le portrait de mon visage (nous étions presque arrivés)
27 avril 2013




j’ai pris le train jusqu’aux bords de la ville, et le bord n’avait pas de fin, c’était la ville elle-même, la ville était son propre bord, c’était là où j’étais arrivé, le soir.

nous avons atteint des terres interminables et nous avons vu, derrière, quelque chose comme de la mer, c’était le sable, nous avons traversé, c’était la ville qui continuait, il fallait continuer, nous étions presque arrivés pourtant : c’était ce matin.

et après, c’était la même chose.

nous avions le choix d’avoir le choix, et nous le refusions (moi, je disais : je peux encore dire je ne suis pas d’ici, qui le saura ?)

dans mon sac, l’ordinateur, l’iPad, des fils, La Mission de Müller (à cause du Prométhée que je relis chaque jour depuis cinq jours : comme mon propre foie que je ronge), je porte ma maison : elle est aussi au bout du soir, quand je rentre en levant les yeux sur la ville qui dit : approche toi encore, dors contre moi.

nous avons appartenu à ta propre famille et tu n’es pas des nôtres, nous avons caressé ton corps et tu n’es d’aucun désir, nous sommes venus te parler et tu dis : je ne sais pas la langue, j’ai envie de dormir maintenant.

le lit était fait – soigneusement ce matin, et je m’y allonge comme auprès de la vie, absente encore, mais dont l’absence est signe qu’elle revient : je pense à la trace d’un loup, qu’on effleure pour mesurer la distance qui nous en sépare, sa morsure dans le cou déjà bientôt là.

nous avons cru, longtemps, puis nous avons jeté de la terre sur le corps invisible d’un corps qui disait : vous êtes issus de moi, je crois ; nous avons même récité des prières ce soir-là, seulement quand nous regardons la mer, nous voyons des crevasses et nous rêvons de nous y précipiter, par nostalgie de la terre sur laquelle nous posons nos pieds, désormais

sur la grande paroi de verre de l’université, mon corps déposé au passage de mon corps : sur l’image, on a l’impression que je suis en haut des marches (oh tant de ciel encore au-dessus de moi) : ce soir, on me demande d’envoyer un portrait, c’est cette image que j’envoie – le portrait juste de mon visage aujourd’hui, c’est celui-là, je le sais, oui maintenant, je le sais.


arnaud maïsetti - 27 avril 2013

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