JOURNAL | CONTRETEMPS (un weblog)

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24 juin 2020


Tant que mes amis ne mourront pas, je ne parlerai pas de la mort.

Nous sommes consternés de nos rechutes,
de voir que nos malheurs ont pu nous corriger de nos défauts.

On ne peut juger de la beauté de la mort que par celle de la vie.

Les trois points terminateurs me font hausser les épaules de pitié.
A-t-on besoin de cela pour prouver que l’on est un homme d’esprit,
c’est-à-dire un imbécile ?
Comme si la clarté ne valait pas le vague, à propos de points. 

Lautréamont, Poésies II

Les visages se perdent vite, l’habitude de les regarder. On perd rapidement cette faculté de tenir un regard. Il suffit de trois mois. On ne sait plus faire. Arrive ce moment où on revoit le jour ; on réapprend à respirer dans le grand dehors. La ville est là, tout entière. Dans toute sa colère aussi. Dans sa dignité de refuser d’être seulement cette ville qu’ils veulent qu’elle soit, dressée à obéir. On la regarde — et ses inscriptions rageuses sur ses parois — en essayant d’en être digne aussi en retour.

Alors on donne le change ; on fait semblant, comme toujours, mais plus encore. Cette fois, on ne cesse pas de regarder ce qu’on regarde, lentement, d’assister à ce qu’on croyait évidents : le ballet des corps, les êtres avec au-dedans des vies pleines et tristes et en colère et détruites ou ignorantes d’elles-mêmes et d’être en vie.

Il y a conduire dans la ville, et c’est aussi comme une première fois. Les repères ne servent à rien, au contraire : à trop leur faire confiance, on risque le mur. On ne se fie qu’au hasard, la chance. À la lenteur aussi. Les rues bondées du soir, les voitures qui attendent dans les embouteillages contre lesquels elles pestent, mais qu’elle produisent. Nous, dans nos sarcophages motorisés, attendons aussi, encore plus passivement. La radio dit la bêtise toute crue. Je préfère les chansons françaises sentimentales : elles savent au moins que rien n’est jamais vrai.

Impression d’une ville nettoyée : vidée. Impression d’un décor. Impression que quelque chose fait écran à la chair. Je ne saurai pas jusqu’au soir. Peut-être est-ce d’être lavé de toute habitude qui me fait voir la ville comme elle est : une citadelle armée contre nous. Le lendemain, chez le médecin, je saurai combien la salle d’attente est l’idéal propre et technique de ce monde, et qu’il est répugnant.

Le soir est terriblement lent. Il tombe pendant des heures sur la terre, puis la mer, puis ce qui est entre la terre et la mer et qui n’a pas de nom, et quand on l’a oublié il s’efface. On dirait l’Histoire. Alors on s’accroche pour cette raison aux dernières branches. On travaille chaque jour à ne pas oublier même si on ne sait plus quoi.

Et puis, on ne se savait pas capable de produire des ombres si lointaines de nous, si longues, étalées sur des mètres, allongeant notre présence humaine, cherchant plus loin un recoin du trottoir où s’engouffrer sous les égouts et plonger encore.

Un rat passerait au moment où je regardais cette ombre : je le soupçonne d’avoir justement mordu en elle, emportant sa part d’ombre la plus singulière.

Le sol était le miroir parfait de mon corps — d’ailleurs, ce reflet allait bien vite être recouvert définitivement par l’ombre plus invincible d’un camion de chantier allant dans un des quartiers de cette ville pour continuer de la détruire.

Il y avait une inscription que je n’ai pas pu prendre en image : décolonisons nos émeutes.




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21 juin 2020


À quatre heures du matin, l’été,
Le sommeil d’amour dure encore.
Sous les bocages s’évapore
L’odeur du soir fêté.

Rimb.


Je cherche en vain une image de ces jours. Les mille que je trouve ne s’accordent qu’à leur approche. Par exemple : cette carte perdue, qui rend inutiles toutes les autres du même jeu. Par exemple : cet arbre coupé, et qui tend, comme un cerf perdu dans la forêt, d’étranges bois au ciel déjà ailleurs, passant, exaspéré. Je cherche pourtant : j’ai perdu peut-être cette habitude malsaine de regarder le monde pour en faire ma pâture. Heureusement, je suis rattrapé par mon ombre. Par exemple : cet arbre nu, ridicule, et simple, et qui dit : je suis là malgré tout et si je ne sers à rien, je n’en tire pas même de gloire.

Je cherche, sans rien trouver, des images pour ces jours impossibles qui passent sur le corps comme une voiture sans chauffeur (il est caché à la place du mort).

Hier, du discours délirant d’un chef du monde libre à des regards jetés sur la mer : je sais de quel côté je suis, mais ça ne console pas.

On nous a donc délivrés du dedans. Hasard (il n’y en a jamais), le premier jour dehors, je suis au milieu d’autres à marcher contre ce monde. La manifestation brûle sous le soleil de midi, ce n’est pas encore l’été : ça semble pire. On étouffe sous les masques ; il faut apprendre à sourire avec les yeux. Sur les murs de cette ville que je retrouve, cette colère qui rend vivant.

Je vois des visages et reconnais des voix ; les corps dans la lumière. Il faut tout réapprendre.

Je regarde les murs.

Je les regarderai longtemps.

Toute cette vie.

Plus encore.

Devant l’hôpital :

GRÈVE
TENEZ-NOUS

(l’affiche avait été à moitié emportée par le vent). Tout était juste.

Il y a beaucoup de photos manquées, des prises de vues maladroites ou involontaires ; il faut en accepter l’augure aussi.

J’aurai poursuivi cette vie de Saint-Just à ce point-là au moins où elle devient publique — et j’ai peur dès lors de m’en désintéresser. Il faudra chercher les secrets sous les positions ; les désirs.

Ça a commencé, d’avoir chaud pour six mois.

Ce journal que j’ai écrit chaque jour quand je n’avais aucune seconde à moi, que j’arrachais des minutes la nuit, je l’ai abandonné quand je retrouve du temps : le contretemps n’est pas seulement un alibi, ou un motif — c’est une malédiction.

Il faut beaucoup de discipline pour organiser le lâcher-prise.

Et de tendresse pour ce qu’on déteste (quelle part de soi ?) ; les souvenirs insistent aussi.

Dehors, le monde se déploie dans toute son abjection. Il défend ses statues de racistes comme si c’était son bien précieux : peut-être l’est-il. « ON NE RÉÉCRIT PAS L’HISTOIRE », disent ceux qui l’ont écrite, puisqu’ils en sont les vainqueurs. Évidemment, ils refusent la vengeance des vaincus qui, ces soirs dignes, avaient voulu reprendre la main.

Il aurait fallu dire que ce n’est pas seulement les statues des criminels qu’on devra déboulonner, mais toutes. Malheureux les peuples qui ont besoin de héros. Aucune statue n’est digne d’être élevée : sauf si on dressait des statues de statues, ou d’anonymes — comme on en voit dans les sous-sols du Louvre parfois, le soir, qu’on passe Rue de Rivoli et qu’on jette un œil distraitement là-dessous. Il y a trop d’études d’artistes médiocres qui encombrent les sous-sols : qu’elles balisent les rues.

Dans le parc Borély ensommeillé de deux heures, la statue d’une déesse morte depuis des millénaires regardait le vide qui la dévorait lentement.




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16 juin 2020


Ce n’est pas qu’on veuille être libre, mais on y rêve.

Jabès, Le Livre des Questions, 1963


Tous ces jours ensemble seraient confondus dans la même peine qu’on éprouverait pour le monde, traversé de quelques éclats de rage qui portent aussi la joie de ne pas être soumis à la tristesse. C’est toujours le vertige, l’équilibre : la mélancolie nous importe parce qu’elle nous sauve de l’indifférence — face à la violence continue et de plus en plus précise de l’époque, on n’a peut-être pas d’autres choix que de porter à bras le corps la mélancolie pour ne pas être complice — mais elle risque de nous jeter au sol, épuisé et impuissant, cherchant dans les larmes la consolation pour elle-même. Alors on puise dans la mélancolie la force de ne pas s’y installer. Tous ces jours ensemble emportés : chaque semaine, la sensation de franchir un cran dans l’insupportable. Chaque semaine, un cran franchi qui semble en prendre acte. L’enfermement consenti : la connexion comme seule gage de notre appartenance au monde — on soigne, enseigne, éduque, transmet à travers les câbles sous-marins et sur l’écran. On ruse pour en faire des armes. Et puis, sitôt sortis du marasme, immédiatement lâchés ces corps dans les rues : la violence qui s’abat sur eux, et qui réveille tout. On étouffe un homme de l’autre côté de la mer et ce qu’on assassine est si vaste. Un homme qui est tant d’autres, un homme après tant d’autres : on tue les Noirs, les femmes, les pauvres parce qu’ils comptent peu pour ceux qui mènent le siècle, on les tue pour ce peu dans lequel on les tient, et qui au revers laisse apparaître le considérable dans lequel s’estiment ceux qui considèrent qu’étouffer cet homme permet de maintenir l’ordre. Quel ordre ? On le sait bien, de quel ordre il s’agit, et dans quel ordre ils souhaitent le maintenir. Puis des voix disent combien ce corps en uniforme posé sur celui qui demande de respirer révèle les structures intimes du réel qui le fondent, le produisent, exercent sur chacun sa puissance. De nouveau évidemment cette puissance de mort cherche à les taire : et que s’abattent les matraques. Toutes ces semaines ensemble disent une bascule qui ne cesse de se faire. On sait que chaque jour crée l’irrémédiable : mais il prend son temps. Notre impatience en a pourtant assez d’être lente.

J’aurais passé ces jours frayant en eux comme si je devais chercher à ouvrir leurs carapaces, avec le couteau mal aiguisé de mon désir. Qu’en j’en perce un, que je le dévore, je sais que demain aussi il faudra trouver le secret, la faille du jour, sa faiblesse, l’endroit où le nerf est plus lâche. Souvent je ne le trouve pas ; je m’effondre le soir sans avoir rien arraché à ce jour. Parfois, si. J’ai écrit cinq pages, ou lu trois lignes, j’ai croisé sur un mur tel mot, entendu cette parole, volé ce rire. Ce qui reste au matin des rêves n’est souvent que de l’oubli : il faut de l’humilité pour avouer qu’on est vivant quand même et faute de mieux.

Cette vie de Saint-Just dont je rêve avec acharnement depuis des années, et dans laquelle je me brûle ces deux derniers mois : pourquoi ? Je perds la question de vue à mesure que je m’attache à ces jours. Ce n’est peut-être pas la question : ou alors, écrire aura été la seule réponse. En attendant, je n’attends pas ; avril 1793 est là, bientôt mai, juin : la nuit est allongée sur le cadavre de ces mois.

Le soir, le jour prend son temps. Le soir paraît interminable : c’est une juste image.


Il y a eu le retour de la rue : les manifestations de ces jours, le chaos joyeux et chamailleur — qui n’aura reçu que des coups, mais ces coups ne retirent rien de la joie, de la chamaille. Et puis, il y a eu le retour du silence, celui qui ordonne, recentre, plonge.

Il y a eu des renouements.

Tous ces jours ensemble : au mouvement de rétraction intérieure - garder le silence et faire le vide — répond le désir de ne plus répondre à l’injonction de fabriquer des phrases sur le monde. Les pages du journal laissées blanches ces jours peut-être pour mieux être ailleurs, dans l’automne 1792 et les vies imaginaires de Rimbaud, celle de Savonarole et d’Estienne Brûlé ? Je ne sais pas : en regardant le vent qui battait tant hier sur les platanes mourants, je pensais seulement : tous ces jours ensemble emporté par la colère finiront bien par détruire le silence qu’a commis ce monde sur nous, ces derniers mois — une porte a claqué sur cette pensée. Le café avait refroidi sur la table. Un chat se battait avec un autre en poussant des hurlements insensés. La musique autour de moi depuis le réveil traînait, le soir, épuisé d’elle-même, elle flottait ; je ne l’entendrais que quand je l’arrêtais brusquement. Je penserais aux images du Portrait de la Jeune fille en feu qui avaient justifié ces jours. Je chercherais à savoir si on était mardi ou vendredi. Je m’endormirais avec quelques questions de Jabès : le rêve n’est pas l’envers de la veille, mais ce qui l’arme.




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30 mai 2020


Chaque matin, quand le soleil se lève pour les autres, en répandant la joie et la chaleur dans toute la nature, tandis qu’aucun de mes traits ne bouge, en regardant fixement l’espace plein de ténèbres, accroupi vers le fond de ma caverne aimée, dans un désespoir qui m’enivre comme le vin, je meurtris de mes puissantes mains ma poitrine en lambeaux. Pourtant, je sens que je ne suis pas atteint de la rage ! Pourtant, je sens que je ne suis pas le seul qui souffre ! Pourtant, je sens que je respire ! Comme un condamné qui essaie ses muscles, en réfléchissant sur leur sort, et qui va bientôt monter à l’échafaud, debout, sur mon lit de paille, les yeux fermés, je tourne lentement mon col de droite à gauche, de gauche à droite, pendant des heures entières ; je ne tombe pas raide mort.

Lautréamont, Chants de Maldoror

Le monde était devenu irrespirable ; sous les masques ; ou dans les fumées des villes brûlés par la rage ; ou étouffés par les discours rassurant, insultant, méprisant — on allait seulement d’un point du jour à l’autre en essayant d’éviter les crachats. On tâchait de les rendre, comme des coups ; l’adversaire se dérobait sous les armures noires, ou sous la légitimité populaire arrachée à la minorité des voix, ou sous le rien qui le soutenait : partout, tout le temps, la violence qui le fondait était comme la Création du monde, elle avait besoin de se faire à chaque seconde pour ne pas voir sa réalité s’abîmer dans le néant. Du néant, on tendait les bras ; les efforts pour respirer nous rendait difficile la tâche de respirer.

« Je ne peux pas respirer ». La phrase de George Floyd dit l’instant, l’époque, le poids de mort qui écrase, l’affreuse impuissance. Les deux genoux sous la nuque, il nous faudrait demander grâce. Bien sûr, on n’est pas écrasé comme littéralement à Minneapolis le sont ceux qui chaque jour paient de mort la couleur de la peau ; bien sûr : on est aussi, souvent, du côté de la matraque symbolique de la domination, et si c’est malgré soi, c’est tout de même l’expérience qu’on fait du pouvoir insidieux, des rapports sociaux comme inscrits dans cette anthropologie de la souffrance qui est notre quotidien intime. Bien sûr. Mais on regarde suffoquer l’homme qui dit, avec le dernier souffle qui lui reste : « je ne peux pas respirer », on regarde aussi le regard de celui qui pèse de tout son corps d’homme fier de sa force, indifférent et stupide : on passe d’un regard à l’autre, l’horizontalité dominée, les forces qui le quittent ; et la verticalité dominante, abjecte. Le soir, la ville brûlerait, on regarderait les flammes longuement comme on observe le ciel pour en intercepter les forces, le soir, quand le crépuscule ressemble à l’aube.

Que ce monde soit voué à la destruction est une évidence : sa disparition est de salut public ; les rares qui le défendent font déjà partie des ruines. La question est ce qui suit les ruines. La forme que prendront nos villes après ce monde, la faculté à arbiter ce qui restera de la vie qu’on arrachera à l’abjecte de l’époque, à sa peur, à l’ignoble de ses principes. Ce monde malade de lui-même, qui s’enferme parce qu’il sait le dehors hostile, sera la dernière image qu’il laissera à méditer pour ceux qui voudront bien s’intéresser à ce qu’il fut, à l’énigme de sa durée. Quand on marche dehors désormais, est-ce qu’on n’a d’autres pensées que de le brûler, par amour encore qu’on voue à sa possibilité ? Non.



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18 mai 2020


Rien dans la nature ne peut l’entraîner à ce comportement irrationnel, excessif, de prendre le pouvoir, de faire la guerre, sinon le masque, la figure du masque, à l’ombre duquel il peut relever le défi d’un monde dont on ne saura jamais la vérité, et qui relève donc fondamentalement de l’artifice. C’est le masque qui permet le sacrifice, qui permet de faire la guerre, lui seul qui permet l’exercice du politique.

Jean Baudrillard, Cool Memories I

On n’avancerait plus que masqués : mais seulement la moitié du visage. Assez pour être vus et suffisamment pour n’être pas reconnus ? Ce qu’il faut pour ne pas pouvoir respirer. Evidemment, le masque est le fétiche parfait de l’époque, son incarnation. Jusqu’au renversement du stigmate. Les masques qu’on interdisait autrefois — il y a deux mois — dans la rue sous peine de matraque, on les oblige désormais : sous quel peine ? Monde qui suffoque, impose à tous cette odeur de renfermé subie dedans, subie désormais dehors.

« L’homme du monde est tout entier dans son masque. N’étant presque jamais en lui-même, il y est toujours étranger, et mal à son aise quand il est forcé d’y rentrer. Ce qu’il est n’est rien, ce qu’il paraît est tout pour lui. » [1]

Tous ces après qu’ils nous ont lâchés pour mieux dresser devant, au lointain, le mirage qui tiendrait les foules dans l’état de l’insomniaque, portant devant lui les mains, sachant l’horizon proche qui reculerait pourtant à mesure qu’il avancerait vers lui ; il n’y aura pas d’après, et tout discours qui l’annonce ou le prévoit ne fait qu’en défaire la possibilité. L’après est l’alibi général qui cherche à fabriquer de l’acquiescement, de l’union plus ou mois sacrée, un consentement arraché à la volonté. Il n’y a pas d’après, il n’y a que des masques qui voilent les intentions et les désirs. Entre nous et le monde, il n’y a toujours eu que la police : désormais, entre nous et nous-mêmes, il y aura le masque, l’autre forme que prend la police dans notre monde d’après, celui qui ne se fabrique que pour empêcher qu’ait lieu quelque après que ce soit.

Les masques servaient au théâtre à désigner les rôles : on savait qui était le Père, qui l’Esclave. Quand le Fils cherchait à se cacher du Père, il posait sur lui un masque de Femme : les deux masques superposés l’un sur l’autre ne masquaient pas : ils levaient les identités toujours mouvantes, qu’on endosse pour mieux jouer dans le rôle la partition librement. Les masques tombent quand les masques se dressent.

« Mes opinions sur le théâtre. Ce que j’ai toujours trouvé de plus beau dans un théâtre, dans mon enfance, et encore maintenant c’est le lustre, – un bel objet lumineux, cristallin, compliqué, circulaire et symétrique. Cependant, je ne nie pas absolument la valeur de la littérature dramatique. Seulement, je voudrais que les comédiens fussent montés sur des patins très hauts, portassent des masques plus expressifs que le visage humain, et parlassent à travers des porte-voix… » [2]

L’heure est aux délations — ceux qui vont seuls à l’air libre respirant librement et sans masque sont dénoncés depuis les balcons comme des criminels —, l’heure est à la suspension de toutes les exceptions arrachées dans ce monde pour le rendre, parfois et en certains lieux respirables malgré tout et malgré lui : droit du travail, forêt, rassemblement. Du monde en état urgence. Les discours sont des crachats. La reprise de la machine abjecte est désormais de salut public : et pour cela, on envoie les enfants devenir des premières lignes potentielles.

Un jour dans l’État New-York compte le même nombre de cadavres que les dix mois de la Grande Terreur. Décidément, les chiffres ne veulent rien dire : ils crachent eux aussi sur nos mémoires et sur le présent. On les agite comme des chiffres, comme s’ils n’étaient que cela : des marques servant à faire des courbes, et évaluer le degré de surveillance.

« Car personne ne peut longtemps porter le masque. Tout ce qui est déguisé reprend bientôt sa nature ; tout ce qui repose sur la vérité, tout e qui, pour ainsi dire, a, des racines soldes, ne fait que croître avec le temps… » [3]

Les politiques du masque : pour traverser ces jours, il nous faudra apprendre à vivre dans l’irrespirable.




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10 mai 2020


27 mars 1912

Lundi, dans la rue, un gamin jouait avec d’autres à lancer une grosse balle sur une bonne sans défense qui marchait devant eux, je l’ai attrapé par le cou juste au moment où la balle rebondissait sur le derrière de la jeune fille, je lui ai serré le cou dans une violenet colère, puis je l’ai repoussé en maugréant. Après quoi j’ai continué mon chemin sans regarder la jeune fille une seule fois. On perd tout à fait le souvenir de son existence terrestre parce que, se sentant si totalement rempli de colère, on est en droit de se croire capable d’être tout aussi plein de sentiments encore plus beaux à l’occasion.

Kafka, Journal

Tant d’arguments contre ce monde donnés par le monde lui-même. Les appels à la Culture par exemple. Qui sauve, console, protège : assimile, ingère ; remplace l’école, les foyers. Défend les valeurs, bientôt monterait presque au front, baïonnette au canon. Contre qui ?

Tout à renverser, oui. Plutôt la lancée sauvage ; plutôt l’appel à d’autres corps aberrants ; plutôt le contraire du dressage ; plutôt la mésintelligence ; plutôt le singulier, le dès à présent. Plutôt le contraire de ce tout, et sinon rien.

La vie qui sauve, console, répare : la vie qui fait leçon, qui sous prétexte de rassembler fusionne, et fait silence. Toute cette vie dont on passerait la vie à se défaire. Toute cette vie de moins qui singe l’autre, la véritable et secrète, celle qui disperse, celle qui fait le contraire de réparer : qui fouille dans la plaie, cherche à la raviver, qui défait.

Rêve. Terrible. À l’appel de mon nom dans la grande salle remplie de semblables assis comme moi sur ces tables d’examen : je me tais ; autour de moi on me regarde, on sait que c’est moi, je baisse la tête ; mon nom répété, je ne dis rien (je ne sais pas pourquoi) ; je baisse la tête et refuse de voir l’homme hurlant mon nom qui s’avance, j’entends ses pas ; il hurle encore mon nom, à quelques centimètres de moi. Puis, lâche un faible « tant pis ». La salle s’éteint. On lâche des fauves.

Tout le monde se lève et dans le désordre, sans mot, court, court, vers les sorties qu’on cherche à tâtons ; les portes sont fermées.


Ensuite, il n’y a plus que des cris.

On se souviendra de ces semaines comme ce rêve : qu’on était piégé, et qu’on ne voyait pas à dix mètres, à dix jours ; qu’on avait peu de boussoles. Que les fauves choisissaient leurs proies au hasard, ou qu’elle se jetait sur les plus fragiles. On était sauvé sans qu’on sache pourquoi : ou parce qu’il y avait plus fragile que soi, et c’était le plus terrible, le plus incompréhensible. On se souviendra de ces mois : on savait bien sûr les mensonges : notre indifférence à leur égard aura été un signe de plus que quelque chose s’était épuisée de cette organisation qu’ils appelaient monde, ou vivre ensemble : ce qu’ils avaient appelé des années vivre ensemble n’était plus possible ces jours, et ce pour la simple survie de l’espèce.

On se souviendra qu’on était seul, à être ensemble. Que la Nation Apprenante déferlait sur les ondes en même temps que les spectacles de la Comédie Française ; ce n’était pas si différent de l’Italie, où les sites pornographiques étaient devenus gratuits : avec les années, la distinction se ferait mal. La Culture s’était déversée pour passer le temps, ou occuper les hommes comme on occupe les enfants, pour mieux les endormir (et ils refusaient de dormir de plus belle).

On se souviendra de ces mois comme une longue plage de silence, où pourtant s’était préparé la suite : les offensives, les contre-offensives. Qui l’avait emporté ? On se souviendra de ces mois comme fatalement ce qui avait produit la suite. La suite, pourtant on l’ignorait alors. J’aurais écrit chaque jour ces jours ; pour en arracher quoi ? « Qu’au retour du silence, une langue naisse » — il est juste de revenir au silence en retour, dans le bruit que refait le monde un peu partout, maintenant que la machine repart, dont le fracas idiot recouvrira tout. Tout ? Et le reste est




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9 mai 2020


16 février 1922.

L’histoire de la crevasse dans le glacier.

Kafka, Journal


Qu’on s’imagine le monde d’après et ce monde profitera de nos rêvasseries pour nous rouler sur le corps, avant de passer à autre chose : le temps qu’on le pense autre, il nous aura déjà écrasé, en pire. Qu’on s’abrite dans des pensées jetées au-devant des années, et on sera quitte d’un recul arrière, et nous dessous respirant à peine couverts par le tas de décombres qu’on aura participé à empiler. La ruine, c’est nous qui la bâtissons à force de dire qu’après sera forcément mieux, puisqu’après la pluie (etc.). Après la pluie, il y a parfois la pluie d’acide. Ou l’orage et le vent, qui apporte d’autres vents et d’autres pluies.

Des après, il y en a mille qui se forgent déjà, et combien contre nous ? Presque tous.

L’imagination est complice du pire quand elle ne puise pas ses forces dans les ventres des villes, dans le corps même des corps, dans la surface décevante des réalités d’ici et de là, quand elle ne traverse pas la seconde ci et la suivante.

Rêve. L’appartement qu’on me louait était singulier : deux pièces, mais séparées. La chambre était petite, paraissait immense parce que la fenêtre donnait sur la rue pleine jour et nuit, et c’était magnifique. Pour rejoindre le salon, il fallait sortir de l’immeuble, passer une cour intérieure et monter deux étages. Tout était parfait, sauf les deux cadavres au milieu qui gênaient considérablement le passage. Ce sont mes grands-parents, disait le propriétaire. En observant les sarcophages transparents, j’essayais de trouver une façon de m’en accommoder. C’était compliqué.

Il faut prendre la métaphore au sens littéral, hurlait la jeune fille, menaçant de tout arrêter (mais quoi ?)

Dans le train qui allait dérailler, je comptais les arbres qui brûlaient dehors.

Courir le long de la mer, des choses et des temps, hier soir, jusqu’à atteindre ce point où il est impossible de penser, où les pensées viennent seules et dans l’ordre qu’elles veulent, terriblement précises et forant en soi loin, justement, patiemment, découvrant une à une les vérités.

Par exemple : qu’on ne renverse pas le monde, on utilise ses forces contre lui. Qu’on choisit de peser sur une de ses radicalités : on ne peut faire autrement. Qu’on en change le cours qu’en acceptant de le chevaucher et de prendre sa part dans ses contradictions.

Autre exemple : le ciel est une donnée aléatoire de mon corps, un constituant de mon désir.




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8 mai 2020



3 février 1922

Insomnie presque totale ; torturé par les rêves, comme par une pointe qui les graverait en moi, dans la matière réfractaire que je suis.

Kafka, Journal

De deux choses l’une : la troisième. Faisant le constat que cette vie n’en est pas une, l’accepter ou réclamer un retour à l’ordre des choses. Autant regarder la mer en regrettant qu’elle ne soit pas de la ville, ou en se disant auteur des marées. De deux choses l’une : sortir des alternatives.

Il n’y a plus à convaincre que ce monde est malade, que ces remèdes tuent davantage que la mort, il y a encore moins à espérer que le fruit tombe de l’arbre maintenant que les branches sont mortes. Il n’y aurait que la force de trancher à la racine du tronc, avec ses mains. Il n’y a plus l’obéissance ou l’inconséquence.

Il y a : sortir de la marche forcée, celle qui président aux immobilités comme au mouvement.

Rêve. Implacable. Tous nus dans cette grande salle de danse et moi seul habillé, la honte terrifiante. Je me jetais par la fenêtre pour échapper à cette terreur, aucun risque, me disais-je, c’est le premier étage, mais je n’avais pas pensé au lac dehors, autour, on était des centaines à nager, dans nos vêtements, grelottant de froid, bientôt dévorés par des poissons-chiens.

Je regagnais les bords du lac. Une route, la voiture s’arrête. On me demande d’emmener ces passagers où ils le voudront : mais personne ne dit rien. Je conduis au hasard, cherche un mur où m’encastrer.

Images de corps allongés les uns dans les autres et le désir, mais immobiles, je les enjambe, il ne faut pas que je les regarde, il ne faut pas (je les regarde évidemment au dernier moment : ce sont des vieillards).

Les récits fracassés de ces semaines. Tous vrais, lus ces jours au hasard des pages monotones de journaux : la jeune fille qui a rejoint un pays lointain pour enterrer son père qu’elle n’avait plus vu depuis tant, et qui ne peut peut plus rentrer — elle ne voit plus que la tombe de son père, chaque jour, et pour quel face à face. Le milliardaire venu dans cette ville qu’il vient d’acheter : ville fantôme où il est seul désormais, ville cimetière qui recouvre les cadavres des chercheurs d’or, et quelle allégorie. Le jeune fils artiste, tué en Côte d’Ivoire, vingt-huit ans fauché par la fièvre : et comment faire revenir le corps ? Allégorie encore.

Et toutes ces vies banales et dont les journaux ne parlent pas, mais qu’il est facile de rêver, toutes vraies aussi. Ces jeunes amants, rencontrés la veille ou presque, confinés ensemble, apprennent à se connaître et se déchirent déjà ; ces hommes seuls, libres de toute vie sociale et qui composent les plus beaux alexandrins de leur existence, relisent Walser et Tourgueniev sans horaire, sans dehors, mais dans leurs rêves ; ces filles, que la solitude pétrie d’angoisse, et qui sont face à elles-mêmes nuit et jour, par la fenêtre tente d’épier les mouvements qui les épient ; ces familles entassées ; ces coups que rien n’arrête sur les enfants, les mères.

Ce ne sont pas les récits qui sont fracassés, ce sont ces semaines. Les récits, eux, survivront et réclameront vengeance.




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7 mai 2020



2 février 1922

Que le négatif retire probablement de sa « lutte » le maximum de puissance rend imminente la décision entre folie et équilibre.

Kafka, Journal

Les voies de la taupe sont impénétrables. Les couloirs qu’elles dessinent patiemment dans les entrailles du réel épousent les lignes capricieuses d’une lutte entre son obstination et les accidents que lui présente la terre. Elle fraie. À mesure qu’elle avance, elle constitue ses forces. Elle regarde devant elle toujours la terre à arracher à la terre, jamais plus loin, parce qu’elle sait l’horizon : qu’il est l’horizon lui suffit pour avancer vers lui. Elle ne s’épuise pas : sa fatigue la fait grandir dans sa puissance. Puis, quand la terre est plus meuble et sa patience plus entamée que ses forces, quand le jour appelle, quand le hasard des souterrains la conduit plus proche de la surface, quand tout est prêt en elle et dans les profondeurs d’où elle s’arrache : elle frappe le sol par en bas et le soulève, et fait entrer la lumière dans les profondeurs, elle est dehors.

Tous ces jours, de toutes ces semaines, de tous ces mois, de toutes ces années, on les relira à la lueur de ce jour, et on dira : c’était fatal. Que la terre se retourne, que la taupe remonte, et remonte précisément là, c’était fatal, les renversements et les jours neufs, bien sûr, tout y a conduit, chaque seconde était la cause de la suivante. On dira, en prophète du passé : ça ne pouvait pas ne pas arriver, les crises ne conduisaient qu’à des crises plus grandes qui finiraient par se rompre sur elles. Les forces dans l’obscurité s’étaient organisées avec méthode et certitude, s’étaient assemblées, avaient forgé dans l’atelier les outils ajustés à leur désir et aux mondes qu’ils avaient rendus possibles. Fatal, le dessin des couloirs et fatals, les accidents du parcours, qui n’étaient en rien des ralentissements, plutôt d’autres causes. On aurait la conséquence sous les yeux : tout serait cause.

Aujourd’hui, on est désespérément dans le noir, et désespérés, on creuse, avec les ongles, les dents qui restent, l’énergie du désespoir. On en est là, forcenés : tirant espoir du désespoir, ne sachant quand on verra le jour, sachant seulement qu’on le verra. Ceux qui disent « il faut s’organiser », plus aveugles que la taupe, ne voient pas ceux qui s’organisent depuis des siècles et qui dans le noir creusent les couloirs pour que chacun s’y engouffre. Ceux qui disent : « il faut s’organiser » pose un « il faut » de plus aussi inutile que les autres : la boue est plus dense, plus ferme, c’est qu’on se rapproche de la surface.

Rêve. Le tatouage qu’on m’applique avec un fer à souder ressemble à une fleur, mais vue du dessous. On m’assure qu’elle poussera dans la peau.

C’est un enfant qui m’a fait ce tatouage : il me dit que c’est la première fois. Que ça l’a terrifié, qu’il ne le fera plus. Il pleure, et il est inconsolable, je dois l’étouffer pour qu’il se taise.

Quoi faire de son corps ? Il ne pèse rien. Peut-être en le jetant loin ? Je n’ose pas. Je regarde le tatouage, ce n’est pas une fleur, mais une lettre dans une langue inconnue, qui commence déjà à s’effacer.

Tous les rêves précis de ces jours viennent le matin, dans le demi-sommeil qui suit cinq heures. Je ne cherche pas à les comprendre, je note les images au réveil de peur de les perdre. Évidemment, ils prolongent l’hallucination collective de ces jours, avec toujours — mais c’est peut-être une illusion — des ruses pour les contrer, dans le délire.


C’est peut-être à force de délire qu’on se défera du délire de ce monde ?

Puisqu’on ne cesse de nous infantiliser — jusqu’à nous dire comment se laver les mains, et « j’attends beaucoup de vous », sous toutes les variations —, qu’on trouvera dans l’enfance (celle qui est cruelle, injuste, radicale, excessive, définitive) les puissances pour fabriquer d’autres manières de vivre : où « responsable » ne serait pas « obéissant ». Notre seule patrie, l’enfance, ne connaît aucune frontière. On en fait l’expérience chaque nuit dans les rêves qui tous, et en chacun, témoignent des terreurs et des voies souterraines de lui opposer les joies qui nous en délivrent.




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6 mai 2020



25 février 1918

Il le sentait sur sa tempe comme le mur sent la pointe du clou qu’on doit enfoncer en lui. Donc il ne le sentait pas.

Kafka, Journal

Rien de possible dans la marche des temps. Le dedans comme le dehors sont des pièges. Rien ne peut s’écrire que des amorces. Autant dire des ruses pour habiter le piège. Ou des façons d’accommoder le temps, de façonner la culpabilité à son image. Oui, c’est dehors à coller des affiches qu’il faudrait être (mais qui les lirait). En attendant on attend — chaque lecture doit porter, rien ne doit être chargé à blanc.

Les événements se définissaient autrefois comme ce qui nous jetait collectivement dans la rue. Ce qu’il y a de cruel dans l’événement contemporain, c’est qu’il renforce l’atomisation des solitudes : exalte le privilège d’être face à soi-même, et tant pis si ce privilège est un enfer, il s’exalte tout autant. On aura au moins compris que les crises révèlent. Reste que l’écriture sympathique de l’époque agit comme un acide.

Pour se protéger de l’agression virale, on se brûle les mains à l’alcool jusqu’à ne plus avoir de peau. La solution hydro-alcolique est à l’image des réponses qu’on donne au fléau. Dans l’équation, on n’aura pas d’autres solutions que la brûlure, la disparition des empreintes digitales est toujours la ruse ultime du criminel qui cherche le crime parfait.

Rêve. Terrible. L’Amérique tenait dans un sac. On me chargeait de le jeter à la mer. Pourquoi ? Je demandais. On me répondait, avec méchanceté : demande-toi pourquoi toi.

Plus tard, je retrouvais le sac sur la route. Si on apprenait que je ne l’avais pas jeté ? Je le prenais, il ne pesait rien : je le glissais dans la poche et je me retrouvais devant un barrage. On allait me fouiller, alors je décidais d’avaler le sac qui soudain était lourd de pierres, qui grouillaient.

Finalement, je jetais le sac sur l’homme chargé de me fouiller : on s’emparait de moi : on allait me jeter à la mer en me posant désespérément une seule question, incompréhensible, dont la réponse allait peut-être décider de mon sort : « pourquoi ? »

Enigme de la Convention, en ses débuts : tout regroupement des hommes selon des convictions communes s’apparentait à la constitution de factions, forcément suspectes, tendant à la division, à la traitrise. La Révolution ne pouvait être qu’Une. Mais la conduire, c’était fatalement s’opposer sur sa menée : se regrouper, se diviser. La guillotine allait finalement servir à faire la part des choses.

Le mot inéluctable. Le mot irréversible. Le mot : avant. Le mot : après. Rien pour le mot maintenant.

Ce qu’il y a de plus cruel que l’attente : son attente.



arnaud maïsetti | carnets



se retrouver dans un état d'extrême secousse, éclaircie d'irréalité, avec dans un coin de soi-même des morceaux du monde réel.

antonin artaud