il peut arriver que l’on s’impatiente un peu (zone de silence)
25 janvier 2014




Des cent quarante-huit images prises dans la journée, je ne parviens à en déposer aucune ici. Toujours des forces entre soi et le monde résistent, surtout quand ces forces sont le monde lui-même : s’y soumettre.

Je n’ai pas la patience d’attendre ce soir (ni la force de veiller davantage) — si je ne connais pas le mot qui dirait le contraire de l’attente, je sais la valeur de l’impatience.

Plus tard, peut-être.

Plus tard, je déposerai les images que j’ai arrachées au trajet de train, quand au matin je me suis placé sur la droite cette fois (toujours je me mets à gauche d’habitude, pour voir la Sainte-Victoire), à cause de la mer : alors ici imaginer entre deux tours d’immeubles écrasées par la ville, des reflets noirs et d’argents qui s’éloignent et reviennent avec la mer puisque c’est la mer elle-même.

Je déposerai aussi les images de cette inscription sur les murs de la ville, vers La Friche en poursuivant la route qui longe les rails (expulsons les riches) ; et l’image de la fresque de tag bleutée ; et l’image de l’œil immense qui encercle la porte et regarde le ciel ; et l’image de la Friche elle-même près des Grandes Tables, ses perspectives nettes entre les fenêtres.

Je déposerai aussi, surtout, les images prises sur les toits qui surplombent la ville et la mer mêlée, sans qu’on sache laquelle et l’horizon de laquelle, et la lumière qui là possède toutes les nuances de bleu, et plus tard, ici, couvre tout le spectre entre le rose et l’orange.

Des dizaines d’images sur les toits qui surplombent la ville et la mer mêlée.

Et sur le toit, ce potager : ici je déposerai les images de ce potager (c’est une installation artistique : à côté de pots de plantes (la mémoire végétale des toits), des pots de ciment et de béton, plantées d’étiquettes : en théorie, quelque chose devrait se produire  ; ailleurs : ici pour le moment rien ne pousse ; ailleurs aussi : invisibles à l’œil nu ; ailleurs encore : il peut arriver que l’on s’impatiente un peu ; et encore : zone de silence.)

Au retour, près de la Gare Saint-Charles, ce bâtiment public : Institut de Mécanique : Statistique de la Turbulence.

Ou cette inscription sur un immeuble en ruine : AVENIR TELECOM (compagnie franco-indochinoise).

Ou ce carré de pelouse au bord de l’autoroute, avec des souches d’arbres coupées à ras comme s’ils allaient repousser (écrire sur ce carré de pelouse)

Enfin, en rentrant vers Aix, la fontaine aux corps dressés dans la noirceur.

Mais rien, ce soir.

Rien ou presque : seulement cette image de ce matin : l’aube qui ressemble à un crépuscule d’or, sa misère de fatigue avant que tout commence : ce jour qui se levait tombe ce soir à mes pieds, je le relève et le dépose ici — sur la trace effacée de tout ce qui a suivi, reste inatteignable ce qui a permis ce jour.

arnaud maïsetti - 25 janvier 2014

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