manifestement
8 septembre 2010




I Walk The Line (Johnny Cash)


Si tu chantes La Marseillaise
pourquoi faut-il qu’il te déplaise
de la chanter sur l’air de complainte sensible
de tel petit navire au mousse comestible.

Place de Grève, pas de potence, juste des feux rouges (ou verts ?) enveloppés — avant usage, sans doute : ou par pudeur — ; serviront bientôt pour la marche aux pas, dans l’ordre et la discipline : pour éviter les carnages aux carrefours, aussi. C’est utile. Enfin : pendant ce temps, les feux ne sont ni aux rouges ni aux verts, on passe : au pas le plus lent des défilés (le mot me rappelle immanquablement et malgré moi les lignes impeccables des uniformes, le pas cadencé des soldats, la musique qui fait aller au pas) ; on marche contre la possibilité même des feux verts (ou rouges ?).


Calligraphie les factures
et vérifie les additions,
tu marieras des rimes après la fermeture
et des alexandrins pendant tes ablutions

Lendemains : les prospectus répandus pour rappeler les mots d’ordre : accoudés aux Grands Boulevards, je voyais — presque chaque week-end — les manifestations passer (tristesse d’en voir certaines (la plupart) contenir quelques petites dizaines de personnes, plus motivées que toute une foule, mais autour desquelles les voitures passent, klaxonnent.) On manifeste, aussi. Hier, loin de la ville, pas vu beaucoup de cortège (le mot me rappelle immanquablement et malgré moi les cordons du poêle, l’odeur de cendre, de terre retournée et humide) — mais avec le vent de Chinon et la pluie, les slogans venaient tout de même, à cent kilomètres de là, repartaient.


Métro — chemin de fer de ceinture.
Faits divers – table de nuit —
Bougie — réveil matin —
Une fois par mois cinq francs aux putains —
chaque soir à sept heures le potage attendu —

Manifestement — aux décomptes absurdes, les moyennes ridicules (lu tout à l’heure, tel syndicaliste demandant aux manifestants de bouger la tête au carrefour où la police prend l’habitude de compter : "comme ils comptent une tête pour un quart de tête, on arrivera peut-être au compte juste") — on dénombre les effectifs (le mot me rappelle immanquablement et malgré moi les classes pleines, ou pas assez ; les compétitions sportives, aussi) : on n’est jamais assez quand on est seul.


LES MANUSCRITS NON INSERES NE SERONT PAS RENDUS
 [1]

Les Révolutions minuscules battent le pavé — tout autour de moi, c’est de la terre noire et gorgée d’eau, et les vignes encore lourdes qu’on s’apprête à trancher.

arnaud maïsetti - 8 septembre 2010

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[1_Poème de Robert Desnos : "Si tu chantes la Marseillaise", paru dans Prospectus.

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