Crânes | tête à têtes
18 août 2021



Ce que regardent les yeux quand ils ne voient plus : quelques formes au-delà de nous, qui passent, lentement. Et le visage, mais sans rien du visage qui, en se retirant, laisse la marque d’un sourire : un rire, mais sans bruit, ou étouffé par la terre dans la gorge. C’est nous.

C’est sur ces crânes que les villes sont bâties, sur eux qu’elles reposent, dans l’équilibre instable de ses certitudes. Ce sont eux, les preuves vivantes du passé vers quoi nous allons, d’un pas tranquillement pressé. Corps, sans le corps, seulement ce qui à la surface, danse.

Devant ces crânes, on rêve : pas comme devant un animal prêt à se jeter sur nous, pas comme devant l’inertie du paysage, devant l’actualité, non. Les rêves qu’on fabrique devant eux possède une vérité plus lourde, plus insistance.

Vie intérieure des crânes : les rêves qu’ils ont fait, au dedans : on ne sait pas. C’était sans doute les nôtres. Les amours, les lâchetés : les nôtres aussi.

On ne voit pas, sur les crânes, la peur de la dernière seconde, les yeux troués présentent ce vide à la place, où nous nous engouffrons, dans l’espoir de pouvoir dominer cette peur, et la certitude qu’on ne le saura pas. Ce que regardent ces yeux : l’instant qui suit la fin, et c’est là où nous sommes.











arnaud maïsetti - 18 août 2021

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