La Ville écrite | Marat
13 octobre 2018


La Ville se souvenait, ces jours-là, de ce qu’elle avait mis des siècles pourtant à oublier. Confusément, elle se mettait à appeler en désordre des noms. Bientôt, il en viendrait d’autres, et avec les noms, les visages, les corps, les gestes et même les mots, et même les colères.

Bientôt, sous les noms, d’autres viendraient, il suffisait de frapper sur les mots que la ville jetait sur elle comme un drap pour prendre forme.

La ville dessinait sur elle l’endroit précis où le nom reviendrait, et dans le nom, les forces. Pour se donner des forces et du courage, elle avait évidemment commencé par déposer sur elle même le nom le plus terrible.

Elle disait viens. Elle disait viens ici, ici même  : viens là.

La pluie tomberait sur les noms, elle ne laverait rien.

Il suffisait de tendre l’oreille : les cris qu’on prenait pour le vent hurlaient quelque chose dans l’ombre de l’époque qui viendrait la venger.

Le Mal est dans la chose même et le remède est violent. Il faut porter la cognée à la racine. Il faut faire connaître au peuple ses droits et l’engager à les revendiquer ; il faut lui mettre les armes à la main, se saisir dans tout le royaume des petits tyrans qui le tiennent opprimé, renverser l’édifice monstrueux de notre gouvernement, en établir un nouveau sur une base équitable. Les gens qui croient que le reste du genre humain est fait pour servir à leur bien-être n’approuveront pas sans doute ce remède, mais ce n’est pas eux qu’il faut consulter ; il s’agit de dédommager tout un peuple de l’injustice de ses oppresseurs.


arnaud maïsetti - 13 octobre 2018

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