudmaisetti.net/spip/notes-questions-lirecrire/rimbaud-lire-ecrire/rimbaud-des-nouvelles-jusqu-a-nous/article/rimbaud-meilleurs-voeux</link>
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		<dc:date>2019-01-01T10:18:57Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Pourquoi parlez-vous toujours de maladies, de mort, de toutes sortes de choses d&#233;sagr&#233;ables ?&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.arnaudmaisetti.net/spip/notes-questions-lirecrire/rimbaud-lire-ecrire/rimbaud-des-nouvelles-jusqu-a-nous/" rel="directory"&gt;Rimbaud, des nouvelles jusqu'&#224; nous&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/logo/8e89e54_1644051574125-0608-rimbaudethiopie.jpg?1699731887' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='103' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;small&gt;
&lt;center&gt;&lt;i&gt;Lettre de Rimbaud, &#224; sa famille&lt;br/&gt;presque trois ans avant sa mort.&lt;/i&gt;&lt;/center&gt;&lt;/small&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Harar, 10 janvier 1889&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ma ch&#232;re maman, ma ch&#232;re s&#339;ur,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai bien re&#231;u votre lettre dat&#233;e du 10 d&#233;cembre 1888. Merci de vos conseils et bons souhaits. Je vous souhaite bonne sant&#233; et prosp&#233;rit&#233; pour l'ann&#233;e 1889.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi parlez-vous toujours de maladies, de mort, de toutes sortes de choses d&#233;sagr&#233;ables ? laissons toutes ces id&#233;es loin de nous et t&#226;chons de vivre le plus confortablement possible, dans la mesure de nos moyens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je vais bien, je vais mieux que mes affaires, qui me donnent beaucoup de tracas pour peu de b&#233;n&#233;fice. Avec les complications o&#249; je suis engag&#233;, il est peu probable que je sorte avant longtemps de ces pays. Pourtant, mon capital n'augmente gu&#232;re, je crois que je recule au lieu d'avancer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[&#8230;]&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Rimbaud | Des nouvelles de Londres</title>
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		<dc:date>2018-11-30T11:12:45Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>


		<dc:subject>_Arthur Rimbaud</dc:subject>
		<dc:subject>_Chantier critique</dc:subject>
		<dc:subject>_vies des morts</dc:subject>
		<dc:subject>_Germain Nouveau</dc:subject>
		<dc:subject>_Londres</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;L'Histoire splendide&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/logo/rimbaud-lettre_a_andrieu2.jpg.png?1699731967' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='81' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt;Cette ann&#233;e encore, Rimbaud nous donne de ses nouvelles. Ce n'est pas un portrait &lt;a href=&#034;http://arnaudmaisetti.net/spip/spip.php?article301&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#8211; un visage authentique ou non &#8211;&lt;/a&gt; cette fois. Non, cette fois, il nous fait parvenir une lettre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour une analyse approfondie et scientifique de la lettre, voir l'&#233;tude de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une lettre exhum&#233;e des entrailles de l'Histoire, celle de la Commune, des caf&#233;s noirs et rouges de Londres, des projets qui renverseraient la litt&#233;rature et le reste, si on osait. Une lettre qu'un arri&#232;re-petit-fils a retrouv&#233; dans le fatras des documents de l'anc&#234;tre, le v&#233;n&#233;rable communard Jules Andrieu, ami de Verlaine, et donc de Rimbaud &#8211; qui lui &#233;crivait. Lettre qu'on retrouve dans la biographie d'Andrieu que l'&lt;a href='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/[en ligne-&gt;http:/renaissance.carnot.pagesperso-orange.fr/Andrieu/index.html'&gt;h&#233;ritier vient d'&#233;crire&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avril 1874, Rimbaud a 19 ans et d&#233;j&#224; tant de r&#233;volutions derri&#232;re lui, de fuites, d'impatience. Il est de retour &#224; Londres accompagn&#233; d'une ombre fid&#232;le, qui n'est plus Verlaine mais Nouveau. Verlaine, lui, est depuis l'&#233;t&#233; dans sa prison de Mons, peut-&#234;tre d&#233;j&#224; converti &#224; la fadeur de Dieu, songeant aux vers niais qu'il ne cessera plus d'&#233;crire d&#233;sormais. Rimbaud, dont le poignet souffre encore un peu de la balle tir&#233;e par la Vierge Folle, marche ainsi dans les quartiers noirs de Londres avec Germain Nouveau, tra&#238;ne dans les caf&#233;s enfum&#233;s peupl&#233;s de Fran&#231;ais exil&#233;s, rouges et noirs de col&#232;re, de deuil, de vengeance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Londres est la capitale de la Commune de Paris &#8211; ce qu'il en reste : des hommes en haillons et dignes, des hommes qui n'auront jamais dit leur dernier mot. Le jeune homme est parmi eux. (Un jour on retrouvera une lettre de Rimbaud adress&#233;e &#224; Karl Marx).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi avait-il rencontr&#233; Jules Andrieu &#8211; cher coll&#232;gue de Verlaine, coll&#232;gue de &lt;i&gt;planque&lt;/i&gt; quand ils &#339;uvraient tous deux au bon soin de la Pr&#233;fecture. Il faut imaginer Verlaine et Andrieu en employ&#233;s de bureau, rigoureux en diable, et qui le soir, crache sur le sol devant la Pr&#233;fecture, et le matin aussi : et entre les heures de bureaux complotent contre la vie ainsi mal faite dans des vers fabuleux. Car Andrieu &#233;crit aussi, moins fabuleusement que Verlaine. C'est dans la &lt;i&gt;Tribune Ouvri&#232;re&lt;/i&gt; surtout qu'il note rageusement des expos&#233;s rageurs sur l'Histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand la Commune est proclam&#233;e, Andrieu en est, &#233;videmment &#8211; c'est cette fois Rimbaud, jeune enfant fugueur, qui est en prison. Andrieu est imm&#233;diatement nomm&#233; chef du personnel de l'H&#244;tel de Ville de Paris &#8211; l'hiver passe, les Prussiens aux portes de la ville, les rats qu'on mange, Lautr&#233;amont qu'on laisse mourir sans que personne ne sache son nom. Avril enfin : aux &#233;lections compl&#233;mentaires, Andrieu est &#233;lu au Conseil de la Commune. Il devient rapidement D&#233;l&#233;gu&#233; &#224; la Commission des Services Publics. Premi&#232;re t&#226;che : d&#233;truire la maison de Thiers. Il eut ce mot, aussi : ce po&#232;me :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt;Non seulement nous ne sommes pas des insurg&#233;s, mais nous sommes plus que des bellig&#233;rants, nous sommes des juges. Eh bien, je crois qu'il y aurait un grand danger &#224; r&#233;clamer un titre inf&#233;rieur &#224; notre qualit&#233; v&#233;ritable.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;p&gt;Vint l'entr&#233;e des Versaillais dans la Ville, les massacres, les miracles. Andrieu parvint &#224; fuir, Paris, puis la France et le continent : ce sera Londres pour dix ans et les caf&#233;s noirs, l'exil les poings ferm&#233;s avant la revanche &#8211; l'&#233;criture des &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;https://www.fabula.org/actualites/j-andrieu-notes-pour-servir-l-39-histoire-de-la-commune-de-paris-en-1871_74581.php&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Notes pour servir &#224; l'histoire de la Commune de Paris en 1871&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand Verlaine et Rimbaud rejoignent Londres en 1872, ils retrouvent le cher coll&#232;gue de la Pr&#233;fecture. On boit, on se souvient, on noue alliance ; on pr&#233;sente les amis. Ce qu'on devinait de la vie de Rimbaud &#224; Londres est dans cette lettre enti&#232;re, &#224; visage d&#233;couvert. On savait, par des amiti&#233;s communes, que Rimbaud consid&#233;rait Andrieu comme &#171; un fr&#232;re d'esprit &#187; : voil&#224; la preuve en chair et en lettres noires vite &#233;crites sur le mauvais papier de proscrit, si rapides qu'on peine parfois &#224; les deviner (alors on fait comme pour les po&#232;mes : on fait des hypoth&#232;ses et longtemps devant elles on r&#234;ve).&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_6797 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/rimbaud-lettre_a_andrieu-de_but-640.jpg?1543576159' width='500' height='152' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Rimbaud y parle de Flaubert, de Michelet : on le devinait aussi, on le sait d&#233;sormais : Michelet est l'ombre fantastique de l'&#339;uvre &#224; c&#244;t&#233; de celle d'Hugo. Mais l'ombre de Michelet plane sur une &#339;uvre plus terrible encore : sur l'&#339;uvre non &#233;crite de Rimbaud. Cette &#339;uvre, certains en parlaient comme d'un secret, comme d'une l&#233;gende : elle portait mille noms farfelus ou probables. elle en a d&#233;sormais un : c'est &lt;i&gt;L'Histoire splendide&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lettre que nous recevons aujourd'hui cent quarante quatre-ans apr&#232;s qu'elle a &#233;t&#233; r&#233;dig&#233;e porte sur ce projet &#233;tincelant dont Rimbaud ne cessait de parler d'apr&#232;s ces amis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'Histoire splendide&lt;/i&gt; commencerait par des photographies : en Afrique, ce sera l'autre obsession quand l'Histoire sera perdue. Le style de l'&#339;uvre &#224; venir ? Ni po&#232;me ni prose, mais &#171; po&#232;me en prose &#187; (Rimbaud utilise ici l'expression qu'on ignorait sous sa main). Qu'est-ce &#224; dire ? C'est une fa&#231;on &#171; libre d'aller mystiquement, ou vulgairement, ou savamment &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;crire l'Histoire donc : laquelle ? Une histoire &lt;i&gt;Splendide&lt;/i&gt;, on pressent toute l'ironie de ce mot : le contraire de La &lt;i&gt;L&#233;gende&lt;/i&gt; d'Hugo ou de la grande &#338;uvre de Michelet : mais en mieux, c'est-&#224;-dire : en pire. Plut&#244;t une histoire des crimes et du sang. Une histoire &#224; rebours de la marche triomphale du progr&#232;s : une histoire arrach&#233;e &#224; toute ligne, plut&#244;t &#171; des morceaux d&#233;tach&#233;s &#187; : montrer &#171; l'enharmonie des fatalit&#233;s populaires &#187;. Se fixer sur &#171; des dates plus ou moins atroces &#187;. Car l'Histoire dans ces temps qui suivent l'&#233;crasement de la Commune n'est finalement &#171; que le seul bazar moral qu'on n'exploite pas &#187;). Alors la lettre qu'&#233;crit Rimbaud &#224; Andrieu est surtout pr&#233;occup&#233; de la mani&#232;re de vendre le livre pas encore &#233;crit : d&#233;j&#224; le marchand perce sous le po&#232;te, mais un marchand jamais dupe de l'or qu'il trimbale, qu'il peut faire passer pour de la pacotille pour mieux l'&#233;couler, la couler dans la gorge du client.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Batailles, migrations, sc&#232;nes r&#233;volutionnaires &#187;, l'historiographie de Rimbaud est une carte d'op&#233;ration, pleine de mouvement, d'al&#233;atoires, de brisures joyeuses et violentes. Rimbaud prend ici conseil de Rimbaud : le jeune homme vient de s'inscrire &#224; la British Museum, le 4 avril. Pour se rep&#233;rer dans le d&#233;dale des ouvrages et des histoires, personne n'est mieux indiqu&#233; que l'auteur de &lt;i&gt;Chiromancie. &#201;tudes sur la main, le cr&#226;ne, la face&lt;/i&gt; ; d'une fameuse &lt;i&gt;Histoire du Moyen &#194;ge.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'Histoire splendide&lt;/i&gt;, on ne la lira pas : ce sera tant pis pour nous, et non tant pis pour &lt;i&gt;L'Histoire splendide&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En f&#233;vrier 1875, Rimbaud d&#233;posera &#8211; comme pour s'en d&#233;barrasser &#8211; quelques feuillets &#224; Verlaine que ce dernier nommera &lt;i&gt;Illuminations&lt;/i&gt; et dont il en fera un livre. Nulle trace de &lt;i&gt;L'Histoire splendide&lt;/i&gt; : &#224; moins qu'elle ne se trouve entre les lignes de quelques &lt;i&gt;illuminations&lt;/i&gt; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette lettre est enfin une contre-lettre du voyant. Elle r&#233;&#233;value ces mots qu'on pensait d&#233;finitifs du jeune po&#232;te arrogant de seize ans et qu'on enseigne jusqu'&#224; la naus&#233;e. Le po&#232;te voyant ? Rimbaud ici corrige, rature, prolonge : &#171; on se pose en double-voyant pour la foule, qui ne s'occupa jamais de voir, qui n'a peut-&#234;tre pas besoin de voir &#187;. Plong&#233; dans la vie, qu'a-t-on besoin de voir ? Plus tard, il ne sera occup&#233; qu'&#224; faire, non plus &#224; voir, non plus &#224; &#233;crire. Ce sera une autre vie : ce sera demain. On attend des nouvelles de ce temps l&#224; aussi.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt;Ici, la lettre de Rimbaud, telle que la retranscrit Fr&#233;d&#233;ric Thomas&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Chercheur au Cetri membre du comit&#233; de r&#233;daction de Dissidences&#034; id=&#034;nh4-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; corrigeant la retranscription en partie fautive que fait le descendant de Jules Andrieu, qui publie &lt;i&gt;C'&#233;tait Jules&lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;http://renaissance.carnot.pagesperso-orange.fr/Andrieu/index.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;en ligne&lt;/a&gt;.&lt;/small&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div class='spip_document_6796 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/rimbaud-lettre_a_andrieu2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/rimbaud-lettre_a_andrieu2.jpg?1543576124' width='500' height='270' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;London, 16 April 74&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
Monsieur,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#8211; Avec toutes excuses sur la forme de ce qui suit, &#8211;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je voudrais entreprendre un ouvrage en livraisons, avec titre : L'Histoire splendide. Je r&#233;serve : le format ; la traduction, (anglaise d'abord) le style devant &#234;tre n&#233;gatif et l'&#233;tranget&#233; des d&#233;tails et la (magnifique) perversion de l'ensemble ne devant affecter d'autre phras&#233;ologie que celle possible pour la traduction imm&#233;diate : &#8211; Comme suite de ce boniment sommaire : Je prise que l'&#233;diteur ne peut se trouver que sur la pr&#233;sentation de deux ou trois morceaux hautement choisis. Faut-il des pr&#233;parations dans le monde bibliographique, ou dans le monde, pour cette entreprise, je &lt;i&gt;ne sais pas&lt;/i&gt; ? &#8211; Enfin c'est peut-&#234;tre une sp&#233;culation sur l'ignorance o&#249; l'on est maintenant de l'histoire, (le seul bazar moral qu'on n'exploite pas maintenant) &#8211; et ici principalement (m'a-t-on dit (?)) ils ne savent rien en histoire &#8211; et cette forme &#224; cette sp&#233;culation me semble assez dans leurs go&#251;ts litt&#233;raires &#8211; Pour terminer : je sais comment on se pose en double-voyant pour la foule, qui ne s'occupa jamais &#224; voir, qui n'a peut-&#234;tre pas besoin de voir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;En peu de mots (!) &lt;/i&gt; une s&#233;rie ind&#233;finie de morceaux de bravoure historique, commen&#231;ant &#224; n'importe quels annales ou fables ou souvenirs tr&#232;s anciens. Le vrai principe de ce noble travail est une r&#233;clame frappante ; la suite p&#233;dagogique de ces &lt;i&gt;morceaux&lt;/i&gt; peut &#234;tre aussi cr&#233;&#233;e par des r&#233;clames en t&#234;te de la livraison, ou d&#233;tach&#233;es. &#8211; Comme description, rappelez-vous les proc&#233;d&#233;s de &lt;i&gt;Salammb&#244;&lt;/i&gt; : comme liaisons et explanations mystiques, &lt;i&gt;Quinet&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Michelet&lt;/i&gt; : &lt;i&gt;mieux&lt;/i&gt;. Puis une arch&#233;ologie ultr&#224;-romanesque suivant le drame de l'histoire ; du mysticisme de &lt;i&gt;chic&lt;/i&gt;, roulant toutes controverses ; du po&#232;me en prose &#224; la mode d'ici ; des habilet&#233;s de nouvelliste aux points obscurs. &#8211; Soyez pr&#233;venu que je n'ai en t&#234;te pas plus de panoramas, ni plus de &lt;i&gt;curiosit&#233;s&lt;/i&gt; historiques qu'&#224; un bachelier de quelques ann&#233;es &#8211; Je veux faire une affaire ici.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Monsieur, je sais ce que vous savez et comment vous savez : or je vous ouvre un questionnaire, (ceci ressemble &#224; une &#233;quation impossible), quel travail, de qui, peut &#234;tre pris comme le plus ancien (&lt;i&gt;latest&lt;/i&gt;) des commencements ? &#224; une certaine date (ce doit &#234;tre dans la suite) quelle chronologie universelle ? &#8211; Je crois que je ne dois bien pr&#233;voir que la partie ancienne ; le Moyen-&#226;ge et les temps modernes r&#233;serv&#233;s ; hors cela que je n'ose pr&#233;voir &#8211; Voyez-vous quelles plus anciennes annales scientifiques ou fabuleuses je puis compulser ? Ensuite, quels travaux g&#233;n&#233;raux ou partiels d'arch&#233;ologie ou de chroniques ? Je finis en demandant quelle date de paix vous me donnez sur l'ensemble Grec Romain Africain.Voyons : il y aura illustr&#233;s en prose &#224; la &lt;i&gt;Dor&#233;&lt;/i&gt;, le d&#233;cor des religions, les &lt;i&gt;traits&lt;/i&gt; du droit, &lt;i&gt;l'enharmonie&lt;/i&gt; des fatalit&#233;s populaires exhib&#233;es avec les costumes et les paysages, &#8211; le tout pris et d&#233;vid&#233; &#224; des dates plus ou moins atroces : batailles, migrations, sc&#232;nes r&#233;volutionnaires : souvent un peu exotiques, sans forme jusqu'ici dans les cours ou chez les fantaisistes. D'ailleurs, l'affaire pos&#233;e, je serai libre d'aller mystiquement, ou vulgairement, ou savamment. Mais un plan est indispensable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoique ce soit tout &#224; fait industriel et que les heures destin&#233;es &#224; la confection de cet ouvrage m'apparaissent m&#233;prisables, la composition ne laisse pas que de me sembler fort ardue. Ainsi je n'&#233;cris pas mes demandes de renseignements, une r&#233;ponse vous g&#234;nerait plus ; je sollicite de vous une demi-heure de conversation, l'heure et le lieu s'il vous plait, &lt;i&gt;s&#251;rque&lt;/i&gt; vous avez saisi le plan et que nous l'expliquerons promptement &#8211; pour une forme inou&#239;e et anglaise &#8211;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;ponse s'il vous plait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mes salutations respectueuses&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rimbaud&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;30 Argyle square, Euston Rd. W.C.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_6798 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/capture-lettre-signature.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/capture-lettre-signature.jpg?1543576160' width='500' height='202' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour une analyse approfondie et scientifique de la lettre, voir l'&#233;tude de Fr&#233;d&#233;ric Thomas sur &lt;a href=&#034;https://sites.dartmouth.edu/paradesauvage/decouverte-dune-lettre-de-rimbaud-frederic-thomas&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Parade Sauvage&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Chercheur au &lt;a href=&#034;https://www.cetri.be&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Cetri&lt;/a&gt; membre du comit&#233; de r&#233;daction de &lt;a href=&#034;https://dissidences.hypotheses.org/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Dissidences&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
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		<title>Rimbaud | Nouveaux visages</title>
		<link>https://www.arnaudmaisetti.net/spip/notes-questions-lirecrire/rimbaud-lire-ecrire/rimbaud-des-nouvelles-jusqu-a-nous/article/rimbaud-nouveaux-visages</link>
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		<dc:date>2018-06-29T20:40:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>


		<dc:subject>_deuil</dc:subject>
		<dc:subject>_photographies</dc:subject>
		<dc:subject>_visages</dc:subject>
		<dc:subject>_Arthur Rimbaud</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Sur les apparitions fr&#233;quentes du visage de Rimbaud au cours des prochaines ann&#233;es&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.arnaudmaisetti.net/spip/notes-questions-lirecrire/rimbaud-lire-ecrire/rimbaud-des-nouvelles-jusqu-a-nous/" rel="directory"&gt;Rimbaud, des nouvelles jusqu'&#224; nous&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.arnaudmaisetti.net/spip/mot/_deuil" rel="tag"&gt;_deuil&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.arnaudmaisetti.net/spip/mot/_photographies" rel="tag"&gt;_photographies&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.arnaudmaisetti.net/spip/mot/_visages" rel="tag"&gt;_visages&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.arnaudmaisetti.net/spip/mot/_arthur-rimbaud" rel="tag"&gt;_Arthur Rimbaud&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/logo/capture_20d_e2_80_99ecran_202015-12-31_20a_2012_24_13-cac9f146-9e96-44c2-88eb-ec0499056e84.png?1699731711' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='86' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Note du 29 juin 2018&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt;Dure nuit ! le sang s&#233;ch&#233; fume sur ma face, et je n'ai rien derri&#232;re moi, que cet horrible arbrisseau !...&lt;/small&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;div class='spip_document_12204 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/ill_1334582_f5ec_762962.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/ill_1334582_f5ec_762962.jpg?1699731644' width='500' height='250' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ce n'&#233;tait pas lui. Tant pis pour nous &#8211; et non tant pis pour lui. Sur l'image, c'&#233;tait troublant, le regard per&#231;ait pourtant. Mais non. L'homme assis, &#224; droite de l'image, en retrait, qui nous regardait comme si on savait. &lt;a href=&#034;https://abonnes.lemonde.fr/idees/article/2011/02/08/deux-explorateurs-chassent-rimbaud-de-la-photographie-d-aden_1476676_3232.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Ceux qui savent ont regard&#233; longuement l'image et avec l'arrogance de leur savoir&lt;/a&gt;, ils ont parl&#233;. Ils ont d'abord reconnu l'homme debout, la moustache arrogante : Henri Lucereau, pr&#233;sent &#224; Aden d'octobre 1879 &#224; ao&#251;t 1880. Rimbaud est arriv&#233; &#224; Aden dans les derniers jours d'ao&#251;t 1880. Le visage &#233;tait encore possible. Mais le barbu, sur la gauche, poss&#232;de d&#233;sormais un nom : Pierre Joseph Dutrieux, m&#233;decin belge de son &#233;tat, qui se rendit en Aden quelques jours en novembre 1879. L'H&#244;tel de l'Univers affiche complet. Rimbaud &#233;tait ailleurs, cet automne-l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste le visage de l'homme &#224; travers lequel on avait esp&#233;r&#233; voir l'homme qui avait vu l'Homme. Qui &#233;tait-il ? Un ultime avatar d'un homme qui s'est pris pour Rimbaud : qu'on a pris pour Rimbaud, alors qu'il &#233;tait un autre. Je pense &#224; lui ce soir : &#224; cet homme qui &#233;tait depuis le d&#233;but anonyme, cet homme qui n'&#233;tait pas lui, et dont on ne saura jamais le nom et les amours, et les espoirs, les joies fugaces et les douleurs qui l'emport&#232;rent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Je pense au visage de Rimbaud encore une fois &#233;vanoui. Partie remise sans doute ; Rimbaud nous donnera de ses nouvelles, un jour ou l'autre. Cela risque fort d'&#234;tre l'autre : apr&#232;s le d&#233;luge, peut-&#234;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fant&#244;me de Rimbaud court toujours.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Note du 15 avril 2010&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Au matin j'avais le regard si perdu et la contenance si morte, que ceux que j'ai rencontr&#233;s ne m'ont peut-&#234;tre pas vu.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;p&gt;Tous les dix ans ou trente ans, &lt;a href=&#034;http://www.liberation.fr/culture/1101846-une-photo-inedite-d-arthur-rimbaud-a-aden&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;on d&#233;couvrirait un nouveau visage&lt;/a&gt; &#8212; &lt;i&gt;exhum&#233;&lt;/i&gt; par des libraires f&#233;tichistes, des archivistes du d&#233;tail, des g&#233;n&#233;ticiens de la photo capable de dire l'authenticit&#233; du visage selon l'implantation des cheveux, son corps ainsi reviendrait nous visiter, non pas glorieux, mais regard droit fix&#233; au-del&#224; de l'objectif, sans jugement ni pardon, simplement d&#233;pos&#233;, l&#224;, aujourd'hui, &lt;a href=&#034;http://www.liberation.fr/culture/0101630378-arthur-rimbaud-la-photo-retrouvee&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;maintenant&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Je suis r&#233;ellement d'outre-tombe, et pas de commissions&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;p&gt;Pas d'occurrence du mot &lt;i&gt;visage&lt;/i&gt; dans toute l'&#339;uvre : pas m&#234;me un hapax ; j'ai v&#233;rifi&#233;. Ou qu'on me dise le contraire. C'est que le visage compte pour si peu &#8212; au contraire de l'os &#233;maci&#233; sous l'&#339;il qui voit, qui scrute, per&#231;oit ce qui demeure intangible sous le pas et que le pas d&#233;place. Alors, la ruse qu'il a trouv&#233;e pour nous rendre d&#233;sarm&#233;s face &#224; l'&#233;nigme de chaque mot, &#231;a aurait &#233;t&#233; celle l&#224; : se d&#233;voiler, et son visage toujours diff&#233;rent, dans des photos qu'on d&#233;couvrirait par intervalles irr&#233;guliers. Et &#224; chaque fois, on dirait : le visage ne lui appartient pas, si diff&#233;rent de la voix qui s'est tu &#8212; et pourtant, on le reconna&#238;t bien l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_304 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/local/cache-vignettes/L418xH480/139860-e2c80.jpg?1770026359' width='418' height='480' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;blockquote&gt;&lt;small&gt;
Oh ! la vie d'aventures qui existe dans les livres des enfants, pour me r&#233;compenser, j'ai tant souffert, me la donneras-tu ? Il ne peut pas. J'ignore son id&#233;al. Il m'a dit avoir des regrets, des espoirs : cela ne doit pas me regarder.
&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;p&gt;C'est pour &#231;a qu'on regarde : traquer dans les contours, les plis de la l&#232;vre, le creux de la m&#226;choire serr&#233;e (sur quelle insulte aux pierres trop coupantes ?), quelque chose qui serait de l&#224;, d'o&#249; serait l'origine de cette fin qui commen&#231;ait alors dans nos vies, quand l'&#233;criture face &#224; la vie s'effa&#231;ait. Ainsi, serait-ce de ce visage que naquit. Alors, c'est cette bouche qui. Et de ses yeux, qui virent. Et en eux, quelles traces imprim&#233;es de quels d&#233;sirs perdus ? Et des n&#244;tres, d&#233;sirs, visions, traces (impressions), au fond de quels yeux regagn&#233;s sur le si&#232;cle ?&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;&lt;small&gt;
Je me ferai des entailles partout le corps, je me tatouerai, je veux devenir hideux comme un Mongol : tu verras, je hurlerai dans les rues. Je veux devenir bien fou de rage. &lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;p&gt;Oui, c'est pr&#233;vu : tout est organis&#233;. R&#233;guli&#232;rement, on assisterait impuissant &#224; la d&#233;couverte d'un nouveau manuscrit plus ou moins bien plagi&#233; ; les faussaires s'en donnent &#224; c&#339;ur joie, rivalisent, font illusion un moment, et puis on oublie. Mais lui, c'est ainsi qu'il r&#233;pond. De temps en temps, une photographie pass&#233;e ressurgit dont le grain de poussi&#232;re est plein d&#233;j&#224; de la gangr&#232;ne du temps, de son ennui sur les monticules &#226;pres d'Abyssinie, et le regard, parti ; ailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;&lt;small&gt; O douceurs, &#244; monde, &#244; musique ! Et l&#224;, les formes, les sueurs, les chevelures et les yeux, flottant. Et les larmes blanches, bouillantes, &#8212; &#244; douceurs ! &#8212; et la voix f&#233;minine arriv&#233;e au fond des volcans et des grottes arctiques..
&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;p&gt;Co&#239;ncidence ? Non. Impossible de ne pas &lt;a href=&#034;http://www.liberation.fr/terre/1101848-pagaille-dans-l-espace-aerien-apres-une-eruption-volcanique-en-islande&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;faire le rapprochement&lt;/a&gt; : plus qu'un hasard, conjonction des forces vives de l'histoire, insens&#233;es, grotesques, sublimes. Oui, sublimes vraiment. Dans un pays du Nord, de ceux qu'il avait toujours laiss&#233;s dans le dos, pr&#233;f&#233;rant se br&#251;ler au soleil &#226;cre plut&#244;t que d'avancer dans la boue grise des neiges, on raconte qu'un volcan s'est r&#233;veill&#233;. Qui savait que sous les glaces dormaient des volcans ? Grottes arctiques en v&#233;rit&#233;, et pour ceux qui savent lire et r&#234;ver : &#233;nergies insondables des violences sans objet, rire tellurique de la plan&#232;te qui, au sortir de l'adolescence, n'a pas fini de se disperser en jets ahuris jusqu'&#224; couvrir une moiti&#233; de l'Europe du Nord, dit-on ? Une moiti&#233;, vraiment ? Est-on s&#233;rieux ? &#8212; &#171; Si les volcans changent peu de place, leur lave parcourt le grand vide du monde et lui apporte des vertus qui chantent dans ses plaies. &#187; (R. Char, &#034;tu as bien fait de partir...&#034;)&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;&lt;small&gt; &#192; qui me louer ? Quelle b&#234;te faut-il adorer ? Quelle sainte image attaque-t-on ? Quels coeurs briserai-je ? Quel mensonge dois-je tenir ? &#8212; Dans quel sang marcher ?
&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;p&gt;Corps expos&#233; : exposition sans art et sans beaut&#233; ; corps surpris par l'image qui ne le cherchait pas &#8212; et nous, devant cela qui ne r&#233;pond de rien, qui est l'&#233;vidence m&#234;me de l'image et l'opacit&#233; du silence : on trouverait quelque chose ? On en dirait quelque chose ? Non, bien s&#251;r &#8212; et si seul importe l'&#233;crit, ce qui le porte ne le salit pas mais le rehausse, sans doute. Ce n'est pas de la d&#233;votion que de chercher sous le regard ce qui a tant &#233;prouv&#233; le d&#233;sir de &lt;i&gt;poss&#233;der dans une &#226;me et un corps&lt;/i&gt; la v&#233;rit&#233; qui nous anime.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;&lt;small&gt;
Oui, j'ai les yeux ferm&#233;s &#224; votre lumi&#232;re. Je suis une b&#234;te, un n&#232;gre.
&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;p&gt;Et tout cela &lt;a href=&#034;http://www.arnaudmaisetti.net/spip/spip.php?article300&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;un 15 avril&lt;/a&gt;, &#233;videmment. Surface mate et sans prise contre laquelle on bute, comme la paroi de la tombe. &#192; nous adresser ces photographies, comme des lettres sans date et sans lieu, &#233;nonciation toute pleine d'elle m&#234;me et du hasard qui nous l'apporte, c'est comme si la question des textes continuait, fouillait la plaie de la beaut&#233; jusqu'&#224; faire appara&#238;tre l'os, et on le rongerait encore avec sa pulpe sans &#234;tre rassasi&#233;s : image plus que sacr&#233;e &#8212; image nue d'une vie emmen&#233;e qui ne nous appartient pas mais nous adresse, obstin&#233;, ce regard port&#233;e loin devant au risque de se taire : ce visage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la prochaine photo, s&#251;r qu'il sera compl&#232;tement noir, et les mains en sang.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		
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