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	<title>arnaud ma&#239;setti | carnets</title>
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	<description>Carnets d'&#233;critures et de lectures, journal, images, textes &amp; fictions web. (Depuis octobre 2005)</description>
	<language>fr</language>
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		<title>arnaud ma&#239;setti | carnets</title>
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		<title>le monde loin derri&#232;re nous | vers Lausanne</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>


		<dc:subject>_histoires &amp; Histoire</dc:subject>
		<dc:subject>_Fiction</dc:subject>
		<dc:subject>_routes &amp; chemins</dc:subject>
		<dc:subject>_aura &amp; ailleurs</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;chp. II &#8212; La Suisse&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.arnaudmaisetti.net/spip/fictions-du-monde-recits/le-monde-loin-derriere-nous/" rel="directory"&gt;Le monde loin derri&#232;re nous&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.arnaudmaisetti.net/spip/mot/_histoires-histoire" rel="tag"&gt;_histoires &amp; Histoire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.arnaudmaisetti.net/spip/mot/_fiction" rel="tag"&gt;_Fiction&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.arnaudmaisetti.net/spip/mot/_routes-chemins" rel="tag"&gt;_routes &amp; chemins&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.arnaudmaisetti.net/spip/mot/_aura-ailleurs" rel="tag"&gt;_aura &amp; ailleurs&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/logo/arton874.jpg?1336766139' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='150' height='113' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff874.jpg?1336766160&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;me texte d'une s&#233;rie &#233;crite pour l'atelier &lt;a href=&#034;http://carnets.contemporain.info/moyens/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#034;Les moyens du r&#233;cit contemporain&#034;&lt;/a&gt;, Atelier de cr&#233;ation et de r&#233;flexion | Qu&#233;bec, 16-17 mai 2012, et publi&#233; conjointement sur &lt;a href=&#034;http://carnets.contemporain.info/moyens/vers-quebec-textes&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;le site consacr&#233; &#224; l'atelier&lt;/a&gt; &#8212; sous l'incitation g&#233;n&#233;reuse de &lt;a href=&#034;http://carnets.contemporain.info/audet/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Ren&#233; Audet&lt;/a&gt; et&lt;a href=&#034;http://mahigan.ca/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Mahigan Lepage&lt;/a&gt;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;/i&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;center&gt;Chp. II.
&lt;p&gt;SUISSE &#8212;vers Lausanne.&lt;/p&gt;
&lt;/center&gt;
&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Chemins,
&lt;br/&gt;Non ce n'est pas dans vos rumeurs que rien s'ach&#232;ve, &lt;br/&gt;Vous &#234;tes un enfant qui joue de la fl&#251;te
&lt;br/&gt;Et dont les doigts confiants recr&#233;ent le monde
&lt;br/&gt;De rien qu'un peu de terre o&#249; se prend le souffle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et le temps a pos&#233;
&lt;br/&gt;Sa main sur son &#233;paule, et se laisse aveugle
&lt;br/&gt;Conduire sous la vo&#251;te des nombres purs.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;Y. Bonnefoy&lt;/center&gt;&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Traverses noires et blanches je pense ces villes noires et blanches qui passent sur la vitre je ne les habiterai jamais je ne les verrai jamais qu'en passant dans la vitesse noire du train qui ne cesse pas de fabriquer leur oubli je pense ces villes ces villages sont les m&#234;mes de part et d'autre de l'ancien monde les cimeti&#232;res les &#233;glises les rues o&#249; parfois on voit qu'un vivant se penche pour ramasser des pierres et les jeter sur d'autres pour lever leurs maisons c'est d&#233;j&#224; une autre ville je pense ce sera bient&#244;t une autre ville d&#233;j&#224; frapp&#233;e de vieillesse et bient&#244;t morte de rena&#238;tre ind&#233;finiment d'anciennes pierres et cela ne finira pas cela finira par lever &#224; force de pierres arrach&#233;es aux cimeti&#232;res pour b&#226;tir des maisons est-ce l'inverse tout ce pays qu'on dit de France et moi traversant la diagonale du fou de haut en bas descendant comme glissant sur la surface cir&#233;e d'une toile ou comme jet&#233; de Paris depuis le battement de son c&#339;ur au c&#339;ur du pays l&#224; en haut sur la poitrine jet&#233; dans un caillot de sang moi crach&#233; expuls&#233; et d&#233;valant le pays sans rien voir que le d&#233;filement au dehors de ces corps sans visage sur lesquels ne passent que l'expression de la vitesse et moi passant ces longs manteaux de cath&#233;drales qui ne sont que des haillons de pierres dress&#233;es plus souvent en villages qu'en &#233;glises et plus souvent en cimeti&#232;res qu'en villages je pense loi manifeste de notre histoire dans nos continents sans plus d'histoire que celle qu'on nous a racont&#233;e parce qu'elle &#233;tait pass&#233;e sur la vitre d'un train semblable au mien peut-&#234;tre je pense et je regarde de l'autre c&#244;t&#233; de la vitre les arm&#233;es transform&#233;es en conqu&#234;tes et les conqu&#234;tes dans ces villages terr&#233;s autour de l'&#233;glise et enfonc&#233;s dans la terre s&#232;che blottie autour de leurs cimeti&#232;res on se penche sur les noms effac&#233;s on n'est que devant l'effacement de ces noms et des arm&#233;es et les drapeaux qu'on hisse sur tout cela en haillons manteau de pluie comme au dernier clocher de Strasbourg la fatigue d'une histoire qu'on a us&#233;e &#224; force de la raconter et dont il ne reste plus que limailles jusqu'&#224; la corde au bout de laquelle une cloche en forme de t&#234;te de vivant se balance cogne et rebondit sur les parois d'elle-m&#234;me pour vibrer le chant &#233;trangl&#233; des derniers mots je pense ce qu'on entend alors n'est que l'&#233;cho de ce chant je pense l'&#233;cho lui aussi s'&#233;puise &#224; force de lui-m&#234;me je pense comme je suis &#233;c&#339;ur&#233; de l'&#233;cho aussi et plus que tout de l'illusion qu'il donne du chant neuf je pense comme je r&#234;ve de monde neuf Montr&#233;al Rimouski jusqu'&#224; Qu&#233;bec ici tout est de terre d&#233;j&#224; trop de fois retourn&#233;es pour demander &#224; la terre ce qu'elle avait avant de supplier ce qu'elle nous a donn&#233; je pense partir et je suis l&#224; je pars et le monde autour de moi demeure mais je suis l&#224; ce train expuls&#233; en moi ou est-ce moi expuls&#233; comme un caillot de sang dans un train en moi v&#233;cu prolongement de l'&#233;c&#339;urement de ce monde aux lents balancement de machines et la naus&#233;e qui vient &#233;pouse lentement le rythme succ&#233;d&#233; des routes anciennes vomies sur le bord de ma route exc&#233;d&#233;e de toute part sur faces de vivants depuis des mill&#233;naires comme s'ils n'&#233;taient pas morts et qui parfois l&#232;vent la t&#234;te au lieu d'une pierre et me regardent mais ne voient que du train sa vitesse d&#233;j&#224; largement pass&#233;e posant les yeux sur le passage de mon corps emport&#233; quand moi incapable de leur visage suis au pr&#233;sent de la coul&#233;e de ce train toujours contemporain de son avanc&#233;e ce train comme un d&#233;sir de s'arracher d'ici comme ce d&#233;sir m&#234;me en moi formul&#233; de l'histoire &#224; laquelle je renonce puisque d'ici oui mon corps lanc&#233; &#224; deux cent kilom&#232;tres &#224; l'heure immobile dans la voiture huit vers Qu&#233;bec je pense j'habite l'all&#233;gorie de mon corps je pense j'&#233;volue dans l'image m&#234;me d'un d&#233;part v&#233;cu sous la forme d'un d&#233;part oui je pense enfin je suis venu jusqu'ici pour partir puis rapidement je pense le chemin vers Qu&#233;bec commence l&#224; le train quand il s'en va &#233;loigne Paris de moi comme de toutes choses en moi et le mouvement qui commence lance irr&#233;m&#233;diablement Qu&#233;bec c'est fatal car l&#224; ce qui commence c'est un mois de trajets et de correspondances encha&#238;n&#233;s sans que je l'ai voulu n'est-ce pas ce que l'on nomme le hasard moi je ne le nomme pas c'est simplement un mois de d&#233;parts et d'arriv&#233;es que je n'ai pas d&#233;cid&#233; seulement je l'accepte chaque jour dictera au suivant l'ordre fatal des signes o&#249; chaque ville dirait &#224; l'autre il faut en passer par moi pour traverser et rejoindre mais ce n'est pas rejoindre que je voulais plut&#244;t atteindre j'avais fini par comprendre que ce n'&#233;tait pas la m&#234;me chose et pour atteindre Qu&#233;bec il me fallait viser des villes plus &#233;loign&#233;es les unes que les autres oui je pense en souriant le plus court chemin pour Qu&#233;bec passe par le Maroc via la Suisse comme si rejoindre le Fleuve exigeait de traverser la montagne le d&#233;sert la ville puisque les encha&#238;nements de lignes pos&#233;es devant moi par les hasards de ma vie avaient fini par tracer une destination Qu&#233;bec au terme d'un mois de trajet et de lignes de changements de stations grandes comme des villes enti&#232;res et sur trois continents oui ma vie avait fabriqu&#233; Qu&#233;bec en terminus pr&#233;c&#233;d&#233; d'escales aussi lointaines qu'excessivement &#233;trang&#232;res c'&#233;tait ainsi je partais donc en Suisse j'oubliais un peu ce qui m'y conduisait vraiment parole universitaire pour pr&#233;texte mais l&#224;-bas pr&#233;cis&#233;ment en ce lieu qu'il d&#233;testait j'irai parler de lui et de ses textes et de pourquoi mais sans le dire vraiment il d&#233;testait ce pays-l&#224; clos et immobile moi qui traversait toute cette partie du continent pour le dire c'&#233;tait une &#233;tranget&#233; le paradoxe du mouvement contre la paralysie ancestrale de ce pays paradoxe qui avait suffit &#224; me convaincre que cela valait la peine de l'&#233;prouver et la fatigue dans la maladie qui commen&#231;ait en moi et peu importait oui vraiment les raisons et les alibis puisque ce mot d'&lt;i&gt;alibi&lt;/i&gt; disait justement dans l'ancienne langue le mot d'&lt;i&gt;ailleurs&lt;/i&gt; et puisque surtout ce qui m'y conduisait finalement c'&#233;tait Qu&#233;bec oui la Suisse n'&#233;tait qu'une ville-&#233;tape une station un col &#224; passer train pour Qu&#233;bec que je retrouverai fatalement au bout de la ligne de ce train qui n'en trace pas et qui passe par ici mais o&#249; je pense je ne sais pas o&#249; je suis ici ce ne sont que des champs peut-&#234;tre l'Aveyron le train vers Qu&#233;bec passe par l'Aveyron ou le Centre non la Bourgogne oui plut&#244;t la Bourgogne ou les Ardennes ou la Franche-Comt&#233; ou la Savoie mon chemin pour Qu&#233;bec passe par ces champs de l'Allier et d'Is&#232;re qui sont sans doute ceux de la Ni&#232;vre je ne sais pas o&#249; est la Ni&#232;vre c'est sans doute que j'y suis le train n'est qu'un espace-temps sans dur&#233;e ni lieu hors ceux qui sur le billet donnent heure et ville je pense il n'y a que deux noms sur le billet le d&#233;part et l'arriv&#233;e et entre il n'y a que de la vitesse pass&#233;e toujours en retard sur le temps qui vient m'avaler je pense au trajet qui m'attend comme sur un quai de gare de m&#233;tro ou d'ailleurs je pense &#224; mon corps sur le quai Gare de Lyon je pense &#224; lui avec tendresse comme si je l'avais laiss&#233; et laiss&#233; avec lui comme un amour jamais vraiment aim&#233; puis je pense ce geste lanc&#233; depuis le quai ne s'arr&#234;tera pas et ce que je laisse du monde et de moi d'ici je ne le retrouverai jamais alors je pense &#224; ce qui m'attend oui j'ai pris le train pour Qu&#233;bec depuis Paris via Lausanne avant de rejoindre Rabat Mekness Merzouga c'est une route possible c'est une route possible je r&#233;p&#232;te pour m'en convaincre c'est la route qui s'est pr&#233;sent&#233;e &#224; moi et qui m'a prise puisque toute ligne n'est droite que lorsqu'elle s'est accomplie en soi en arri&#232;re de soi que toute ligne n'est qu'une fiction de ligne droite et que toute ligne droite n'est que le roman d'un roman d&#233;j&#224; mort quand toute ligne n'est qu'une suite de points qu'on relie et qui finit par dessiner une droite en constellation fatale oui toute ligne n'est qu'une jonction en train de s'accomplir int&#233;rieurement et qu'on se retourne sur elle alors on n'aurait qu'une vue sur le dessin d'un archet comme Orion chasseur de Chien au ciel d&#233;gag&#233; hors la ville je pense tout cela une ville apr&#232;s l'autre et cela fabrique ce tissu de pens&#233;es et de villes sans rien qui les distingue et se m&#233;lange dans une phrase qu'on dirait trac&#233;e sur moi comme sur la peau le dessin d'un pays sans fronti&#232;re qui s'imprime mentalement de corps et de r&#234;ves oh si seulement oui je pense une ville apr&#232;s l'autre m'apporte d'autres pens&#233;es emport&#233;es comme celles-ci qui ne se fixent que sur leur lent mouvement engendr&#233; lentement en texte mental d&#233;fil&#233; lui aussi sur l'&#233;cran de cette vitre pass&#233;e toujours pass&#233;e sur la vie dehors qui bat sans moi l&#224; dehors ce monde d&#233;file et s'&#233;croule successivement en ch&#226;teau de cartes toujours semblable &#224; lui-m&#234;me qui passe dans l'indiff&#233;rence du train et sur l'&#233;cran de la vitre je regarde comme au spectacle les vieilles ruses des com&#233;diens les d&#233;cors qui se d&#233;placent et parfois dans les tunnels ces effets de lumi&#232;re qui ne changent rien au temps de l'autre c&#244;t&#233; du noir quand le deuxi&#232;me acte commence il est plus tard mais jamais ailleurs alors je pense dans ce r&#234;ve qui m'emporte aussi &#224; sa vitesse c'est un pont suspendu sur moi dessin&#233; en travers la gorge et hors Paris et Lausanne rien d'autre que cette longue plage sans sable de silence faux des machines rongeant freins et mors sable tomb&#233; une poussi&#232;re apr&#232;s l'autre dans un sablier trou&#233; comme mes mains plong&#233;es au fond des dunes tendues au ciel qui ne retiennent que du vent sa possibilit&#233; morte voil&#224; o&#249; je suis et maintenant bient&#244;t au bout de la ligne un point qui prendra nom de Lausanne o&#249; je ne vais pas tarder &#224; arriver finalement terme d'un r&#234;ve large et sans ligne v&#233;ritable plein de ce d&#233;sirs de terres autres je pense les terres l&#224;-bas de l'autre c&#244;t&#233; de l'Oc&#233;an n'ont pas la couleur cendre des n&#244;tres je pense puisque le monde neuf n'a pas encore &#233;t&#233; assez s&#233;ch&#233; de sang ici notre terre &#224; nous est faite de plus de morts que de vivants l&#224;-bas sans doute le compte n'a pas bascul&#233; non les morts ne sont pas suffisants pour b&#233;gayer l'histoire alors j'arrive mais c'est d'abord Lausanne au loin d'une autre histoire que la mienne pass&#233;e sur les livres pass&#233;es et devant moi durant ces heures de train st&#233;rile o&#249; ne conserver seulement que le regard de ce vivant dress&#233; sur moi qui demandait o&#249; aller quand ici est le seul terme du monde puisque le cimeti&#232;re et le village se sont arr&#234;t&#233;s ici pour recueillir nos p&#232;res et nos fr&#232;res o&#249; aller tu ne trouveras que les p&#232;res des autres enterr&#233;s par tes fr&#232;res o&#249; aller j'aurais d&#251; r&#233;pondre dans la vitesse du train qui m'emmenait &#224; trois cent m&#232;tres de lui et s&#233;par&#233;s par la vitre mais tant pis j'aurais d&#251; r&#233;pondre simplement en articulant mes l&#232;vres sur un mot &#233;tendu sur des centaines de m&#232;tres le temps de le dire j'aurais d&#251; prononcer l&#224;-bas ma route passe par Lausanne je pense mais n'ai pas le temps d'aller au bout de cette pens&#233;e l&#224; que soudain mais quelle soudainet&#233; dans la r&#233;p&#233;tition infinie de l'attente on pose la main sur mon &#233;paule on me dit quelque chose dans ma langue que j'entends comme &#233;trang&#232;re c'est des heures plus tard et r&#233;alise que je dormais sans le savoir et comme malgr&#233; mes pens&#233;es d&#233;riv&#233;es sur la route on r&#233;p&#232;te les mots et je me r&#233;veille un peu suffisamment pour ouvrir les yeux mais pas assez pour entendre on r&#233;p&#232;te de nouveau me demande si j'ai &lt;i&gt;quelque chose &#224; d&#233;clarer &lt;/i&gt; et silence je pense pourquoi pas&lt;i&gt; la guerre &lt;/i&gt; non je ne r&#233;ponds pas &lt;i&gt;la guerre&lt;/i&gt; je ne dis rien j'aurais voulu dire&lt;i&gt; la guerre&lt;/i&gt; il aurait fallu dire une fois pour toute &lt;i&gt;la guerre&lt;/i&gt; moi j'aurais compris l'assaut que ce trajet exige int&#233;rieurement et qui a &#233;t&#233; depuis le d&#233;part men&#233; en ordre dispers&#233; mais je ne dis rien sans doute si on me laisse le temps de r&#233;fl&#233;chir et de parler je d&#233;clarerais des choses oh pas &lt;i&gt;la guerre&lt;/i&gt; non mais des choses comme mais on ne s'int&#233;resse pas vraiment et le contr&#244;leur laisse passer mon h&#233;sitation qu'il attendait et le prend pour un silence lui m&#234;me pris comme assentiment de la Loi la soumission &#224; cette paix dont je ne connais ni les termes ni les conditions et sans plus me regarder va r&#233;veiller d'autres voyageurs pour recueillir leur silence &#224; eux qui se rendormiront me laissant seul veilleur de chagrin au front pos&#233; sur la vitre d'un autre pays c'est donc ainsi qu'on passe la fronti&#232;re ici oui on demande une parole qu'on n'attend pas on vient r&#233;veiller ceux qui n'ont rien &#224; dire pour l'entendre on exige en &#233;change du passage une monnaie sans valeur et sans risque un simple mot qui dirait qu'on n'a rien &#224; dire rien non on nous laisse ainsi passer la fronti&#232;re ici c'&#233;tait monnayer le silence qu'on n'avait pas en nous et qu'on vient nous r&#233;clamer pour respecter le rite et l'usage il faut dire qu'ici c'est tout ce qu'on poss&#232;de une fronti&#232;re sur des millions de kilom&#232;tres c'est la seule fronti&#232;re qui existe j'imagine qu'ils y tiennent moi j'avais perdu l'habitude&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;_souvenir d'un franchissement de fronti&#232;re en Espagne l'&#233;t&#233; pass&#233; en voiture (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et quand Lausanne viendra en travers de la route je sais que je ne serai pas arriv&#233; qu'il faudra aller outre le monde venu l'interrompre comme cette vieille histoire issue de nos vieux continent oui qu'il faudra aller de l'autre c&#244;t&#233; du monde pour dire je suis all&#233; jusqu'ici pour le dire et pass&#233; oui dire que je suis pass&#233; par Lausanne car Lausanne soudain cette ville humide de drap tendu en brume lev&#233;e sur toute une montagne inutile en &#233;t&#233; ce monde vraiment comme un &#233;tang o&#249; m&#234;me les trains ne vont pas mais font le tour d'un lac o&#249; la vitesse de la langue la ralentit et o&#249; je ne vais pas puisque je ne fais que passer alors je ferme les yeux et je pense ce continent est un tunnel un passage mais j'ai la monnaie pour passer je passe et quand Lausanne arrive je l'ai d&#233;j&#224; dans le dos oh vieux continent immobile accroch&#233; &#224; moi comme &#224; une ombre moi je passe l'ombre s'agrandit c'est signe que le soleil tombe sur cela aussi et que je lui survis et que je le passe pour l&#224;-bas passer et atteindre l&#224;-bas ce qui n'est pas encore en moi pass&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1479 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/P4159933_-_copie_2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/P4159933_-_copie_2.jpg?1336766100' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;_&lt;small&gt;souvenir d'un franchissement de fronti&#232;re en Espagne l'&#233;t&#233; pass&#233; en voiture sur un pont ce bras de mer franchi en regardant l'horizon et au passage malgr&#233; soi on surprend un panneau simplement pos&#233; au milieu du pont qui disait dans une langue cette fois indubitablement &#233;trang&#232;re qu'on &#233;tait ailleurs c'est tout et de ce c&#244;t&#233; du pont la ville &#233;tait la m&#234;me que de l'autre c&#244;t&#233; comme j'imagine la langue qu'on y parlait joyeux m&#233;lange de deux patois compr&#233;hensibles seulement ici la fronti&#232;re &#233;tait devenue comme sur des cartes un trait invisible qui ne s&#233;parait rien d'autres qu'un nom pourtant en repassant la fronti&#232;re cette impression magique de basculer dans un autre monde qui n'existait plus&lt;/small&gt;_&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>le monde loin derri&#232;re nous | prologue</title>
		<link>https://www.arnaudmaisetti.net/spip/fictions-du-monde-recits/le-monde-loin-derriere-nous/article/le-monde-loin-derriere-nous-prologue</link>
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		<dc:date>2012-05-01T22:30:18Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>


		<dc:subject>_vies</dc:subject>
		<dc:subject>_Fiction</dc:subject>
		<dc:subject>_routes &amp; chemins</dc:subject>
		<dc:subject>_aura &amp; ailleurs</dc:subject>
		<dc:subject>_assaut contre les fronti&#232;res</dc:subject>
		<dc:subject>_joie</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;c'est n&#233; de la route&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.arnaudmaisetti.net/spip/fictions-du-monde-recits/le-monde-loin-derriere-nous/" rel="directory"&gt;Le monde loin derri&#232;re nous&lt;/a&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/logo/arton872.jpg?1335911412' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='113' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Premier texte d'une s&#233;rie &#233;crite pour l'atelier &lt;a href=&#034;http://carnets.contemporain.info/moyens/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#034;Les moyens du r&#233;cit contemporain&#034;&lt;/a&gt;, Atelier de cr&#233;ation et de r&#233;flexion | Qu&#233;bec, 16-17 mai 2012, et publi&#233; conjointement sur &lt;a href=&#034;http://carnets.contemporain.info/moyens/vers-quebec-textes&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;le site consacr&#233; &#224; l'atelier&lt;/a&gt; &#8212; sous l'incitation g&#233;n&#233;reuse de &lt;a href=&#034;http://carnets.contemporain.info/audet/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Ren&#233; Audet&lt;/a&gt; et&lt;a href=&#034;http://mahigan.ca/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Mahigan Lepage&lt;/a&gt;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;/i&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;small&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Des blessures &#233;carlates et noires &#233;clatent dans les chairs superbes. Les couleurs propres de la vie se foncent, dansent, et se d&#233;gagent autour de la vision, sur le chantier. Et les frissons s'&#233;l&#232;vent et grondent, et la saveur forcen&#233;e de ces effets se chargeant avec les sifflements mortels et les rauques musiques que le monde, loin derri&#232;re nous, lance sur notre m&#232;re de beaut&#233;, &#8212; elle recule, elle se dresse. Oh ! nos os sont rev&#234;tus d'un nouveau corps amoureux.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;A. Rimb.&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;/center&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;big&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;center&gt;PROLOGUE&lt;/center&gt;&lt;/h2&gt;&lt;/big&gt;
&lt;p&gt;C'est n&#233; de la route, cette ligne fuyante entre deux arbres, qui s'en allait. Et au milieu &#8212; toute cette vitesse qui passait emportait tout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est n&#233; de cette route &#8212; celui-l&#224; qui l'empruntait pour fuir ou rejoindre ou seulement parce qu'un jour il s'&#233;tait retrouv&#233; entre ces deux arbres et qu'il n'y avait rien que cette route o&#249; na&#238;tre, une route dessin&#233;e au crayon qui dessinait l'endroit o&#249; tracer au crayon les mots pour pouvoir la dire et na&#238;tre : une route large comme le bras jusqu'&#224; l'horizon, et rien d'autre que le d&#233;sir de la prendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait seulement parce que ce jour j'&#233;tais au milieu de la route et qu'elle passait sur moi, qu'il fallait bien la suivre pour ne pas rester immobile &#224; midi qui d&#233;pla&#231;ait les ombres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La prendre comme &#224; quelqu'un, le premier qui passerait, oui &#8212; l'emporter plus loin o&#249; la dire, et localiser l'endroit o&#249; plus loin il faudra na&#238;tre. L&#224;, le premier qui &#233;tait pass&#233;, c'&#233;tait moi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me suis retourn&#233;, la route derri&#232;re s'&#233;loignait elle aussi, alors je ne savais pas qui partait, moi ou cette route, et qui s'&#233;chappait plus loin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait &#224; pied, la route lente et dure sous le corps, ou en m&#233;tro, les arr&#234;ts successifs qui venaient au moment o&#249; la vitesse s'atteignait en son plein, ou en train, l'allure &#233;gale des paysages au dehors qui d&#233;filaient comme des arm&#233;es immobiles, ou en taxi, en v&#233;lo, en dromadaire pourquoi pas, tout cela qui donnerait forme de route &#224; cette vie qui serait la mienne si je le d&#233;cidais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233; de la route aussi le temps qui tombait sur elle, sa lumi&#232;re, oui, tomb&#233;e de si haut pour s'effondrer sur la route qu'on prenait pour aller o&#249;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus loin jusqu'o&#249; la route irait conduire la fatigue, et le monde qu'on repousserait dans le dos, celui qu'on verrait alors, et qui tendrait sur le visage un miroir jetant sur les yeux un autre visage, de fatigue et de sueur, et de violence arrach&#233;e aux kilom&#232;tres &#8212; visage qui ouvrirait la bouche pour dire : c'est mon visage d'ici ; et qui passerait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est n&#233; de l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233; enfin d'un vieux monde d&#233;j&#224; tout d&#233;couvert, parcouru par tout ceux qui l'ont nomm&#233;, et chaque coin de ce monde, ainsi nomm&#233;, n'existe plus que comme une vague occupation, monde mille fois born&#233;, poss&#233;d&#233;, partout en location, partout endett&#233;. On vote. On organise un chaos aux lois tellement pr&#233;cises qu'elles dictent les transactions qui se passent de lois, les distinguent de celles qui ob&#233;issent &#224; d'autres. Il y a la loi de l'espace, des fronti&#232;res qui n'en sont pas, qu'on l&#232;ve comme des mirages selon la volont&#233; de certains ; il y a la loi du temps, les ordres qu'on donne et ex&#233;cute &#224; la nano-seconde, les ann&#233;es qui s'&#233;coulent sans demander au peuple que le silence, les semaines d'hyst&#233;rie organis&#233;s pour lui donner la parole. Il y a autour de cela, l'immobilit&#233; consentie d'une histoire qui a pris fin, et qui continue parce qu'elle la refuse &#8212; les civilisations qui ne veulent pas mourir par caprice, comme ces animaux qui tra&#238;nent le cadavre de leur enfant avec eux des jours durant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle ne voit pas, cette histoire, que le cadavre qu'elle nourrit, c'est le sien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Partout, des routes qui ne m&#232;nent qu'aux m&#234;mes villes. Rome partout au coin de chaque carrefour. Un monde fait de centres d&#233;plac&#233;s &#224; chacun de ses moments.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moi, j'aurai cherch&#233; ses marges, des confins du monde qui auraient pu acc&#233;l&#233;rer les particules de vie qui me restent dans Babylone cern&#233;e par les fils d'explorateurs &#233;puis&#233;s, qui auront cherch&#233; &#224; fructifier un tr&#233;sor de pierres ravin&#233;es, s&#232;ches &#224; force d'&#234;tre polies, creuses comme les dents d'une momie raidie par le froid.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moi, j'aurai cherch&#233; le vent chaud qui disperse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'aurai cherch&#233; la blancheur mate de la route.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette blancheur de la lumi&#232;re sur la route, je ne m'en souviens pas vraiment : seulement qu'elle tombait, droite, et partout, tomb&#233;e de plus haut que le ciel peut-&#234;tre. La route n&#233;e de cette couleur franche qui n'&#233;tait pas celle du monde, lui si bris&#233; et fini d&#233;j&#224;, le monde comme sur le point de s'arr&#234;ter apr&#232;s une longue course, celle qui nous avait conduit jusqu'&#224; lui. Alors ce qu'on rejoignait n'avait plus de force. Moi, j'avais encore tellement de d&#233;sirs pourtant. C'est n&#233; de la lumi&#232;re sur toute cette route, et c'est n&#233; de ce d&#233;sir l&#224;, de s'y confondre, oublier un peu que le monde dans lequel on avan&#231;ait s'arr&#234;tait, allait s'arr&#234;ter, qu'il ne cessait pas de continuer de s'arr&#234;ter : je n'y pourrai rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Longue et droite comme on les imagine courante dans le d&#233;sert, la route fuyait, je la chassais, la voiture ouverte toute grande au vent que la vitesse faisait na&#238;tre et entrer ; mais qu'on s'arr&#234;te pour boire, reposer la voiture, et le vent cessait aussi, c'&#233;tait une autre loi de ce monde. C'&#233;tait la loi m&#234;me de ce monde &#8212; n&#233; de cette loi : tant que la vitesse nous emportait, le monde avec soi semblait traverser le temps. Les villes d&#233;filent, comme sur une carte, le monde se d&#233;couvre. Et les visages sur les corps se tournent, et regardent. Et les regards portent sur des ombres qui s'allongent dans la vitesse et s'&#233;loignent. Et le monde bascule avec le soleil de l'autre c&#244;t&#233; o&#249; il pourra recommencer. Tant que la vitesse nous emporte sur la route, le soleil dans le ciel fait &#233;voluer les ombres sur le sol, et le vent toujours rend impossible toute parole, ne laisse du cri que la bouche ouverte. Mais qu'on s'arr&#234;te, qu'on ralentisse d'abord pour trouver la place, et qu'on gare la voiture, sur le c&#244;t&#233;, dans un virage plus ample, et qu'on sorte dans la chaleur, s'accouder sur le muret au-dessus de la vall&#233;e, qu'on essaie de profiter de la vue, sur les plateaux trac&#233;s au pinceau dans la lumi&#232;re tranch&#233;e de ce jour-l&#224;, et c'est le vent tomb&#233; qui absorbe tout, la soif, l'arr&#234;t de toute chose sur le monde interrompu. C'est n&#233; de la loi de ce monde fini, arr&#234;t&#233;, et moi au milieu, emport&#233;, qui fuyais, quoi, pour aller, mais o&#249;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, pour d&#233;sob&#233;ir &#224; la loi, j'ai trouv&#233; une route quelque part, et je l'ai prise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#224; o&#249; elle conduisait, peu importe. Une ville apr&#232;s l'autre. Un continent apr&#232;s l'autre. Paris, Lausanne, Monthey, Rabat, Mekness, Mezourga, Paris de nouveau, Montr&#233;al, Rimouski, Qu&#233;bec. C'est comme les vagues, comme les &#233;toiles. Il ne faut pas les compter, le chiffre s'annule dans son &#233;parpillement. C'est n&#233; de la route, ce milieu o&#249; s'ins&#233;rer, au milieu du chiffre de ma vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces jours de route, o&#249; ils menaient, je ne sais pas. C'est n&#233; de l&#224;, toutes ces lignes fuyantes qui ne fuyaient pas, mais conduisaient, emportaient, traversaient quelque part, ailleurs o&#249; je n'&#233;tais pas, qui prenaient pourtant source de chacun mes pas pour m'emmener encore et repousser de plus en plus le monde loin derri&#232;re nous.&lt;/p&gt;
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