La Ville écrite | officielles
30 juin 2016


Il y a ce moment, dans La Recherche, où le mot officiel est une déchirure.

En répétant toujours : « La vie a pu changer pour nous, elle n’effacera pas le sentiment que nous eûmes », par désir de m’entendre dire enfin : « Mais il n’y a rien de changé, ce sentiment est plus fort que jamais », je vivais avec l’idée que la vie avait changé en effet, que nous garderions le souvenir du sentiment qui n’était plus, comme certains nerveux pour avoir simulé une maladie finissent par rester toujours malades. Maintenant chaque fois que j’avais à écrire à Gilberte, je me reportais à ce changement imaginé et dont l’existence, désormais tacitement reconnue par le silence qu’elle gardait à ce sujet dans ses réponses, subsisterait entre nous. Puis Gilberte cessa de s’en tenir à la prétérition. Elle-même adopta mon point de vue ; et, comme dans les toasts officiels, où le chef d’État qui est reçu reprend peu à peu les mêmes expressions dont vient d’user le chef d’État qui le reçoit, chaque fois que j’écrivais à Gilberte : « La vie a pu nous séparer, le souvenir du temps où nous nous connûmes durera », elle ne manqua pas de répondre : « La vie a pu nous séparer, elle ne pourra nous faire oublier les bonnes heures qui nous seront toujours chères » (nous aurions été bien embarrassés de dire pourquoi « la vie » nous avait séparés, quel changement s’était produit). Je ne souffrais plus trop.

Et puis il y a ces bâtiments près de Noailles, oubliés par le monde, le temps, la ville et ceux qui passent, de l’oubli même.

arnaud maïsetti - 30 juin 2016

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