La Ville écrite | parade de clowns (libre expression)
23 octobre 2016


C’est parce qu’on a une haute idée de la chose publique, de l’organisation collective, des forces d’agencement du réel, de la transformation du monde, des logiques d’émancipation de l’individu par la communauté, et de la communauté à travers des individus, que nous passons devant ces affiches en haussant les épaules et en griffant des yeux et des doigts peut-être les visages souriants ou les noms. Les visages et les noms écrivent sur la ville un désir de possession, comme on met la main sur tout, les rues et nos destins. Les visages et les noms oublient que ce qu’ils possèdent, du pouvoir et de ses avantages, c’est en notre nom, et pour nous qu’ils l’exercent. Du pouvoir, il faudrait s’en tenir le plus possible écarté – ou l’exercer sur nous-mêmes seulement. C’est parce que nous savons que l’Histoire est une mélancolie et une volonté que nous voudrions le pouvoir éclaté, partout, immanent aux êtres, dispersé à l’échelle d’un quartier, de quelques rues, de quelques maisons, de quelques terrains vagues. Ces prochains mois, passeront la parade des clowns et les cris poussés du col pour être le premier, le chef, le responsable, le maître. Que passe la parade des clowns exécutée en notre nom, et au nom de la libre expression, qui est pourtant le contraire. Là où la vie s’invente, elle se fait contre cela : que passe la parade ; le pouvoir véritable n’est pas à prendre, ni à donner : mais à évacuer, expulser, miner. Tandis que passe la parade, pensées tendres pour les clowns véritables, leur art de défier la mort et de rester en équilibre sur les forces de vie – oui, que passe la parade de ceux qui volent l’idée de pouvoir et usurpent l’identité des clowns.

arnaud maïsetti - 23 octobre 2016

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