Contre-Dictionnaire | rien
20 octobre 2017


(riin) substantif masculin indéterminé
Il comptait pour beaucoup cet avantage si peu recherché de n’être rien [Fontenelle, Reyneau.]

Dans l’ancien monde, rien disait quelque chose : c’était le sens dans la Vieille Langue : Res , une chose. Quand on disait vouloir faire quelque chose, on disait qu’on ne voulait pas ne rien faire. Dans les détours de la langue, retorse et terrible, rien disait donc par la négation le contraire de ce qu’il était : diable (l’esprit qui dit non). Diable encore et partout ce rien qui menace le Grand Tout. Rien avait fini par désigner ce qu’il n’était pas : le contraire de ce qu’il fut. Mais pour dire rien, il n’était pas besoin de mot, ni de monde qui sans cesse se réalisait en étalant face aux hommes ce qu’il était, combien il était, toujours plénitude. Le rien ne se trouvait qu’en fermant les yeux : et encore, venaient des images qui le peuplaient et le chassaient, et nous emplissaient.

Se dit désormais des hommes et des femmes, pris absolument.

Le mot désigne plus précisément ces hommes et ces femmes dans les gares qui attendent. Autour sont ceux qui sont le contraire de rien : le Grand Tout qui prend corps dans les hommes et femmes en costumes qui n’attendent pas, qui vont : prendre le train comme d’autres le sommet du col ou la part du gâteau. Les autres, qui sont rien, jouent parfois au piano désaccordé qu’on leur met à disposition pour donner des contours à l’infini rien dont ils sont tissés, habillés, peuplés. Le rien qui est eux ne dit rien : il ne fait rien. Le rien qui ne fait rien n’attend même pas, il ne regarde même pas. Les hommes autour – qui ne sont pas des hommes, mais le tout de ce monde en marche – qui marchent, qui fonctionnent, vont. Eux ne marchent plus, comme on dit d’une horloge arrêté sur l’heure. Bien sûr, deux fois par jour, l’heure est juste. De ce décalage horaire qu’ils portent en eux, il n’y a rien à dire.

Exemple  : « Vous croisez des gens qui réussissent et d’autres qui ne sont rien". »


macronstation

Par extension  : rien, ce monde.

Cri  : « je n’ai jamais fait le poids de mes idées. / Je suis juste un état d’esprit. / Rien de plus à devenir. / Faut que je… m’…y… fasse. », écrit JY. dans Balivernes hivernales – qui ajouterait plus loin : « Il faut se lever maintenant. / J’ai renvoyé l’ambulance / car vous pouvez marcher et rentrer chez vous. / Vous n’avez rien. / Le diagnostic est formel. / Vous n’avez rien. »

Illustration  : rien


arnaud maïsetti - 20 octobre 2017

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