Koltès Monde | une journée d’étude à Aix-en-Provence, le 14 décembre 2018
10 décembre 2018


1948 - 2018. On est soixante dix ans après la naissance de Bernard-Marie Koltès qui nous aura donc laissé davantage qu’une œuvre, mais des questions : Qu’est-ce qu’un monde ? Qu’est-ce qui fait monde ? Et dans quel monde le monde serait-il possible ?

"Je pensais à cela dans la lagune, région qui n’est ni la mer, ni la terre, lieu mystérieux, déroutant, incompréhensible, où il faut, pour s’assurer que l’on est bien quelque part, arracher au passage une motte de terre et l’écraser dans sa main, plonger son bras dans l’eau et ensuite le lécher pour sentir qu’il est salé ; alors seulement, dans cet espace apparemment si abstrait, on peut croire qu’il est à la fois fait de mer et de terre, et qu’à un moment donné, en avançant encore au milieu de l’indécision de la lagune, un jour, on aperçoit le grand large."

Dans ce monde de plus en plus réduit, de plus en plus désolé, de plus en plus matraque, on tâchera d’apercevoir le grand large à travers l’œuvre de Koltès : prendre la décision dans la lagune de lécher le sel sur les blessures.

"Koltès Monde" : ce sera vendredi 14 décembre au Théâtre Antoine Vitez, à Aix-en-Provence et on se posera la question du monde que Koltès ouvre et rend disponible aux désirs. Ce sera autour de Christophe Bident, Christophe Triau, Yannick Butel, Jérémie Majorel, mais aussi avec les paroles précieuses de Moni Grégo et d’Yves Ferry, de Franck Dimech du Théâtre de Ajmer.

Ce sera suivi de la projection du film de Koltès La Nuit perdue, et des paroles qui ne suffiront jamais à assoiffer la morsure de la lagune.


PRÉSENTATION

L’œuvre du dramaturge Bernard-Marie Koltès (1948-1989) s’est imposée comme parmi les plus importantes de la fin du XXe s. Parce qu’elle a ouvert l’écriture dramatique à des territoires neufs de fictions, parce qu’elle s’est forgée dans une langue immédiatement contemporaine et secrètement intempestive, et parce que, surtout, elle a pensé le monde dans ses tensions à l’œuvre en cette fin de siècle qui se prolonge jusqu’à nous aujourd’hui. Logique économique des rapports humains, idéologie défaite sur quoi prospère un tragique renouvelé, violence des rapports entre Nord et Suds… Mais contre cette lecture noire du monde, l’œuvre de Koltès semble aussi justement celle qui permet de rendre visible notre présent pour mieux s’en défaire, ou le venger, et reprendre la main sur l’histoire.
Trente ans après la disparition de son auteur, à 41 ans, cette œuvre a conservé son urgence et sa brûlure, sa nécessité présente plus encore même, peut-être, qu’au moment de son surgissement brutal, au cœur des années 1980. Elle témoigne d’un monde des hostilités radicales, et se dresse aussi dans la joie d’appartenir à un monde autre, un monde tiers, celui qui se tisse au croisement des cultures savantes et populaires pour forger l’espace d’une contre-culture, où musique, littérature et cinéma levaient le territoire d’une contre-mondialisation, comme espace en partage dessiné contre les logiques néo-libérales qui prenaient alors naissance avant de triompher.
Dès lors, la politique d’une telle œuvre ne se jouerait pas tant dans ses motifs ou ses fables, que dans son inscription en regard de notre monde. Si Koltès lui-même s’est éprouvé ailleurs (en Amérique, ou en Afrique, et en Asie même dans le fantasme du Kung-Fu…), loin de toute assignation politique, sexuelle ou éthique, et si son théâtre obéissant aux lois de décentrements a su se nourrir de poésie, de roman, et de philosophie, c’est dans la mesure d’une altérité qui proposait une pensée capable de réarmer notre rapport au monde. Cette proposition tient toujours. Ce sera celle de cette journée d’étude.

AM


PROGRAMME


09h30 Accueil & mot d’ouverture
09h50 Lecture par les étudiants Arts de la scène - AMU
10h00 Yannick Butel (PR, AMU) : "Koltès ? c’est un auteur que je ne connais pas"
10h30 Christophe Bident (PR, UPJV, AMIENS) : "Des sens du monde"
11h00 Échange avec la salle
PAUSE
11h30 Entretien avec Moni Grégo (metteuse en scène) & Yves Ferry (acteur)
12h15 Lecture par les étudiants Arts de la scène - AMU

PAUSE DEJEUNER

14h00 Lecture par les étudiants Arts de la scène - AMU
14h10 Jérémie Majorel (MCF, Lyon II) : "Arborescence des deux nouvelles nicaraguayennes"
14h40 Christophe Triau (PR, Paris Nanterre) : "Une dramaturgie de la relativité"
15h10 Échange avec la salle
PAUSE
15h40 Lecture par les étudiants Arts de la scène - AMU
15h50 Entretien avec Franck Dimech (metteur en scène), Sylvain Faye (scénographe) et Abou Sylla (acteur)
16h40 Arnaud Maïsetti (MCF, AMU) "L’horizon du monde"
17h10 Lecture par les étudiants Arts de la scène - AMU
17h30 Clôture des interventions

PAUSE APÉRITIF

19h00 Présentation du film "La Nuit Perdue" de Bernard-Marie Koltès (inédit)
19h30 Projection du film "La Nuit Perdue" (1h10)
20h30 Fin de la journée d’étude


INFOS PRATIQUES


réservation en ligne : http://theatre-vitez.com/reservation/?id=9886
ou au 04 13 55 35 76
Gratuit sur réservation


Accès piéton uniquement :
empruntez l’entrée de la faculté de Droit au 3 avenue Schuman (suivre le fléchage à l’intérieur du campus.)

L’avenue Schuman est en travaux.
Pour rejoindre la faculté, il faut emprunter l’avenue Pierre-Brossolette puis l’avenue Winston-Churchill au niveau de la sous-préfecture.

Accès Métropole Mobilité depuis Marseille St Charles : Bus 50 / Ligne 7 pour Aix en bus



arnaud maïsetti - 10 décembre 2018

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