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	<title>arnaud ma&#239;setti | carnets</title>
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	<description>Carnets d'&#233;critures et de lectures, journal, images, textes &amp; fictions web. (Depuis octobre 2005)</description>
	<language>fr</language>
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		<title>arnaud ma&#239;setti | carnets</title>
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		<title>Jrnl | Des mondes de violences immobiles</title>
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		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Mardi 24 f&#233;vrier 2026&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.arnaudmaisetti.net/spip/journal-contretemps-un-weblog/" rel="directory"&gt;JOURNAL | CONTRETEMPS (un weblog)&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/logo/img_2057.jpg?1771953292' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='150' height='113' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/img_2058.jpg?1771953298&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;J'ai tant v&#233;cu sans jamais vivre ! J'ai tellement pens&#233; sans jamais penser ! Je sens peser sur moi des mondes de violences immobiles, d'aventures travers&#233;es sans aucun mouvement. Je suis satur&#233; de ce que je n'ai jamais eu et n'aurai jamais, exc&#233;d&#233; de dieux encore inexistants. Je porte sur moi les cicatrices de toutes les batailles que j'ai &#233;vit&#233; de livrer. Mon corps musculaire est &#233;reint&#233; par l'effort que je n'ai m&#234;me pas imagin&#233; d'accomplir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pessoa, &lt;i&gt;Le livre de l'intranquillit&#233;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Percevoir le monde comme le ferait une peinture &#8212; une ruine au ralenti. La neige qui fond d&#232;s qu'elle tombe : et tout ce qui tombe, les corps et les regrets, les feuilles, ce qu'on n'&#233;crit qu'en effa&#231;ant int&#233;rieurement les mots qu'il faudrait, ceux qui manquent toujours. Le monde existe en s'entassant, disent les arch&#233;ologues : que disent les autres ? Dans les cimeti&#232;res aussi, le monde existe : entassent le contraire des villes (leur d&#233;sir). J'attrape, &#224; cent dix &#224; l'heure, la phrase que j'entends &#224; la radio &#8211; je la note sur les &lt;i&gt;Notes&lt;/i&gt;&#169; du t&#233;l&#233;phone, la route que j'avale s'&#233;crit aussi en palimpseste : &#171; habiter un lieu, c'est faire quelque chose pour y &#234;tre &#187;. (Il y avait un contexte, aval&#233; lui aussi, mais o&#249; ?).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus tard, la voix parlerait de ce qu'est marcher : quand je descends l'escalier, je sais l'&#233;cart de la marche, je suppose que l'&#233;cart est le m&#234;me que la veille et ainsi je tombe d'une marche &#224; l'autre sans me vautrer dans la r&#233;alit&#233; d&#233;faite : non, la r&#233;alit&#233; est l&#224;, assise dans sa fondation, immuable et assur&#233;e, et je lui fais confiance, j'avance, je descends : en ce monde, existe-il encore des escaliers ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La violence est donc la forme que prend infiniment le monde pour se faire, et l'effet du monde sur nous : son effort pour faire advenir le monde &#224; nous, et le signe de notre appartenance &#224; lui.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Michel Foucault | Le Clown souverain</title>
		<link>https://www.arnaudmaisetti.net/spip/interventions-communes/article/michel-foucault-le-clown-souverain</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;&#171; Les Anormaux &#187;, cours de 1974-1975 au Coll&#232;ge de France&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.arnaudmaisetti.net/spip/interventions-communes/" rel="directory"&gt;INTERVENTIONS | COMMUNES&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/logo/trump-compare-final.jpg?1771946899' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='99' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Soit ce texte de Michel Foucault, prononc&#233; au Coll&#232;ge de France lors du cours de 1974-1975. Le contexte : celui d'une Europe o&#249; les fascismes semblent vaincus mais o&#249; leurs m&#233;caniques persistent, reconvertis. Foucault isole ici le rouage du grotesque dans la m&#233;canique du pouvoir &#8212; dessine les contours d'un monde &#224; venir, d&#233;j&#224; l&#224;, dont l'ombre se r&#233;pand, jusqu'&#224; nous.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div class='spip_document_16721 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/webp/ny180326_cvnsrgb.jpg.webp' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/webp&#034;&gt; &lt;img src='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/webp/ny180326_cvnsrgb.jpg.webp?1771946928' width='500' height='683' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; La terreur ubuesque, la souverainet&#233; grotesque ou, en d'autres termes plus aust&#232;res, la maximalisation des effets de pouvoir &#224; partir de la disqualification de celui qui les produit : ceci, je crois, n'est pas un accident dans l'histoire du pouvoir, ce n'est pas un rat&#233; de la m&#233;canique. Il me semble que c'est l'un des rouages qui font partie inh&#233;rente des m&#233;canismes du pouvoir. Le pouvoir politique, du moins dans certaines soci&#233;t&#233;s et, en tout cas, dans la n&#244;tre, peut se donner, s'est donn&#233; effectivement la possibilit&#233; de faire transmettre ses effets, bien plus, de trouver l'origine de ses effets, dans un coin qui est manifestement, explicitement, volontairement disqualifi&#233; par l'odieux, l'inf&#226;me ou le ridicule. Apr&#232;s tout, cette m&#233;canique grotesque du pouvoir, ou ce rouage du grotesque dans la m&#233;canique du pouvoir, est fort ancien dans les structures, dans le fonctionnement politique de nos soci&#233;t&#233;s. Vous en avez des exemples &#233;clatants dans l'histoire romaine, essentiellement dans l'histoire de l'Empire romain, o&#249; ce fut pr&#233;cis&#233;ment une mani&#232;re, sinon exactement de gouverner, du moins de dominer, que cette disqualification quasi th&#233;&#226;trale du point d'origine, du point d'accrochage de tous les effets de pouvoir dans la personne de l'empereur ; cette disqualification qui fait que celui qui est le d&#233;tenteur de la majestas, de ce plus de pouvoir par rapport &#224; tout pouvoir quel qu'il soit, est en m&#234;me temps, dans sa personne, dans son personnage, dans sa r&#233;alit&#233; physique, dans son costume, dans son geste, dans son corps, dans sa sexualit&#233;, dans sa mani&#232;re d'&#234;tre, un personnage inf&#226;me, grotesque, ridicule. De N&#233;ron &#224; H&#233;liogabale, le fonctionnement, le rouage du pouvoir grotesque, de la souverainet&#233; inf&#226;me, a &#233;t&#233; perp&#233;tuellement mis en &#339;uvre dans le fonctionnement de l'Empire romain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le grotesque, c'est l'un des proc&#233;d&#233;s essentiels &#224; la souverainet&#233; arbitraire. Mais vous savez aussi que le grotesque, c'est un proc&#233;d&#233; inh&#233;rent &#224; la bureaucratie appliqu&#233;e. Que la machine administrative, avec ses effets de pouvoir incontournables, passe par le fonctionnaire m&#233;diocre, nul, imb&#233;cile, pelliculaire, ridicule, r&#226;p&#233;, pauvre, impuissant, tout &#231;a a &#233;t&#233; l'un des traits essentiels des grandes bureaucraties occidentales, depuis le XIXe si&#232;cle. Le grotesque administratif n'a pas simplement &#233;t&#233; l'esp&#232;ce de perception visionnaire de l'administration qu'ont pu avoir Balzac, Dosto&#239;evski, Courteline ou Kafka. Le grotesque administratif, c'est en effet une possibilit&#233; que s'est r&#233;ellement donn&#233;e la bureaucratie. &#034;Ubu rond de cuir&#034; appartient au fonctionnement de l'administration moderne, comme il appartenait au fonctionnement du pouvoir imp&#233;rial &#224; Rome d'&#234;tre entre les mains d'un histrion fou. Et ce que je dis de l'Empire romain, ce que je dis de la bureaucratie moderne, on pourrait le dire de bien d'autres formes m&#233;caniques de pouvoir, dans le nazisme ou dans le fascisme. Le grotesque de quelqu'un comme Mussolini &#233;tait absolument inscrit dans la m&#233;canique du pouvoir. Le pouvoir se donnait cette image d'&#234;tre issu de quelqu'un qui &#233;tait th&#233;&#226;tralement d&#233;guis&#233;, dessin&#233; comme un clown, comme un pitre. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div class='spip_document_16716 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/webp/blitt-trump-2016_05_23_blitt_trump_sleight_of_hand.jpg.webp' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/webp&#034;&gt; &lt;img src='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/webp/blitt-trump-2016_05_23_blitt_trump_sleight_of_hand.jpg.webp?1771946927' width='500' height='683' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Si le pouvoir autoritaire para&#238;t toujours plus ou moins grotesque, cela ne tient pas &#224; un accident de l'Histoire &#8212; ou une simple forme que rev&#234;t le tyran malgr&#233; lui : c'est qu'il touche &#224; sa v&#233;rit&#233; nue, quand il s'exerce pleinement, ou &lt;i&gt;r&#233;ellement&lt;/i&gt; : qu'il approche au plus pr&#232;s de ce qu'un pouvoir toujours tend quand il s'exerce pour lui-m&#234;me, sa conservation autant que son exercice, ou l'exercice ne tient qu'au d&#233;sir de sa conservation : qu'il ne s'exerce que pour se prouver. La brutalit&#233; n'est pas diff&#233;rente du grotesque, tous deux sont des mani&#232;res et des conditions, des effets et des cons&#233;quences. Une image aussi bien qu'un signe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a cru, avec une confiance trop m&#233;canique, que la r&#233;p&#233;tition historique d&#233;graderait la trag&#233;die en farce. Mais la sc&#232;ne contemporaine ne rel&#232;ve plus de la farce comme d&#233;clin ; elle en r&#233;v&#232;le la fonction. Farce : non pas une d&#233;gradation du pouvoir, mais l'une de ses mani&#232;res d'&#234;tre, techniques de gouvernement au service de l'arbitraire du souverain. Ce qu'au th&#233;&#226;tre on sait depuis longtemps : la farce n'est pas le bas de la hi&#233;rarchie des genres, elle en est le retournement violent, qui expose par l'exc&#232;s ce que la trag&#233;die dissimule dans le sublime.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div class='spip_document_16731 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/png/_bcb3528_1704810679416-trump.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/png/_bcb3528_1704810679416-trump.png?1772388208' width='500' height='682' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Le grotesque politique fonctionne de m&#234;me : il ne cache pas le pouvoir, mais le montre autrement, par saturation plut&#244;t que par occultation. C'est une parade, bien s&#251;r : comment caricaturer ce qui va d&#233;j&#224; au-del&#224; de la caricature, qui s'affirme comme caricature d'elle-m&#234;me ? C'est un ressort aussi : &#234;tre plus inf&#226;me que tout permet au moins de sortir du commun des hommes, et d'affirmer par l&#224; un extraordinaire qui vaut bien celui de l'excellence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le clown : ce personnage qui dit la v&#233;rit&#233; par l'outrance &#8212; le bouffon du roi qui peut tout prof&#233;rer parce qu'on feint de ne pas le prendre au s&#233;rieux. Sauf que le renversement contemporain est plus retors : c'est le roi lui-m&#234;me qui joue le bouffon, et qui tire de ce r&#244;le une impunit&#233; structurelle. La sc&#232;ne politique devient alors un sournois &lt;i&gt;spectacle int&#233;gr&#233;&lt;/i&gt; &#8212; non plus repr&#233;sentation du pouvoir, mais un pouvoir comme repr&#233;sentation totale, o&#249; m&#234;me la d&#233;nonciation du masque contribue &#224; entretenir l'illusion qu'il suffirait de l'arracher.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div class='spip_document_16730 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/_d87237b_1644017011308-une-new-yorker.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/_d87237b_1644017011308-une-new-yorker.jpg?1772388208' width='500' height='725' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, pas besoin de compl&#233;ter la s&#233;rie des figures que Foucault &#233;voque &#8212; de N&#233;ron &#224; Mussolini &#8212; pour voir voir la galerie qui les prolonge en accusant le trait : le grotesque n'est plus seulement une couleur de r&#233;gime mais le dispositif central d'une gouvernementalit&#233; n&#233;olib&#233;rale en/de crise. Trump, Bolsonaro, Milei, Orb&#225;n &#8212; autant de corps politiques o&#249; la bouffonnerie savamment entretenue est devenu le phras&#233; du pouvoir lui-m&#234;me, o&#249; l'outrance, la vulgarit&#233; ostensible, l'incomp&#233;tence revendiqu&#233;e fonctionnent pr&#233;cis&#233;ment comme Foucault le d&#233;crivait : non des rat&#233;s, mais comme rouages. Et on aurait beau jeu de vouloir les d&#233;signer comme ridicules : le bloc dominant accomplit l&#224; une double op&#233;ration &#8212; d&#233;ploie une politique de classe d'une brutalit&#233; in&#233;dite (d&#233;r&#233;glementation, d&#233;mant&#232;lement des droits sociaux, concentration des richesses) tout en maintenant le regard de l'opposition riv&#233; sur le spectacle du clown. Marx encore, de grand secours, s'agissant de sa lecture de l'id&#233;ologie : la figure grotesque du souverain op&#232;re comme &#233;cran et comme condensateur. Capte le regard et fixe sur un corps bouffon la perception des effets de domination &#8211; et par l&#224; les dissimule dans leur nature m&#234;me, les d&#233;place de la classe vers la personne. L'histrion au sommet de l'&#201;tat sature l'imaginaire politique d'un spectacle qui d&#233;courage l'analyse des rapports sociaux r&#233;els. La critique morale du grotesque devient, en ce sens, une forme de complicit&#233; involontaire : elle consomme le spectacle qu'elle pr&#233;tend d&#233;noncer. Le pi&#232;ge se referme.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div class='spip_document_16720 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/local/cache-vignettes/L448xH612/newyorker-blitt-trump-b1b9c.gif?1771947038' width='448' height='612' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;L&#224; o&#249; l'analyse lib&#233;rale s'&#233;puise &#224; commenter l'indignit&#233; du personnage, il faudrait pouvoir tenir ferme sur la question de la fonction : qui la bouffonnerie sert-elle ? quels int&#233;r&#234;ts structurels le histrion au pouvoir reconduit-il sous le couvert de l'irrationalit&#233; apparente ? L'apparente folie de la gouvernance actuelle &#8212; les d&#233;cisions erratiques, les provocations calcul&#233;es, la destruction m&#233;thodique des institutions de m&#233;diation &#8212; n'est pas tant irrationnelle &#8212; elle est au contraire d'une rationalit&#233; implacable, qui acc&#233;l&#232;re la primitive accumulation dans sa phase contemporaine, d&#233;mant&#232;le l'&#201;tat social comme rempart de classe, atomise les solidarit&#233;s. Le grotesque est ici la forme spectaculaire d'un processus dont la logique reste, elle, parfaitement s&#233;rieuse. &lt;br class='autobr' /&gt;
Bien s&#251;r, le pouvoir peut &#234;tre (doit &#234;tre) conquis, retourn&#233;, exerc&#233; diff&#233;remment. Qu'on a toujours tort de confondre pouvoir et autorit&#233;, qu'il s'agit bien de d&#233;celer dans le pouvoir la classe qui l'exerce et les fins qu'elle lui assigne.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div class='spip_document_16723 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/s-l1200.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/s-l1200.jpg?1771946929' width='500' height='667' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Puis il faudrait ajouter au constat froid de Foucault : le grotesque bureaucratique qu'il &#233;voque &#224; travers Kafka et Courteline conna&#238;t aujourd'hui une mutation. Ce ne sont plus seulement les fonctionnaires m&#233;diocres de l'administration classique qui incarnent ce rouage, mais les plateformes num&#233;riques, les algorithmes d'&#201;tat, les start-ups du welfare &#8212; bureaucratie molle et diffuse qui produit ses propres effets de pouvoir &#224; travers l'absurde dit kafka&#239;en des interfaces et des formulaires sans r&#233;ponse, des proc&#233;dures ind&#233;finiment renvoy&#233;es. La farce s'est aussi &lt;i&gt;algorithmis&#233;e&lt;/i&gt;, et c'est pr&#233;cis&#233;ment pourquoi le grotesque bureaucratique est devenu plus efficace &#8212; l'absence de corps risible rend la domination invisible, donc incontestable. L'Ubu rond de cuir s'est d&#233;mat&#233;rialis&#233; sans se dissoudre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Retenir de Foucault et contre Foucault aussi, c'est que le grotesque du souverain n'est pas tant une anomalie &#224; corriger par le retour &#224; une politique s&#233;rieuse et respectable, mais le sympt&#244;me d'une &#233;poque o&#249; le capitalisme, ne pouvant plus se l&#233;gitimer dans le progr&#232;s ni dans la promesse, exhibe sa violence nue sous les oripeaux du carnaval. Reste la sc&#232;ne. Si le pouvoir se donne en spectacle, c'est qu'il requiert un public. Or tout public peut apprendre &#224; suspendre l'applaudissement &#8211; le&#231;on de Brecht. La r&#233;ponse ne serait &#234;tre a restauration d'une gravit&#233; institutionnelle &#8212; simple recyclage des formes ant&#233;rieures &#8212; mais l'organisation d'une force capable de traverser le spectacle, de ne pas s'y laisser retenir, et de d&#233;signer derri&#232;re la marionnette la main qui la meut, et le monde qui a besoin d'elle pour persister.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div class='spip_document_16722 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/p-2-new-yorker-and-time-mag-covers.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/p-2-new-yorker-and-time-mag-covers.jpg?1771946929' width='500' height='281' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>William Blake | &#171; Le Jardin de l'Amour &#187;</title>
		<link>https://www.arnaudmaisetti.net/spip/notes-marginales-etc/traduction-d-une-langue-l-autre/william-blake-chants-d-innocence-d-experience/william-blake-chants-d-experience/article/william-blake-le-jardin-de-l-amour</link>
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		<dc:date>2026-02-23T12:57:53Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Je suis all&#233; au Jardin de l'Amour&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.arnaudmaisetti.net/spip/notes-marginales-etc/traduction-d-une-langue-l-autre/william-blake-chants-d-innocence-d-experience/william-blake-chants-d-experience/" rel="directory"&gt;William Blake | Chants d'exp&#233;rience&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/logo/songsie.y.p44_300.jpg?1771851470' class='spip_logo spip_logo_right' width='100' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Traduction personnelle des &lt;i&gt;Chants d'innocence &lt;/i&gt; et &lt;i&gt;d'exp&#233;rience&lt;/i&gt;
&lt;br /&gt;&#8212; ici le &lt;a href=&#034;https://arnaudmaisetti.net/spip/notes-marginales-etc/traduction-d-une-langue-l-autre/william-blake-chants-d-innocence-d-experience/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;sommaire des po&#232;mes&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&#8212; l&#224; les &lt;a href=&#034;https://arnaudmaisetti.net/spip/notes-marginales-etc/traduction-d-une-langue-l-autre/william-blake-chants-d-innocence-d-experience/wiliam-blake-carnets-de-traduction/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;carnets de la traduction&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;THE GARDEN OF LOVE&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LE JARDIN DE L'AMOUR&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;I went to the Garden of Love,&lt;br&gt;
And saw what I never had seen :&lt;br&gt;
A Chapel was built in the midst,&lt;br&gt;
Where I used to play on the green.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;right&#034;&gt; Je suis all&#233; au Jardin de l'Amour,&lt;br&gt;
Et vu ce que je n'avais jamais vu :&lt;br&gt;
Une Chapelle &#233;tait b&#226;tie en son c&#339;ur&lt;br&gt;
L&#224; o&#249; autrefois je jouais sur l'herbe.&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;And the gates of this Chapel were shut,&lt;br&gt;
And 'Thou shalt not' writ over the door ;&lt;br&gt;
So I turn'd to the Garden of Love,&lt;br&gt;
That so many sweet flowers bore. &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;right&#034;&gt; Et les grilles de cette chapelle &#233;taient closes,&lt;br&gt;
Et &#171; Tu ne feras point &#187; inscrit sur la porte ;&lt;br&gt;
Je revins alors au Jardin de l'Amour,&lt;br&gt;
Qui portait tant de douces fleurs. &lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;And I saw it was filled with graves,&lt;br&gt;
And tomb-stones where flowers should be :&lt;br&gt;
And Priests in black gowns, were walking their rounds,&lt;br&gt;
And binding with briars, my joys &amp; desires.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;right&#034;&gt; Et je vis qu'il &#233;tait couvert de tombes,&lt;br&gt;
Et de pierres tombales &#224; la place des fleurs,&lt;br&gt;
Et des pr&#234;tres en robes noires faisaient leurs rondes,&lt;br&gt;
Et serraient de ronces mes joies et mes d&#233;sirs.&lt;br&gt;&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Les villes qui n'existent pas | Gaza</title>
		<link>https://www.arnaudmaisetti.net/spip/fictions-du-monde-recits/les-villes-qui-n-existent-pas/article/les-villes-qui-n-existent-pas-gaza</link>
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		<dc:date>2026-02-22T17:44:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Le seuil et la cendre&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.arnaudmaisetti.net/spip/fictions-du-monde-recits/les-villes-qui-n-existent-pas/" rel="directory"&gt;Les villes qui n'existent pas&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/logo/logo-10.jpg?1771782238' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='80' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;small&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Un projet : constituer l'atlas des villes qui n'existent pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; &lt;a href=&#034;http://arnaudmaisetti.net/spip/spip.php?rubrique129&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Pr&#233;sentation du projet&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;table class=&#034;table spip&#034;&gt;
&lt;tbody&gt;
&lt;tr class='row_odd odd'&gt;
&lt;td&gt;#1 &lt;a href=&#034;https://arnaudmaisetti.net/spip/fictions-du-monde-recits/les-villes-qui-n-existent-pas/article/les-villes-qui-n-existent-pas-bielefeld&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Bielefeld&lt;/a&gt;&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;#8 &lt;a href=&#034;https://arnaudmaisetti.net/spip/fictions-du-monde-recits/les-villes-qui-n-existent-pas/article/les-villes-qui-n-existent-pas-potemkine&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Potemkine&lt;/a&gt;&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;#15 &lt;a href=&#034;https://arnaudmaisetti.net/spip/fictions-du-monde-recits/les-villes-qui-n-existent-pas/article/les-villes-qui-n-existent-pas-jericho&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;J&#233;richo&lt;/a&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr class='row_even even'&gt;
&lt;td&gt;#2 &lt;a href=&#034;https://arnaudmaisetti.net/spip/fictions-du-monde-recits/les-villes-qui-n-existent-pas/article/les-villes-qui-n-existent-pas-atlantide&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Atlantide&lt;/a&gt;&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;#9 &lt;a href=&#034;https://arnaudmaisetti.net/spip/fictions-du-monde-recits/les-villes-qui-n-existent-pas/article/les-villes-qui-n-existent-pas-guanahani&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Guanahani&lt;/a&gt;&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;#16 &lt;a href=&#034;https://arnaudmaisetti.net/spip/fictions-du-monde-recits/les-villes-qui-n-existent-pas/article/les-villes-qui-n-existent-pas-le-village-allemand-de-dugway&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Dugway&lt;/a&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr class='row_odd odd'&gt;
&lt;td&gt;#3 &lt;a href=&#034;https://arnaudmaisetti.net/spip/fictions-du-monde-recits/les-villes-qui-n-existent-pas/article/les-villes-qui-n-existent-pas-troie&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Troie&lt;/a&gt;&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;#10 &lt;a href=&#034;https://arnaudmaisetti.net/spip/fictions-du-monde-recits/les-villes-qui-n-existent-pas/article/les-villes-qui-n-existent-pas-ghjirulatu&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Ghjirulatu&lt;/a&gt;&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;#17 &lt;a href=&#034;https://arnaudmaisetti.net/spip/fictions-du-monde-recits/les-villes-qui-n-existent-pas/article/les-villes-qui-n-existent-pas-tchernobyl&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Tchernobyl&lt;/a&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr class='row_even even'&gt;
&lt;td&gt;#4 &lt;a href=&#034;https://arnaudmaisetti.net/spip/fictions-du-monde-recits/les-villes-qui-n-existent-pas/article/les-villes-qui-n-existent-pas-detroit&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Detroit&lt;/a&gt;&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;#11 &lt;a href=&#034;https://arnaudmaisetti.net/spip/fictions-du-monde-recits/les-villes-qui-n-existent-pas/article/les-villes-qui-n-existent-pas-byblos&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Byblos&lt;/a&gt;&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;#18 &lt;a href=&#034;https://arnaudmaisetti.net/spip/fictions-du-monde-recits/les-villes-qui-n-existent-pas/article/les-villes-qui-n-existent-pas-eldorado&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Eldorado&lt;/a&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr class='row_odd odd'&gt;
&lt;td&gt;#5 &lt;a href=&#034;https://arnaudmaisetti.net/spip/fictions-du-monde-recits/les-villes-qui-n-existent-pas/article/les-villes-qui-n-existent-pas-tombouctou&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Tombouctou&lt;/a&gt;&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;#12 &lt;a href=&#034;https://arnaudmaisetti.net/spip/fictions-du-monde-recits/les-villes-qui-n-existent-pas/article/les-villes-qui-n-existent-pas-beauregard&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Beauregard&lt;/a&gt;&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;#19 &lt;a href=&#034;https://arnaudmaisetti.net/spip/fictions-du-monde-recits/les-villes-qui-n-existent-pas/article/les-villes-qui-n-existent-pas-l-ile-de-bermeja&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;L'&#238;le de Bermeja&lt;/a&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr class='row_even even'&gt;
&lt;td&gt;#6 &lt;a href=&#034;https://arnaudmaisetti.net/spip/fictions-du-monde-recits/les-villes-qui-n-existent-pas/article/les-villes-qui-n-existent-pas-atitlan&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Atitl&#225;n&lt;/a&gt;&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;#13 &lt;a href=&#034;https://arnaudmaisetti.net/spip/fictions-du-monde-recits/les-villes-qui-n-existent-pas/article/les-villes-qui-n-existent-pas-monde-vide&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Monde vide&lt;/a&gt;&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;#20 &lt;a href=&#034;https://arnaudmaisetti.net/spip/fictions-du-monde-recits/les-villes-qui-n-existent-pas/article/les-villes-qui-n-existent-pas-marioupol&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Marioupol&lt;/a&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr class='row_odd odd'&gt;
&lt;td&gt;#7 &lt;a href=&#034;https://arnaudmaisetti.net/spip/fictions-du-monde-recits/les-villes-qui-n-existent-pas/article/les-villes-qui-n-existent-pas-babel&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Babel&lt;/a&gt;&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;#14 &lt;a href=&#034;https://arnaudmaisetti.net/spip/fictions-du-monde-recits/les-villes-qui-n-existent-pas/article/les-villes-qui-n-existent-pas-catal-hoyuk&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#199;atal H&#246;y&#252;k&lt;/a&gt;&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;#21 &lt;a href=&#034;https://arnaudmaisetti.net/spip/fictions-du-monde-recits/les-villes-qui-n-existent-pas/article/les-villes-qui-n-existent-pas-null-island&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Null Island&lt;/a&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr class='row_even even'&gt;
&lt;td&gt;#22 &lt;a href=&#034;https://arnaudmaisetti.net/spip/fictions-du-monde-recits/les-villes-qui-n-existent-pas/article/les-villes-qui-n-existent-pas-new-babylon&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;New Babylon&lt;/a&gt;&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;#23 &lt;a href=&#034;https://arnaudmaisetti.net/spip/fictions-du-monde-recits/les-villes-qui-n-existent-pas/article/les-villes-qui-n-existe-pas-gaza&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Gaza&lt;/a&gt;&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;/tbody&gt;
&lt;/table&gt;&lt;/blockquote&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Et pour continuer : la plus ni&#233;e de toutes : &lt;i&gt;Gaza&lt;/i&gt;&lt;/small&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Dans l'Atlas des villes qui n'existent pas, Gaza, &#233;videmment, occupe une place &#224; part &#8212; douloureuse et scandaleuse, atroce. Gaza, &lt;i&gt;ville qui n'existe pas&lt;/i&gt; : on entend la phrase et observe comme elle circule et se glisse dans les journaux et les discours, &#224; la surface des cartes, se prononce sans trembler sur les l&#232;vres de ceux qui ont fait de cette phrase un d&#233;sir, son &lt;i&gt;projet&lt;/i&gt;, un r&#234;ve m&#234;me. Non, &lt;i&gt;Gaza n'existe pas&lt;/i&gt;, disent ceux qui s'acharnent &#224; ne pas la faire exister. Phrase qui travaille, use. Phrase qui pr&#233;pare le terrain. Une ville n'est jamais tant d&#233;truite par le feu que par l'habitude qu'on prend de dire qu'elle n'existera pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est qu'on a fait d'elle moins une ville, qu'une anomalie, moins un lieu, qu'un probl&#232;me. Un &lt;i&gt;dossier&lt;/i&gt; &#8212; partant, pas tant un monde qu'une cible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a dans ce refus d'existence la vieille logique &#8212; coloniale et martiale &#8212; qui avance en s'installant ; la logique qui affirme : cette terre est &#224; nous, ou &#224; personne. Logique qui, dans ses versions les plus extr&#233;mistes, prolonge l'expansion des colonies jusqu'&#224; l'effacement programm&#233; d'une Palestine arabe, trahissant la promesse initiale d'un &#201;tat qui devait offrir refuge et non produire &#224; son tour l'exil. Qui &#233;tend les colonies comme une nappe jusqu'&#224; couvrir ce qui g&#234;nait la vue &#8211; un tapis, et pourquoi pas de bombes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gaza, une ville ou la capitale d'une bande &#8212; mot mince, et qui &#233;trangle. Mot qu'on jette aussi sur des hordes plus ou moins organis&#233;es, &lt;i&gt;bande&lt;/i&gt; qui dit le sauvage, et &#224; qui on promet la prison, ou la peine capitale. &lt;i&gt;Bande&lt;/i&gt;, comme on dirait une lani&#232;re, la coupure, une chose &#224; tenir enserr&#233;e entre deux doigts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant d'&#234;tre une bande, on oublie que Gaza fut un passage. Et avant d'&#234;tre ce nom, un intervalle : entre l'Afrique et l'Asie, cette ligne de poussi&#232;re en halte sur la route des caravanes sans que le sol sous leurs pas ne port&#226;t encore l'ombre d'aucun drapeau. Puisque la terre se dresse avant les proclamations qui la d&#233;signe, le d&#233;sir de s'y arr&#234;ter pr&#233;c&#232;de aussi le notaire qui la nomme pour mieux la distribuer. Hazattu &#8212; c'est sous cette forme qu'elle fut d'abord consign&#233;e dans les lettres d'Amarna, grav&#233;e dans l'&#233;gyptien du deuxi&#232;me mill&#233;naire : nom pos&#233; comme pierre blanche pour dire la halte et ce carrefour. Viendront les Philistins qui en font l'une des principales cit&#233;s de la Pentapole philistine, et Alexandre, qui la transforme en &lt;i&gt;polis&lt;/i&gt; organis&#233; sur le mod&#232;le grec, avant de voir sur elle d&#233;ferler flots de Romains, Byzantins et Arabes &#8211; avant d'&#234;tre disput&#233;es entre crois&#233;s, ayyoubides ou mamelouks : surgissent et sit&#244;t disparaissent les califats et les rois chr&#233;tiens, les Ottomans et les dettes qu'on ne paiera jamais. On change de langue comme de devises, de dieux et de ma&#238;tres. Le sol seul demeure : chaque puissance la prend pour la plier &#224; son ordre avant de mieux l'abandonner &#224; son sort ; aucune ne l'invente. Gaza, comme toutes les villes, ne na&#238;t jamais, mais s'entasse sur elle-m&#234;me en couches de m&#233;moires : ville sous la ville, sous la ville.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ville &#233;paisse et stratifi&#233;e &#8211; incapable d'&#234;tre ramen&#233;e &#224; une seule origine ; ville travers&#233;e qui &#233;chappe aux r&#233;cits simples : ville de tous les peuples &#8211; de tous les mondes venus et qui ne sont jamais vraiment partis, ont fini par faire ce peuple-ci assoiff&#233; de tout : &#171; Quand je prononce ou quand on prononce devant moi le nom de Palestinien, l'image qui s'impose le plus fortement c'est celle des enfants de quatre ou cinq ans d&#233;shydrat&#233;s. &#187; (Jean Genet)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les si&#232;cles s'acc&#233;l&#232;rent. La &lt;i&gt;Nakba&lt;/i&gt; jette sur les routes ces corps qui marchent sans savoir o&#249; aller : ce sera Gaza aussi. On se r&#233;fugie au bout des routes, et ce bord du monde portera ce nom de Gaza o&#249; le r&#233;el se contracte pour devenir un &#171; probl&#232;me &#187; : un &lt;i&gt;camp&lt;/i&gt;, une &lt;i&gt;menace&lt;/i&gt; &#8212; mani&#232;re de ne jamais en faire une ville. Camp qu'on peut fermer, ou ouvrir &#224; dessein &#8212; pour lequel il est moins besoin de fronti&#232;re que de check-points.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'arm&#233;e isra&#233;lienne encercle, bombarde, impose le blocus ; le Hamas creuse &#8212; r&#233;pond &#224; la surveillance a&#233;rienne par la profondeur, &#224; la verticalit&#233; des drones par l'&#233;videment de la terre : fabrique une autre ville de silence ; les colons extr&#233;mistes, ailleurs, repoussent plus loin la fronti&#232;re mobile au nom d'une terre promise qui ne supporterait aucun partage. Et de blocus en bombardements, de barrages en frappes, l'espace qu'on d&#233;chire pour le rendre inhabitable, les quartiers s'effondrent, les h&#244;pitaux ferment et l'&#233;lectricit&#233; qu'on coupe. L'espace cesse d'&#234;tre ce tissu continu du b&#226;ti qui pourtant le d&#233;finit, ou cet agencement poreux de vies contigu&#235;s ; il se fragmente en zones, en quadrants, en couloirs dits &#171; s&#251;rs &#187; qui ne le sont jamais, en secteurs et en coordonn&#233;es. Gaza devient un diagramme militaire qui ne peut r&#233;pondre qu'au langage des soldats et &#224; la grammaire des mouvements de troupe.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_16712 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/png/capture_d_e_cran_2026-02-22_a_18.22_17.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/png/capture_d_e_cran_2026-02-22_a_18.22_17.png?1771782031' width='500' height='284' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Sous l'arpentage patient de certains, la ville pourtant refuse de ne pas exister &#8212; retourne contre ses destructeurs la preuve de son d&#233;sastre en signe de sa persistance. &lt;a href=&#034;https://forensic-architecture.org&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Forensic Architecture&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; depuis Goldmisths et London University &#339;uvre &#224; faire raconter cette histoire des ruines et de leur langage. Munis de cartes et d'images satellites, ils b&#226;tissent plut&#244;t que des maisons mais des d&#233;monstrations, une g&#233;ographie infra-ordinaire des territoires d&#233;vast&#233;s &#8212; machine de production de preuves rendues visibles. Sous l'impulsion de Eyal Weizman, c'est l'envers de l'architecture qui s'&#233;labore : non le bel art de construire, mais celui de lire ce qui reste et de documenter la destruction : la ruine parle, &#224; condition de savoir l'interroger. Les crat&#232;res dessinent des trajectoires ; les murs effondr&#233;s indiquent des angles de tir ; les cartes humanitaires r&#233;v&#232;lent les lignes d'enfermement. La violence n'est pas un chaos : elle est sa propre g&#233;om&#233;trie qui produit de l'espace et configure le territoire. Les murs tomb&#233;s deviennent des phrases et les impacts, des preuves. Un fragment suffit &#224; reconstituer une ruelle effondr&#233;e. Une fissure indique un mur. Ce que la destruction a voulu effacer, elle l'a inscrit : Gaza existe dans ses d&#233;combres comme dans aucun cadastre. &lt;i&gt;Forensic Architecture&lt;/i&gt; cartographie les massacres de masse &#224; Gaza en levant sur des cartes l'espace de violence trou&#233;e qu'elle est, avec ses &lt;i&gt;evacuation orders&lt;/i&gt; et ses lignes de fuite forc&#233;es. On y voit un territoire reconfigur&#233; par la violence, o&#249; les &#171; routes de survie &#187; deviennent autant de lignes de menace&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dire : &lt;i&gt;Gaza n'existe pas &lt;/i&gt; &#8211; constater qu'on lui refuse la possibilit&#233; d'&#234;tre une ville : ni souveraine, ni respirable. Concession dangereuse ou camp &#224; ciel ouvert ; mais pour ceux qui la vivent au-dedans d'elle-m&#234;me, pi&#232;ge qui poss&#232;de seulement son ciel sous lequel il est seul possible de vivre puisqu'il leur appartient.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;center&gt;&lt;iframe width=&#034;560&#034; height=&#034;315&#034; src=&#034;https://www.youtube.com/embed/YlCo-WmM8HY?si=Ybr4dYKyCryTb4VT&#034; title=&#034;YouTube video player&#034; frameborder=&#034;0&#034; allow=&#034;accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share&#034; referrerpolicy=&#034;strict-origin-when-cross-origin&#034; allowfullscreen&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/center&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;En 1948, des familles palestiniennes ont emport&#233; avec elles la cl&#233; de leur maison &#8211; d&#233;truite, ras&#233;e, ou int&#233;gr&#233;e &#224; un autre cadastre, la maison depuis des d&#233;cennies n'existe plus. Les familles poss&#232;dent encore cette cl&#233; qu'on transmet et accroche &#224; l'entr&#233;e de ce qui n'est qu'une maison provisoire depuis pr&#232;s d'un si&#232;cle. Que signifie poss&#233;der une cl&#233; pour une maison disparue ? Habiter, ce n'est pas seulement occuper un lieu, plut&#244;t instituer le seuil d'o&#249; pouvoir fermer et rouvrir, et se tenir dans cet entre dedans et dehors. Lorsque la maison est d&#233;truite, le seuil dispara&#238;t &#8212; &#224; moins que quelque chose n'en garde la m&#233;moire. La cl&#233; ne reconstruit pas les murs, mais maintient l'id&#233;e que l'ouverture fut possible, et qu'elle peut l'&#234;tre encore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une ville ne meurt pas quand ses murs tombent, mais lorsqu'il n'y a plus personne pour en garder la cl&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand il existera un pays, d&#233;livr&#233; des &#201;tats et des dieux, pour deux peuples &#8212; entre la mer, le fleuve et le d&#233;sert &#8212;, on d&#233;crochera la cl&#233; du mur de la maison de passage, et on la d&#233;posera dans la terre en chantant pour les morts.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Gilles Deleuze &amp; F&#233;lix Guattari | Rhizome</title>
		<link>https://www.arnaudmaisetti.net/spip/notes-questions-lirecrire/chantier-ecritures-litterature/article/gilles-deleuze-felix-guattari-rhizome</link>
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		<dc:date>2026-02-10T16:27:23Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Toutes sortes de devenirs&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.arnaudmaisetti.net/spip/notes-questions-lirecrire/chantier-ecritures-litterature/" rel="directory"&gt;CHANTIER | &#201;CRITURES &amp; LITT&#201;RATURE&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/logo/rhizome-edited-1.png?1770740840' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='113' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;
L'arbre impose sa forme imm&#233;diatement lisible : les racines enfouies qui soutiennent l'ensemble, le tronc qui s'&#233;l&#232;ve sur quoi balancent des branches qui se distribuent selon l'ordre balanc&#233; et immobile que l'&#339;il reconna&#238;t sans effort, de sorte que chaque &#233;l&#233;ment para&#238;t d&#233;pendre d'un point plus ancien que lui, et que l'ensemble donne l'impression d'une continuit&#233; gouvern&#233;e par son origine. Cette figure a longtemps orient&#233; nos mani&#232;res de comprendre &#8211; une &#233;vidence silencieuse : chercher ce qui fonde, pr&#233;c&#232;de, explique, revenir vers le point premier dont tout proc&#233;derait, persuad&#233;s que le sens se tient l&#224;, dans cette profondeur stable qui soutient sans se montrer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est cette m&#234;me disposition qui a pr&#233;sid&#233; &#224; notre mani&#232;re de concevoir le livre, en le rapportant &#224; une source unique &#8212; l'auteur, le fond, l'intention, l'origine &#8212; comme si le texte devait n&#233;cessairement reconduire vers un centre qui l'aurait engendr&#233;, et comme si lire consistait &#224; remonter vers cette instance suppos&#233;e premi&#232;re, dans une logique de filiation qui reproduit, sans toujours le savoir, cette centralit&#233; paternaliste et patriarcale o&#249; l'ordre, l'origine et le sens se confondent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; force d'habiter cette forme, notre regard s'y est pli&#233;, au point que nous en venons &#224; ne plus reconna&#238;tre que des troncs, des ramifications, des hi&#233;rarchies discr&#232;tes, et &#224; attendre du monde qu'il se laisse ordonner selon cette architecture, quitte &#224; m&#233;conna&#238;tre ce qui s'y d&#233;robe, ce qui ne pousse pas vers le haut, ce qui ne se laisse pas reconduire &#224; une origine, et &#224; laisser s'installer, dans cette recherche d'un principe organisateur, les tentations d'un ordre qui rassure parce qu'il simplifie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'image alors s'&#233;puise, non parce qu'elle serait inexacte, mais parce qu'elle ne suffit plus, et qu'&#224; c&#244;t&#233; d'elle se d&#233;ploient d'autres croissances, d'autres circulations, qui ne partent de nulle part assignable, qui avancent par le milieu, se relient sans centre, se transforment en avan&#231;ant, comme si le sens, d&#233;sormais, demandait moins &#224; &#234;tre rapport&#233; &#224; une racine qu'&#224; &#234;tre suivi dans ces trajets o&#249; rien ne commence vraiment et o&#249; tout, pourtant, se met &#224; pousser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons des antidotes o&#249; puiser les forces.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A. M.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;center&gt;Gilles Deleuze, F&#233;lix Guattari, &lt;i&gt;Mille plateaux, &lt;/i&gt; &lt;br&gt;&#171; Introduction : rhizome &#187;, Les &#233;ditions de Minuit, p. 30-32.&lt;/center&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div class='spip_document_16710 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/30641130448_2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/30641130448_2.jpg?1770740772' width='500' height='750' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;R&#233;sumons les caract&#232;res principaux d'un rhizome : &#224; la diff&#233;rence des arbres ou de leurs racines, le rhizome connecte un point quelconque avec un autre point quelconque, et chacun de ses traits ne renvoie pas n&#233;cessairement &#224; des traits de m&#234;me nature, il met en jeu des r&#233;gimes de signes tr&#232;s diff&#233;rents et m&#234;me des &#233;tats de non-signes. Le rhizome ne se laisse ramener ni &#224; l'Un ni au multiple. Il n'est pas l'Un qui devient deux, ni m&#234;me qui deviendrait directement trois, quatre ou cinq, etc. Il n'est pas un multiple qui d&#233;rive de l'Un, ni auquel l'Un s'ajouterait (n+1). Il n'est pas fait d'unit&#233;s, mais de dimensions, ou plut&#244;t de directions mouvantes. Il n'a pas de commencement ni de fin, mais toujours un milieu, par lequel il pousse et d&#233;borde. Il constitue des multiplicit&#233;s lin&#233;aires &#224; n dimensions, sans sujet ni objet, &#233;talables sur un plan de consistance, et dont l'Un est toujours soustrait (n-1). Une telle multiplicit&#233; ne varie pas ses dimensions sans changer de nature en elle-m&#234;me et se m&#233;tamorphoser. &#192; l'oppos&#233; d'une structure qui se d&#233;finit par un ensemble de points et de positions, de rapports binaires entre ces points et de relations biunivoques entre ces positions, le rhizome n'est fait que de lignes : lignes de segmentarit&#233;, de stratification, comme dimensions, mais aussi ligne de fuite ou de d&#233;territorialisation comme dimension maximale d'apr&#232;s laquelle, en la suivant, la multiplicit&#233; se m&#233;tamorphose en changeant de nature. On ne confondra pas de telles lignes, ou lin&#233;aments, avec les lign&#233;es de type arborescent, qui sont seulement des liaisons localisables entre points et positions. &#192; l'oppos&#233; de l'arbre, le rhizome n'est pas objet de reproduction : ni reproduction externe comme l'arbre-image, ni reproduction interne comme la structure-arbre. Le rhizome est une antig&#233;n&#233;alogie. C'est une m&#233;moire courte, ou une antim&#233;moire. Le rhizome proc&#232;de par variation, expansion, conqu&#234;te, capture, piq&#251;re. &#192; l'oppos&#233; du graphisme, du dessin ou de la photo, &#224; l'oppos&#233; des calques, le rhizome se rapporte &#224; une carte qui doit &#234;tre produite, construite, toujours d&#233;montable, connectable, renversable, modifiable, &#224; entr&#233;es et sorties multiples, avec ses lignes de fuite. Ce sont les calques qu'il faut reporter sur les cartes et non l'inverse. Contre les syst&#232;mes centr&#233;s (m&#234;me polycentr&#233;s), &#224; communication hi&#233;rarchique et liaisons pr&#233;&#233;tablies, le rhizome est un syst&#232;me acentr&#233;, non hi&#233;rarchique et non signifiant, sans G&#233;n&#233;ral, sans m&#233;moire organisatrice ou automate central, uniquement d&#233;fini par une circulation d'&#233;tats. Ce qui est en question dans le rhizome, c'est un rapport avec la sexualit&#233;, mais aussi avec l'animal, avec le v&#233;g&#233;tal, avec le monde, avec la politique, avec le livre, avec les choses de la nature et de l'artifice, tout diff&#233;rent du rapport arborescent : toutes sortes de &#171; devenirs &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes en m&#234;me temps sur une mauvaise voie, avec toutes ces distributions g&#233;ographiques. Une impasse, tant mieux. S'il s'agit de montrer que les rhizomes ont aussi leur propre despotisme, leur propre hi&#233;rarchie, plus durs encore, tr&#232;s bien, car il n'y a pas de dualisme, pas de dualisme ontologique ici et l&#224;, pas de dualisme axiologique du bon et du mauvais, pas de m&#233;lange ou de synth&#232;se am&#233;ricaine. Il y a des n&#339;uds d'arborescence dans les rhizomes, des pouss&#233;es rhizomatiques dans les racines. Bien plus, il y a des formations despotiques d'immanence et de canalisation, propres aux rhizomes. Il y a des d&#233;formations anarchiques dans le syst&#232;me transcendant des arbres, racines a&#233;riennes et tiges souterraines. Ce qui compte, c'est que l'arbre-racine et le rhizome-canal ne s'opposent pas comme deux mod&#232;les : l'un agit comme mod&#232;le et comme calque transcendants, m&#234;me s'il engendre ses propres fuites ; l'autre agit comme processus immanent qui renverse le mod&#232;le et &#233;bauche une carte, m&#234;me s'il constitue ses propres hi&#233;rarchies, m&#234;me s'il suscite un canal despotique. Il ne s'agit pas de tel ou tel endroit sur la terre, ni de tel moment dans l'histoire, encore moins de telle ou telle cat&#233;gorie dans l'esprit. Il s'agit du mod&#232;le, qui ne cesse pas de s'&#233;riger et de s'enfoncer, et du processus qui ne cesse pas de s'allonger, de se rompre et reprendre. Autre ou nouveau dualisme, non. Probl&#232;me de l'&#233;criture : il faut absolument des expressions anexactes pour d&#233;signer quelque chose exactement. Et pas du tout parce qu'il faudrait passer par l&#224;, et pas du tout parce qu'on ne pourrait proc&#233;der que par approximations : l'anexactitude n'est nullement une approximation, c'est au contraire le passage exact de ce qui se fait. Nous n'invoquons un dualisme que pour en r&#233;cuser un autre. Nous ne nous servons d'un dualisme de mod&#232;les que pour atteindre &#224; un processus qui r&#233;cuserait tout mod&#232;le. Il faut &#224; chaque fois des correcteurs c&#233;r&#233;braux qui d&#233;font les dualismes que nous n'avons pas voulu faire, par lesquels nous passons. Arriver &#224; la formule magique que nous cherchons tous PLURALISME=MONISME, en passant par tous les dualismes qui sont l'ennemi, mais l'ennemi tout &#224; fait n&#233;cessaire, le meuble que nous ne cessons pas de d&#233;placer.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Umberto Eco | Reconna&#238;tre le fascisme</title>
		<link>https://www.arnaudmaisetti.net/spip/interventions-communes/article/umberto-eco-reconnaitre-le-fascisme</link>
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		<dc:date>2026-02-10T11:55:18Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Permanence de l'Ur-Facisme&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.arnaudmaisetti.net/spip/interventions-communes/" rel="directory"&gt;INTERVENTIONS | COMMUNES&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/logo/capture_d_e_cran_2026-02-10_a_12_53.07.png?1770724514' class='spip_logo spip_logo_right' width='127' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Que reste-t-il d'une enfance fasciste ? Des gestes et des attitudes plut&#244;t que des id&#233;es, une mani&#232;re de tenir son corps et d'&#233;couter une voix, de croire qu'il n'y a qu'une seule phrase possible pour dire le monde. &#202;tre enfant en 1942, &#224; Allessandria dans le Pi&#233;mont, c'est apprendre par c&#339;ur les discours du Duce comme d'autres apprennent des po&#232;mes, croire que l'histoire poss&#232;de une direction claire, que les mots ont un sens unique, ou que le bien se confond avec ce qui parle le plus fort. La guerre est loin, morale, presque abstraite. Elle a la nettet&#233; des slogans et la pesanteur rassurante des certitudes. Puis quelque chose se d&#233;fait. 1943, Mimo et ses partisans entrent dans la ville. Les soldats alli&#233;s passent. Les journaux s'&#233;talent sur les kiosques. Stupeur enfantine : ils ne disent pas la m&#234;me chose. Plusieurs partis et plusieurs voix se m&#234;lent et m&#234;lent des v&#233;rit&#233;s qui coexistent sans s'annuler. La libert&#233; n'est plus ce principe, mais comme un trouble : la d&#233;couverte que le monde peut se dire de plusieurs fa&#231;ons en m&#234;me temps. L'enfant d&#233;couvre alors autre chose que le mot vide de d&#233;mocratie : le d&#233;saccord f&#233;cond comme condition respirable d'une vie libre &#8212; sa possibilit&#233; plut&#244;t. Une exp&#233;rience de langue et de pens&#233;e. C'est de ce basculement presque imperceptible que s'ach&#232;ve l'enfance &#8212; ou que l'enfance redevient le lieu de son invention permanente : plus que la chute d'un r&#233;gime, la d&#233;couverte que le langage peut cesser d'&#234;tre univoque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Na&#238;t une question qui ne cessera plus d'insister : pourquoi avoir nomm&#233; toute la guerre une lutte &#171; contre le fascisme &#187; ? Ce mot, plut&#244;t qu'un autre, alors que les r&#233;gimes totalitaires du temps &#233;taient si diff&#233;rents ? Parce que le fascisme, comprend Eco, n'est pas une doctrine. Il n'a ni la compacit&#233; conceptuelle du nazisme, ni la rigueur dogmatique du stalinisme. Autre chose de plus diffus le traverse : un assemblage instable, une mani&#232;re de sentir, un collage d'images, de mythes et de postures. Une rh&#233;torique plus qu'une pens&#233;e, et un climat plus qu'un syst&#232;me. Un &#171; totalitarisme flou &#187;, dont l'absence de consistance th&#233;orique fonde la puissance et rend d&#233;licat son affrontement. Le fascisme n'est pas une id&#233;ologie que l'on r&#233;fute, mais une atmosph&#232;re que l'on respire sans la voir, jusqu'au moment o&#249; l'on ne respire plus qu'elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qu'Eco nomme l'Ur-fascisme tient dans cet &#171; air de famille &#187; : moins ce r&#233;gime historique, qu'une disposition du monde, une fa&#231;on de parler et de se rapporter au savoir, &#224; la tradition, &#224; l'alt&#233;rit&#233;, et au conflit. Une certaine mani&#232;re de rendre la complexit&#233; du r&#233;el insupportable, et de lui pr&#233;f&#233;rer une image simplifi&#233;e, vibrante, unanime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La liste qui suit ne d&#233;crit donc pas le fascisme de Mussolini. Elle ne d&#233;crit m&#234;me pas le fascisme. Elle donne des signes pour reconna&#238;tre quand l'air redevient respirable pour lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces quatorze points ne valent donc pas comme m&#233;moire du pass&#233;, mais comme exercice d'attention port&#233;e aux moments o&#249; le langage se resserre et o&#249; le d&#233;saccord devient suspect, o&#249; la pens&#233;e critique fatigue, o&#249; l'unanimit&#233; recommence &#224; para&#238;tre d&#233;sirable. L&#224; o&#249; l'air du temps s'&#233;paissit &#8212; et pas seulement en silence. Car quelque chose aujourd'hui se montre &#224; d&#233;couvert : dans les brutalit&#233;s assum&#233;es, les paroles ouvertes, les gestes spectaculaires, les violences qui ne cherchent m&#234;me plus &#224; se dissimuler. Le pr&#233;sent ne ressemble pas aux couloirs feutr&#233;s par lesquels l'histoire a d&#233;j&#224; pass&#233; ; il en rejoue parfois les &#233;clats, la lumi&#232;re crue et le vacarme. Et c'est peut-&#234;tre le plus troublant : reconna&#238;tre, dans ce qui para&#238;t neuf, l'allure famili&#232;re de ce qui fut d&#233;j&#224; atrocement possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A.M.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;center&gt;Umberto Eco, &lt;i&gt;Reconna&#238;tre le fascisme&lt;/i&gt; &lt;br&gt;
Conf&#233;rence prononc&#233;e le 25 avril 1995, &#224; Columbia University&lt;br&gt;
Publi&#233;e une premi&#232;re fois en 1997 sous le titre Ur-Fascism&lt;/center&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div class='spip_document_16706 spip_document spip_documents spip_document_file spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;22&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/pdf/eco_1997_reconnaitrelefascisme.pdf' class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='PDF - 905.6 kio' type=&#034;application/pdf&#034;&gt;&lt;img src='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/local/cache-vignettes/L419xH482/urfacism-4052c.png?1770724520' width='419' height='482' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;PDF de la conf&#233;rence
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;center&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;1. &lt;/h2&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re caract&#233;ristique d'un Ur-fascisme, c'est &lt;strong&gt;le culte de la tradition&lt;/strong&gt;. Le traditionalisme est plus ancien que le fascisme. Il ne fut pas seulement typique de la pens&#233;e contre-r&#233;volutionnaire catholique apr&#232;s la R&#233;volution fran&#231;aise, il est n&#233; vers la fin de l'&#226;ge hell&#233;nistique, en r&#233;action au rationalisme grec classique. Dans le bassin m&#233;diterran&#233;en, les peuples de religions diff&#233;rentes (toutes accept&#233;es avec indulgence par le Panth&#233;on romain) se prirent &#224; r&#234;ver d'une r&#233;v&#233;lation re&#231;ue &#224; l'aube de l'histoire humaine. Cette r&#233;v&#233;lation resta longtemps cach&#233;e sous le voile de langues d&#233;sormais oubli&#233;es, confi&#233;e aux hi&#233;roglyphes &#233;gyptiens, aux runes celtes, aux textes sacr&#233;s, encore inconnus, des religions asiatiques. Cette nouvelle culture devait &#234;tre syncr&#233;tiste. Le syncr&#233;tisme n'est pas seulement, comme l'indiquent les dictionnaires, la combinaison de diverses formes de croyances ou de pratiques. Une telle combinaison doit tol&#233;rer les contradictions. Tous les messages originaux contiennent un germe de sagesse et, lorsqu'ils semblent dire des choses diff&#233;rentes ou incompatibles, c'est uniquement parce que chacun fait allusion, de fa&#231;on all&#233;gorique, &#224; quelque v&#233;rit&#233; primitive. Cons&#233;quence : il ne peut y avoir d'avanc&#233;e du savoir. La v&#233;rit&#233; a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; &#233;nonc&#233;e une fois pour toutes et l'on ne peut que continuer &#224; interpr&#233;ter son obscur message. Il suffit de regarder le syllabus de chaque mouvement fasciste pour y trouver les principaux penseurs traditionalistes. La gnose nazie se nourrissait d'&#233;l&#233;ments traditionalistes, syncr&#233;tistes, occultes. Julius Evola, la source th&#233;or&#233;tique essentielle de la nouvelle droite italienne, m&#233;langeait le Graal avec les Protocoles des Sages de Sion, l'alchimie avec le Saint Empire romain. Le fait m&#234;me que, pour montrer son ouverture d'esprit, une partie de la droite italienne ait r&#233;cemment &#233;largi son syllabus en r&#233;unissant De Maistre, Gu&#233;non et Gramsci, est une preuve lumineuse de syncr&#233;tisme. Si vous regardez par curiosit&#233; les rayons des librairies am&#233;ricaines portant l'indication &#171; New Age &#187;, vous y trouverez m&#234;me saint Augustin, lequel, pour autant que je sache, n'&#233;tait pas fasciste. Mais le fait m&#234;me de r&#233;unir saint Augustin et Stonehenge, cela est un sympt&#244;me d'Ur-fascisme.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;center&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;2. &lt;/h2&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Le traditionalisme implique &lt;strong&gt;le refus du modernisme&lt;/strong&gt;. Les fascistes comme les nazis adoraient la technologie, tandis qu'en g&#233;n&#233;ral les penseurs traditionalistes la refusent, la tenant pour la n&#233;gation des valeurs spirituelles traditionnelles. Toutefois, bien que le nazisme ait &#233;t&#233; fier de ses succ&#232;s industriels, ses louanges de la modernit&#233; n'&#233;taient que l'aspect superficiel d'une id&#233;ologie fond&#233;e sur le &#171; sang &#187; et la &#171; terre &#187; (Blut und Boden). Le refus du monde moderne &#233;tait camoufl&#233; sous la condamnation du mode de vie capitaliste, mais il recouvrait surtout le rejet de l'esprit de 1789 (et de 1776 bien s&#251;r) : le si&#232;cle des Lumi&#232;res, l'&#194;ge de la Raison, con&#231;us comme le d&#233;but de la d&#233;pravation moderne. En ce sens, l'Ur-fascisme peut &#234;tre d&#233;fini comme irrationalisme.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;center&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;3. &lt;/h2&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;L'irrationalisme d&#233;pend aussi du &lt;strong&gt;culte de l'action pour l'action&lt;/strong&gt;. L'action est belle en soi, on doit donc la mettre en &#339;uvre avant &#8212; et sans &#8212; la moindre r&#233;flexion. Penser est une forme d'&#233;masculation. Ainsi, la culture est suspecte, puisqu'on l'identifie &#224; une attitude critique. De la d&#233;claration attribu&#233;e &#224; Goebbels (&#171; Quand j'entends le mot culture, je sors mon revolver &#187;) &#224; l'emploi courant d'expressions telles que sales intellectuels, cr&#226;nes d'&#339;uf ; snobs radicaux, les universit&#233;s sont un repaire de communistes, la suspicion envers le monde intellectuel a toujours &#233;t&#233; un sympt&#244;me d'Ur-fascisme. L'essentiel de l'engagement des intellectuels fascistes officiels consistait &#224; accuser la culture moderne et l'intelligentsia d'avoir abandonn&#233; les valeurs traditionnelles.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;center&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;4. &lt;/h2&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Aucune forme de syncr&#233;tisme &lt;strong&gt;ne peut accepter la critique.&lt;/strong&gt; L'esprit critique &#233;tablit des distinctions, et distinguer est un signe de modernit&#233;. Dans la culture moderne, la communaut&#233; scientifique entend le d&#233;saccord comme un instrument de progr&#232;s des connaissances. Pour l'Ur-fascisme, le d&#233;saccord est trahison.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;center&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;5. &lt;/h2&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;saccord est en outre signe de diversit&#233;. L'Ur-fascisme &lt;strong&gt;croit et cherche le consensus&lt;/strong&gt; en exploitant et exacerbant la naturelle peur de la diff&#233;rence. Le premier appel d'un mouvement fasciste ou pr&#233;matur&#233;ment fasciste est lanc&#233; contre les intrus. L'Ur-fasciste est donc raciste par d&#233;finition.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;center&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;6. &lt;/h2&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;L'Ur-fascisme &lt;strong&gt;na&#238;t de la frustration individuelle ou sociale&lt;/strong&gt;. Aussi, l'une des caract&#233;ristiques typiques des fascismes historiques est-elle l'appel aux classes moyennes frustr&#233;es, d&#233;favoris&#233;es par une crise &#233;conomique ou une humiliation politique, &#233;pouvant&#233;es par la pression de groupes sociaux inf&#233;rieurs. &#192; notre &#233;poque o&#249; les anciens &#171; prol&#233;taires &#187; sont en passe de devenir la petite bourgeoisie (et o&#249; les &lt;i&gt;Lumpen&lt;/i&gt; s'auto-excluent de la sc&#232;ne politique), le fascisme puisera son auditoire dans cette nouvelle majorit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;center&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;7. &lt;/h2&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; ceux qui n'ont aucune identit&#233; sociale, l'Ur-fascisme leur dit qu'ils jouissent d'un unique &lt;strong&gt;privil&#232;ge&lt;/strong&gt; &#8212; le plus commun de tous : &lt;strong&gt;&#234;tre n&#233; dans le m&#234;me pays.&lt;/strong&gt; La source du nationalisme est l&#224;. De plus, les seuls &#224; pouvoir fournir une identit&#233; &#224; la nation, ce sont les ennemis. C'est pourquoi &#224; la racine de la psychologie Ur-fasciste on trouve &lt;strong&gt;l'obsession du complot, si possible international&lt;/strong&gt;. Les disciples doivent se sentir assi&#233;g&#233;s. Le moyen le plus simple de faire &#233;merger un complot consiste &#224; en appeler &#224; la x&#233;nophobie. Toutefois, le complot doit &#233;galement venir de l'int&#233;rieur. Aussi les juifs sont-ils en g&#233;n&#233;ral la meilleure des cibles puisqu'ils pr&#233;sentent l'avantage d'&#234;tre &#224; la fois dedans et dehors. Aux &#201;tats-Unis, le livre de Pat Robertson, &lt;i&gt;The New World Order,&lt;/i&gt; constitue le dernier exemple en date d'obsession du complot.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;center&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;8. &lt;/h2&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Les disciples doivent &lt;strong&gt;se sentir humili&#233;s par la richesse ostentatoire et la force de l'ennemi. &lt;/strong&gt; Quand j'&#233;tais enfant, on m'apprenait que les Anglais &#233;taient &#171; le peuple aux cinq repas &#187; : ils mangeaient plus souvent que les Italiens, pauvres mais sobres. Les juifs sont riches et ils s'entraident gr&#226;ce &#224; un r&#233;seau secret d'assistance mutuelle. Cependant, les disciples doivent &#234;tre convaincus de pouvoir vaincre leurs ennemis. Ainsi, par un continuel d&#233;placement de registre rh&#233;torique, les ennemis sont &#224; la fois trop forts et trop faibles. Les fascismes sont condamn&#233;s &#224; perdre leurs guerres, parce qu'ils sont dans l'incapacit&#233; constitutionnelle d'&#233;valuer objectivement la force de l'ennemi.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;center&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;9. &lt;/h2&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Pour l'Ur-fascisme, &lt;strong&gt;il n'y a pas de lutte pour la vie, mais plut&#244;t une vie pour la lutte.&lt;/strong&gt; Le pacifisme est alors une collusion avec l'ennemi ; le pacifisme est mauvais car la vie est une guerre permanente. Toutefois, cela comporte un complexe d'Armageddon : puisque les ennemis doivent et peuvent &#234;tre d&#233;faits, il devra y avoir une bataille finale, &#224; la suite de laquelle le mouvement prendra le contr&#244;le du monde. Cette solution finale implique qu'il s'ensuivra une &#232;re de paix, un &#194;ge d'or venant contredire le principe de guerre permanente. Aucun leader fasciste n'a jamais r&#233;ussi &#224; r&#233;soudre cette contradiction.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;center&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;10. &lt;/h2&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'&#233;litisme est un aspect type de l'id&#233;ologie r&#233;actionnaire,&lt;/strong&gt; en tant que fondamentalement aristocratique. Au cours de l'histoire, tous les &#233;litismes aristocratiques et militaristes ont impliqu&#233; le m&#233;pris pour les faibles. L'Ur-fascisme ne peut &#233;viter de pr&#234;cher l'&#233;litisme populaire. Tout citoyen appartient au peuple le meilleur du monde, les membres du parti sont les citoyens les meilleurs, tout citoyen peut (ou devrait) devenir membre du parti. Cependant, il n'est point de patriciens sans pl&#233;b&#233;iens. Le leader, qui sait que son pouvoir n'a pas &#233;t&#233; obtenu par d&#233;l&#233;gation mais conquis par la force, sait aussi que sa force est fond&#233;e sur la faiblesse des masses, tellement faibles qu'elles m&#233;ritent et ont besoin d'un dominateur. Comme le groupe est organis&#233; hi&#233;rarchiquement (selon un mod&#232;le militaire), chaque leader subordonn&#233; m&#233;prise ses subalternes, lesquels m&#233;prisent &#224; leur tour leurs inf&#233;rieurs. Tout cela renforce le sentiment d'un &#233;litisme de masse.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;center&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;11. &lt;/h2&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Dans cette perspective, &lt;strong&gt;chacun est &#233;duqu&#233; pour devenir un h&#233;ros.&lt;/strong&gt; Si dans toute mythologie, le h&#233;ros est un &#234;tre exceptionnel, dans l'id&#233;ologie Ur-fasciste, le h&#233;ros est la norme. Un culte de l'h&#233;ro&#239;sme &#233;troitement li&#233; au culte de la mort : ce n'est pas un hasard si la devise des phalangistes &#233;tait &#171; Viva la muerte ! &#187;. On dit aux gens ordinaires que la mort est d&#233;sagr&#233;able mais qu'il faut l'affronter avec dignit&#233; ; on dit aux croyants que c'est une fa&#231;on douloureuse d'atteindre &#224; un bonheur surnaturel. Le h&#233;ros Ur-fasciste, lui, aspire &#224; la mort, annonc&#233;e comme la plus belle r&#233;compense d'une vie h&#233;ro&#239;que. Le h&#233;ros Ur-fasciste est impatient de mourir. Entre nous soit dit, dans son impatience, il lui arrive plus souvent de faire mourir les autres.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;center&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;12. &lt;/h2&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Puisque la guerre permanente et l'h&#233;ro&#239;sme sont des jeux difficiles &#224; jouer, l'Ur-fasciste &lt;strong&gt;transf&#232;re sa volont&#233; de puissance sur des questions sexuelles. &lt;/strong&gt; L&#224; est l'origine du machisme (impliquant le m&#233;pris pour les femmes et la condamnation intol&#233;rante de m&#339;urs sexuelles non conformistes, de la chastet&#233; &#224; l'homosexualit&#233;). Puisque le sexe aussi est un jeu difficile &#224; jouer, le h&#233;ros Ur-fasciste joue avec les armes, v&#233;ritables Ersatz phalliques : ses jeux guerriers proviennent d'une &lt;i&gt;invidia penis &lt;/i&gt; permanente.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;center&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;13. &lt;/h2&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt; L'Ur-fascisme se fonde sur &lt;strong&gt;un populisme qualitatif&lt;/strong&gt;. Dans une d&#233;mocratie, les citoyens jouissent de droits individuels, mais l'ensemble des citoyens n'est dot&#233; d'un poids politique que du point de vue quantitatif (on suit les d&#233;cisions de la majorit&#233;). Pour l'Ur-fascisme, &lt;strong&gt;les individus en tant que tels n'ont pas de droits, et le &#171; peuple &#187; est con&#231;u comme une qualit&#233;, &lt;/strong&gt; une entit&#233; monolithique exprimant la &#171; volont&#233; commune &#187;. Puisque aucune quantit&#233; d'&#234;tres humains ne peut poss&#233;der une volont&#233; commune, le Leader se veut leur interpr&#232;te. Ayant perdu leur pouvoir de d&#233;l&#233;gation, les citoyens n'agissent pas, ils sont seulement appel&#233;s, pars pro toto, &#224; jouer le r&#244;le du peuple. Ainsi, le peuple n'est plus qu'une fiction th&#233;&#226;trale. Pour avoir un bon exemple de populisme qualitatif, il n'est plus besoin de Piazza Venezia ou du Stade de Nuremberg. Notre avenir voit se profiler un populisme qualitatif t&#233;l&#233; ou Internet, o&#249; la r&#233;ponse &#233;motive d'un groupe s&#233;lectionn&#233; de citoyens peut &#234;tre pr&#233;sent&#233;e et accept&#233;e comme la &#171; voix du peuple &#187;. En raison de son populisme qualitatif, l'Ur-fascisme doit s'opposer aux gouvernements parlementaires &#171; putrides &#187;. L'une des premi&#232;res phrases que pronon&#231;a Mussolini au parlement italien fut : &#171; J'aurais pu transformer cette salle sourde et grise en un bivouac pour mes manipules. &#187; Effectivement, il trouva aussit&#244;t un meilleur abri pour&lt;br class='autobr' /&gt;
ses manipules, mais peu apr&#232;s il liquida le parlement. Chaque fois qu'un politicien &#233;met des doutes quant &#224; la l&#233;gitimit&#233; du parlement parce qu'il ne repr&#233;sente plus la &#171; voix du peuple &#187;, on flaire l'odeur de l'Ur-fascisme.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;center&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;14. &lt;/h2&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;L'Ur-Fascisme parle &lt;strong&gt;la &#171; novlangue &#187;.&lt;/strong&gt; La &#171; novlangue &#187; fut invent&#233;e par Orwell dans 1984, comme langue officielle de l'Ingsoc, le Socialisme Anglais, mais des &#233;l&#233;ments d'Ur-fascisme sont communs &#224; diverses formes de dictature. Tous les textes scolaires nazis ou fascistes se fondaient sur un lexique pauvre et une syntaxe &#233;l&#233;mentaire, afin de limiter les instruments de raisonnement complexe et critique. Cela dit, nous devons &#234;tre pr&#234;ts &#224; identifier d'autres formes de novlangue, m&#234;me lorsqu'elles prennent l'aspect innocent d'un populaire talk-show.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;[&#8230;]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Permettez-moi de terminer par une po&#233;sie de Franco Fortini :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Sur le parapet du pont&lt;br class='autobr' /&gt;
Les t&#234;tes des pendus&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans l'eau de la source&lt;br class='autobr' /&gt;
La bave des pendus&lt;br class='autobr' /&gt;
Sur le pav&#233; du march&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
Les ongles des fusill&#233;s&lt;br class='autobr' /&gt;
Sur l'herbe s&#233;ch&#233;e du pr&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
Les dents des fusill&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mordre l'air mordre les pierres&lt;br class='autobr' /&gt;
Notre chair n'est plus celle d'hommes&lt;br class='autobr' /&gt;
Mordre l'air mordre les pierres&lt;br class='autobr' /&gt;
Notre c&#339;ur n'est plus celui d'hommes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais nous avons lu dans les yeux des morts&lt;br class='autobr' /&gt;
Et sur terre, la libert&#233;, nous la ferons&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais ils l'ont serr&#233;e, les poings des morts,&lt;br class='autobr' /&gt;
La justice que nous ferons.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;U. E., 1995.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Jrnl | Car le silence mortel ne se tait pas</title>
		<link>https://www.arnaudmaisetti.net/spip/journal-contretemps-un-weblog/article/jrnl-car-le-silence-mortel-ne-se-tait-pas</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.arnaudmaisetti.net/spip/journal-contretemps-un-weblog/article/jrnl-car-le-silence-mortel-ne-se-tait-pas</guid>
		<dc:date>2026-02-09T21:40:16Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Lundi 09 f&#233;vrier 2026&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.arnaudmaisetti.net/spip/journal-contretemps-un-weblog/" rel="directory"&gt;JOURNAL | CONTRETEMPS (un weblog)&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/logo/img_1841.jpg?1770673209' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='150' height='112' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/img_1842.jpg?1770673213&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Parole d'attente, silencieuse peut-&#234;tre, mais qui ne laisse pas &#224; part silence et dire et qui fait du silence d&#233;j&#224; un dire, qui dit dans le silence d&#233;j&#224; le dire qu'est le silence. Car le silence mortel ne se tait pas.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maurice Blanchot, &lt;i&gt;L'&#201;criture du d&#233;sastre&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div class='spip_document_16700 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_1843.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_1843.jpg?1770673181' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Lumi&#232;re de novembre sur f&#233;vrier des premiers jours d&#233;j&#224; agonisants &#8212; et partout dimanche, ce lundi soir qui miroite dans les dimanches apr&#232;s-midi de l'enfance sous le ciel d'Artois r&#233;pandu partout jusqu'&#224; donner la main &#224; ces nuages de M&#233;diterran&#233;e qui n'ont jamais de nom, s'enfuient, se terrent quelque part d'o&#249; ils finissent toujours par revenir, sur moi. William Blake, de nouveau ouvert sur la &lt;a href=&#034;https://www.arnaudmaisetti.net/spip/notes-marginales-etc/traduction-d-une-langue-l-autre/william-blake-chants-d-innocence-d-experience/william-blake-chants-d-experience/article/william-blake-mon-rosier-joli-ah-tournesol-le-lys&#034;&gt;table de travail&lt;/a&gt; &#8212; pourquoi ? Et le feu, et le sacr&#233;, et m&#234;me les morts de B&#225;rcena, et le d&#233;sastre, et l'&#233;criture, et &#171; &#233;treins-toi &#187;, et tous les livres qu'un seul suffit &#224; appeler &#224; lui en moi, et qui ne vient pas, et que je poursuis, comme une mauvaise lumi&#232;re de th&#233;&#226;tre. Et le reste : de la pluie, je ne sais pas, elle tombe pire que des larmes, et tout ce regret qui vient au moindre souvenir, au moindre &#8212; le ciel en est t&#233;moin, et il ment d&#232;s qu'il pr&#234;te serment.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Il faut plut&#244;t penser que Narcisse, voyant l'image qu'il ne reconna&#238;t pas, voit en elle la part divine, la part non vivante d'&#233;ternit&#233; (car l'image est incorruptible) qui, &#224; son insu, serait la sienne, et qu'il n'a pas le droit de regarder sous peine d'un d&#233;sir vain ; de sorte que l'on peut dire qu'il meurt (s'il meurt) d'&#234;tre immortel, immortalit&#233; d'apparence qu'atteste la m&#233;tamorphose en fleur, fleur fun&#232;bre ou fleur de rh&#233;torique.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Le bouquet de fleurs mortes devant moi ne cesse de mourir pour la m&#234;me raison qu'il fut vivant : n'&#234;tre pas l&#224; &#8212; devant moi &#8212; ce qui n'existe &#224; cet instant que pour que je le voie, l'&#233;crive sans pouvoir trouver les mots, et l'abandonne, comme tout le reste.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_16703 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_1845.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_1845.jpg?1770673181' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>William Blake | &#171; Mon Rosier joli / Ah ! Tournesol / Le Lys &#187;</title>
		<link>https://www.arnaudmaisetti.net/spip/notes-marginales-etc/traduction-d-une-langue-l-autre/william-blake-chants-d-innocence-d-experience/william-blake-chants-d-experience/article/william-blake-mon-rosier-joli-ah-tournesol-le-lys</link>
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		<dc:date>2026-02-09T10:55:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Une fleur me fut offerte&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.arnaudmaisetti.net/spip/notes-marginales-etc/traduction-d-une-langue-l-autre/william-blake-chants-d-innocence-d-experience/william-blake-chants-d-experience/" rel="directory"&gt;William Blake | Chants d'exp&#233;rience&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/logo/songs_of_innocence_and_of_experience__copy_aa__1826__the_fitzwilliam_museum__object_43_my_pretty_rose_tree.jpg?1770634748' class='spip_logo spip_logo_right' width='98' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Traduction personnelle des &lt;i&gt;Chants d'innocence &lt;/i&gt; et &lt;i&gt;d'exp&#233;rience&lt;/i&gt;
&lt;br /&gt;&#8212; ici le &lt;a href=&#034;https://arnaudmaisetti.net/spip/notes-marginales-etc/traduction-d-une-langue-l-autre/william-blake-chants-d-innocence-d-experience/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;sommaire des po&#232;mes&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&#8212; l&#224; les &lt;a href=&#034;https://arnaudmaisetti.net/spip/notes-marginales-etc/traduction-d-une-langue-l-autre/william-blake-chants-d-innocence-d-experience/wiliam-blake-carnets-de-traduction/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;carnets de la traduction&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ce qui se joue du d&#233;sir et de ses d&#233;tours. Trois po&#232;mes pour trois d&#233;placements successifs : refuser (et brutalement faire face &#224; ce qui se refuse), attendre (avant de mieux se confier ailleurs), s'exposer (&#224; la vie qui toujours sait &#234;tre violente). Trois mani&#232;res de s'&#233;loigner du d&#233;sir &#224; force de vouloir le pr&#233;server, de le tuer de l'avoir gard&#233; trop pr&#232;s. D'un po&#232;me l'autre, pos&#233;s l'un en dessous de l'autre et qui s'engendrent l'un de l'autre et se contaminent, quelque chose se donne et se perd, se durcit, puis se fige. Il appara&#238;t alors moins une consolation qu'une inqui&#233;tude plus profonde : le d&#233;sir ne peut vivre qu'indomptable, autant dire, inapprochable.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;MY PRETTY ROSE-TREE&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;MON ROSIER JOLI&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;A flower was offerd to me :&lt;br&gt;
Such a flower as May never bore.&lt;br&gt;
But I said I've a Pretty Rose-tree, &lt;br&gt;
And I passed the sweet flower o'er.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;Une fleur me fut offerte &#8212;&lt;br&gt;
telle que Mai, jamais, n'en a port&#233;, ni ne saurait.&lt;br&gt;
Mais je dis : moi, j'ai mon rosier joli,&lt;br&gt;
et laissai choir la fleur, la douce.&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Then I went to my Pretty Rose-tree :&lt;br&gt;
To tend her by day and by night.&lt;br&gt;
But my Rose turnd away with jealousy :&lt;br&gt;
And her thorns were my only delight.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;Puis m'en retournai vers mon Rosier, joli,&lt;br&gt;
pour le garder mien, et le tenir, et le jour et la nuit.&lt;br&gt;
Mais Rose se d&#233;tourna de moi, jalouse,&lt;br&gt;
et ses &#233;pines devinrent mon unique joie.&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;AH ! SUN-FLOWER&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ah ! TOURNESOL&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ah Sun-flower ! weary of time, &lt;br&gt;
Who countest the steps of the Sun :&lt;br&gt;
Secking after that sweet golden clime, &lt;br&gt;
Where the travellers journey is done.&lt;br&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;Ah ! Tournesol, lass&#233; du temps,&lt;br&gt;
toi qui comptes les pas du soleil :&lt;br&gt;
&#224; la poursuite de ce doux pays d'or,&lt;br&gt;
o&#249; le voyage des voyageurs s'ach&#232;ve.&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Where the Youth pined away with desire, &lt;br&gt;
And the pale Virgin shrouded in snow :&lt;br&gt;
Arise from their graves and aspire, &lt;br&gt;
Where my Sun-flower wishes to go.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;L&#224; o&#249; la jeunesse est morte d'avoir d&#233;sir&#233;,&lt;br&gt;
et la Vierge p&#226;le, linceul&#233;e sous la neige :&lt;br&gt;
levez-vous de vos tombes, et d&#233;sirez encore,&lt;br&gt;
O&#249; mon tournesol d&#233;sire aller.&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;THE LILLY&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;LE LYS&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;The modest Rose puts forth a thorn :&lt;br&gt;
The humble Sheep, a threatning horn :&lt;br&gt;
While the Lilly white, shall in Love delight, &lt;br&gt;
Nor a thorn nor a threat stain her beauty bright.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;La rose, pudique, avance une &#233;pine ;&lt;br&gt;
Le mouton, humble, menace de sa corne :&lt;br&gt;
tandis que le lys blanc trouvera sa joie dans l'amour,&lt;br&gt;
ni &#233;pine ni menace pour sa beaut&#233; sans ombre.&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Jrnl | Quel silence ?</title>
		<link>https://www.arnaudmaisetti.net/spip/journal-contretemps-un-weblog/article/jrnl-quel-silence</link>
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		<dc:date>2026-02-06T17:29:33Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Vendredi 06 f&#233;vrier 2026&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.arnaudmaisetti.net/spip/journal-contretemps-un-weblog/" rel="directory"&gt;JOURNAL | CONTRETEMPS (un weblog)&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/logo/img_1758.jpg?1770398966' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='150' height='113' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/img_1759.jpg?1770398972&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Jamais tu ne tireras de l'eau des profondeurs de ce puits. Quelle eau ? Quel puits ? Qui donc pose cette question ? Silence. Quel silence ?&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;Kafka (peut-&#234;tre 1920)&lt;/center&gt;&lt;/blockquote&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div class='spip_document_16695 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_1760.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_1760.jpg?1770398951' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ciel de tra&#238;ne sur toute la journ&#233;e, comme s'il s'agissait de tirer les draps de la nuit sur cette vie, ce jour &#8212; images qui, au fond de soi, tra&#238;nent aussi, vase qu'on ne remue que pour troubler davantage et r&#233;pandre partout le poids mort de ce qui, de toute mani&#232;re, est vou&#233; &#224; toujours retomber, au profond, qui forme la surface sur quoi avancer malgr&#233; tout. Toulouse &#233;gale &#224; elle-m&#234;me : ces villes dont on ne fait que passer, empruntant toujours les m&#234;mes couloirs pour ne pas trop se perdre, et qui semblent donc r&#233;duites &#224; quelques fa&#231;ades but&#233;es, visages anonymes, pr&#233;sences qui n'existent sur terre que le temps de les croiser, et puis ? Habiter le monde comme une ville qu'on verrait deux fois l'an, trois jours &#8212; chambre d'h&#244;tel aux murs d'&#233;paisseur relative &#8212;, une vie, oui, si on &#233;tait assez l&#226;che pour s'y confier ; mais on n'a m&#234;me pas cette l&#226;chet&#233;, on a toutes les autres, et ce n'est pas assez pour se penser tout &#224; fait mort, en d&#233;pit des apparences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur l'&#233;cran de l'ordinateur, le reflet de ses mains qui tapent ces phrases pour dire ce reflet, et comme on frappe sur un mur, avec le d&#233;sir furieux de le traverser &#8212; ces reflets et ces phrases, ce monde comme parois, ces parois comme ce qui d&#233;chire la r&#233;alit&#233; et son envers &#8212; ; mais je sais bien que l'envers de la r&#233;alit&#233; lui appartient aussi, comme le pass&#233; au pr&#233;sent, ou le chagrin &#224; l'impossible consolation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans Ombres Blanches, marcher. Tous les livres jamais lus, sur quoi on pose la main comme pour leur arracher des forces &#8212; les croiser suffit, parfois &#8212; ; ces livres qui font honte aussi, plus nombreux ; livres qui font signe, ou qui insultent, livres sont pour d'autres, ou livres qui n'ont &#233;t&#233; &#233;crits que pour soi : ceux qui agencent leur complot pour dessiner en soi d'&#233;tranges appels, comme ce type en bas de l'h&#244;tel qui, vers trois heures, soudain, s'est mis &#224; pleurer en hurlant &#224; son chien d'arr&#234;ter d'hurler.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La Passion Rabelais | Nuits Magn&#233;tiques</title>
		<link>https://www.arnaudmaisetti.net/spip/notes-questions-lirecrire/chantier-ecritures-litterature/article/la-passion-rabelais-nuits-magnetiques</link>
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		<dc:date>2026-02-05T22:47:39Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Comment entendre et faire entendre pour aujourd'hui la langue de Rabelais, sa violence et sa joie, qui sauraient terrasser la b&#234;tise sale de l'&#233;poque ? L'automne 1988, Christine Robert et Fran&#231;ois Bon proposent une s&#233;rie d'&#233;missions pour France Culture &#8212; quatre moments de 52 minutes, diffus&#233;es les 6 et 8 d&#233;cembre. &lt;br class='autobr' /&gt;
France Culture avait alors cette tradition d'exp&#233;rimentations radiophoniques &#8212; ainsi de ces Nuits Magn&#233;tiques, pour lesquelles est propos&#233; ce voyage dans Rabelais : au vif des (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.arnaudmaisetti.net/spip/notes-questions-lirecrire/chantier-ecritures-litterature/" rel="directory"&gt;CHANTIER | &#201;CRITURES &amp; LITT&#201;RATURE&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/logo/rabelais-gargantua-pantagruel-fragonard-gallimard.jpg?1770331693' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='91' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Comment entendre et faire entendre pour aujourd'hui la langue de Rabelais, sa violence et sa joie, qui sauraient terrasser la b&#234;tise sale de l'&#233;poque ? L'automne 1988, Christine Robert et Fran&#231;ois Bon proposent une s&#233;rie d'&#233;missions pour France Culture &#8212; quatre moments de 52 minutes, diffus&#233;es les 6 et 8 d&#233;cembre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;France Culture avait alors cette tradition d'exp&#233;rimentations radiophoniques &#8212; ainsi de ces &lt;i&gt;Nuits Magn&#233;tiques&lt;/i&gt;, pour lesquelles est propos&#233; ce voyage dans Rabelais : &lt;i&gt;au vif des voix &#224; l'instant o&#249; elles se risquent,&lt;/i&gt; trois com&#233;diennes &#8212; Claude Degliame, Ros&#233;liane Goldstein et Laurence Mayor &#8212; vont explorant &#224; m&#234;me ce langage, et avec les compagnons &#233;crivains, Michel Chaillou et Val&#232;re Novarina, et le chercheur Michael Screech, traversent ensemble la langue de Rabelais et ce qui en elle charrie notre monde. Autour, on peut voir (il suffit de fermer les yeux) la Devini&#232;re elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux ans plus tard, Fran&#231;ois Bon &#233;crira cette si n&#233;cessaire &lt;i&gt;Folie Rabelais&lt;/i&gt; &#8212; et voir aussi sur &lt;i&gt;son&lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article5229&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Tiers-Livre&lt;/a&gt; pour les traces de cette &#233;mission, l'aventure qu'elle fut en elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je d&#233;pose ici les &#233;missions et leur retranscription, &#224; l'occasion de la cr&#233;ation du spectacle inou&#239; de Malte Schwind &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;https://arnaudmaisetti.net/spip/critiques-theatre/article/malte-schwind-avec-rabelais-lorsqu-il-n-y-a-plus-de-larmes-a-pleurer&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Rien plus qu'un peu de moelle&lt;/a&gt;&lt;/i&gt; d'apr&#232;s Rabelais &#8212; quelques jours apr&#232;s la disparition de Val&#232;re Novarina.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, voix d'hier, pour maintenant, qui nous aident &#224; r&#233;entendre, dans la langue de Rabelais, ce qui aujourd'hui encore nous traverse, nous secoue et nous rel&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div class=&#034;spip_document_16694 spip_document spip_documents spip_document_audio spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende&#034; data-legende-len=&#034;152&#034; data-legende-lenx=&#034;xxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;div class=&#034;audio-wrapper&#034; style='width:400px;max-width:100%;'&gt; &lt;audio class=&#034;mejs mejs-16694 &#034; data-id=&#034;839128eca937c68c10600d293316c00f&#034; src=&#034;IMG/mp3/nuitsrabelais-2.mp3&#034; type=&#034;audio/mpeg&#034; preload=&#034;none&#034; data-mejsoptions='{&#034;iconSprite&#034;: &#034;plugins-dist/medias/lib/mejs/mejs-controls.svg&#034;,&#034;alwaysShowControls&#034;: true,&#034;loop&#034;:false,&#034;audioWidth&#034;:&#034;100%&#034;,&#034;duration&#034;:9558}' controls=&#034;controls&#034; &gt;&lt;/audio&gt; &lt;/div&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Nuits magn&#233;tiques - La passion Rabelais : -1 : Pantagruel, -4 : Le Tiers-Livre (1&#232;re diffusion : 06 et 08/12/1988)
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Christine Robert &amp; Fran&#231;ois Bon
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;div class=&#034;base64javascript132023878469af342b76e4c7.91517314&#034; title=&#034;PHNjcmlwdD4gdmFyIG1lanNwYXRoPSdwbHVnaW5zLWRpc3QvbWVkaWFzL2xpYi9tZWpzL21lZGlhZWxlbWVudC1hbmQtcGxheWVyLm1pbi5qcz8xNzcxNDA2OTAwJyxtZWpzY3NzPSdwbHVnaW5zLWRpc3QvbWVkaWFzL2xpYi9tZWpzL21lZGlhZWxlbWVudHBsYXllci5taW4uY3NzPzE3NzE0MDY5MDAnOwp2YXIgbWVqc2xvYWRlcjsKKGZ1bmN0aW9uKCl7dmFyIGE9bWVqc2xvYWRlcjsidW5kZWZpbmVkIj09dHlwZW9mIGEmJihtZWpzbG9hZGVyPWE9e2dzOm51bGwscGx1Zzp7fSxjc3M6e30saW5pdDpudWxsLGM6MCxjc3Nsb2FkOm51bGx9KTthLmluaXR8fChhLmNzc2xvYWQ9ZnVuY3Rpb24oYyl7aWYoInVuZGVmaW5lZCI9PXR5cGVvZiBhLmNzc1tjXSl7YS5jc3NbY109ITA7dmFyIGI9ZG9jdW1lbnQuY3JlYXRlRWxlbWVudCgibGluayIpO2IuaHJlZj1jO2IucmVsPSJzdHlsZXNoZWV0IjtiLnR5cGU9InRleHQvY3NzIjtkb2N1bWVudC5nZXRFbGVtZW50c0J5VGFnTmFtZSgiaGVhZCIpWzBdLmFwcGVuZENoaWxkKGIpfX0sYS5pbml0PWZ1bmN0aW9uKCl7ITA9PT1hLmdzJiZmdW5jdGlvbihjKXtqUXVlcnkoImF1ZGlvLm1lanMsdmlkZW8ubWVqcyIpLm5vdCgiLmRvbmUsLm1lanNfX3BsYXllciIpLmVhY2goZnVuY3Rpb24oKXtmdW5jdGlvbiBiKCl7dmFyIGU9ITAsaDtmb3IoaCBpbiBkLmNzcylhLmNzc2xvYWQoZC5jc3NbaF0pO2Zvcih2YXIgZiBpbiBkLnBsdWdpbnMpInVuZGVmaW5lZCI9PQp0eXBlb2YgYS5wbHVnW2ZdPyhlPSExLGEucGx1Z1tmXT0hMSxqUXVlcnkuZ2V0U2NyaXB0KGQucGx1Z2luc1tmXSxmdW5jdGlvbigpe2EucGx1Z1tmXT0hMDtiKCl9KSk6MD09YS5wbHVnW2ZdJiYoZT0hMSk7ZSYmalF1ZXJ5KCIjIitjKS5tZWRpYWVsZW1lbnRwbGF5ZXIoalF1ZXJ5LmV4dGVuZChkLm9wdGlvbnMse3N1Y2Nlc3M6ZnVuY3Rpb24oYSxjKXtmdW5jdGlvbiBiKCl7dmFyIGI9alF1ZXJ5KGEpLmNsb3Nlc3QoIi5tZWpzX19pbm5lciIpO2EucGF1c2VkPyhiLmFkZENsYXNzKCJwYXVzaW5nIiksc2V0VGltZW91dChmdW5jdGlvbigpe2IuZmlsdGVyKCIucGF1c2luZyIpLnJlbW92ZUNsYXNzKCJwbGF5aW5nIikucmVtb3ZlQ2xhc3MoInBhdXNpbmciKS5hZGRDbGFzcygicGF1c2VkIil9LDEwMCkpOmIucmVtb3ZlQ2xhc3MoInBhdXNlZCIpLnJlbW92ZUNsYXNzKCJwYXVzaW5nIikuYWRkQ2xhc3MoInBsYXlpbmciKX1iKCk7YS5hZGRFdmVudExpc3RlbmVyKCJwbGF5IixiLCExKTsKYS5hZGRFdmVudExpc3RlbmVyKCJwbGF5aW5nIixiLCExKTthLmFkZEV2ZW50TGlzdGVuZXIoInBhdXNlIixiLCExKTthLmFkZEV2ZW50TGlzdGVuZXIoInBhdXNlZCIsYiwhMSk7Zy5hdHRyKCJhdXRvcGxheSIpJiZhLnBsYXkoKX19KSl9dmFyIGc9alF1ZXJ5KHRoaXMpLmFkZENsYXNzKCJkb25lIiksYzsoYz1nLmF0dHIoImlkIikpfHwoYz0ibWVqcy0iK2cuYXR0cigiZGF0YS1pZCIpKyItIithLmMrKyxnLmF0dHIoImlkIixjKSk7dmFyIGQ9e29wdGlvbnM6e30scGx1Z2luczp7fSxjc3M6W119LGUsaDtmb3IoZSBpbiBkKWlmKGg9Zy5hdHRyKCJkYXRhLW1lanMiK2UpKWRbZV09alF1ZXJ5LnBhcnNlSlNPTihoKTtiKCl9KX0oalF1ZXJ5KX0pO2EuZ3N8fCgidW5kZWZpbmVkIiE9PXR5cGVvZiBtZWpzY3NzJiZhLmNzc2xvYWQobWVqc2NzcyksYS5ncz1qUXVlcnkuZ2V0U2NyaXB0KG1lanNwYXRoLGZ1bmN0aW9uKCl7YS5ncz0hMDthLmluaXQoKTtqUXVlcnkoYS5pbml0KTtvbkFqYXhMb2FkKGEuaW5pdCl9KSl9KSgpOzwvc2NyaXB0Pg==&#034;&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div class='spip_document_16687 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/121278.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/121278.jpg?1770331457' width='500' height='282' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le pr&#233;sentateur, habituellement, entre sans d&#233;tour dans le vif du sujet. Je devrais donc vous annoncer imm&#233;diatement, puisque c'est le sujet, une s&#233;rie sur Rabelais. Mais est-ce vraiment le sujet ? Et un sujet se laisse-t-il prendre, sans autre forme de proc&#232;s, dans les rais de son &#233;nonc&#233; ? Poser une question, c'est d&#233;j&#224; y r&#233;pondre. Inutile par cons&#233;quent de vouloir vous rassurer en vous d&#233;conseillant de vous munir de feuilles de papier et de plume Sergent-Major.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas un cours d'histoire litt&#233;raire ni des exercices d'explication de textes que nous allons vous infliger cette semaine. Le mot qui annoncera le mieux la couleur, ce sera le mot &#171; passion &#187;. Sans lui d'ailleurs, y a-t-il une communication possible ? Encore faut-il savoir qui est habit&#233; par une passion au point de donner vie &#224; un sujet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et c'est l&#224; que, m'autorisant un d&#233;tour, je dois vous pr&#233;senter Fran&#231;ois Bon. Vous le connaissez comme &#233;crivain depuis quelques ann&#233;es. Vous avez lu de lui, aux &#233;ditions de Minuit, &lt;i&gt;Sorties d'usine&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Limite&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Le crime de Buzon&lt;/i&gt; et tout r&#233;cemment &lt;i&gt;D&#233;cor ciment&lt;/i&gt;. Des livres tr&#232;s diff&#233;rents, mais o&#249; toujours des exclus &#8212; ceux &#224; qui notre soci&#233;t&#233; ne donne pas le beau r&#244;le, ceux &#224; qui le monde n'a pas laiss&#233; de destin &#8212; ont la parole, comme si l'&#233;crivain, en nous mettant &#224; l'&#233;coute de leur langue, tentait de faire cracher sa v&#233;rit&#233; au r&#233;el. Cela ne vous rappelle rien, cette d&#233;marche ? Nous y avons vu une telle analogie avec la n&#244;tre que nous avons propos&#233; &#224; Fran&#231;ois Bon de s'int&#233;resser aux moyens d'expression radiophonique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il a commenc&#233; par produire une s&#233;rie dans &lt;i&gt;Nuits Magn&#233;tiques&lt;/i&gt; &#8212; c'&#233;tait en 1985 &#8212; et cette premi&#232;re s&#233;rie s'intitulait &lt;i&gt;De l'autre c&#244;t&#233; de la D&#233;fense&lt;/i&gt;. Voici aujourd'hui une nouvelle exp&#233;rience &#8212; &#171; exp&#233;rience &#187; est d'ailleurs le mot qui convient. Pas question en effet d'appliquer les recettes apprises il y a trois ans : toutes les habitudes sont mauvaises &#224; la radio. &lt;i&gt;La Passion Rabelais&lt;/i&gt;, ce sera un journal, un journal parl&#233; qui vous donnera des nouvelles de la langue, comme si, sur fond de violence &#8212; toute la violence du monde &#8212;, cette langue, la langue de Rabelais, n'avait pas fini de dire son actualit&#233;. L'actualit&#233;, bien s&#251;r, exige le direct et ses contraintes sp&#233;cifiques : pas de reportage, pas de montage, le vif du sujet uniquement. Et le vif du sujet, ce sera le vif des voix &#224; l'instant m&#234;me o&#249; elles se risquent. Voix de com&#233;diennes : Claude Degliame, Ros&#233;liane Goldstein et Laurence Mayor. Voix d'&#233;crivains : Michel Chaillou, Val&#232;re Novarina. &#201;galement des habitants de ce village de Touraine o&#249; naquit Rabelais. Et toutes ces voix nous aideront &#224; entendre l'&#233;tonnante lisibilit&#233; d'une &#339;uvre qui a &#233;t&#233;, il faut bien le dire, d'une certaine mani&#232;re tenue &#224; distance, &#224; l'&#233;cart, exclue, marginalis&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une &#339;uvre vieille comme le monde, c'est vrai, mais peut-&#234;tre finalement moins us&#233;e que lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Nuits magn&#233;tiques&lt;/i&gt;, Fran&#231;ois Bon, Christine Robert : &lt;i&gt;La Passion Rabelais.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_16688 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/francois-rabelais-les-songes-drolatiques-de-pantagruel-ou-sont-contenues-plusieurs-figures-de-l-invention-de-maistre-francois-rabelais-9763-67c31ca7aa0d2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/francois-rabelais-les-songes-drolatiques-de-pantagruel-ou-sont-contenues-plusieurs-figures-de-l-invention-de-maistre-francois-rabelais-9763-67c31ca7aa0d2.jpg?1770331547' width='500' height='401' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Oh, plus outre, oh, cr&#233;ateur de nouvelles formes comme est le feu parmi les brandes, infatigable et strident, &#224; grand renfort de baisicle, pratiquant l'art dont on peut lire lettre non affarante. Si ne le croyez, je ne m'en soucis, mais un homme de bien, un homme de bon sens, croit toujours ce qu'on lui dit et qu'il trouve par &#233;crit. Car le temps est dangereux, ce ne sont pas faribolles et je m'en donne &#224; cent mille panneries de beaux diables corps et &#226;mes tripes et boyaux en cas que j'en mente en toute l'histoire d'un seul mot.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Ce soir : &lt;i&gt;Pantagruel&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Et le premier fut Charles Brott, qui engendra Sarah Brott, qui engendra Faribrott, qui engendra Hurtali, qui f&#251;t beau mangeurs de soupe et r&#233;gna autant du d&#233;luge, qui engendra Fracassus, lequel premier de ce monde joua au d&#233; avec ses B&#233;sicles, dont naqui Eragus, qui engendra Apemouche, qui premier inventa de fumer les langues de boeuf &#224; la chemin&#233;e car auparavant le monde les salait comme ont fait les jambons, qui engendra ga&#239;off, lequel avait les couillons de peuple et le vie de cormier, qui engendra m&#226;che-foin, qui engendra br&#251;le-fer, qui engendra Galafre, qui engendra Falourdin, qui engendra Roboastre, qui engendra Foutanon, qui engendra Akelbach, qui engendra vie de grain, qui engendra grand gosier, qui engendra gargantua, qui engendra le noble Pantagruel mon ma&#238;tre. J'entends bien que, lisant ce passage, vous faites en vous-m&#234;me un doute bien raisonnable et demandez comment est-il possible que, ainsi soit, vu que, au temps du d&#233;luge, tout le monde p&#233;rit, fors No&#233; et sept personnes avec lui dedans l'arche, au nombre desquels n'est point mys ledict Hurtali ? Aussi n'y eut-il pu entrer, car il &#233;tait trop grand. Mais il &#233;tait dessus &#224; cheval, jambes de &#231;a, jambes de l&#224;, comme sont les petits enfants sur les chevaux de bois. On y s'est le fa&#231;on sauva &#224; tr&#232;s Dieu la dite arche de Perrier, car il lui baillait le branle avec les jambes, et du pied la tournait o&#249; il voulait, comme on fait du gouvernail d'un navire. Ceux qui dedans &#233;taient lui envoyaient vivre par une chemin&#233;e insuffisante, comme Jean reconnaissant le bien qu'il leur faisait, et quelquefois parlementaient ensemble.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;FRAN&#199;OIS BON : Voil&#224; donc un livre qui commence comme la cr&#233;ation du monde. Un livre gigogne, qui s'embo&#238;te sur lui-m&#234;me comme le fait sa lign&#233;e de g&#233;ants. Mais un livre qui ne supporte pas de se savoir cach&#233; sous le papier. L'anonyme qui signe d'un anagramme &#8212; Alcofribas &#8212; semble crever soudain les pages, &#233;merger d'un seul coup au travers, comme dans une machinerie de th&#233;&#226;tre on voit le bonimenteur appara&#238;tre. Voil&#224; l'art, le grand art de Rabelais. Ce n'est pas le d&#233;lire de cette liste, ni l'accumulation, mais bien l'apparition, tout au milieu du premier chapitre du livre, d'Alcofribas lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En acceptant cette objection &#8212; Hurtali qui n'&#233;tait pas dans l'arche de No&#233; &#8212;, nous acceptons qu'on y fasse boniment du reste. Nous acceptons et la liste et le bonimenteur ; le d&#233;lire passe et s'impose. Et comment r&#233;sister quand on nous met sous la dent, avec Hurtali, une image tout de suite d'un pur plastique, toute venue de l'&#233;merveillement d'enfance : &#171; comme les enfants sur les chevaux de bois, jambes de &#231;&#224;, jambes de l&#224; &#187; ? Le tour est jou&#233;, et cette exp&#233;rience inou&#239;e de la langue ouverte. Comment des mots si simples vous restent-ils dans la t&#234;te, &#224; pleines architectures et sym&#233;tries ? Comment cela vous reste-t-il dans le r&#234;ve, jusqu'&#224; l'hypnose ?&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Quand Pantagruel fut n&#233;, qui fut bien esbahy et perplex ce fut Gargantua son pere : car voyant d'ung coust&#233; sa femme Badebec morte &amp; de l'aultre son fils Pantagruel n&#233;, tant beau &amp; grand, Il ne s&#231;avoit que dire ny que faire. Et le doubte qui troubloit son entendement estoit, assavoir mon s'il debvoit pleurer pour le deuil de sa femme, ou rire pour la ioye de son fils ? D'ung cost&#233; &amp; d'aultre il avoit d'argumens sophisticques qui le suffocquoient : car il les faisoit tresbien in modo et figura, mais il ne les pouvoit souldre. Et par ce moyen demouroit empestr&#233; comme ung Millan prins au lasset. Peureray ie, disoit il ? Ouy : car pourquoy ? Ma tant bonne femme est morte, qui estoit la plus cecy &amp; cela qui fut au monde. Jamais ie ne la verray, iamais ie n'en recouvreray une telle : ce m'est une perte inestimable. O mon dieu, que te avoys ie faict pour ainsi me punir ? que ne m'envoyas tu la mort &#224; moy premier qu'&#224; elle ? car vivre sans elle ne m'est que languir ? Ha Badebec ma mignonne, ma mye, mon petit con (toutefois elle en avoyt bien trois arpens &amp; deux sexter&#233;es) ma tendrette, ma braguette, ma savatte, ma pantoufle iamais ie ne te verray. Ha faulce mort tant tu me es malivole, tant tu me es oultrageuse de me tollir celle a laquelle immortalit&#233; appartenoit de droict. Et ce disant pleuroit comme une vache : mais tout soubdain ryoit comme ung veau, quand Pantagruel luy venoit en memoire. Ho mon petit fils, disoit il : mon couillon, mon peton, que tu es ioly : &amp; tant ie ie suis tenu &#224; dieu de ce qu'il me a donn&#233; ung si beau fils tant ioyeux, tant ryant, tant ioly. Hohohoho que ie suis ayse, beuvons ho laissons toute melancholie, apporte du meilleur, rince les verres, boutte la nappe, chasse les chiens, souffle ce feu, allume ceste chandelle, ferme ceste porte, envoyez ces pauvres, tiens ma robbe, que ie me mette en pourpoint pour mieulx festoyer les comeres.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;MICHAEL SCREECH : Ce que j'ai trouv&#233; dans Rabelais, c'&#233;tait le rire, la com&#233;die. Et tous les travaux que j'ai faits sur Rabelais ont eu pour objet de montrer la profondeur et la largeur de sa vision comique. Seulement, il y a une tendance &#224; croire qu'un auteur comique est moins profond qu'un auteur tragique. Mais expliquer une plaisanterie vieille de plusieurs si&#232;cles, cela peut repr&#233;senter un travail aust&#232;re, situ&#233; dans les grandes biblioth&#232;ques du monde. Je n'ai cependant jamais oubli&#233; que nous sommes en face non seulement d'un grand auteur comique, mais du plus grand auteur comique du monde moderne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me suis vou&#233; &#224; expliquer cette com&#233;die que je consid&#232;re comme un aspect de ce qu'on appelait &#224; l'&#233;poque &#171; la folie de l'&#201;vangile &#187;. C'est un rire profond&#233;ment chr&#233;tien, comme le rire chr&#233;tien l'&#233;tait au XVIe si&#232;cle, c'est-&#224;-dire &#8212; gr&#226;ce surtout &#224; l'influence d'&#201;rasme &#8212; un rire p&#233;n&#233;tr&#233; des influences de Lucien, o&#249; Platon jouait un grand r&#244;le, o&#249; toute la litt&#233;rature classique gr&#233;co-latine contribuait non seulement comme source mais comme enrichissement &#224; la conception m&#234;me. Mais si vous lisez &lt;i&gt;L'&#201;loge de la folie&lt;/i&gt; d'&#201;rasme comme une simple &#339;uvre litt&#233;raire, vous tombez dans le vide. Cela fait partie de toute une th&#233;ologie &#224; laquelle &#201;rasme avait d&#233;vou&#233; sa vie. Et c'est un fait important, il me semble, que l'une des rares lettres que nous avons &#233;crites par Rabelais est celle qu'il avait &#233;crite &#224; &#201;rasme lorsque lui, Rabelais, avait quitt&#233; ses ordres ill&#233;gitimement et &#233;tait nomm&#233; professeur de m&#233;decine et chef de la section m&#233;decine &#224; l'H&#244;tel-Dieu de Lyon. Il a &#233;crit &#224; &#201;rasme pour lui dire : &#171; Vous n'&#234;tes pas seulement mon p&#232;re spirituel, mais vous &#234;tes aussi ma m&#232;re ; je vous dois tout. &#187; Et je crois que ce qu'il rappelait l&#224;, c'est ce qu'il devait &#224; &#201;rasme &#8212; comprenez-le bien &#8212; une certaine conception du rire. Ce n'est pas un rire identique, leur fa&#231;on de s'exprimer est bien diff&#233;rente, mais la structure, l'arri&#232;re-pens&#233;e, la th&#233;ologie, la philosophie du rire pr&#233;sentent des analogies &#233;troites chez les deux auteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Michael Screech est n&#233; le 26 mai 1926 &#224; Plymouth, une nuit de gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale, pr&#233;cise-t-il. Mobilis&#233; &#224; 18 ans pendant les bombardements de Londres, il est envoy&#233; au Japon. Le premier soldat japonais qu'il aura interrog&#233; lisait Rabelais dans la grande traduction de Kazuo Watanabe. D&#233;mobilis&#233; en 1948, il se consacre au XVIe si&#232;cle dont il est l'un des meilleurs sp&#233;cialistes. Son &#233;dition de Rabelais chez Droz &#224; Gen&#232;ve fait r&#233;f&#233;rence aujourd'hui. Chercheur au prestigieux College d'Oxford, il publie en 1972, chez Gerald Duckworth, un&lt;/i&gt; Rabelais &lt;i&gt;en anglais qui est sans doute, parmi les livres consacr&#233;s &#224; l'&#339;uvre dans son ensemble, l'un des plus essentiels. Il a fallu quinze ans pour qu'une maison d'&#233;dition fran&#231;aise entreprenne la traduction du livre de Michael Screech. Rabelais&#8230; en France, on le conna&#238;t si bien.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;MICHAEL SCREECH : Il est probable que Rabelais avait vers cinquante ans lorsqu'il a commenc&#233; &#224; publier son &lt;i&gt;Pantagruel&lt;/i&gt;. Sinon cinquante ans, au moins quarante ans. Ce n'&#233;tait pas un homme jeune. &#201;videmment, au XVIe si&#232;cle, quarante ans &#233;quivalait presque &#224; cinquante ans maintenant. Si Rabelais avait &#233;crit &lt;i&gt;Pantagruel&lt;/i&gt; &#224; cinquante ans, c'&#233;tait d&#233;j&#224; un homme assez &#226;g&#233; pour l'&#233;poque. Mais en tout cas, il n'a pas publi&#233; cela jeune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans un sens un roman &#224; tiroirs. Si vous &#233;crivez un livre avec des &#233;pisodes et que vous faites venir des lettres, ou que vous faites faire une pri&#232;re &#224; un moment donn&#233;, vous cr&#233;ez un moment o&#249; vous pouvez dire ce que vous voulez. Lorsque vous avez la lettre de Gargantua &#224; son fils, vous avez un chapitre tr&#232;s dense o&#249; vous parlez de l'&#233;ducation &#8212; d'ailleurs dans le contexte des id&#233;es des l&#233;gistes sur l'&#233;ducation de l'&#233;poque &#8212;, et vous pouvez quitter compl&#232;tement le fil de l'histoire. Une lettre qui arrive change tout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais j'attirerai l'attention sur un autre fait. Si vous regardez la page de titre du &lt;i&gt;Pantagruel&lt;/i&gt;, vous verrez que la page de titre m&#234;me fait allusion &#224; &lt;i&gt;L'Utopie&lt;/i&gt; de Thomas More. Eh bien, ce livre, &#224; l'&#233;poque, premi&#232;rement, n'existait qu'en latin. Ce n'&#233;tait pas un livre &#233;crit en fran&#231;ais. Un livre adress&#233; par un grand humaniste anglais &#224; un public europ&#233;en &#8212; &#233;crit en Angleterre, mais imprim&#233; &#224; Paris et &#224; B&#226;le. Et Rabelais, dans un livre qu'on s'obstine &#224; consid&#233;rer comme un livre populaire, fait allusion, &#224; la page de titre m&#234;me, &#224; l'un des livres les plus difficiles et les plus &#224; la mode, &#233;crits en latin, de son &#233;poque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour parler un peu de cette page de titre du &lt;i&gt;Pantagruel&lt;/i&gt;, nous n'avons qu'un seul exemplaire de ce que nous croyons &#234;tre la premi&#232;re &#233;dition. &#201;videmment, il a pu y avoir des &#233;ditions ant&#233;rieures compl&#232;tement perdues. Mais la premi&#232;re &#233;dition de Pantagruel se pr&#233;sente comme une &#339;uvre de droit. Il y a un encadrement en bois. Et cet encadrement, on peut en trouver d'autres exemplaires dans mon coll&#232;ge &#224; Oxford. Il y a quatre livres qui datent de la m&#234;me &#233;poque et qui ont non seulement un encadrement semblable, mais le m&#234;me encadrement. Et cet encadrement donnait &#224; toute une s&#233;rie de livres une sorte de marque : c'&#233;tait la marque des livres de droit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et Rabelais &#8212; il n'est pas tr&#232;s facile de savoir comment il a mis la main dessus, ou son &#233;diteur a mis la main dessus &#8212; a pu avoir entre ses mains cet encadrement. Il s'en est servi pour &lt;i&gt;Pantagruel&lt;/i&gt;, de sorte que &lt;i&gt;Pantagruel&lt;/i&gt; se pr&#233;sentait au public, premi&#232;rement, comme une satire des &#339;uvres de droit, et deuxi&#232;mement, comme une sorte d'analogue comique &#224; &lt;i&gt;L'Utopie&lt;/i&gt; de Thomas More. Thomas More, dont tout le monde parlait &#224; l'&#233;poque &#8212; n'oublions pas que c'&#233;tait au moment o&#249; il allait trouver le supplice en Angleterre. L'ami d'&#201;rasme, peut-&#234;tre le seul Anglais vraiment connu par ses &#233;crits sur le continent &#224; ce moment-l&#224;. Rabelais attache son livre, apparemment populaire, &#224; des tendances de la haute culture de son &#233;poque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pantagruel existait avant Rabelais. C'&#233;tait un petit nain, probablement breton, dont le devoir &#233;tait de visiter les gens qui avaient trop bu le soir et de jeter dans leur gorge du sel pour leur donner &#8212; qu'est-ce que vous dites en fran&#231;ais ? &#8212; une gueule de bois. Eh bien, Rabelais prend ce nain et il en fait un g&#233;ant : d&#233;j&#224; amusant. Puis, au lieu de lui donner le nom traditionnel &#171; Penthagruel &#187; (P-E-N-T-H-A-G-R-U-E-L), il a donn&#233; &#171; Pantagruel &#187; (P-A-N-T-A-G-R-U-E-L).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, &#171; Penthagruel &#187; est breton, parce que c'est par le pr&#233;fixe pen qu'on reconna&#238;t les noms bretons. Et en anglais, on dit : par Pol, Tre et Pen ont reconna&#238;t les hommes de Cornouailles. &#171; Pantagruel &#187;, m&#233;tamorphos&#233; en &#171; Pantagruel &#187;, c'est autre chose. Rabelais rappelait, dans une explication amusante, amus&#233;e, en disant que &lt;i&gt;Panta&lt;/i&gt; vient du grec et &lt;i&gt;gruel &lt;/i&gt; de l'Agar&#232;ne, de l'arabe. Et cela aurait plu aux gens de l'&#233;poque, parce que justement &#201;rasme avait attaqu&#233; l'un des grands savants de l'&#233;poque parce qu'il avait confondu dans l'&#233;tymologie des noms de langues. Et &#201;rasme avait insist&#233; pour dire qu'on cherchait dans une seule langue l'&#233;tymologie des mots. Donc ce &#171; Pantagruel &#187; qui a l'allure grecque est une plaisanterie pour les gens instruits de l'&#233;poque.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; Mon amy dont viens tu &#224; ceste heure ? De l'alme inclyte &amp; celebre academie, que l'on vocite Lutece. Qu'est-ce &#224; dire ? C'est de Paris. Tu viens doncques de Paris ? Et &#224; quoy passez vous le temps vous aultres messieurs estudians audict Paris ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous transfetons la Sequane au dilucule &amp; crepuscule, nous deambulons par les compites &amp; quadriviez de l'urbe, nous despumons la verbocination latiale &amp; comme verisimiles amorabunds captons la benevolence de l'omniiuge omniforme &amp; omnigene sexe feminin. Certaines diecules nous invisons les lupanares, et en ecstase Venereicque inculcons nos veretres es penitissimes recesses des pudendes de ces meretricules amicabilissimes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et bren bren qu'est-ce que veult dire ce fol. Ie croy qu'il nous forge icy quelque langaige diabolicque, &amp; qu'il nous cherme comme enchanteur.&lt;br class='autobr' /&gt;
Seigneur, mon genie n'est point apte nate &#224; ce que dit ce flagitiose nebulon, pour escorier la cuticule de nostre Vernacule Gallicque, mais vicecersement ie gnave opere &amp; par veles &amp; rames ie me enite de le locupleter de la redundance latinicome.&lt;br class='autobr' /&gt;
Par dieu ie vous apprendray &#224; parler. Mais devant responds moy, dont es tu.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'origine primeve de mes aves &amp; ataves fut indigene des regions lemovicques.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ientends bien. Tu es Lymousin pour tout potaige. Et tu veulx icy contrefaire le Parisien. Or viens &#231;a que ie te donne ung tour de peigne. Tu escorches le latin, par sainct Iehan ie te feray escorcher le renard : car ie te escorcheray tout vif.&lt;br class='autobr' /&gt;
V&#233;e dicou gentilastre. Ho sainct Marsault adiouda mi, hau hau laissas aquau au nom de dious, et ne me touquas grou.&lt;br class='autobr' /&gt;
Sainct Alipentin corne my de bas, quelle cyvette. Au diable soit le mascherabe tant il put.&lt;br class='autobr' /&gt;
A ceste heure parles tu naturellement.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;FRAN&#199;OIS BON : On est au chapitre 6 de &lt;i&gt;Pantagruel&lt;/i&gt;, tout pr&#232;s encore de l'ouverture, et d'un coup la langue s'est brouill&#233;e, comme une distorsion sous la langue qu'on reconna&#238;t encore. Comique, de toute fa&#231;on : chez Rabelais, tout est toujours lisible tel quel et ob&#233;it strictement &#224; son projet. Rien de plus qu'un ridicule &#233;tudiant latinisant, mais aussi bien plus. Soudain, le fouillis d'une langue &#224; la surface de la peau, o&#249; l'on cherche la sienne contre la langue impos&#233;e. Bruissement sonore du monde qu'on entend, qui r&#233;sonne de partout &#224; la fois ; bruit faux du monde du dehors ; bruits et paroles qu'on repousse parce qu'ils font mal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant Rabelais parle de sa vie m&#234;me : on en trouve la trace dans ses universit&#233;s o&#249; il fait passer Pantagruel. Mais ce fouillis de langue ne donne pas de prise. N'a-t-on, au bord d'&#233;crire pareille &#339;uvre, que cette mis&#232;re dans la t&#234;te ? Et Pantagruel, le petit d&#233;mon qui assoiffe la gorge &#8212; l'organe vif de la voix &#8212;, est celui qui prend, d&#232;s ce moment, dans une incroyable tautologie, la fausse langue &#224; la gorge. Une boucle se ferme qui contient tout le livre. &#171; Parler naturellement &#187; : du livre de foire, on a bris&#233; la premi&#232;re coquille. En secouant l'&#233;tudiant limousin, en lui cassant sa langue emprunt&#233;e, c'est le chemin, pour n'importe qui, de l'acc&#232;s &#224; sa propre langue qui s'&#233;crit.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; : Bigua salutis, Bragueta iuris, Pantoufla decretorum, Malogranatum viciorum, Le Peloton de theologie, Le Vistempenard des prescheurs, compos&#233; par Pepin, La Couillebarine des preux, Les Hanebanes des evesques, L'apparition de saincte Gertrude &#224; une nonain de Poissy estant en mal d'enfant, Ars honeste petandi in societate per M. Ortuinum, Le moustardier de penitence, Le Culot de discipline, La savate de humilit&#233;, Le Tripiez de bon pensement, Le Chaudron de magnanimit&#233;, Les Hanicrochemens des confesseurs, Les Lunettes des romipetes, Maioris de modio faciendi boudinos, La cornemuse des prelatz, Cacatorium medicorum, Le Ramonneur d'astrologie, Le tyrepet des apotycaires, le Baisecul de chirurgie, Antidotarium anime. M. Coccaius de patria diabolorum.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&#171; Rabelais est lumineusement incompr&#233;hensible &#187;, dit Val&#232;re Novarina, &#171; un chaos tr&#232;s n&#233;cessaire aujourd'hui o&#249; il y a un myst&#232;re de la langue qu'on voudrait nous enlever &#187;. Par son travail dans l'int&#233;rieur des mots, ses cadences prises brutes &#224; la Bible, la richesse plastique de sa langue, Val&#232;re Novarina est sans doute celui qui, aujourd'hui, s'avance le plus loin dans la vieille mine rabelaisienne.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_16689 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/les_songes_drolatiques_de_pantagruel_ou_sont_contenues_plusieurs_figures_de_l_invention_de_maitre_franc_ois_rabelais_met_dp242807.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/les_songes_drolatiques_de_pantagruel_ou_sont_contenues_plusieurs_figures_de_l_invention_de_maitre_franc_ois_rabelais_met_dp242807.jpg?1770331547' width='500' height='360' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;VAL&#200;RE NOVARINA : Lire Rabelais, c'est une navigation tr&#232;s &#233;puisante, tr&#232;s fatigante. C'est red&#233;couvrir sous la langue fran&#231;aise toute une profondeur respir&#233;e qu'on voulait nous faire oublier, tout un orchestre int&#233;rieur et des muscles chanteurs qui ne travaillaient plus. Il y a une esp&#232;ce de d&#233;gringolade de la parole et de retour de la parole au chaos des consonnes. C'est-&#224;-dire que parler est catastrophique &#8212; &#231;a veut dire que parler, c'est animal d'abord. Il y a de vraies paroles qui sont ancr&#233;es dans quelque chose d'animal et de terriblement physique, et qui viennent d'un chaos, d'un chaos de la langue incompr&#233;hensible. Sous les mots, sous les mots qu'on s'&#233;change, il y a un boucan incompr&#233;hensible. Et dans Rabelais, on sent ce boucan affleurer, ce magma de la langue qui est notre chair en m&#234;me temps ; on sent &#231;a tout pr&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et parler est catastrophique parce que parler est dangereux &#8212; et aussi tout notre malheur. Notre salut vient du fait qu'on soit les animaux qui parlent. Si on ne parlait pas, on brouterait seulement et tout irait bien. C'est pour &#231;a que parler, c'est une catastrophe. Une catastrophe qui nous entra&#238;ne &#224; parler, et on se tire de &#231;a en parlant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, on a l'impression que la langue est compl&#232;tement atomique, qu'il y a une esp&#232;ce de noyau &#224; partir duquel, tout d'un coup, &#231;a peut exploser dans un sens ou dans l'autre. Une esp&#232;ce de quelque chose de lucr&#233;cien, une esp&#232;ce de mat&#233;rialisme spirituel en m&#234;me temps. C'est-&#224;-dire qu'il y a des blocs &#8212; comme des blocs d'antimati&#232;re &#8212; dans Rabelais. Il y a des blocs de non-communicabilit&#233;, il y a des grands blocs incompr&#233;hensibles, et il y a au contraire des &#233;num&#233;rations tr&#232;s claires et des r&#233;cits tr&#232;s simples. Et puis, tout d'un coup, il y a des esp&#232;ces de caillots de langue qui apparaissent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est comme un corps, avec des moments, des endroits o&#249; &#231;a circule, o&#249; il y a le flux du r&#233;cit, puis des moments o&#249; il y a flux de choses, des blocs charri&#233;s, des choses tr&#232;s myst&#233;rieuses qui sont difficiles pour nous quand on le lit &#8212; parce qu'une grande partie du vocabulaire nous &#233;chappe. Mais c'&#233;tait tr&#232;s difficile aussi pour les gens de son &#233;poque. Il fait appel sans arr&#234;t &#224; de l'italien francis&#233;, du latin ; il puise dans toutes les langues de l'Europe, toutes les langues de la M&#233;diterran&#233;e : l'h&#233;breu, le grec, etc. C'est Ezra Pound et Joyce au XVIe si&#232;cle. Moi, je pense qu'il &#233;tait tr&#232;s difficile &#224; lire vraiment, aussi, pour les gens de l'&#233;poque. &#199;a demande un affrontement physique, une sorte de petite partie de boxe, parfois, de le lire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut se lancer et ne pas avoir peur du noir, ne pas avoir peur de la descente dans les mots, parce qu'il y a quelque chose d'incompr&#233;hensible dans la parole. Si la parole est r&#233;duite simplement &#224; l'&#233;change des id&#233;es et &#224; la communication, c'est la fin de tout. On r&#233;apprend qu'il y a plusieurs langues, qu'on est travers&#233; par plusieurs langues. Il n'y a pas simplement la langue du Quai d'Orsay ou la langue d'Amyot. Peut-&#234;tre que c'est particulier au fran&#231;ais aussi : il y a quand m&#234;me ce courant de voyage en langues dans la litt&#233;rature fran&#231;aise. Je ne sais pas, par exemple, si &#231;a existe chez les Allemands.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce courant existe, ce courant de revendication d'une langue fran&#231;aise plurielle &#8212; pas la langue de Paris enferm&#233;e dans le dictionnaire, mais le fran&#231;ais comme une immense machine &#224; fabriquer du fran&#231;ais, aussi un immense r&#233;servoir germinatif, un creuset alchimique, un endroit d'o&#249; recuire, d'o&#249; faire refleurir du fran&#231;ais sans arr&#234;t. Parce que c'est sans arr&#234;t du fran&#231;ais, ce que fait Rabelais, mais c'est du fran&#231;ais nourri d'anglais, d'italien, d'allemand, etc. Et les langues &#8212; moi, c'est &#231;a qui m'int&#233;resse dans la litt&#233;rature &#8212;, c'est la force germinative d'une langue. Qu'une langue puisse sans arr&#234;t rena&#238;tre de ses cendres, rena&#238;tre d'elle-m&#234;me, et que chacun doive la recr&#233;er sans cesse.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Lettre de Gargantua.&lt;/i&gt; Ientends &amp; veulx que tu aprenes les langues parfaictement. Premierement la Grecque comme le veult Quintilian. Secondement la latine. Et puis l'Hebraicque pour les sainctes lettres, &amp; la Chaldeicque &amp; Arabicque pareillement : &amp; que tu formes ton stille, quant &#224; la Grecque, &#224; l'imitation de Platon, quant &#224; la Latine, &#224; Ciceron. Qu'il n'y ait histoire que tu ne tiengne en memoire presente, &#224; quoy te aydera la Cosmographie de ceulx qui en ont escript. Les ars liberaulx, Geometrie, Arismetique, &amp; Musicque, Ie t'en donnay quelque goust quand tu estoys encores petit en l'aage de cinq &#224; six ans : poursuys le reste, &amp; de Astronomie saches en tous les canons, laisse moy l'Astrologie divinatrice, et art de Lucius comme abuz et vanitez. Du droit Civil ie veulx que tu saches par cueur les beaulx textes, et me les confere avecques la philosophie. Et quant &#224; la congnoissance des faitz de nature, Ie veulx que tu t'y adonne curieusement, qu'il n'y ait mer, ryviere, ny fontaine, dont tu ne congnoisse les poissons, tous les oyseaulx de l'air, tous les arbres arbustes &amp; fructices des forestz, toutes les herbes de la terre, tous les metaulx cachez au ventre des abysmes, les pierreries de tout orient &amp; midy, riens ne te soit incongneu. Puis songneusement revisite les livres des medecins, Grecs, Arabes, &amp; Latins, sans contemner les Thalmudistes &amp; Cabalistes, &amp; par frequentes anatomyes acquiers toy parfaicte congnoissance de l'aultre monde, qui est l'homme.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;MICHAEL SCREECH : Pour l'ath&#233;isme de Rabelais, je crois que c'est une affaire du pass&#233;. On devrait peut-&#234;tre &#233;tudier en d&#233;tail comment c'&#233;tait quand &#171; Rabelais ath&#233;e &#187;, entre guillemets, &#233;tait le Rabelais qu'on pr&#233;f&#233;rait trouver. &#201;videmment, une fois que Rabelais a &#233;t&#233; mis &#224; l'index du concile de Trente, il &#233;tait mal vu par les catholiques romains, du moins en th&#233;orie. Mais premi&#232;rement, les d&#233;crets du concile de Trente n'&#233;taient pas enregistr&#233;s en France, ce qui n'est pas tr&#232;s connu. On a pr&#233;f&#233;r&#233; publier Rabelais avant cette date, d'ailleurs, et toujours apr&#232;s cette date, soit &#224; l'&#233;tranger, soit par des &#233;diteurs anonymes ou pseudonymes. Mais dans d'autres pays, surtout en Angleterre, en Allemagne, on adorait Rabelais parce qu'on avait justement un catholique anti-papiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me dans cette id&#233;e de l'immortalit&#233; perp&#233;tu&#233;e par le nom et la semence &#8212; &#231;a, c'est tout &#224; fait dans l'esprit d'&#201;rasme. Si vous mettez &#231;a dans le contexte th&#233;ologique &#8212; et Rabelais cite justement la Bible, on ne l'a pas remarqu&#233; dans les &#233;ditions &#8212;, juste avant de parler de cette &#171; immortalit&#233; &#187;, Rabelais commence, si vous vous rappelez, par l'&#233;loge du mariage, le mariage l&#233;gitime. Il met l'accent sur &#171; l&#233;gitime &#187;. Et par le mariage l&#233;gitime, vous avez la semence de l'homme qui assure l'immortalit&#233;, entre guillemets, de l'homme &#8212; c'est-&#224;-dire de l'esp&#232;ce humaine &#8212;, jusqu'au moment o&#249; le Christ aura donn&#233; &#224; Dieu son P&#232;re son royaume pacifique. &#199;a, c'est une citation simple.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &lt;i&gt;Des langues &#233;trang&#232;res &lt;/i&gt;. Junker Gotte geb euch gl&#252;ck unnd hail. Zuvor lieber iuncker ich las euch wissen das da ir mich von fragt, ist ein arm unnd erbarmglich ding, unnd wer vil darvon zu sagen, welches euch verdrustlich zuhoeren, unnd mir zu erzelenwer.&lt;br class='autobr' /&gt;
A quoy respondit Pantagruel. Mon amy ie n'entends point ce barragouyn, &amp; pourtant si voulez qu'on vous entende parlez aultre langaige.&lt;br class='autobr' /&gt;
Lors dist le compaignon. Adoni scholom lecha : im ischar harob habdeca bemeherah thithen li kikar lehem, cham cathub laal al adonai cho nen ral.&lt;br class='autobr' /&gt;
A quoy respondit Epistemon. Autant de l'ung comme de l'aultre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Adoncques le compaignon luy respondit : Al barildim gotfano dech min brin alabo dordin falbroth ringuam albras. Nin porth zadilrim almucathin milko prim al elmim enthoth dal heben enfouim : kuth im aldim alkatim nim broth dechoth porth min michas im endoth, pruch dal marsouim hol moth dansrikim lupaldar im holdemoth. Nin hur diavolth mnarbothim dal goulch pal frapin duch im scoth pruch galeth dal chinon, mir foultrich al conin butbathen doth dal prim.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ie croy que c'est langaige des Antipodes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Compere, ie ne s&#231;ais si les murailles vous entendront, mais de nous nul n'y entends note.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ientends ce me semble, dist Pantagruel : car ou c'est langaige de mon pays de Utopie, ou bien luy ressemble quant au son.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dea mon amy, ne s&#231;avez vous parler fran&#231;oys ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Si fois tresbien seigneur, respondit le compaignon, Dieu mercy : c'est ma langue naturelle et maternelle, car ie suis n&#233; et ay est&#233; nourry ieune au iardin de France, cette Touraine.&lt;br class='autobr' /&gt;
Seigneur, mon vray et propre nom de baptesme, est Panurge, et voulentiers vous racompteroys mes fortunes qui sont plus merveilleuses, que celles de Ulysses. Mais pour ceste heure iay necessit&#233; bien urgente de repaistre, dentz agues, ventre vuyde, gorge seiche, appetit strident, tout y est deliber&#233; si me voulez mettre en oeuvre, ce sera basme de me veoir briber, pour Dieu donnez y ordre.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;FRAN&#199;OIS BON : Il n'y a sans doute pas d'&#233;nonciations raisonnables qui puissent rendre compte de cette marche forc&#233;e qu'a le &lt;i&gt;Pantagruel&lt;/i&gt; en ses premiers chapitres. Mais il est pr&#233;cis&#233;ment question de g&#233;ants, et Rabelais ne marche pas comme nous. Il marche plut&#244;t comme on d&#233;chire et laisse en cours de route tout ce qui n'est pas exactement au point central, d'o&#249; il triture, malaxe, arrache. Reste la langue, comme on tombe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si &lt;i&gt;Pantagruel&lt;/i&gt; est un monstrueux d&#233;sordre, ce d&#233;sordre a une rigueur, une logique, mais r&#233;trospective. On regarde ce qui s'est pass&#233;, ce qui vient de na&#238;tre. On en reprend un &#233;clat, et cela repart pour une boucle qui repousse les bords de la premi&#232;re, du dedans. On avance &#224; reculons, mais dans une immensit&#233; donn&#233;e ainsi &#224; d&#233;couvrir toute enti&#232;re. Chaque page en est le t&#233;moignage pr&#233;cis : mani&#232;re de cogner et voir ce qui se passe, faire r&#233;cit des &#233;clats du choc en plein centre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi Rabelais, pas &#224; pas, se hisse comme hors de son propre livre pour faire d&#233;ferler sur nous ses blocs organis&#233;s de paroles. Apr&#232;s la liste des livres fous de la librairie Saint-Victor &#8212; chacun s'autorisant pourtant un titre r&#233;el du temps &#8212;, voici dans le livre m&#234;me encore une forme &#233;crite : lettre envoy&#233;e &#224; Pantagruel pour son &#233;ducation, une langue grave, limpide, lettre du p&#232;re. Puis, soudain, Panurge. Un coup de poing dans le livre : Rabelais a ouvert son gouffre. Non plus la langue chosifi&#233;e de l'&#233;tudiant, non plus les livres sur les &#233;tag&#232;res, et non plus la lettre qu'on tient dans les mains, mais la parole en tant que telle entre dans l'&#339;uvre, et les deux ne se dissocieront plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La plupart des bavards &#8212; parce qu'il ne manque pas les livres tristes sur Rabelais &#8212; d&#233;nombrent treize langues ainsi utilis&#233;es par Panurge, dont quatre d'invention. Ils font simplement l'erreur d'exclure la derni&#232;re, pourtant strictement identique quant au texte quatorze fois r&#233;p&#233;t&#233;. C'est du fond de l'&#233;clatement, langue des antipodes, langue de l'utopie, parler du cul, qu'on a rejoint la langue fran&#231;aise &#8212; &#233;trang&#232;re. Et quelle ampleur elle prend alors !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-ce le seul hasard si c'est ici qu'est prononc&#233;, quant &#224; la langue, le mot &#171; maternelle &#187; ? Un grand livre s'est toujours reconnu &#224; la conscience qu'il a partout de lui-m&#234;me, et Rabelais le tout premier. Et quelle mise en sc&#232;ne : aux franges de la ville, de loin, par le chemin du pont de Charenton, l'apparition &#224; Pantagruel &#8212; comme &#224; Rabelais lui-m&#234;me, peut-&#234;tre &#8212; son personnage de Panurge.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Rencontre de Panurge.&lt;/i&gt; Se pourmenant hors de la ville, devisant et philosophant, rencontra ung homme beau de stature &amp; elegant en tous lineamans du corps, mais pitoyablement navr&#233; en divers lieux, &amp; tant mal en ordre&#8230; qu'il sembloit ung cueilleur de pommes du pays du Perche.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Un homme comme la langue, telle que Rabelais la prend.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;VAL&#200;RE NOVARINA : Ce sont des moments toniques quand m&#234;me de la langue fran&#231;aise, des moments o&#249; elle sort un peu de ses gonds, o&#249; elle est en &#233;tat d'incandescence, de consumation. De consumation par le souffle qu'on y met, parce que c'est &#231;a : ces textes de Rabelais ne peuvent vivre que si on leur donne notre souffle &#224; nous, si on se lance dedans, si on les fait vivre en soufflant dedans. Sinon, c'est lettre mort, ce n'est rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#233;puisant &#224; lire, c'est tr&#232;s difficile. &#199;a demande de tomber compl&#232;tement dedans, d'y aller carr&#233;ment. On ne peut pas lire &#231;a en diagonale, du bout des l&#232;vres ou comme le journal : ce n'est pas possible. Mais je pense que c'est le cas de la plupart des &#339;uvres litt&#233;raires&#8230; C'est &#231;a qui m'int&#233;resse : cette chose tr&#232;s violente quand m&#234;me qu'est la lecture, qui est proche du th&#233;&#226;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est-&#224;-dire que le lecteur est un acteur. M&#234;me s'il ne lit pas &#224; haute voix, il est oblig&#233; d'entrer compl&#232;tement dans le texte qu'il lit. Il doit tout apporter compl&#232;tement : son souffle, tomber dans les pi&#232;ges, dans les trous, dans les embuscades rythmiques. C'est en y allant carr&#233;ment qu'il va pouvoir faire le parcours. Il ne faut pas avoir le vertige, rester au bord et ne pas oser y aller.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour lire Rabelais, il faut se lancer dedans et traverser des moments difficiles, des blocs de choses incompr&#233;hensibles. Mais l'oralit&#233;, elle est dans notre cerveau. L'oralit&#233;, ce n'est pas forc&#233;ment... il n'est pas n&#233;cessaire de le lire vraiment &#224; haute voix. Je pense qu'on peut faire une esp&#232;ce de m&#226;chage des sons, mental. Quand on lit vraiment, il y a des bouches dans le cerveau qui appr&#233;hendent les voyelles ; il y a une sensation musicale tr&#232;s physique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oralit&#233;, &#231;a ne veut pas dire forc&#233;ment qu'on entend parler &#224; haute voix sur un th&#233;&#226;tre. Il y a une oralit&#233; int&#233;rieure &#224; l'esprit, une oralit&#233; m&#234;me dans notre pens&#233;e, c'est-&#224;-dire un rapport au corps et au d&#233;roulement des choses dans le temps. C'est une grande composition musicale, Rabelais, quand m&#234;me&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;FRAN&#199;OIS BON : Panurge, paradoxe : &#224; peine invent&#233; par un chemin si pr&#233;cis, si cher pay&#233;, dispara&#238;t. Incoh&#233;rence du &lt;i&gt;Pantagruel&lt;/i&gt;, na&#239;vet&#233; de r&#233;cits &#224; tiroirs ? Plut&#244;t, dans cet &#233;clatement conquis de la langue, le besoin maintenant d'aller y voir, d'ouvrir tout grand des fen&#234;tres, ne pas laisser &#224; la promesse le temps de s'&#233;vanouir, &#224; la folie le temps de se retirer. Quelque chose que jamais peut-&#234;tre la langue fran&#231;aise ne red&#233;couvrira, tant elle va &#234;tre marqu&#233;e l&#224; de l'&#233;motion de ce premier moment o&#249; l'on foule le nouveau, et l'&#233;merveillement infini de Rabelais lui-m&#234;me, avanc&#233;e dans la folie, la langue folle de ses plaidoiries de Baisecul et Humevesne. Le r&#233;cit saura bien apr&#232;s rattraper Panurge.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;D&#233;but de la plaidoirie.&lt;/i&gt; Or en ceste propre saison estoit ung proces pendant en la court entre deux gros seigneurs, desquelz l'ung estoit monsieur de Baisecul demandeur d'une part, l'aultre monsieur de Humevesne defendeur de l'autre. Desquelz la controverse estoit si haulte &amp; difficile en droict, que la court de Parlement n'y entendoit que le hault Allemant.&lt;br class='autobr' /&gt;
Messeigneurs, les deux seigneurs qui ont ce proces entre eulx, sont ilz encore vivans ? De quoy diable donc servent tant de fatrasseries de papiers ? Ne vault il pas beaucoup mieulx les ouyr de leur vive voix que lire ces babouyneries icy ?&lt;br class='autobr' /&gt;
A quoy aulcun d'entre eulx contredisoit, comme vous s&#231;avez qu'en toute compaignie il n'y a plus de folz que de sages, et la plus grande partie surmonte tousjours la meilleure.&lt;br class='autobr' /&gt;
Somme tous les papiers furent bruslez, &amp; les deux gentilzhommes personnellement convoquez.&lt;br class='autobr' /&gt;
Estes vous qui avez ce grand different entre vous deux ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Ouy monsieur.&lt;br class='autobr' /&gt;
Lequel de vous est demandeur ?&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est moy.&lt;br class='autobr' /&gt;
Or mon amy, comptez moy de poinct en poinct vostre affaire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Donc commen&#231;a en la maniere que s'ensuyt. Monsieur il est vray que une bonne femme de ma maison portoit vendre des oeufz au march&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Couvrez vous Baisecul.&lt;br class='autobr' /&gt;
Grand mercy monsieur.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais a propos passoit entre les tropicques vers le zenith diametralement oppos&#233; es Troglodytes, par autant que les mons Rhiph&#233;es avoient eu celle ann&#233;e grande sterilit&#233; de happelourdes, moyennant une sedition meue entre les Barragouyns &amp; les Accoursiers pour la rebellion des Souisses, qui s'estoient assemblez iusques au nombre de troys, six, neuf, dix, pour aller &#224; l'aguillanneuf, le premier trou de l'an, que l'on donne la souppe aux boeufz, &amp; la clef du charbon aux filles, pour donner l'avoine aux chiens. Car les marroufles avoient i&#224; bon commencement &#224; danser l'estrindore au diapason ung pied au feu &amp; la teste au meillieu comme disoit le bon Ragot.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ha messieurs Dieu modere tout &#224; son plaisir, &amp; contre fortune la diverse ung chartier rompit son fouet.&lt;br class='autobr' /&gt;
Car la memoire souvent se pert quand on se chausse au rebours sa dieu guard de mal.&lt;br class='autobr' /&gt;
Tout beau mon amy, tout beau, parlez &#224; traict &amp; sans cholere, ientends le cas poursuyvez.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[&#8230;]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or monsieur, c'est bien ce que l'on dit, qu'il faict bon adviser aulcunesfoys les gens. Or ladicte bonne femme, au plus pres du lieu ou l'on vent les vieulx drapeaux, dont usent les painctres de Flandres, quand ilz veullent bien &#224; droict ferrer les cigalles, &amp; m'esbahys bien fort comment le monde ne pont veu qu'il faict si beau couver.&lt;br class='autobr' /&gt;
Icy voulut interpeller &amp; dire quelque chose le seigneur de Humevesne.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et ventre sainct Antoine, t'appartient il de parler sans commandement ? Ie sue icy de ahan, pour entendre la procedure de vostre different, &amp; tu me viens encore tabuster. Poursuyvez Baisecul, &amp; ne vous hastez point.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Plaidoirie de Humeven&lt;/i&gt;. Lors commen&#231;a le seigneur de Humevesne ainsi que s'ensuyt. Monsieur &amp; messieurs, si l'iniquit&#233; des hommes estoit aussi facilement veue en iugement categoricque comme on congnoit mousches en laict, le monde ne seroit pas tant mang&#233; de ratz, &amp; y auroit des aureilles maintes sur terre, qui en ont est&#233; rong&#233;es trop laschement. Car doibs ie endurer que &#224; l'heure que ie mange ma souppe sans mal penser ny mal dire l'on me vieigne ratisser &amp; tabuster le cerveau &amp; me sonner l'antiquaille, disant, qui boit en mangeant sa souppe, quand il est mort il ne voit goutte.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais maintenant le monde est tout detrav&#233; de louschetz des balles de lucestre : l'ung se desbauche, l'aultre se cache le muzeau pour les froidures hyvernales.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et quand le soleil est couch&#233;, toutes bestes sont &#224; l'umbre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[&#8230;]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Messieurs ne croyez pas que au temps que ladicte bonne femme englua la pochecuilliere pour le record du sergeant mieulx apanaiger &amp; que la fressure boudinalle tergiversa par les bourses des usuriers, il y eust rien meilleur &#224; soy garder des Caniballes, que prendre une liasse d'oignons li&#233;e de troys cens avez mariatz, &amp; quelque peu d'une fraize de veau, du meilleur alloy que ayent les alkymistes et bien luter &amp; calciner les pantoufles mouflin mouflart avecques belle saulce de raballe et soy mucer en quelque petit trou de taulpe, saulvant tousiours les lardons. Concluant comme dessus avecques despens, dommaiges, et interetz.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Jugement de Pantagruel.&lt;/i&gt; Comment Pantagruel equitablement iugea d'une controverse merveilleusement obscure et difficile si iustement que son iugement fut dit plus admirable que celluy de Salomon.&lt;br class='autobr' /&gt;
Veu que le soleil decline bravement de son solstice estivale, pour mugoter les bilves&#233;es qui ont eu mat du pion par les malvexations des lucifuges nicticorraces qui sont au mesocome du climat diasome d'ung crucificque &#224; cheval bandant une arbaleste au rein, le demandeur eut iuste cause de calfater le gallion que la bonne femme boursouffloit, ung pied chauss&#233; &amp; l'aultre nu, le remboursant bas &amp; roit en sa conscience d'autant de baguenaudes, comme il y a de poil en dix huict vaches, &amp; autant pour le brodeur.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais en ce qu'il met sus au defendeur, qu'il feust saccacrappateur, fromager, &amp; caqueneur de mornie, qui n'a est&#233; trouv&#233; vray, comme bien l'a deduict le dict defendeur, la court le condemne en troys verres de caillebotte asimentee, preloritantee, godes de pisser, comme est la coustume du pays, envers le dict defendeur, payable &#224; la my aoust en may.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais le dict defendeur sera tenu de fournir de foin &amp; d'estouppe &#224; l'embouchement des chaussetrappes guturales embrelicoqu&#233;es de gueuleveaux bien linez &#224; poyvre pertuy. Et amys comme devant, sans despens, &amp; pour cause.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;FRAN&#199;OIS BON : &#171; Interminable s&#233;rie de coq-&#224;-l'&#226;ne &#187;, dit la Pl&#233;iade. &#171; Salade de locutions &#187;, dit Droz. Et pourtant, l'incroyable marche en avant d'une invention, de la langue qui se fabrique elle-m&#234;me, une mont&#233;e en pression. Mais cela se distend &#224; coups de proverbes, et dessous la langue, ses suites d'ombres : les mots &#171; s&#233;dition &#187;, &#171; r&#233;bellion &#187;, &#171; nuit &#187; &#8212; un glissement s'est fait. Au cours des trois plaidoiries, la plastique et le rythme ont command&#233; au sens. Dans la premi&#232;re, quand il le domine, elle cesse. Humevesne, quand il r&#233;pondra, partira lui de cet &#233;tat &#224; l'envers de la langue, et cela ne marche plus &#224; coups de disjonctions : cela se ronge. D'autres fant&#244;mes surgissent au travers des mots : d&#233;bauche, mati&#232;re f&#233;cale, usurier avec cannibale, alchimiste et astrologue, des expressions comme &#171; vivez en souffrance &#187;, et dangereuses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rabelais vient d'inventer ses caves. La libert&#233; prise avec le sens a fait surgir tout un grouillement, et la r&#233;ponse de Pantagruel peut basculer dans une organisation de rythme et de plastique qui peut, un temps, s'explorer elle-m&#234;me sans se pr&#233;occuper d'aucun sens. C'est m&#234;me le comique revendiqu&#233; du chapitre, et tout retombe sur ses pieds. Mais dans ce que Rabelais aura arrach&#233; au non-sens par ses trois plaidoiries dans leur ordre serr&#233;, il puisera &#224; pleine main. Des trappes, d&#233;sormais ouvertes au fond des mots : il suffit de se pencher et d'ouvrir. Ainsi va Pantagruel dans ses farces, escalier g&#233;ant o&#249; tout compte.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; Vous aultres gens de l'aulte monde tenez pour chose admirable. Representez vous un monde haut, donnez y allegorie &amp; intelligence tant grave que vouldrez, &amp; y ravasser vous &amp; tout le monde, ainsi que vouldrez. N'en fault &#224; plaisir, &#244; chose grande, chose admirable. Le monde ne faict plus que resver. Il approche de sa fin. Or tenez. Des nopces, des nopces, des nopces. Car voyez le pont aux asnes de logicque. Voyez le trebuchet. Voyez la difficult&#233; de pouvoir exprimer pour les abismes erigez au dessus des nus.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Portrait de Panurge. Panurge estoit de stature moyenne nu trop grand ny trop petit, et avoit le nez ung peu aquillin faict &#224; manche de rasouer. Et pour lors estoit de l'aage de trente &amp; cinq ans ou environ, fin &#224; dorer comme une dague de plomb, bien galand homme de sa personne, sinon qu'il estoit quelque peu paillard, &amp; subiect de nature &#224; une maladie qu'on appeloit en ce temps l&#224;, faulte d'argent, c'est douleur non pareille : toutesfois il avoit soixante &amp; troys manieres d'en trouver tousiours &#224; son besoing, dont la plus honnorable &amp; la plus commune estoit par fa&#231;on de larrecin furtivement faict, malfaisant, bateur de pavez, ribleur s'il y en avoit en Paris.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Bougettes de Panurge&lt;/i&gt;. Et en son saye y avoit plus de vingt &amp; six petites bougettes &amp; fasques tousiours pleines, l'une d'ung petit deaul de plomb, &amp; d'ung petit cousteau affil&#233; comme une aiguille de peletier, dont il couppoit les bourses. En l'aultre ung tas de cornetz tous plains de pusses &amp; de poux, qu'il empruntoit des guenaulx de sainct Innocent &amp; les gettoit &#224; tout belles petites cannes ou plumes dont on escript, sur les colletz des plus sucr&#233;es damoiselles qu'il trouvoit. En l'aultre deux ou troys mirouers ardens, dont il faisoit enrager aulcunesfois les hommes et les femmes, &amp; leur faisoit perdre contenance &#224; l'esglise, car il disoit qu'il n'y avoit qu'ung antistrophe entre femme folle &#224; la messe, &amp; femme molle &#224; la fesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[&#8230;]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En l'aultre avoit tout plain de forme pulveris&#233;e bien subtilement, &amp; l&#224; dedans mettoit ung mouchenet beau &amp; bien ouvr&#233;, qu'il avoit desrob&#233; &#224; la belle lingi&#233;re du Palays, en luy ostant ung poulx dessus son sein, lequel toutesfoys il y avoit mis. Et quand il se trouvoit en compaignie de quelques bonnes dames, il leur mettoit sur le propous de lingerie, &amp; leur mettoit la main au sein, demandant, Et cest ouvraige, est il de Flandres ou de Haynault ? Et puis tiroit son mouchenet, disant, Tenez, tenez, voyez cy de l'ouvraige, elle est de Foutignan ou de Foutaraby. Et le secouoit bien fort &#224; leurs nez, &amp; les faisoit esternuer quatre heures sans repos. Cependant il pettoit comme ung roussin, &amp; les femmes rioient &amp; luy disoient, Comment, vous pettez Panurge ? Non foy, disoit il, madame, mais ie me accorde au contrepoinct de la musicque que vous sonnez du nez.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;FRAN&#199;OIS BON : Il y a quelque chose de difficile dans l'acc&#232;s &#224; &lt;i&gt;Pantagruel&lt;/i&gt;, en ce qu'il va ainsi d'une marche in&#233;gale. Pourtant, dans les pires farces de Panurge, c'est avec les plumes dont on &#233;crit que Rabelais jette puce et poux, ce qui gratte et d&#233;mange, sur son public. Et pour faire perdre contenance &#224; l'ordre en repr&#233;sentation, il le repr&#233;sente simplement dans l'&#233;glise : des miroirs ardents. Le livre toujours se disant lui-m&#234;me, jusque dans son rapport &#224; ses lecteurs, charriant donc, comme de la lave sur son magma de langue neuve, les cro&#251;tes arrach&#233;es &#224; la vieille terre f&#233;odale, soulev&#233;es, emport&#233;es.&lt;br class='autobr' /&gt;
Rabelais ne reviendra plus &#224; ce premier degr&#233; de la farce, et la maniera depuis cette zone du magma, dessous. Mais &lt;i&gt;Pantagruel&lt;/i&gt;, plus fragile, maladroit, n'est pas &#224; prendre avec des pincettes, morceau par morceau. Comme aux sculptures des cath&#233;drales, aux supplices en place publique du Moyen &#194;ge, quelque chose nous reste inacceptable ou simplement inaccessible. Et ce Moyen &#194;ge-l&#224;, tout fantastique, survit aussi dans Rabelais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;VAL&#200;RE NOVARINA : Je n'ai pas lu tout Rabelais, j'en garde pour plus tard, mais de temps en temps je vais y regarder. Je crois qu'il ne faut pas lire forc&#233;ment les livres toujours int&#233;gralement. Il y a des livres qu'on se met en r&#233;serve et on va mettre trente ans &#224; les lire, d'autres qu'on lira ligne &#224; ligne. Je ne l'ai pas lu, je ne l'ai jamais lu d'un trait. Devant des textes comme Rabelais, je me sens quand m&#234;me en sympathie, en terrain un peu... en terrain un peu... je ne sais pas. Parce que moi aussi, quand j'&#233;cris, &#231;a part souvent... Enfin au d&#233;but, c'est quand m&#234;me le rythme, ce sont des choses pas claires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors des choses s'&#233;claircissent, deviennent lisibles, mais il y a parfois une esp&#232;ce de battement : tout se pr&#233;sente d'une mani&#232;re un peu obligatoire. Il faut que... Je ne peux pas... Je suis oblig&#233; de passer par des tunnels, par des tentatives de travail dans le noir, compl&#232;tement avec les mains, compl&#232;tement manuelles, sans savoir, dans l'angoisse, et sans penser du tout faire un livre. Je suis oblig&#233; de repasser l&#224;-dedans et je ne peux pas choisir de br&#251;ler les &#233;tapes ni de passer tout de suite &#224; quelque chose de plus... Je ne sais pas, il y a une sorte de passage oblig&#233; par certaines choses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Quand tu &#233;cris, est-ce que tu es conscient que &#231;a va faire rire ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;VAL&#200;RE NOVARINA : Eh bien, pas du tout. Je suis m&#234;me tr&#232;s surpris au th&#233;&#226;tre &#8212; on voit &#231;a &#8212; parce que les gens rient parfois. Non, je ne me rends pas compte. Mais les gens rient parce qu'&#224; un moment il y a des concentrations : c'est une mani&#232;re de... c'est une d&#233;charge nerveuse. &#199;a peut se traduire en rire ou en larmes, ce n'est pas le probl&#232;me. Mais j'ai assez peu l'impression que tel moment est comme... Au contraire, c'est plut&#244;t constamment douloureux, constamment la description de choses tr&#232;s douloureuses. Et puis, une fois expuls&#233;, pris en relais par d'autres lecteurs, acteurs, etc., alors on peut en rire et &#231;a soulage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moi, je suis tout &#224; fait partisan de la catharsis par la litt&#233;rature. Il y a une purification des choses par le rire. Bon, le rire, le comique se fabrique avec des choses proches de la folie quand m&#234;me, souvent. C'est une sorte de mime de choses vraiment de la folie quand m&#234;me, dans l'&#233;criture et dans le... et peut-&#234;tre particuli&#232;rement dans le comique. Des choses qui pourraient &#234;tre l'enfermement complet et qui ne le sont pas finalement, parce que les gens parcourent &#231;a, ils viennent d&#233;nouer &#231;a. Mais l'&#339;uvre pourrait &#234;tre compl&#232;tement referm&#233;e sur elle-m&#234;me comme un tombeau d&#233;finitif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;MICHAEL SCREECH : Mais il est tr&#232;s difficile de savoir combien de gens lisaient Rabelais quand m&#234;me. On sait que Rabelais &#233;tait lu &#224; la Cour. On sait que lorsque Fran&#231;ois Ier a entendu dire que Rabelais &#233;tait h&#233;r&#233;tique, il a fait lire ses livres par le meilleur anagnoste &#8212; le meilleur lecteur du royaume &#8212;, qui &#233;tait l'&#233;v&#234;que de Sens. Il me semble qu'on doit se souvenir, lorsqu'on parle de Rabelais comme d'un livre grivois, que son texte ne contient aucun mot qu'un &#233;v&#234;que ne puisse lire en public devant son roi, qui &#233;tait entour&#233; de toutes les dames de la cour, en m&#234;me temps &#233;videmment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la Cour, est-il lu ? J'ai publi&#233; tr&#232;s r&#233;cemment une bibliographie de tous les exemplaires de toutes les &#233;ditions de Rabelais qu'on puisse retrouver dans le monde entier, et on est frapp&#233; par le fait que ces livres appartiennent assez souvent aux gens de cour : au roi d'Angleterre, au roi de France, &#224; Gabriel d'Estr&#233;es. D'autres appartenaient aux grandes biblioth&#232;ques des j&#233;suites, etc. Rabelais &#233;tait tr&#232;s lu dans la haute soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-ce qu'il &#233;tait aussi lu par le grand public ? Ou est-ce que, dans des soir&#233;es, celui qui savait lire lisait Rabelais &#224; ceux qui ne savaient pas lire ou n'avaient pas enti&#232;rement ? C'est une id&#233;e romantique qui est tr&#232;s tentante. Mais imaginez-vous, &#224; un moment donn&#233;, un homme qui n'a pas une &#233;ducation tr&#232;s d&#233;velopp&#233;e essayant de lire &#8212; seulement de prononcer &#8212; l'&#233;pisode de Bridoye dans le &lt;i&gt;Tiers Livre&lt;/i&gt; ? Est-ce qu'il saurait comment r&#233;soudre ces abr&#233;viations latines ? Ou si vous prenez la liste des livres satiris&#233;s dans &lt;i&gt;Pantagruel&lt;/i&gt;, les livres satiris&#233;s sont des livres &#233;crits en latin. L'un des premiers, c'est &lt;i&gt;Bragheta Juris&lt;/i&gt;. Eh bien, le mot &#171; Bragheta &#187; aurait fait rire, mais est-ce que les gens auraient connu le livre &lt;i&gt;Parcardia casuum juristarum &lt;/i&gt; ?&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Combat contre Loupgarou.&lt;/i&gt; Ce faict voyant Pantagruel que Loupgarou approchoit la gueulle ouverte, vint contre luy hardiment &amp; s'escrya &#034;A mort ribault &#224; mort&#034;. Puis luy getta de sa barque, qu'il portoit &#224; sa ceincture, plus de dix &amp; huit cacques de sel, dont il luy emplit &amp; gorge &amp; gouzier. Quoy voyant Pantagruel desploya ses bras &amp; comme est l'art de la hasche, luy donna du gros bout de son mast, en estoc au dessus de la mamelle. Ce que voyant Pantagruel, luy court sus, &amp; luy vouloit avaler la teste tout net. Disant, Meschant &#224; ceste heure te hascheray ie comme chair &#224; patez, luy frappa du pied ung grand coup contre le ventre, qu'il le getta en arriere &#224; iambes redindaines, &amp; vous le trainoit ainsi &#224; l'escorche cul plus d'ung trait d'arc. Et Pantagruel print Loupgarou par les deux pieds, &amp; du corps de Loupgarou arm&#233; d'enclumes frappoit parmy ces geans armez de pierre de taille, &amp; les abattoit comme ung ma&#231;on faict de couppeaulx, que nul n'arrestoit devant luy qu'il ne ruast contre terre. Finablement voyant que tous estoient mors, getta le corps de Loupgarou tant qu'il peut contre la ville, &amp; en tombant du coup tua ung chat brusl&#233;, une chatte mouill&#233;e, une canne petiere, &amp; ung oyson brid&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;MICHAEL SCREECH : Le plus marquant, il me semble, c'est la pri&#232;re de Pantagruel avant la guerre contre Loupgarou, o&#249; vous avez une densit&#233; th&#233;ologique frappante. Vous &#234;tes dans le contexte de l'histoire &#8212; un peu grivois et en tout cas pas tr&#232;s profond. Et puis vous avez une pri&#232;re ancr&#233;e non seulement dans des textes bibliques, mais dans une interpr&#233;tation de ces textes qu'on pouvait lire en latin dans d'immenses tomes, si on voulait, publi&#233;s par Lef&#232;vre d'&#201;taples ou par &#201;rasme. Ce qui repr&#233;sente, je suppose, d&#233;j&#224; une volont&#233; de propagande. Et je crois que Rabelais &#233;tait en effet un auteur qui faisait de la propagande, mais il ne faisait pafs que cela !&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Pri&#232;re de Pantagruel&lt;/i&gt;. Seigneur dieu qui tousiours a est&#233; mon protecteur &amp; mon servateur, tu voys la destresse en laquelle ie suis maintenant. Riens icy ne me amene, sinon zele naturel comme tu as conced&#233; es humains de garder &amp; defendre soy, leurs femmes, enfans, pays, &amp; famille. Car tu es le tout puissant, qui en ton affaire propre, &amp; o&#249; ta cause propre est tir&#233;e en action, te peulx defendre trop plus qu'on ne s&#231;auroit estimer : toy qui as milliers de centaines de millions de legions d'anges, duquel le moindre peut occire tous les humains, &amp; tourner le ciel &amp; la terre &#224; son plaisir, comme bien appareut en l'arm&#233;e de Sennacherib. Doncques s'il te plaist &#224; ceste heure me estre en ayde comme en toy seul est ma totalle confiance &amp; espoir, Ie te fays veu que par toutes contr&#233;es tant de ce pays de Utopie que d'ailleurs o&#249; ie auray puissance &amp; auctorit&#233;, Ie feray prescher ton sainct Evangile, purement, simplement, &amp; entierement, si que les abuz d'ung tas de papelars &amp; faulx prophetes, qui ont par constitutions humaines &amp; inventions deprav&#233;es envenim&#233; tout le monde, seront d'entour moy extermin&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;MICHAEL SCREECH : Ah oui, &#171; exterminer &#187; veut dire &#224; l'&#233;poque &#8212; n'oubliez pas &#8212; chasser hors des fronti&#232;res. &lt;i&gt;Exterminare&lt;/i&gt;, c'est le latin. Et je crois que vous avez l&#224; justement l'influence de Luther. Luther ne croyait pas que les th&#233;ologiens avaient le droit de tuer qui que ce soit. Si vous n'&#233;tiez pas d'accord avec quelqu'un, vous ne vous tourniez pas vers le bourreau pour d&#233;cider la question. Mais on peut, dans certains cas, exterminer les gens, c'est-&#224;-dire les chasser hors des fronti&#232;res. Et je crois que vous avez l&#224; &#8212; et pour d'autres raisons aussi &#8212; une th&#233;ologie nettement luth&#233;rienne dans cette lettre, dans cette pri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce qui aurait frapp&#233; les gens de l'&#233;poque, je crois, c'est la notion qu'on doit aider Dieu et ne pas l'aider dans certaines circonstances. Et lorsque Pantagruel, dans ses pri&#232;res, insiste pour dire que Dieu ne veut nulle &lt;i&gt;coadjutorie&lt;/i&gt; dans certaines circonstances, cela aussi est luth&#233;rien. Plus tard, Rabelais met l'accent sur le devoir, en effet, d'aider Dieu. Mais la notion d'aider Dieu est une id&#233;e complexe, parce que si Dieu est tout-puissant, en quel sens peut-il avoir besoin ou d&#233;sirer m&#234;me l'aide de l'homme ? Et plus tard, Rabelais pr&#233;f&#232;re &#8212; avec Lef&#232;vre d'&#201;taples d'ailleurs &#8212; remplacer le mot &#171; aider &#187; par &#171; coop&#233;rer &#187;. On peut coop&#233;rer avec Dieu ; l'aider, c'est un peu plus ambigu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;FRAN&#199;OIS BON : Pri&#232;res, d&#233;tresse, &#171; tourner le ciel et la terre &#224; son plaisir &#187;, menaces, d&#233;prav&#233;es, proph&#232;tes. Voil&#224; &#224; quoi nous a men&#233;s, au terme de Pantagruel, la farce. Rabelais a constitu&#233; son orgue : en voil&#224; l'ultime registre. D&#233;sormais, il lui faut rejouer, et rejouer plus fort. Construction d&#233;lib&#233;r&#233;e, rigoureuse et la plus simple : repartir du m&#234;me endroit, en creusant plus fort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;coutez le texte qui vient. Il est l'un des plus magiques, des plus secrets, sous sa simplicit&#233; m&#234;me, de toute notre langue. Derni&#232;re marche du &lt;i&gt;Pantagruel&lt;/i&gt;, mais comme une &#233;l&#233;vation o&#249; le fantastique trouve son &#233;vidence par ce fonctionnement o&#249; le plus simple vient imposer le plus &#233;trange. Raison d'&#234;tre de l'escalier g&#233;ant que nous avons descendu tout au long du livre. On entre dans le monde du dedans, l'autre moiti&#233; du monde, dans la bouche m&#234;me du g&#233;ant, pays oubli&#233; dont Rabelais nous dit avoir oubli&#233; le nom. Mais nous, nous le reconnaissons : c'est le pays de &lt;i&gt;Gargantua&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a fait un livre pour cr&#233;er le corps d'un g&#233;ant et, comme un peintre entre dans sa toile, voil&#224; que dans le corps du g&#233;ant on d&#233;couvre ce que le monde r&#233;el aurait interdit si le livre n'y avait fait place : le pays de l'enfance. Chercher dans les grands livres, il n'en est pas qui ne marche ainsi &#224; reculons, comme on va dans le sommeil. &#201;cluse qui s'ouvre lentement de Rabelais &#224; lui-m&#234;me. Et dans la bouche du g&#233;ant, dans l'exploration de la voix apr&#232;s qu'elle a repouss&#233; le monde : le pays d'enfance, tout le livre &#224; venir de &lt;i&gt;Gargantua&lt;/i&gt;. &#201;coutez l'un des textes les plus magiques et secrets de notre langue.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment Pantagruel de sa langue couvrit toute une arm&#233;e, &amp; de ce que l'auteur veit dedans sa bouche.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Adoncq tous se mirent en ordre comme deliberez de donner l'assault. Mais au chemin passans une grande campaigne, furent saisys d'une grosse houz&#233;e de pluye. A quoy ilz commencerent &#224; se tremousser &amp; se serrer l'ung l'aultre. Ce que voyant Pantagruel leur fist dire par les capitaines que ce n'estoit riens, &amp; qu'il voyait bien au dessus des nues que ce ne seroit qu'une petite venue : mais &#224; toutes fins qu'ilz se missent en ordre &amp; qu'il les vouloit couvrir. Lors se mirent en bon ordre &amp; bien serrez. Adoncques Pantagruel tira la langue seulement &#224; demy, &amp; les en couvrit comme une gelline faict ses poulletz.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce pendant ie qui vous fays ces tant veritables contes, m'estoys cach&#233; dessoubz une feuille de Bardane, qui n'estoit point moins large que l'arche du pont de Monstrible : mais quand ie les veiz ainsi bien couverts ie m'en allay &#224; eulx rendre &#224; l'abrit : ce que ie ne peuz tant ilz estoient comme l'on dit, au bout de l'aulne fault le drap. Doncques le mieux que ie peu ie montay dessus &amp; cheminay bien deux lieues sus sa langue, tant que ie entray dedans sa bouche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[&#8230;]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais o dieux &amp; desses, que veiz ie l&#224; ? Iuppiter me confonde de la fouldre trisulque si ien mens. Ie y cheminois comme l'on faict en Sophie &#224; Constantinople, &amp; y veiz de grans rochiers, comme les monts des Dannoys, ie croy que c'estoient les dentz : &amp; de grans prez, de grans foretz, &amp; de fortes &amp; grosses villes non moins grandes que Lyon ou Poictiers. Et le premier que y trouvay, ce fut ung bon homme qui plantoit des choulx. Dont tout esbahy luy demanday. Mon amy que fays tu icy ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Ie plante, dist il, des choux.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et &#224; quoy ny comment ? dys ie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ha monsieur, dist il, chascun ne peut avoir les couillons aussi pesans qu'ung mortier, ilz ne povent pas estre tous riches. Ie gaigne ainsi ma vie : &amp; les porte vendre au march&#233; en la cit&#233; qui est icy derriere.&lt;br class='autobr' /&gt;
Iesus (dys ie) il y a icy ung nouveau monde.&lt;br class='autobr' /&gt;
Certes (dist il) il n'est mie nouveau : mais l'on dit bien que hors d'icy il y a une terre neufve o&#249; ilz ont et soleil et lune et tout plain de belles besoingnes, mais cestuy cy est plus ancien.&lt;br class='autobr' /&gt;
Voire mais (dis ie) mon amy, dont vous viennent ces pigeons icy ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Sire (dist il) ilz viennent de l'aultre monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[&#8230;]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors, je pensais que, quand Pantagruel baillait, les pigeons &#224; pleine vol&#233;e entra&#238;daient dans sa gorge, pensant que fut un Colombier. De l&#224; partant, passer entre les rochers qui &#233;taient ses dents, et fi que je montais sur une, et l&#224; trouver les plus beaux lieux du monde, beaux grands jeux de paumes, belles galeries, belles prairies, force vignes et une infinit&#233; de cassines &#224; la mode italique par les champs pleins de d&#233;lices, et l&#224; de mourir bien quatre mois, et ne fions que telle chair pour l'or. Puis trouver une petite bourgade &#224; la d&#233;val&#233;e, j'ai oubli&#233; son nom. o&#249; je fis encore meilleur cher que jamais et gagner quelques peu d'argent pour vivre. Savez-vous comment ? A dormir ! Car l'on loue les gens &#224; journ&#233;e pour dormir et gagner cinq et six sols par jour, mais ceux qui ronflent bien, fort, gagnent bien sept sols et demi. L&#224;, commencez &#224; penser qu'il est bien vrai ce que l'on dit, que la moiti&#233; du monde ne sait comment l'autre vit.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Avec la participation de Val&#232;re Novarina, est venu sp&#233;cialement d'Oxford &#224; Paris Michael Screech. Les textes &#233;taient dits par Claude Degliame, Ros&#233;liane Goldstein et Laurence Mayor. &#192; la r&#233;gie : Myron Nerson, assist&#233; de Claude Niort. &lt;i&gt;La Passion Rabelais&lt;/i&gt;, une &#233;mission propos&#233;e par Christine Robert et Fran&#231;ois Bon.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div class='spip_document_16693 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/french_school_-_illustration_from_gargantua_and_pantagruel_by_franois_rabelais__engraving__-__meisterdrucke-911912_.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/french_school_-_illustration_from_gargantua_and_pantagruel_by_franois_rabelais__engraving__-__meisterdrucke-911912_.jpg?1770331872' width='500' height='414' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Nuits magn&#233;tiques&lt;/i&gt;. &lt;i&gt;La Passion Rabelais&lt;/i&gt;, une &#233;mission de Christine Robert et Fran&#231;ois Bon. &lt;i&gt;Le Tiers Livre.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Pantagrueline Prognostication&lt;/i&gt;. Ce que nous voyons encores de iour en iour par France, o&#249; le premier propos qu'on tient &#224; gens fraischement arrivez sont. Quelles nouvelles ? s&#231;avez vous rien de nouveau ? Qui dict ? qui bruyt par le monde ? Et tant y sont attentifz, que souvent se courroussent contre ceulx qui viennent de pays estranges sans apporter pleines bougettes de nouvelles, les appellant veaulx &amp; idiotz.&lt;br class='autobr' /&gt;
Voulant doncques satisfaire &#224; la curiosit&#233; de tous bons compaignons, iay revolv&#233; toutes les Pantarches des cieulx, calcul&#233; les quadratz de la Lune, crochet&#233; tout ce que iamais penserent tous les astrophiles, hypernephelistes, Anemophylaces, Uranopetes, &amp; Ombrophores. Tout le tu autem ay icy en peu de chapitres redig&#233;, vous asseurant que ie n'en dis sinon ce que ien pense, &amp; n'en pense sinon ce que en est, &amp; n'en est aultre chose pour toute verit&#233; que ce qu'en lirez &#224; ceste heure.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dun cas vous advertys. Que si ne croyez le tout vous me faictes un maulvais tour, pour lequel ycy ou ailleurs serez tres griefvement puniz.&lt;br class='autobr' /&gt;
Or mouchez voz nez petitz enfans : &amp; vous aultres vieux resveurs affutez voz bezicles &amp; pesez ces motz au pois du Sanctuaire.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La Passion Rabelais&lt;/i&gt; : le &lt;i&gt;Tiers Livre des faits et dits h&#233;ro&#239;ques du bon Pantagruel&lt;/i&gt;. En direct avec Claude Degliame, Ros&#233;liane Goldstein et Laurence Mayor.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Pronostic&lt;/i&gt;.Ceste ann&#233;e seront tant d'ecclipses du Soleil &amp; de la Lune que iay peur (&amp; non &#224; tort) que noz bourses en patiront inanition &amp; nos sens perturbation. Saturne sera retrograde. Venus directe. Mercure insconstant. Et un tas d'aultres planetes ne iront pas &#224; vostre commendement.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dont pour ceste ann&#233;e les chancres iront de coust&#233;, &amp; les cordiers &#224; reculons, les pusses seront noires pour la plus grande part, le ventre ira devant, le cul se assoira le premier.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ceste ann&#233;e les aveugles ne verront que bien peu, les sourdz oyront assez mal : les muetz ne parleront guieres : les riches se porteront un peu mieulx que les pauvres, &amp; les sains mieulx que les malades.&lt;br class='autobr' /&gt;
Plusieurs moutons, boeufz, pourceaulx, oysons, pouletz &amp; canars, mourront &amp; ne sera sy cruelle mortalit&#233; entre les cinges &amp; dromadaires.&lt;br class='autobr' /&gt;
Vieillesse sera incurable ceste ann&#233;e &#224; cause des ann&#233;es pass&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[&#8230;]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La plus grande folie du monde est de penser qu'il y a des astres pour les Roys, Papes, &amp; gros seigneurs, plustost que pour les pauvres &amp; souffreteux, comme si nouvelles estoilles avoient est&#233; cr&#233;ez depuis le temps du deluge.&lt;br class='autobr' /&gt;
Tenant doncques pour certain que les astres se soucient aussi peu des Roys comme gueux, &amp; des riches comme des maraux, ie laisseray es aultres folz pronosticqueurs &#224; parler des Roys &amp; riches, &amp; parleray des gens de bas estat.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et premierement des gens soubmis &#224; Saturne, comme gens despourveuz d'argent, ialoux, resveurs, mal pensans, soubsonneux, preneurs de taulpes, usuriers, tanneurs de cuirs, fondeurs de cloches, rataconneurs de bobelins, gens melancholicques, n'auront en ceste ann&#233;e tout ce qu'ilz voudroient bien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[&#8230;]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A Iupiter comme cagotz, caffars, botineurs, porteurs de rogatons, abbreviateurs, scripteurs, copistes, bulistes, chatemittes, torticollis, barbouilleurs de papiers, esperrucquetz, maminotiers, patenostriers, notaires, promoteurs, se porteront selon leur argent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A Mars comme bourreaux, meurtriers, adventuriers, sergeans, arracheurs de dens, bouchiers, faulx monnoieurs, medicins de trinquenique, ramonneurs de chemin&#233;e, alchimistes, coquassiers, seront fort subiectz &#224; recepvoir quelque coup de baston &#224; l'embl&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
A Sol comme beuveurs, enlumineurs de museaulx, ventres &#224; poulaine, brasseurs de biere, boteleurs de foing, portefaix, faulcheurs, recouvreurs, degresseurs de bonnetz, emboureurs de batz, generalement tous portans la chemise nou&#233;e sur le dos : seront sains &amp; alaigres &amp; n'auront la goutte es dentz quand ilz seront de nopces.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[&#8230;] A Venus comme putains, maquerelles, marioletz, bougrins, bragars, napleux, eschancrez, ribleurs, chamberieres dhostelerie, nomina mulierum desinentia in iere, ut lingiere, advocatiere, taverniere, buandiere, frippiere seront ceste ann&#233;e en reputation. Les nonnains &#224; poine concepvront sans penetration virile.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais allez vous pendre, ia ne sera aultre lune que celle laquelle dieu crea au commencement du monde.&lt;br class='autobr' /&gt;
En toute ceste ann&#233;e ne sera qu'une Lune, encores ne sera elle poinct nouvelle.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;FRAN&#199;OIS BON : Souvenez-vous : la fin de &lt;i&gt;Pantagruel&lt;/i&gt;. Alcofribas, les lettres en d&#233;sordre du nom de l'auteur, entre dans le corps m&#234;me de son g&#233;ant. Il se d&#233;couvre dans ce pays d'un autre monde, le pays int&#233;rieur, une suite de possibilit&#233;s quasi initiatiques du r&#233;cit. Pantagruel, maladroit, in&#233;gal, mais avec, sur son paysage de farce, un escalier dans la langue. Un escalier qui donne sur rien et qui reste l&#224;, au milieu, comme si Rabelais lui-m&#234;me &#233;tait &#233;tonn&#233; de cette magie neuve du Verbe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Gargantua&lt;/i&gt; reprend la donne : livre d'une seule venue et &#226;pre, secret, avec des vertiges de construction qui emp&#234;chent de le r&#233;duire &#224; une quelconque des directions qu'il indique dans les conflits du temps ou leur symbole. Les &#233;ditions fran&#231;aises courantes, dans un touchant ensemble et par le bon sens de ces hommes savants, pr&#233;tendent faire lire &lt;i&gt;Gargantua&lt;/i&gt; avant &lt;i&gt;Pantagruel&lt;/i&gt;, l'achever avant le tremplin, sous pr&#233;texte qu'il s'agit de l'histoire du p&#232;re. Pourtant, &lt;i&gt;Gargantua&lt;/i&gt; cite &lt;i&gt;Pantagruel&lt;/i&gt;, s'y r&#233;f&#232;re. Surtout, on n'y comprend plus rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;MADAME CHEMIN (mus&#233;e Rabelais) : Fin novembre, La Devini&#232;re, maison natale et mus&#233;e Rabelais. C'est l&#224; qu'on a entrepos&#233; aussi les traductions &#233;trang&#232;res ; vous les avez vues. Alors il y en a peut-&#234;tre trois qui sont un petit peu plus &#8212; je ne dirais pas exceptionnelles &#8212; peut-&#234;tre un peu plus rares, qu'on a un peu plus de mal &#224; trouver, qui sont sous le plan de Paris. Il y a une traduction en japonais, une traduction en h&#233;breu, et puis une traduction en ukrainien qui est relativement rare parce qu'elle a &#233;t&#233; imprim&#233;e en Ukraine. Comme il y a pas mal d'ann&#233;es qu'on n'imprime plus en Ukraine, elle est relativement rare.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour la beaut&#233; du livre, il y a de tr&#232;s belles &#233;ditions. Les &#233;ditions Michel de L'Orme-Moret qui sont magnifiques. Il y a les &#233;ditions... qui &#233;dite en Suisse. Je ne me souviens plus de son nom. Droz ? Non, ce n'est pas... Je ne me souviens plus de son nom.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, en &#233;dition d'art &#8212; ce qu'on peut appeler une &#233;dition d'art &#8212;, ou des &#233;diteurs qui diffusent uniquement par bibliophilie, on en trouve pas mal de tr&#232;s belles &#233;ditions. Apr&#232;s, on re&#231;oit les &#233;ditions classiques : la Pl&#233;iade, Garnier... Actuellement &#8212; c'est une opinion tout &#224; fait personnelle &#8212;, celle que je trouve la plus pratique, mais vraiment pratique, pour un prix raisonnable pour un livre, ce sont les &#233;ditions int&#233;grales du Seuil, qui sont moiti&#233; fran&#231;ais ancien, moiti&#233; fran&#231;ais moderne. Parce qu'elles sont pratiques, je dis bien, c'est un point de vue pratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si on veut une traduction en fran&#231;ais moderne, disons que c'est la meilleure. Mais bon, c'est certain que &#231;a enl&#232;ve le style, &#231;a enl&#232;ve la saveur du texte, &#231;a enl&#232;ve... C'est normal. S'il faut &#234;tre logique, il y a des expressions qui n'existent plus ou des mots qui n'existent plus qu'il a fallu remplacer par des expressions enti&#232;res : &#231;a casse le rythme, c'est normal. Bon, puis ce sont les images en plus... rien n'est pareil. Mais &#231;a donne peut-&#234;tre une possibilit&#233; aux gens de le lire d'abord en fran&#231;ais moderne et d'y revenir en fran&#231;ais ancien. C'est peut-&#234;tre un palier pour que les gens lisent Rabelais ensuite dans le texte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parce que le premier mot des gens, c'est : &#171; le langage utilis&#233; par Rabelais, la langue du XVIe si&#232;cle, &#231;a leur para&#238;t &#234;tre un barrage insurmontable &#187;. &#199;a offre peut-&#234;tre une &#233;tape. La premi&#232;re fois que je l'ai lu, je l'ai lu dans le texte. Bon, j'ai eu des probl&#232;mes comme tout le monde, c'est ind&#233;niable. J'ai fait de nombreux retours aux r&#233;f&#233;rences, aux lexiques. Et puis, &#224; force de le lire, on s'habitue &#224; ce vocabulaire et on finit par... M&#234;me si on n'est pas toujours capable de donner une d&#233;finition tr&#232;s exacte des mots, on a une id&#233;e de ce qu'ils veulent dire et on finit par comprendre le texte. Mais &#231;a peut &#234;tre un palier, une &#233;dition mixte comme celle-ci.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un endroit que j'aime le mieux... J'aime bien une phrase, mais j'ai s&#251;rement &#233;corch&#233; parce que je n'arrive pas &#224; la mettre de t&#234;te. Une phrase de Rabelais quand il dit qu'il ne b&#226;tit que sur des pierres vives : les hommes. J'aime beaucoup cette phrase, entre autres. Ce sont plus des petites choses comme &#231;a, par-ci par-l&#224;, que des passages entiers. Mais j'aime en particulier cette phrase.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;FRAN&#199;OIS BON : Qui ne proc&#232;de pas soi-m&#234;me &#224; la mise en ordre, lire &lt;i&gt;Gargantua&lt;/i&gt; apr&#232;s &lt;i&gt;Pantagruel&lt;/i&gt;, se bloque dans Rabelais, ne va pas plus loin. C'est d'un assassinat en douceur qu'il s'agit, pareil &#224; ces braves &#233;ditions traduites en fran&#231;ais moderne, comme si Rabelais n'&#233;tait pas encore en avant de nous-m&#234;mes. On ne peut lire les Dipsodes apr&#232;s Picrochole ; et le Tiers Livre, le Quart Livre restent des massifs m&#233;connus, voire ignor&#233;s. Quand l'&#339;uvre de Rabelais est d'une seule venue, un seul mouvement vers ce que Rabelais appelait le &#171; grand peut-&#234;tre &#187; : remettez les livres dans l'ordre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Th&#233;l&#232;me, la fin ouverte et comme fig&#233;e de &lt;i&gt;Gargantua&lt;/i&gt;, devient tout naturellement le centre g&#233;ographique de l'&#339;uvre, et il n'y a plus qu'&#224; tourner la page pour ouvrir le gouffre tout neuf, le prochain livre. Ce soir : le Tiers Livre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Gargantua&lt;/i&gt;, en finissant sur Th&#233;l&#232;me, inscrivait l'utopie dans le monde, mais une utopie close, emmur&#233;e. Panurge n'y avait pas sa place ; c'est chez lui qu'on se retrouve. Th&#233;l&#232;me figeait le monde &#224; l'envers. Le Salmigondin de Panurge : l'utopie devient le r&#234;ve d'un instant, quelque chose d'entrevu au passage. On se retrouve du bon c&#244;t&#233; de la vie, l&#224; o&#249; &#231;a grouille, o&#249; &#231;a mange. Et d&#233;marre la nouvelle boucle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui s'&#233;crit dans le Tiers Livre, c'est encore la m&#234;me percussion. Mais cette fois, comme &lt;i&gt;Gargantua&lt;/i&gt;, mais mental. Une guerre non plus en Touraine, mais dans la t&#234;te. Comme &lt;i&gt;Gargantua&lt;/i&gt;, mais mental ; une guerre non plus en Touraine, mais dans la t&#234;te ; un travail de dissociation o&#249; le g&#233;ant garde taille humaine, mais peu &#224; peu incarnera un g&#233;ant besoin de savoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Tiers Livre&lt;/i&gt;, encore un escalier dans un paysage immobile, et quatre cercles d&#233;crits entre les mondes et les signes pour explorer du dedans l'espace cette fois d&#233;nud&#233; de la parole. Moins connu, le &lt;i&gt;Tiers Livre&lt;/i&gt; en tire l'avantage d'&#234;tre moins faussement connu. Plaisir plus corrosif, acide, o&#249; les figures de la mort commencent &#224; affleurer sous les mots et appellent la hantise.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Panurge dilapide&lt;/i&gt;. Donnant Pantagruel ordre au gouvernement de toute Dipsodie, assigna la chastellenie de Salmiguondin &#224; Panurge, valent par chascun an 6789106789. Royaulx en deniers certains, non comprins l'incertain revenu des Hanetons, &amp; Cacquerolles, montant bon an mal an de 2345768. &#224; 2435769. moutons &#224; la grande laine. Quelques foys revenoit &#224; 1234554321. Seraphz : quand estoit bonne ann&#233;e de Cacquerolles, &amp; Hanetons de requeste. Mais ce n'estoit tous les ans. Et se gouverna si bien &amp; prudentement monsieur le nouveau chastellain, qu'en moins de quatorze iours il dilapida le revenu certain &amp; incertain de sa Chastellenie pour troys ans. Non proprement dilapida, comme vous pourriez dire en fondations de monast&#232;res, erections de temples, bastimens de collieges &amp; hospitaulx, ou iectant son lard aux chiens. Mais despendit en mille petitz banquetz &amp; festins ioyeulx, ouvers &#224; tous venens, mesmement bons compaignons, ieunes fillettes, &amp; mignonnes gualoises. Abastant boys, bruslant les grosses souches pour la vente des cendres, prenent argent d'avance, achaptant cher, vendent &#224; bon march&#233;, &amp; mangeant son bled en herbe.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;FRAN&#199;OIS BON : Rabelais a mis dix ans pour publier son &lt;i&gt;Tiers Livre&lt;/i&gt;. Il a donc pr&#232;s de soixante ans maintenant, dix ans de voyages en Italie, dix ans de diplomatie &#224; suivre les fr&#232;res Du Bellay et &#224; partager leurs fortunes politiques. Ils sont les conseillers les plus &#233;clair&#233;s de Fran&#231;ois Ier, lequel n'a pas toujours envie d'&#234;tre &#233;clair&#233;, et Jean Du Bellay est le premier responsable de sa politique ext&#233;rieure. Il portera m&#234;me la charge de n&#233;gociations secr&#232;tes avec les Turcs pour contenir Charles Quint. On lui confiera aussi &#8212; et Rabelais est toujours dans l'affaire &#8212; la fortification de Paris quand la ville sera menac&#233;e. Dix ans comme m&#233;decin personnel de Guillaume Du Bellay, r&#233;dacteur de ses m&#233;moires ou de livres techniques aujourd'hui disparus. Pour nous, dix ans de silence de l'abstracteur de quintessence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces dix ans, on les sent dessous chaque ligne du &lt;i&gt;Tiers Livre&lt;/i&gt;, dans les luminosit&#233;s, les audaces d'&#233;criture. Ce sont dix ans d'une exp&#233;rience dure de la vie, comme la mort de son fils Th&#233;odule, ou la disparition de son patron, Guillaume Du Bellay. Dix ans &#224; d&#233;pendre des autres, et au bout du compte, la possibilit&#233; pour la premi&#232;re fois de signer de son nom son livre &#8212; &lt;i&gt;Pantagruel&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Gargantua&lt;/i&gt; &#233;taient rest&#233;s anonymes. Quand Rabelais publie son &lt;i&gt;Tiers Livre&lt;/i&gt;, il est trop hasardeux de pr&#233;tendre que la suite de l'&#339;uvre est d&#233;j&#224;, sinon &#233;crite, du moins &#233;bauch&#233;e. Pourtant, cette id&#233;e d'un voyage qui ne finit pas, d'une travers&#233;e du monde et des mers vers un oracle symbolique, une utopie qu'on n'atteindrait pas pour ne pas la figer comme Th&#233;l&#232;me, est pr&#233;sente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a l'impression, au moment o&#249; ce voyage pourrait &#234;tre entrepris, que Rabelais d'un geste suspend tout. Une immobilit&#233; o&#249; il faudrait d'abord d&#233;brouiller ce que veut dire parler. Et dans cette immobilit&#233;, quatre cercles, avant que tous ne s'&#233;branlent. Premier cercle : la parole pure, la rh&#233;torique. Discours de Panurge, le discours &#224; la louange des pr&#234;teurs et des emprunteurs. Et ce mouvement, qui &#233;tait d&#233;j&#224; celui de Gargantua, devient incessant, chose qu'on pousse &#224; bout et qui se fige. Mais ce qui s'y met &#224; nu, de fa&#231;on neuve, c'est la seule question : le d&#233;fi de la question faite &#224; la vie, et qui lui refuse toute r&#233;ponse.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#201;loge des b&#226;tisseurs&lt;/i&gt; : Je ne b&#226;tis que pierres vives, ce sont hommes ! Repr&#233;sentez-vous un monde autre ! Je me perds en cette contemplation. Aux mondes heureux, aux gens de cestuy-mondes heureux ! Et les beaux b&#226;tisseurs nouveaux de pierres mortes ne sont &#233;crits en mon livre de vie !&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;FRAN&#199;OIS BON : &lt;i&gt;Tiers Livre&lt;/i&gt;, dernier cercle : l'oreille perc&#233;e &#224; la juda&#239;que, et y attacha un petit anneau d'or &#224; ouvrage de tauche, au chaton duquel &#233;tait une puce ench&#226;ss&#233;e &#8212; et &#233;tait la puce noire, afin que nul n'en dout&#226;t. C'est belle chose, &#234;tre en tout cas bien inform&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_16690 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/les_songes_drolatiques_de_pantagruel_ou_sont_contenues_plusieurs_figures_de_l_invention_de_maitre_franc_ois_rabelais_met_dp242808.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/les_songes_drolatiques_de_pantagruel_ou_sont_contenues_plusieurs_figures_de_l_invention_de_maitre_franc_ois_rabelais_met_dp242808.jpg?1770331548' width='500' height='359' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Panurge en philosophe&lt;/i&gt;. Print quatre aulnes de bureau : s'en acoustra comme d'une robbe longue &#224; simple cousture : desista porter le hault de ses chausses : &amp; attacha des lunettes &#224; son bonnet. En tel estat se presenta davant Pantagruel : lequel trouva le desguisement estrange, mesmement ne voyant plus la belle &amp; magnificque braguette, en laquelle il souloit comme en l'ancre sacre constituer son dernier refuge contre to' naufraiges d'adversit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment Panurge se conseille &#224; Pantagruel pour s&#231;avoir s'il se doibt marier.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Seigneur vous avez ma deliberation entendue, qui est me marier, si de malencontre n'estoient tous les trouz fermez, clous, &amp; bouclez. Ie vous supply par l'amour, que si longtemps m'avez port&#233;, dictez m'en vostre advis.&lt;br class='autobr' /&gt;
Puis (respondit Pantagruel) qu'une foys en avez iect&#233; le dez, &amp; ainsi l'avez decret&#233;, &amp; prins en ferme deliberation, plus parler n'en fault, reste seulement la mettre &#224; execution.&lt;br class='autobr' /&gt;
Voyre mais (dist Panurge) ie ne la vouldrois executer sans vostre conseil &amp; bon advis.&lt;br class='autobr' /&gt;
I'en suis (respondit Pantagruel) d'advis, &amp; vous le conseille.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais (dist Panurge) si vous congnoissiez, que mon meilleur feust tel que ie suys demeurer, sans entreprendre cas de nouvellet&#233;, i'aymerois mieulx ne me marier poinct.&lt;br class='autobr' /&gt;
Point doncques ne vous mariez, respondit Pantagruel.&lt;br class='autobr' /&gt;
Voire mais (dist Panurge) vouldriez vo' qu'ainsi seulet ie demeurasse toute ma vie sans compaignie coniugale ? Vous savez qu'il est escript, Veh soli. L'homme seul n'a iamais tel soulas qu'on veoyd entre gens mariez.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mariez vous doncq de par Dieu, respondit Pantagruel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[&#8230;] &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais si (dist Panurge) ma femme me faisoit coqu, comme vous s&#231;avez qu'il en est grande ann&#233;e, ce seroit assez pour me faire trespasser hors les gonds de patience. I'ayme bien les coquz, &amp; me semblent gens de bien, &amp; les hante voluntiers : mais pour mourir ie n'en vouldroys estre. C'est un poinct qui trop me poingt.&lt;br class='autobr' /&gt;
Poinct doncques ne vous mariez : (respondit Pantagruel) Car la sentence de Senecque est veritable hors toute exception. Ce qu'&#224; aultruy tu auras faict, soys certain qu'aultruy te fera.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dictez vous, demanda Panurge, cela sans exception ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Sans exception il le dict, respondit Pantagruel.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ho ho (dist Panurge) de par le petit diable. Il entend en ce monde, ou en l'aultre. Voyre mais puis que de femme ne me peuz passer en plus qu'un aveugle de baston (Car il faut que le virolet trote, aultrement vivre ne s&#231;auroys) n'est ce le mieulx que ie me associe quelque honneste &amp; preude femme, qu'ainsi changer de iour en iour avecques continuel dangier de quelque coup de baston, ou de la verolle pour le pire ? Car femme de bien oncques ne me feut rien. Et n'en desplaise &#224; leurs mariz.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mariez vous doncq de par Dieu, respondit Pantagruel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[&#8230;]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais si (dist Panurge) Dieu le vouloit, &amp; advint que i'esposasse quelque femme de bien, &amp; elle me bastist, ie seroys plus que tiercelet de Iob, si ie n'enrageois tout vif. Car l'on m'a dict, que ces tant femmes de bien ont communement maulvaise teste, ausi ont elles bon vinaigre en leur mesnaige. Ie l'auroys encore pire, &amp; luy batteroys tant &amp; trestant la petite oye, ce sont braz, iambes, teste, poulmon, foye, &amp; ratelle : tant luy deschicqueterois ses habillemens &#224; bastons rompuz, que le grand Diole en attendroit l'ame damn&#233;e &#224; la porte. De ces tabus ie me passerois bien pour ceste ann&#233;e, &amp; content serois n'y entrer poinct.&lt;br class='autobr' /&gt;
Point doncques ne vous mariez, respondit Pantagruel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[&#8230;]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voire mais, dist Panurge, estant en estat tel que ie suis, quitte, &amp; non mari&#233;. Notez que ie diz quitte en la male heure. Car estant bien fort endebt&#233;, mes crediteurs ne seroient que trop soigneux de ma paternit&#233;. Mais quitte, &amp; non mari&#233;, ie n'ay personne qui tant de moy se souciast, &amp; amour tel me portast, qu'on dist estre amour coniugal. Et si par cas tombois en maladie, traict&#233; ne serois qu'au rebours. Le saige dict. L&#224; o&#249; n'est femme, i'entends merefamiles, &amp; en mariage legitime, le malade est en grand estrif. I'en ay veu claire experience en papes, legatz, cardinaulx, evesques, abbez, prieurs, prebstres, &amp; moines. Or l&#224; iamais ne m'auriez.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mariez vous doncq de par Dieu, respondit Pantagruel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[&#8230;] Mais si, dist Panurge, estant malade &amp; impotent au debvoir de mariage, ma femme impatiente de ma langueur, &#224; aultruy se abandonnoit, &amp; non seulement ne me secourust au besoing, mais aussi se mocquast de ma calamit&#233;, &amp; (que pis est) me desrobast, comme i'ay veu souvent advenir : ce seroit pour m'achever de paindre, &amp; courir les champs en pourpoinct.&lt;br class='autobr' /&gt;
Poinct doncques ne vous mariez, respondit Pantagruel.&lt;br class='autobr' /&gt;
Voire mais, dist Panurge, ie n'aurois iamais aultrement filz ne filles legitimes, es quelz i'eusse espoir mon nom &amp; armes perpetuer : es quelz ie puisse laisser mes heritaiges &amp; acquetz, (i'en feray de beaulx un de ces matins, n'en doubtez, &amp; d'abondant seray grand retireur de rantes) avecques les quelz ie me puisse esbaudir, quand d'ailleurs serois meshaign&#233;, comme ie voys iournellement vostre tant bening &amp; debonnaire p&#232;re faire avecques vous, &amp; font tout gens de bien en leur serail &amp; priv&#233;. Car quite estant, mari&#233; non estant, estant par accident fasch&#233;, en lieu de me consoler, advis m'est que de mon mal riez.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mariez vous doncq de par Dieu, respondit Pantagruel.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;FRAN&#199;OIS BON : &lt;i&gt;Tiers Livre&lt;/i&gt;, premier cercle. La parole pouss&#233;e &#224; son terme et la rh&#233;torique &#224; sa limite. Du coup, une premi&#232;re fragilit&#233; reconquise. Panurge, au terme du &#034;mariez-vous donc&#034;, a fini d'&#234;tre seulement le verbe. De son assurance et sa d&#233;brouillardise, rien n'a surv&#233;cu. Il n'a plus d'assurance et de d&#233;brouillardise qu'en parole. Pour le reste, maintenant, on a son portrait : foireux, pleurard, englu&#233; dans la contemplation complaisante de lui-m&#234;me. Panurge s'est soudain &#8212; au terme du &#034;mariez-vous, point donc ne vous mariez&#034; &#8212; toute la faiblesse de l'homme dans le monde. La force, la r&#233;flexion, le doute sont pour Pantagruel. Mais le monde, on n'est pas pr&#234;t &#224; le rejoindre. On est encore en Salmigondinois, pays d'utopie. Il a fallu traverser la mer dans Pantagruel pour y atteindre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On va partir vers le monde. D'abord on va explorer ces signes. Fantastique coh&#233;rence de Rabelais. Les premiers signes dont disposera Panurge viendront du rapport m&#234;me de cette phrase dite &#224; ce qu'elle est phrase mat&#233;rielle, phrase du livre. Chez Rabelais, le livre toujours se raconte lui-m&#234;me en train de se faire. On ouvrira un livre, on confie sa vie &#224; l'arbitraire d'une page, au mot des autres, alors incapables de sens univoque. Coh&#233;rence de Rabelais, qu'on traite ensuite du hasard et des nombres, et que hasard et nombre, pour signifier, doivent se renvoyer encore au livre. Troisi&#232;me essai d'interpr&#233;tation, au bout des rh&#233;toriques du Tiers Livre, comme encore &#224; rares pages tout pr&#232;s du livre, on fera r&#234;ver Panurge, on parlera des songes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Tiers Livre&lt;/i&gt;, premier cercle : incapacit&#233; des signes, s'ils n'ont pas &#233;t&#233; tremp&#233;s dans le monde, s'ils ont &#233;t&#233; laiss&#233;s cantonn&#233;s aux livres, au hasard, aux r&#234;ves. Et fantastique incoh&#233;rence de Rabelais. On l&#232;ve la t&#234;te, on d&#233;cide d'aller consulter la Sibylle voisine, et du Salmigondinois, &#224; l'autre bout du monde, nous voil&#224; en Touraine. L'utopie de Panurge n'&#233;tait qu'une distraction, une absence. &#192; chercher les signes r&#233;els, on a l'obligation du monde, m&#234;me si on retrouve cette vall&#233;e imaginaire de Gargantua, le pays prot&#233;g&#233; de l'enfance. &#192; preuve qu'il s'agit encore d'un r&#234;ve et du r&#234;ve du pays d'enfance : de Chinon &#224; Panzoust, il y a six kilom&#232;tres et leur chemin fut de trois journ&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Critique des conseils&lt;/i&gt;. &#034;Vostre conseil (dist Panurge) semble &#224; la chanson de Ricochet : Ce ne sont que sarcasmes, mocqueries, &amp; redictes contradictoires. Les unes destruisent les aultres. Ie ne s&#231;ay es quelles me tenir.&lt;br class='autobr' /&gt;
Aussi (respondit Pantagruel) en vos propositions tant y a de Si, &amp; de Mais, que ie n'y s&#231;aurois rien fonder ne rien resouldre. N'estez vous asceur&#233; de vostre vouloir ? Le poinct principal y gist : tout le reste est fortuit &amp; dependent des fatales dispositions du Ciel. Il se y convient mettre &#224; l'adventure, les oeilz bandez, baissant la teste.&lt;br class='autobr' /&gt;
Or voyez cy que vous ferez, si bon vous semble. Aportez moy les oeuvres de Virgile, &amp; par troys foys avecques l'ongle les ouvrant, explorerons par les vers du nombre entre nous convenus, le sort futur de vostre mariage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[&#8230;] &lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Ie vous grupperay au cruc. Et s&#231;avez que luy feray ? Cor bien ce que feist Saturne au Ciel son p&#232;re. Ie vous luy coupperay les couillons tout rasibus du cul. Il ne s'en fauldra un pelet.&lt;br class='autobr' /&gt;
Tout beau fillol (dist Pantagruel) tout beau. Ouvrez pour la seconde foys.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il denote (dist Pantagruel) qu'elle vous battera dos &amp; ventre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au rebours (repondist Panurge) C'est de moy qu'il prognosticque, &amp; dict, que ie la batteray en Tigre si elle me fasche. Martin baston en fera l'office. En faulte de baston, le Diable me mange, si ie ne la mangeroys toute vive.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il denote (dist Pantagruel) qu'elle vous desrobera.&lt;br class='autobr' /&gt;
Vous voit bien en poinct. Vous serez coqu, vous serez battu, vous serez desrob&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[&#8230;]&lt;br class='autobr' /&gt;
Prenons par autre voie de divination. Quelle ? Bonne, antique et authentique. C'est par songe. Je le veux. Faudra-t-il peu ou beaucoup souper ce soir ? Je ne le demande sans cause, car si bien et largement je ne soupe, je ne dors rien qui vaille, la nuit ne fait que ravasser, et autant songe creux que pour l'or &#233;tait mon ventre. Point souper serait le meilleur, mais ne useront de temps extr&#234;me et rigoureuse di&#232;te. Vous mangerez bonne paume, croustimanie et bergamote.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;Comment Pantagruel conseille &#224; Panurge de conferer avecques une Sibylle de Panzoust.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous soubvieigne que Alexandre le grand : ayant obtenu victoire du roy Darie en Arbelles, praesens les Satrapes quelque foys refusa audience &#224; un compaignon, puys en vain mille &amp; mille foys s'en repentit. Que luy eust coust&#233; ouyr &amp; entendre ce que l'homme avoit invent&#233;. Nature me semble non sans cause nous avoir form&#233; aureilles ouvertes, n'y appousant porte ne clousture aulcune, comme a faict es oeilz, langue, &amp; aultres issues du corps. La cause ie cuide estre, affin que tousiours toutes nuyctz, continuellement, puissions ouyr : &amp; par ouye perpetuellement aprendre : car c'est le sens sus tous aultres plus apte es disciplines.&lt;br class='autobr' /&gt;
Leur chemin feut de troys iourn&#233;es. La troizi&#232;me &#224; la crouppe de une montaigne soubs un grand &amp; ample Chastaignier leurs feut monstr&#233;e la maison de la vaticinatrice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[&#8230;]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans difficult&#233; ilz entr&#232;rent en la case chaumine, mal bastie, mal meubl&#233;e, toute enfum&#233;e. Au coing de la chemmin&#233;e trouv&#232;rent la vieille. La vieille estoit mal en poinct, mal vestue, mal nourrie, edent&#233;e, chassieuse courbass&#233;e, roupieuse, languoureuse, &amp; faisoit un potaige de choux verds, avecques une couane de lard iausne, &amp; un vieil savorados.&lt;br class='autobr' /&gt;
La vieille resta quelque temps en silence pensifve &amp; richinante des dens, puys s'assit sus le cul d'un boisseau, print en ses mains troys vieulx fuseaulx, les tourna &amp; vira entre ses doigtz en diverses mani&#232;res : puys esprouva leurs poinctes, le plus poinctu retint en main, les deux aultres iecta soubs une pille &#224; mil. Apr&#232;s print ses devidou&#232;res, &amp; par neuf foys les tourna, au neufvi&#232;me tour consydera sans plus toucher le mouvement des devidou&#232;res, &amp; attendit leur repous perfaict.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[&#8230;] &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuys ie veidz qu'elle deschaussa un de ses esclos, (nous les nommons Sabotz) mist son davantau sus sa teste, comme les prebstres mettent leur amict quand ilz voulent messe chanter : puys avecques un antique tissu riol&#233;, piol&#233;, le lia soubs la guorge. Ainsi affeubl&#233;e tira un grand traict du bourrabaquin, print de la couille belini&#232;re trois carolus, les mist en trois coques de noix, &amp; les posa sus le cul d'un pot &#224; plume, feist trois tours de balay par la chemin&#233;e, iecta on feu demy fagot de brui&#232;re, &amp; un rameau de laurier sec. Le consydera brusler en silence, &amp; veid que bruslant ne faisoit grislement ne bruyt aulcun. Adoncques s'escria espovantablement, sonnant entre les dens quelques motz barbares &amp; d'estrange termination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[&#8230;] &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De mode que Panurge dit &#224; Epistemon.&lt;br class='autobr' /&gt;
Par la vertus Dieu ie tremble, ie croy que ie suys charm&#233;, elle ne parle poinct Christian. Voyez comment elle me semble de quatre empans plus grande, que n'estoit lors qu'elle se capitonna de son davantau. Que signifie ce remuement de badiguoinces ? Que pretend ceste iectigation des espaulles ? A quelle fin fredonne elle des babines, comme un Cinge demembrant escrevisses ? Les aureilles me cornent, il m'est advis que ie oy Proserpine bruyante : les Diables bien toust en place sortiront. O les laydes bestes. Fuyons. Serpe Dieu ie meurs de paour. Ie n'ayme poinct les Diables. Ilz me faschent &amp; sont mal plaisans. Fuyons. Adieu ma Dame, grand mercy de vos biens. Ie ne me marieray poinct, non. Ie y renonce des &#224; prasens comme allors.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[&#8230;] &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi commen&#231;oit escamper de la chambre, mais la vieille anticipa, tenente le fuseau en sa main : &amp; sortis en un courtil pr&#232;s sa maison. L&#224; estoit un Sycomore antique : elle l'escroulla par troys fois, &amp; sus huyct feueilles qui en tomb&#232;rent, sommairement avecques le fuseau escrivit quelques briefz vers. Puys les iecta au vent, &amp; leurs dist.&lt;br class='autobr' /&gt;
Allez les chercher si voulez, trouvez les si povez, le sort fatal de vostre mariage y est descript.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ces parolles dictes, se retira en sa tesni&#232;re, &amp; sus le perron de la porte se recoursa robe, cotte, &amp; chemise iusques aux escelles, &amp; leurs monstroit son cul.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;FRAN&#199;OIS BON : Reste que la question chaque fois r&#233;it&#233;r&#233;e n'a pas de r&#233;ponse, ou plut&#244;t re&#231;oit toujours la m&#234;me double r&#233;ponse. Comment disposer de son propre sort, et comment outrepasser la r&#233;ponse de prime abord donn&#233;e par Pantagruel : &#171; Soyez assur&#233; de votre propre vouloir, et vous y tenez &#187; ? Le livre sur Rabelais, les notes des &#233;ditions courantes, nous rebattent les oreilles de cette fameuse querelle des femmes. Et alors ? N'est-ce pas la mani&#232;re m&#234;me de Rabelais, depuis ses premi&#232;res lignes, d'attraper les vieux d&#233;mons, les dossiers en poussi&#232;re et de secouer &#231;a d'un bon coup de rire ? Que ses ma&#238;tres, ses amis, quelqu'un qu'il estime comme le fontaineblien Tiraqueau, soient intervenus, doctes, dissertateurs, grands connaisseurs dans cette tr&#232;s s&#233;rieuse querelle des femmes, ne devait que l'aider &#224; entrer dans son vieil habit du buveur des prologues, qui chausse lunettes pour apercevoir ses lecteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vie de Rabelais dans la querelle des femmes, cherchez-la si vous voulez, trouvez-la si vous pouvez. Il y a &#224; la fin de Gargantua, le bon Gargantua, qui sort de son livre, soudain, pour venir dans celui-ci donner son avis. Mais quand Rabelais, tout en attrapant, en pleine farce, l&#226;che : &#171; Et si le signe vous f&#226;che, &#244; combien vous f&#226;cheront les choses signifi&#233;es ! &#187; Ou encore : &#171; Tout vrai &#224; tout vrai consonne. &#187; Ou plus loin dans le m&#234;me passage, &#233;crivant soudain : &#171; Rien de moins, c'est abus de dire que nous ayons langage naturel. Les langages sont par institution arbitraire et convenance des peuples. Les voix ne signifient naturellement mais &#224; plaisir. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et qu'on insiste : &#171; Je ne vous dis ce propos sans cause &#187;, et que ce registre s'&#233;crit sur toute la surface du Tiers Livre. Voil&#224; le seul th&#232;me, le th&#232;me permanent sous la farce de ce mariage de Panurge l'immariable. Et quand la sorci&#232;re de Panzoust s'&#233;criera, &#233;pouvantablement sonnant entre les dents mots barbares et d'&#233;tranges terminations, nous ne les entendrons pas ces mots. Nous ne les entendrons qu'au Quart Livre. Ici, on nous les montre seulement. On nous montre les mots du monde, et c'est Panurge qui prend peur. C'est lui, par la sorci&#232;re, qu'on r&#233;entend.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et de la Sibylle, suite du cercle. Signes du monde quand la parole y interroge. Le langage des muets, l'as des cabres. Signes contre paroles et pas d'interp&#233;n&#233;tration. Au contraire, des coups. Et le livre glisse. On croit que Rabelais joue, et soudain on ne sait plus. La satire et la farce sont l&#224;, toujours, au premier plan, sur toute la surface du tableau. Mais la mort aussi est l&#224;, et le secret. Et ce sont symboles d'un autre culte, des coques, des bijoux bizarres. C'est d'une pure aventure mentale qu'il s'agit. Et avec Raminagrobis, vieux po&#232;te fran&#231;ais, le troisi&#232;me cercle du Tiers Livre. Ceux dont la parole s'ouvre aux signes et les communique, m&#234;me si cette communication reste marqu&#233;e de son myst&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;MICHEL CHAILLOU : Les fanatiques de Rabelais ne sont pas si nombreux. C'est l&#224; o&#249; on voit &#8212; c'est Pantagruel qui parle &#8212; o&#249; on voit justement cette esp&#232;ce d'&#233;vidence du secret du monde qui parle par la bouche de Pantagruel. C'est &#231;a, regardez : &#171; Je ne pensais, dit Pantagruel, jamais rencontrer homme tant obstin&#233; en sa pr&#233;hension, comme je vous vois. &#187; Ce &#171; comme je vous vois &#187; est d'une na&#239;vet&#233; extraordinaire. Il a la na&#239;vet&#233; des plus grands, parce que c'est l&#224; o&#249; se trouve le g&#233;nie. &#171; Comme je vous vois. Pour toutefois votre doute &#233;claircir... &#187; Le &#171; toutefois &#187;, la d&#233;licatesse de Pantagruel dans le &#171; toutefois &#187;. &#171; Pour toutefois votre doute &#233;claircir, suis d'avis... &#187; C'est merveilleux, c'est une all&#233;gresse, une suavit&#233;, une douceur. On a l'impression qu'il joint les mains et qu'il ne veut surtout pas heurter son interlocuteur. &#171; Suis d'avis que remuons toutes pierres. &#187; C'est-&#224;-dire qu'il n'y a rien qui reste, que vous ne compreniez pas. &#171; Entendez ma conception &#187;, et faites-moi le plaisir de m'&#233;couter. &#171; Les cygnes &#187; &#8212; on sent qu'il &#233;tend d&#233;j&#224; les ailes de sa pens&#233;e, comme les cygnes peuvent les &#233;tendre en prenant leur vol &#8212; &#171; qui sont oiseaux sacr&#233;s &#224; Apollon, ne chantent jamais sinon quand ils approchent de leur mort. &#187; C'est pourtant une phrase tr&#232;s simple, elle n'est pas finie. Puis alors Rabelais va faire cette esp&#232;ce d'allusion &#233;rudite : &#171; M&#234;mement au M&#233;andre (fleuve de Phrygie) &#187; &#8212; &#171; M&#234;mement au M&#233;andre &#187;, &#231;a m&#233;andre beaucoup &#8212; &#171; (fleuve de Phrygie) &#187;. Alors j'aime beaucoup la parenth&#232;se. Il emploie beaucoup de parenth&#232;ses parce que la parenth&#232;se pour moi c'est l'art du roman, c'est la digression, c'est tout ce qu'on veut. C'est la phrase dans la phrase, celle qui lutte pour arriver &#224; la surface et qui est englob&#233;e par les autres. Et peut-&#234;tre que toute la vie est en parenth&#232;se. Mais je veux dire, la phrase en parenth&#232;se, c'est l'apart&#233;, c'est... Toutes les r&#233;ussites, m&#234;me quand il n'y a pas de parenth&#232;ses, sont en parenth&#232;se. Pantagruel est en parenth&#232;se dans le monde, puisqu'il n'est pas un homme, il est plus qu'un homme, il est une sorte de dieu b&#233;n&#233;fique. Alors, il dit &#8212; la parenth&#232;se : &#171; Pour ce qu'Aelianus et Alexandre &#233;crivent en avoir ailleurs vu plusieurs mourir, mais nul chanter mourant. &#187; Ce &#171; nul chanter mourant &#187; est magnifique, ce n'est pas &#171; chanter mourir &#187;, c'est &#171; chanter mourant &#187; : il chante en mourant et la mort devient presque un chant. On ne peut pas imaginer la mort de Pantagruel &#224; cause de &#231;a, parce que la mort n'ose m&#234;me pas s'en approcher. Ce n'est pas possible. C'est pour &#231;a qu'il n'est pas humain en fait. C'est autre chose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; De mode que chant de cygne est pr&#233;sage certain de sa mort prochaine. &#187; Il donne des explications mais qui sont presque indignes, il s'en passerait. On sent qu'il dit : &#171; Bon, d'accord, vous savez que de mode que chant de Signe est pr&#233;sage certain de sa mort prochaine. Et ne meurt que pr&#233;alablement n'ait chant&#233;. &#187; Il nous rappelle &#224; nous que c'est &#231;a. On dit que le cygne ne meurt qu'une fois qu'il a chant&#233;. Mais c'est tout. Mais lui, &#231;a ne l'int&#233;resse pas tellement, &#231;a. Parce qu'on devrait le savoir, il n'a m&#234;me pas besoin de le dire, mais il le pr&#233;cise parce qu'il est gentil. &#192; ce moment-l&#224;, il vient &#224; ce qui l'int&#233;resse plus : &#171; Semblablement, les po&#232;tes qui sont en protection d'Apollon, approchant de leur mort, ordinairement deviennent proph&#232;tes et chantent par apolline inspiration, vaticinant des choses futures. &#187; Po&#233;sie, proph&#233;tie.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_16689 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/les_songes_drolatiques_de_pantagruel_ou_sont_contenues_plusieurs_figures_de_l_invention_de_maitre_franc_ois_rabelais_met_dp242807.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/les_songes_drolatiques_de_pantagruel_ou_sont_contenues_plusieurs_figures_de_l_invention_de_maitre_franc_ois_rabelais_met_dp242807.jpg?1770331547' width='500' height='360' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pantagruel sur les signes&lt;/strong&gt; Ie ne pensoys (dist Pantagruel) iamais rencontrer homme tant obstin&#233; &#224; ses apprehensions comme ie vous voy. Pour toutesfoys vostre doubte esclarcir, suys d'advis que mouvons toute pierre. Entendez ma conception. Les cycnes, qui sont oyseaulx sacrez &#224; Apollo, ne chantent iamais, si non quand ilz approchent de leur mort : mesmement en Meander fleuve de Phrygie, de mode que chant de Cycne est praesaige certain de sa mort prochaine, &amp; ne meurt que praealablement n'ayt chant&#233;. Semblablement les po&#235;tes qui sont en protection de Apollo, approchans de leur mort ordinairement deviennent proph&#232;tes, &amp; chantent par Apolline inspiration vaticinans des choses futures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[&#8230;] &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;I'ay d'adventaige ouy dire que tout homme vieulx, decrepit, &amp; pr&#232;s de sa fin, facilement divine des cas advenir. Et me souvient que Aristophanes en quelque comedie appelle les gens vieulx Sibylles. Car comme nous estans sur le moule, &amp; de loing voyans les mariniers &amp; voyagiers dedans leurs naufz en haulte mer, seulement en silence les considerons, &amp; bien prions pour leur prosp&#232;re abourdement : mais lors qu'ilz approchent du havre, &amp; par parolles &amp; par gestes les saluons, &amp; congratulons de ce que &#224; port de saulvet&#233; sont arrivez : aussi les Anges, les Heroes, les bons Daemons (scelon la doctrine des Platonicques) voyans les humains prochains de mort, comme de port tresceur &amp; salutaire : port de repous, &amp; de tranquillit&#233;, hors les troubles &amp; sollicitudes terrienes, les saluent, les consolent, parlent avecques eulx, &amp; i&#224; commencent leurs communicquer art de divination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[&#8230;] &lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Ie le veulx (respondit Panurge). Allons y Epistemon de ce pas : de paour que mort ne le praevieigne. Veulx tu venir fr&#232;re Ian ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Ie le veulx (respondit fr&#232;re Ian) bien voluntiers, pour l'amour de toy couillette. Car ie t'ayme du bon du foye.&lt;br class='autobr' /&gt;
Sus l'heure feut par eulx chemin prins, &amp; arrivans au logis po&#235;ticque trouv&#232;rent le bon vieillart en agonie, avecques maintient ioyeulx, face ouverte, &amp; reguard lumineux. Panurge le saluant luy mist on doigt Medical de la main gausche en pur don un anneau d'or, en la palle duquel estoit un sapphyr oriental, beau &amp; ample : Puys &#224; l'imitation de Socrates luy offrit un beau coq blanc, lequel incontinent pos&#233; sus son lict la teste elev&#233;e en grande alaigresse secoua son pennaige, puys chanta en bien hault ton. Cela faict Panurge requist courtoisement dire &amp; exposer son iugement sus le doubte du mariage praetendu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[&#8230;] &lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Adoncques escrivit ce que s'ensuyt.&lt;br class='autobr' /&gt;
Prenez l&#224;, ne la prenez pas. Si vous la prenez, c'est bien faict. Si ne la prenez en effect, Ce sera oeuvr&#233; par compas.&lt;br class='autobr' /&gt;
Puys leurs bailla en main, &amp; leurs dist.&lt;br class='autobr' /&gt;
Allez enfans en la guarde du grand Dieu des cieulx, &amp; plus de cestuy affaire ne de aultre que soit, ne me inquietez. I'ay ce iourd'huy, qui est le dernier &amp; de May &amp; de moy, hors ma maison &#224; grande fatigue &amp; difficult&#233; chass&#233; un tas de villaines, immondes, &amp; pestilentes bestes, noires, guarres, fauves, blanches, cendr&#233;es, grivol&#233;es : les quelles laisser ne me vouloient &#224; mon aise mourir : &amp; par fraudulentes poinctures, gruppemens harpyacques, importunitez freslonnicques, toutes forg&#233;es en l'officine de ne s&#231;ay quelle insatiabilit&#233;, me evocquoient du doulx pensement on quel ie acquies&#231;ois contemplant, &amp; voyans &amp; i&#224; touchant &amp; guoustant le bien, &amp; felicit&#233;, que le bon Dieu a praepar&#233; &#224; ses fid&#232;les &amp; esleuz en l'aultre vie : &amp; estat de immortalit&#233;. Declinez de leur voye, ne soyez &#224; elles semblables : plus ne me molestez, &amp; me laissez en silence, ie vous supply.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[&#8230;] &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ie croy par la vertus Dieu, qu'il est Hereticque, ou ie me donne au Diable. Il mesdict des bons p&#232;res mendians Cordeliers, &amp; Iacobins, qui sont les deux hemisph&#232;res de la Christiant&#233;, &amp; par la gyrognomonique circumbilivagination desquelz comme par deux filopendoles coelivages, tout l'Antonomatic matagrobolisme de l'eclise Romaine, soy snetente emburelucoqu&#233;e d'aulcun baraguouinage d'erreur ou de haeresie, homocentricalement se tremousse. Mais que tous les Diables luy ont faict, les paouvres Diables de Capussins, &amp; Minimes ? Ne sont ilz assez maigres les paouvres Diables ? Ne sont ilz assez enfumez &amp; perfumez de mis&#232;re &amp; calamit&#233; les paouvres couillons extraictz de Ichthyophagie ? Est il, fr&#232;re Ian, par ta foy, en estat de salvation ? Il s'en va par Dieu damn&#233; comme une serpe &#224; trente mille hott&#233;es de Diables. Mesdire de ces bons &amp; vaillans piliers d'eclise ? Appellez vous cela fureur po&#235;ticque ? Ie ne m'en peuz contenter : il p&#232;che villainement, il blasph&#232;me contre la religion. I'en suys fort scandalis&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[&#8230;] &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Son ame s'en va &#224; trente mille charret&#233;es de Diables. S&#231;avez vous o&#249; ? Cor Bieu mon amy droict dessoubs la scelle pers&#233;e de Proserpine, dedans le propre bassin infernal, on quel elle rend l'operation fecale de ses clyst&#232;res, &#224; coust&#233; guausche de la grande chauldi&#232;re, &#224; trois toises pr&#232;s les gryphes de Lucifer, tirant vers la chambre noire de Demiourgon. Ho le villain.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ho, ho, ie me abuse, &amp; me esguare en mes discours. Le Diable me emport si ie y voys. Vertus Dieu, la chambre est desi&#224; pleine de Diables. Ie les oy desi&#224; soy pelaudans &amp; entrebattans en Diable, &#224; qui humera l'ame Raminagrobidicque, &amp; qui premier de broc en bouc la portera &#224; messer Lucifer. Houstez vous de l&#224;. Ie ne y vois pas. Le Diable me emport si ie ny voys. Qui s&#231;ait s'ilz useroient de qui pro quo, &amp; en lieu de Raminagrobis grupperoient le paouvre Panurge quitte ? Ilz y ont maintes foys failly estant safran&#233; &amp; endebt&#233;. Houstez vous de l&#224;. Ie ne y vois pas. Ie meurs par Dieu de male raige de paour. Soy trouver entre Diables affamez ? entre Diables de faction ? entre Diables negocians ? Houstez vous de l&#224;. Le Diable me emport si ie y voys. S'il est damn&#233;, &#224; son dam. Pour quoy mesdisoit il des bons p&#232;res de religion ? Pour quoy les avoit il chass&#233; hors sa chambre, sus l'heure que il avoit plus de besoing de leur ayde, de leurs devotes pri&#232;res, de leurs sainctes admonitions ? Pour quoy par testament ne leurs ordonnoit il au moins quelques bribes, quelque bouffaige, quelque carreleure de ventre, aux paouvres gens qui n'ont que leur vie en ce monde ? Y aille qui vouldra aller. Le Diable me emport si ie y voys. Si ie y allois, le Diable me emporteroit. Cancre. Houstez vous de l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[&#8230;] &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu as la metaposcopie &amp; physionomie d'un coqu. Ie diz coqu scandal&#233; &amp; diffam&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce faulx traict que ie voy icy au dessus du mons Iovis, oncques ne feut qu'en la main d'un coqu.&lt;br class='autobr' /&gt;
Plus vray n'est verit&#233; qu'il est certain que seras coqu bien tost apr&#232;s que seras mari&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Icy i'en ay d'abondant asceurance nouvelle. Et te afferme que tu seras coqu. D'adventaige seras de ta femme battu, &amp; d'elle seras desrobb&#233;. Car ie trouve la septiesme maison en aspectz tous malings, &amp; en batterie de tous signes portans cornes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ie seray (respondit Panurge) tes fortes fiebvres quartaines, vieulx fol : sot : mal plaisant que tu es. Quand tous coquz s'assembleront, tu porteras la bani&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[&#8230;] &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voulez vous (dist Her Trippa) en s&#231;avoir plus amplement la verit&#233; par Pyromantie, par A&#235;romantie, par Hydromantie ? Dedans un bassin plein d'eau ie te montreray ta femme future brimballant avecques deux rustres.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quand (dist Panurge) tu mettras ton nez en mon cul, soys recors de deschausser tes lunettes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Par Catoptromantie il ne te fauldra poinct de lunettes. Tu la voyras en un mirouoir brisgoutant aussi apertement que si ie te la monstroys en la fontaine du temple. Par Coscinomantie. Ayons un crible &amp; des forcettes, tu voyras Diables. Par Alphitomantie &amp; par Alevromantie meslant du froment avecques de la farine. Par Astragalomantie. I'ay ceans les proiectz tous pretz. Par Tyromantie. I'ay un fromaige de Brehemont &#224; propous. Par Gyromantie ie te feray icy tournoyer force cercles, les quelz tous tomberont &#224; gausche ie t'en asceure. Par Sternomantie. Par Libanomantie. Il ne fault qu'un peu d'encent. Par Ceromantie. L&#224; par cire fondue en eaue tu voiras la figure de ta femme &amp; de ses taboureurs. Par Capnomantie. Sus des charbons ardens nous mettrons de la semence de Pavot &amp; de Sisame. O chose gualante ! Par Tephramantie. Tu voiras la cendre en l'a&#235;r figurante ta femme en bel estat. Par Stichomantie. Par Onomatomantie. Comment as tu nom ? (Maschemerde respondit Panurge) ou bien par Alectryomantie, par l'art de Aruspiscine, par Extispicine, ou bien par Necromantie ? Ie vous feray soubdain resusciter quelqu'un peu cy devant mort, lequel nous en dira le totage. Ou si avez paour des mors, comme ont naturellement tous coquz, ie useray seulement de Sciomantie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[&#8230;] &lt;/p&gt;
&lt;p&gt; : Va (respondit Panurge) fol enraig&#233; au Diable : &amp; te faiz lanterner &#224; quelque Albanoys, si auras un chapeau poinctu. Diable que ne me conseillez tu aussi bien tenir une Esmeraulde, ou la pierre de Hy&#232;ne soubs la langue ? ou me munir de langues de Puputz, &amp; de coeurs de Ranes verdes ? A trente Diables soit le coqu, cornu, marrane, sorcier au Diable, enchanteur de l'Antichrist. Allons. Laissons icy ce fol enraig&#233;, mat de cath&#232;ne, ravasser tout son saoul avecques ses diables privez. Tien moy un peu ioyeulx mon bedon. Ie me sens tout matagrabolis&#233; en mon esprit, des propous de ce fol endiabl&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[&#8230;] &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Escoute couillon mignon.&lt;br class='autobr' /&gt;
Couillon moignon, c. de renom, couillon paillart, guallart, palpable, batable, Arabesque, c. d'algamala, verniss&#233;, lyripipi&#233;, tonnant, absolu, sigillatif, baltoquet, desir&#233;, farcy, iolly, c. oval, c. claustral, c. convulsif, repercussif, de haulte lisse, secourable, redoubtable, martel&#233;, c. effren&#233;, c. entass&#233;, c. bouffy, c. poudrebif, c. gigantal, magistral, goulu, membru, laict&#233;, madr&#233;, trouss&#233;, entrelard&#233;, c. d'audace, c. lascif, c. forcen&#233;, resolu, courtoys, sifflant, urgent, brusquet, fallot, c. belutant, c. poupin, c. dallidalot, c. roussinant, c. fulminant, c. aromatisant, c. pimpant, c. farfouillant, c. culbutant, fr&#232;re Ian mon amy, me doibs ie marier ou non ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Marie toy de par le Diable, marie toy, &amp; carillonne &#224; doubles carrillons de couillons. Ie diz &amp; entends le plus toust que faire pourras. D&#232;s huy au soir faiz en crier les bancs &amp; le challit. S&#231;aiz tu pas bien, que la fin du monde approche ? Nous en sommes huy plus pr&#232;s de deux trabutz &amp; demie toise, que n'estions avant hier. Vouldrois tu bien qu'on te trouvast les couillons pleins au iour du iugement ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[&#8230;] &lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Escoute (dist fr&#232;re Ian) l'oracle des cloches de Varenes. Que disent elles ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Ie les entends, (respondit Panurge). Escoute. Marie toy, marie toy : marie, marie. Si tu te marie, marie, marie, tresbien t'en trouveras, veras, veras. Marie, marie. Ie te asceure que ie me marieray : tous les elemens me y invitent. Ce mot te soit comme une muraille de bronze.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quant au second poinct, tu me semblez aulcunement doubter, voyre deffier, de ma paternit&#233; : comme ayant peu favorable le roydde Dieu des iardins. Ie te supply me faire ce bien de croire, que ie l'ay &#224; commandement, docile, benevole, attentif, obeissant en tout &amp; par tout. Il ne luy fault que lascher les longes, ie diz l'aiguillette, luy monstrer de pr&#232;s la proye : &amp; dire, hale compaignon. Et quand ma femme future seroit aussi gloute du plaisir Venerien, que fut oncques Messalina, ou la marquise de Oinsestre en Angleterre, ie te prie croire, que ie l'ay encores plus copieux au contentement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[&#8230;] &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ie t'entends (dist fr&#232;re Ian) mais le temps matte toutes choses. Il n'est le marbre ne le Porphyre, qui n'ayt sa vieillesse &amp; decadence. Desi&#224; voy ie ton poil grisonner en teste. Ta barbe par les distinctions du gris, du blanc, du tann&#233;, &amp; du noir, me semble une Mappemonde. Reguarde icy. Voy l&#224; Asie. Icy sont Tigris &amp; Euphrates. Voy l&#224; Afrique ? Icy est la montaigne de la Lune. Voydz tu les paluz du Nil ? De&#231;a est Europe. Voydz tu Thel&#232;me ? Ce touppet icy tout blanc, sont les monts Hyperbor&#233;es. Par ma soif mon amy, quand les neiges sont es montaignes : ie diz la teste &amp; le menton, il n'y a pas grand chaleur par les val&#233;es de la braguette.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[&#8230;] &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tes males mules (respondit Panurge). Tu n'entends pas les Topiques. Quand la neige est sus les montaignes : la fouldre, l'esclair, les lanciz, le mau lubec, le rouge grenat, le tonnoirre, la tempeste, tous les Diables, sont par les vall&#233;es. Tu me reproches mon poil grisonnant, &amp; ne consyd&#232;re poinct comment il est de la nature des pourreaux, es quelz nous voyons la teste blanche, &amp; la queue verde droicte &amp; vigoureuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[&#8230;] &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est qu'aulcune qui vueille (dist fr&#232;re Ian). Diz Couillon flatry. C. moisy. c. rouy. c. poitry d'eaue froyde. c. transy. c. avall&#233;. c. fen&#233;. c. esren&#233;. c. hallebren&#233;. c. prostern&#233;. c. engrou&#233;. c. ecrem&#233;. c. supprim&#233;. c. retif. c. moulu. c. dissolu. c. chaumeny. c. pendillant. c. appellant. c. guavasche. c. esgren&#233;. c. incongru. c. forbeu. c. lantern&#233;. c. embren&#233;. c. amadou&#233;. c. exprim&#233;. c. chetif. c. putatif. c. vermoulu. c. courbatu. c. morfondu. c. dyscrasi&#233;. c. disgrati&#233;. c. esgoutt&#233;. c. demanch&#233;. c. vesneux. c. malandr&#233;. c. farineux. c. gangreneux. c. croustelev&#233;. c. guoguelu. c. niebl&#233;. c. gers&#233;. c. de Ratepenade.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[&#8230;]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Viens &#231;a, couillot hault, escoute, que me disent les cloches &#224; ceste heure que sommes plus vrais. Marie, poinct, Marie, poinct, poinct, poinct, poinct. Si tu te marie, Marie, poinct, Marie, poinct, Marie, poinct, tu t'en repentiras, pentiras, pentiras, coquerasseras.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Ces &#233;missions ont &#233;t&#233; diffus&#233;es pour la premi&#232;re fois le 6 et le 8 d&#233;cembre 1988.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_16691 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/les_songes_drolatiques_de_pantagruel_ou_sont_contenues_plusieurs_figures_de_l_invention_de_maitre_franc_ois_rabelais_met_dp242809.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/les_songes_drolatiques_de_pantagruel_ou_sont_contenues_plusieurs_figures_de_l_invention_de_maitre_franc_ois_rabelais_met_dp242809.jpg?1770331549' width='500' height='360' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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