Quand la nuit vient | Le train la nuit #50
5 août 2019



Un soir, très tard – mais c’était l’hiver, quand les soirs s’établissent plus tôt dans le soir : il n’était peut-être pas si tard –, le train descendait vers le sud ; le front à la vitre, il ne regardait rien du paysage défiler dans l’invisibilité. Il regardait la vitesse du train tout aussi invisible dans le noir qui confondait la terre et les arbres et les bêtes sauvages.

Par moments, des villes au loin ; inutiles vu d’ici.

Le train s’éloignait ou s’approchait, c’était égal.

La terre roulait dans sa vitesse à rebours du trajet du train, ou lancée dans sa même direction : s’il lui prenait l’envie de marcher dans les couloirs minuscules pour remonter les voitures, la terre s’élancerait toujours de sa même vitesse, et le train de rejoindre ou d’approcher une ville.

Les étoiles étaient immobiles autour de ces mouvements, disait-on ; jusqu’à preuve du contraire, elles ne se déplaçaient pas autour de corps plus immobiles qu’elles : mais les preuves pouvaient venir à tout instant, évidemment.

Le front posé sur la vitre, lui veillait sur ces pensées vagues, tandis qu’une ville s’approchait, qu’une autre s’éloignait, et que la terre imperturbable roulait sur elle-même une vitesse si grande qu’on ne la ressentait pas, lancée dans ce train à une vitesse si ridicule que la nausée finissait par prendre le dessus sur les pensées noires tissées devant les paysages noirs de la nuit invisible.


arnaud maïsetti - 5 août 2019

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