Bernard-Marie Koltès | 15 avril, et peut-être l’éternité
15 avril 2018


image : sur la pierre, seulement le nom, et les dates

note du 15 avril 2018

On est donc vingt-neuf ans après le 15 avril où quarante-et-un ans devinrent pour toujours l’âge d’une vie, et soixante-dix ans après le premier cri : toutes ces dates donnent le vertige, et ne disent finalement rien de ce dont pourrait témoigner une vie – la vie elle-même.


« On entend des sirènes de bateaux sur le fleuve.
Tony s’approche lentement de la portière ouverte ; s’appuie à celle-ci, regarde E.E. avec un petit sourire.
E.E. a des larmes dans les yeux ; il est couvert de sueur.

E.E. – Ils sont tous morts. Bruce Lee est mort ; Bob Marley est mort. Qu’est-ce qu’on fout là ? » [1]


note du 15 avril 2016

(27 ans plus tard, c’est presque une vie)


Bernard-Marie Koltès, 9 avril 1948 - 15 avril 1989

C’est pourquoi ne voulant parler d’Ali, je ne parlerai donc plus de rien, laissant la parole aux chroniqueurs des apparences et de l’éphémère, sachant de toute évidence que ce Mann, et toute cette population de Babylone, et moi-même, et vous bien sûr, serons autant de fois oubliés que l’on nous a connus, davantage peut-être même, oubliés au point que notre souvenir à nous ne sera plus nulle part, ni même sur un bout de pavé battu par la pluie, ni même sur un bout de papier porté par le vent ; tandis que celui d’Ali existe dans le battement du bongo et dans celui du cœur de l’homme, dans le claquement des feuilles contre les branches, dans le bruissement des vagues sur les falaises, dans le silence glacial du vide avant la création et dans les explosions du cosmos qui empliront peut-être l’éternité .

Prologue, fin du roman inachevé

arnaud maïsetti - 15 avril 2018

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arnaud maïsetti | carnets




[1Bernard-Marie Koltès, Nickel Stuff

par le milieu

_Bernard-Marie Koltès _Chantier critique _deuil _vies des morts