arnaud maïsetti | carnets

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Internet et littérature | d’autres usages du monde

vendredi 20 août 2010


Quelques liens et prolongements :
 le site de la manifestation de Numér’île
 le texte de François Bon : "ce qu’internet change au récit du monde"
 Vidéo sur le télégramme : les dinosaures du futur
 fiction : insulaires par Laurent Margantin, un récit du monde


Sur l’île d’Ouessant, au large, c’est le 12ème salon du livre insulaire : pour le programme, voir sur le site de Numér’île — près de 10 jours d’interventions et de lectures, de débats sur la littérature et le numérique ; apparemment, on n’échappe pas aux débats sur l’avenir du livre, mais il semble qu’on s’intéresse aussi beaucoup à son présent, et c’est tout de même le plus important.

Cet après-midi, d’ici, j’ai pu assister (est-ce le terme ?) via captation vidéo en direct par streaming sur ustream aux réflexions et aux dialogues entre François Bon, Thierry Crouzet, et Arash Derambarsh (éditeur au Cherche Midi) — le thème : CE QU’INTERNET CHANGE AU RÉCIT DU MONDE.

Pendant que les intervenants parlaient, les échanges avaient lieu aussi sur twitter — et sûr que dans les jours qui viennent, d’autres vont prolonger ce qui s’est dit. Cela noté non pour réduire l’après-midi à une vaste performance technique, mais peut-être parce que, écoutant ce qui se disait, je ne pouvais m’empêcher de penser que le lieu même de l’échange était au centre des conditions de l’échange et une part de son enjeu : que l’espace de la discussion n’était plus strictement enclos dans le lieu de la parole prononcée physiquement. Ouessant pour un peu ressemblait à une presqu’île.

On manque de mots, bien sûr, pour définir tout cela — quelqu’un s’enquit dans la salle, au cours de la retransmission, des conditions de l’infra-communication ; un autre encore, s’est inquiété que les propos étaient accessibles en ligne au su et à la vue de tous (et on plaisanta à son sujet sur une éventuelle surveillance des services secrets américains). Et pourtant rien d’exceptionnel dans ces échanges — enfin, malgré des petits soucis techniques (un son minuscule, une caméra fixe sans contre-champ sur le public (mais François Bon via Twitter saura nous en donner quelques vues), et des interventions de ce public inaudible [1], impression d’un véritable échange en ligne, d’une réflexion que l’espace et le temps dilataient, permettaient aussi, étrangement. Bref.

Ce qu’internet change au récit du monde, ce serait précisément, donc, en rendant caduques, ou obsolètes, ou insuffisantes, les questions d’espace et de temps, de redistribuer les conditions de l’espace et du temps dans un paradigme neuf ; on assiste encore sous nos yeux à son avènement : pour cela comme pour d’autres choses, inutile de perdre du temps à le prévoir ; le temps d’aujourd’hui est seulement celui de sa fabrication, de son déploiement, de sa subversion (le mot fut prononcé plusieurs fois par Thierry Crouzet) : en un mot : de son usage.

Usage extensif du monde — ce serait cela internet, loin de tout discours technophile (ou phobe) : ne pas prendre l’excuse de la plus ou moins maîtrise technique pour refuser l’outil, mais s’emparer seulement de cette possibilité du monde pour en faire usage — "essayer de ne pas se laisser détruire, mais traverser", a dit encore Thierry Crouzet, à peu près (mais sûr qu’il corrigera lui-même sur son blog).

Usage inventif, sans cesse renouvelé : arrêter de parler de livre numérique pour enfin (re)commencer à parler d’écriture et de ce qu’on met dans ces livres ; en finir avec les questions de droits d’auteur, de ressources (on les laisse en tout cas, ces questions, à qui de droit), et à notre échelle, désaccentuer les formules, retrouver le mot d’auteur.

Ce qu’internet change au récit du monde — dans l’intervention dense de François Bon (déjà en ligne au moment où il la lisait), dégager pour ma part une phrase qui conditionne pour moi les autres :

« on accède désormais au monde avant même que le monde ne se soit constitué comme récit. »

Si on devait formuler les choses en termes d’avant ou d’après (même si je préfère les envisager en forces de continuité), c’est bien là, oui, que ça a basculé.

C’est cette frontière temporelle, et plus que cela, conceptuelle, qui s’impose et qu’il nous faut considérer. La médiation du monde n’est pas supprimée, elle est différée, peut-être, mais l’événement, lui, est presque immédiatement appréhendé comme tel. Le monde comme événement, Deleuze et Foucault nous avait déjà permis d’approcher cela littéralement — et comment l’écriture en retour s’approprie l’événement du monde dans son immédiateté.

L’écriture du blog, fragmentée dans sa clôture totalisante, offre une vue successive sur ces événements-mondes : événements qui font monde. Chaque jour, l’un après l’autre. Et quand tous les jours sont ré-appréhendés dans la succession immédiate, quel monde se donne, immédiat, déroulé, mais uni dans la conscience qui est celle d’écrire ?

Puissance fractale de recomposition — et le monde-récit alors, de tous lieux et de tous temps à la fois reçus sur la surface sur laquelle on l’écrit se redéfinit. C’est alors le monde qui change, et plus seulement son récit.

Et les questions se renouvellent ; récit du monde : qu’est-ce qui change non pas seulement du récit, mais du monde lui-même en le racontant ici et maintenant ? Dans l’usage du récit, c’est un usage du monde neuf — qui est moins une rupture littéraire que politique, et renoue avec les forces poétiques anciennes, encore urgentes (on a cité dans ces échanges Kafka, Rabelais, Baudelaire, j’en oublie).

Usages du monde politique : reconfigurations narratifs de notre rapport au monde : figurations poétiques d’un usage directement puisée aux forces immanentes du réel.

Surtout — ce qu’internet change au récit du monde, ce n’est qu’internet, dans les récits inventés par et pour lui, qui saura nousl’apprendre.

Numér’île | contre-champ


Messages

  • Dans le temps même où ceci se déroulait, tout en l’ignorant, j’écrivais ceci :

    Vases communicants
    (fragments de journal sur le territoire d’un autre)

    Interrogation d’une pratique

    Les Vases communicants s’inscrivent dans une lignée littéraire (celle d’André Breton), mais aussi dans une perspective physique : la loi physique des vases communicants veut qu’un liquide versé dans divers récipients reliés à leur base par un même tube de siphonage occupe la même hauteur dans chacun d’eux. Dans ces nouveaux Vases communicants, le liquide est celui du texte et les récipients sont des sites internet.

    Tous les premiers vendredis du mois, des webmasters et des bloggeurs littéraires écrivent sur le site ou le blog d’un autre écrivain. Il s’agit donc d’un échange littéraire – échange bipartite où l’équilibre est bien celui énoncé par la loi physique des Vases communicants.
    L’initiative est celle de Jérôme Denis (Scriptopolis) et de François Bon (Tiers livre) et s’est très vite développée : un an après le premier vase communicant (3 juillet 2009), c’est plus d’une vingtaine d’internautes qui participent chaque mois au projet (j’emploie à dessein le terme projet puisqu’il n’y aura pas d’oeuvre aboutie succédant au projet – projet ou oeuvre en mouvement donc) et c’est 654 adhérents sur le groupe Facebook.

    A mon sens, la pratique des Vases communicants exacerbe et met en évidence de nombreuses caractéristiques de l’écriture littéraire sur le web.
    Les sites et blogs littéraires sont la création perpétuelle d’une écriture au jour le jour : ce sont donc des journaux.
    Ces journaux sont publiés : il ne s’agit donc plus d’écrire seulement pour soi, ce qui était autrefois le propre du journal intime, mais d’écrire pour les autres.
    Or, il me semble que l’acte d’écrire pour les autres devient plus conscient dans la pratique des Vases communicants que lorsqu’on écrit « chez soi », sur son site ou son blog. En effet, on sait alors avec certitude qu’on sera lu. En outre, il y a multiplication de l’adresse du texte. Enfin et avant tout, le fait d’écrire chez l’autre fait écrire dans l’altérité, dans la conscience de l’altérité. On écrit avec soi et avec l’autre – avec l’autre, pas seulement parce qu’on s’adresse à lui et qu’on sait qu’il est lui aussi une conscience écrivante, mais surtout parce qu’on écrit depuis son lieu et avec un peu de son matériau.

    En étudiant la pratique des Vases communicants, j’interrogerai donc la relation à l’autre dans l’écriture – mon idée étant que la question de l’adresse recouvre une autre question, celle de l’origine même de l’écriture. Savoir pour qui on écrit est selon moi la première marche à franchir pour savoir pourquoi on écrit.

    Ecrire est un acte de création : créant quelque chose de neuf, il apporte quelque chose – qu’apporte-t-il et à qui ?
    La question de l’adresse devrait au moins permettre de répondre à cette seconde question : qui reçoit l’apport neuf de l’écriture, ce que porte et apporte l’écriture ?

    Il me semble que les textes des Vases communicants s’inscrivent dans le cadre d’une triple adresse : on écrit pour soi, on écrit pour ses lecteurs, et on écrit pour celui chez qui on écrit.
    Notons qu’il peut y avoir une quatrième adresse, celle d’une altérité qui apparaîtrait dans le texte même, dans une figure représentée et incarnée dans le « tu ». Ce « tu » peut toutefois aussi recouper certains des destinataires évoqués précédemment.

    Or, l’écriture change selon les entités (personnes réelles et représentations) auxquelles elle s’adresse.
    Ainsi, les journaux publiés en ligne ne seront plus seulement des écritures de l’intime et mêleront écriture de l’intime et écriture du dehors. Il s’agira de dire le monde depuis son intimité, et ce sous la condition que l’autre puisse, partiellement au moins, se reconnaître dans ce qui est écrit afin d’apprendre de sa lecture.
    Dans ces journaux qui s’ouvrent à des lecteurs, on pourra en outre noter l’introduction de la fiction dans le réel (créant parfois des zones limites, des zones tampons qui sont celles d’un (non-)lieu fantastique), et éventuellement une littérarité plus marquée que dans le journal à lecture réflexive.

    Dans la pratique des Vases communicants, l’écriture change encore sous l’effet de la troisième adresse : celle à son hôte.
    En outre, comme je l’avais déjà suggéré, l’écriture change non pas seulement du fait de l’adresse nouvelle, mais aussi du fait qu’on écrit avec un peu du matériau de l’autre. Invité sur son territoire, notre texte surgit de sa terre, se constitue de nos pierres mais aussi parfois de quelques unes des siennes, et il n’y a pas jusqu’à l’agencement de ces pierres qui ne puisse être influencé par le ciel à la lumière duquel on écrit. La terre et le ciel entre lesquels on écrit sont ceux d’un pays que l’on n’a pas créé et dans lequel on est momentanément invité. Notre écriture n’en peut être que bouleversée.

    Or, on écrit depuis l’autre (avec son matériau, sa terre et ses pierres) parce qu’on écrit pour l’autre : il s’agit de prendre en compte l’autre dans son écriture, et écrire depuis l’autre permet de le faire dans une plus grande conscience et plus profondément (profondeur qu’il s’agira d’explorer). Les vases communicants créent ainsi les conditions d’une écriture qui soit pour l’autre dans une conscience plus aigue de ce mouvement vers l’autre, de cette destination que devient l’autre.
    Ecrire depuis l’autre permet de (re)prendre conscience du fait que l’on écrit pour l’autre.
    Ce double mouvement (écrire pour l’autre et alors écrire depuis l’autre pour que cette destination du texte à l’autre devienne plus consciente) me paraît être le premier intérêt des Vases communicants.

    L’étude comparative de textes d’un même auteur écrits dans le cadre des Vases communicants sur le territoire d’un autre et hors de ce cadre sur son propre territoire devrait permettre de voir en quoi écrire consciemment pour l’autre change l’écriture, et ainsi de considérer ce qui dans l’écriture d’une personne est susceptible (selon lui du moins) d’apporter quelque chose à l’autre.

    En effet, l’apport de l’écriture (et donc l’écriture) change selon la personne à laquelle cet apport est destiné. Ainsi, lorsque le destinataire change, c’est le but du texte qui change.

    Conséquemment, à travers les changements de l’écriture devront se dévoiler les buts de l’écriture.
    Or, la finalité et l’origine de l’écriture se confondent : ils sont tous deux la « raison » de l’écriture, le pourquoi, le depuis-quoi.
    Ainsi, les changements de l’écriture dus au changement d’adresse devront permettre à l’origine de l’écriture, à son moteur, à son énergie, de se manifester.
    A travers eux, on devrait pouvoir voir (ou apercevoir) pourquoi on écrit.

    Du fait de l’échange, d’une écriture qui se fait consciemment pour un autre, les vases communicants font changer l’écriture le temps d’un texte. Cependant, l’écriture étant un mouvement (une recherche), il n’y a pas cloisonnement entre les textes d’un même auteur et le changement portera donc nécessairement aussi sur ses autres textes, par influence indirecte, souterraine et profonde.

    Tout d’abord, en ravivant la conscience d’écrire pour des lecteurs, les vases communicants permettent à l’écriture sur internet de tendre vers une plus grande acuité, une plus grande perfection (tout en étant toujours dans le perfectionnement et non dans la perfection) – cependant, éditant au jour le jour ce qu’on écrit, le perfectionnement se fait non pas par le travail d’un texte ultérieur à son écriture première, mais par un travail qui se fait à travers les textes successifs. Il ne s’agit pas de (re)travailler un texte, mais de travailler par les textes. La publication quotidienne implique d’écrire pour les autres chaque jour, et donc d’écrire chaque jour avec la plus grande acuité possible ce jour-là (et chaque jour (on) travaille à ce que l’acuité soit plus grande le lendemain) : il faudra que l’on puisse être lu (c’est à dire profondément compris, ou du moins entendu) non pas seulement par soi-même mais aussi par les autres. L’écriture du journal se fait alors une écriture de la précision, et ses obscurités ne sont plus que ce qui fait jour, clarté, dans le fond obscur du lecteur. Il faut atteindre à la plus grande précision (possible pour nous) au jour le jour. Chaque jour est un travail de perfection – chaque jour est un travail que l’on porte aux lecteurs. Ce travail est toujours en cours, et dans ce cours même il touche à son but : l’ambition vers laquelle on tend étant cette tension même, ce mouvement. L’acuité ne peut être permise que par cette tension qui jamais ne s’affaiblit, qui jamais ne nous repose. Ecrire chaque jour pour l’autre, c’est s’imposer une acuité de chaque jour, jour par jour une plus grande acuité, et l’autre est ainsi le moteur de la tension qui permet l’aiguisement de cette acuité.

    Ensuite, l’écriture des communicants (je choisis d’appeler provisoirement ainsi ceux qui participent et créent chaque mois les Vases communicants) change aussi parce qu’elle est enrichie de ces échanges multiples. En effet, les Vases communicants ne sont qu’une des formes de liens qui créent peu à peu des communautés littéraires (communautés ouvertes et non sectaires) au sein d’Internet. Se rejoignant ainsi ponctuellement, les écrivains du Web avancent ensemble, et font avancer ensemble l’écriture, ses pratiques et les formes qui en résultent.
    Avec des pratiques comme celle des Vases communicants, c’est l’écriture contemporaine qui change rapidement (Internet permet donc dans le domaine de la littérature aussi une accélération phénoménale des changements).

    La route qui se dessine alors sous les pas des écrivains (la route qu’ils dessinent) est faite d’interactions entre des solitudes, des individualités.
    N’évite-t-on pas ainsi la dissolution de l’individu dans la communauté (qu’elle soit celle des sujets d’un roi ou celle d’un groupe sectaire) aussi bien que l’individualisme né de la Révolution française et que l’on a pris l’habitude depuis quelques années de faire rimer avec égoïsme ? Parviendrait-on aujourd’hui à un équilibre nouveau entre communauté et individualités ?

    Internet est la plate-forme (le lieu) permettant cela : elle est structurée de sites indépendants les uns des autres et néanmoins liés les uns aux autres (liés par les choix des webmasters et des internautes, et non liés par une nécessité essentielle).
    La littérature a toujours été un réseau, une toile où l’on peut lire des textes en regard d’autres textes. Internet permet cependant de multiplier ces liens et la nature de ces liens. Internet permet la création d’une nouvelle structure littéraire – et avec l’écriture, c’est aussi la lecture qui change. Aujourd’hui, la lecture se fait en étoile, les liens se font plus simultanés, et l’on peut presque visualiser la structure d’une polyphonie de textes sur un même espace.

    Etudier les Vases communicants serait donc aussi une entrée pour étudier les réseaux – étudier les réseaux, toutefois, non pas pour eux-mêmes, mais pour l’avancée commune qu’ils permettent : selon les mots de François Bon, il s’agit d’une « profération, profération pour porter encore, et porter ensemble » (http://www.tierslivre.net/faceB/spip.php?article16 ).

    Or, se rejoindre et « porter ensemble », c’est déjà faire de la politique. La politique c’est en effet, si l’on se souvient de son sens étymologique, une cité organisée, une communauté qui s’organise.
    Je suis intimement persuadée que la littérature est une aventure dans laquelle on entre seul – et face aux mots, on sera toujours seul. La littérature est ce qui nous renvoie à nous-même.
    Ainsi, il me semble que ce besoin de se rejoindre et d’avancer ensemble est au-delà de la littérature : il s’agit d’un acte politique – appelé sans aucun doute par les circonstances actuelles.
    Cet agir politique ne choisit cependant pas la littérature parmi d’autres médiums. Ces écrivains, pour la plupart d’entre eux, sont venus à la politique par la littérature, et non l’inverse. La littérature est le lieu nécessaire d’une conscience aiguisée, et non seulement un lieu de traverse.
    Je pense ces rencontres des Vases communicants et cette avancée commune qu’elle permet comme un acte politique : d’abord parce qu’il s’agit d’un mouvement vers l’autre, ce qui est le mouvement premier et nécessaire de la politique, ensuite parce qu’il s’agit de faire avancer le monde tout en restant toujours dans la littérature – la littérature même est un des mouvements primitifs de la politique : c’est par le langage que les hommes peuvent se lier et avancer ensemble.

    Les Vases communicants, c’est donc un mouvement vers l’autre conscient et manifeste : c’est écrire pour l’autre et ainsi comprendre peu à peu pourquoi on écrit, ce que l’écriture apporte à l’autre, et nous apporte naturellement en retour.

    Il s’agit pour moi d’envisager l’écriture comme un lieu fondamental de rencontre, dans le temps même où l’écriture, étant le lieu de l’intime, reste et restera toujours un lieu de solitude.

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[1_ce qui ne fut pas sans beauté : lors des échanges avec la salle, quand le micro était du côté de cette salle, on entendait celui qu’on ne voyait pas, et on voyait ceux qui restaient inaudibles lorsqu’ils reprenaient la parole