de peupler les dehors
3 janvier 2011





Falling down (Scarlett Johansson, ’Anywhere I Lay My Head’, 2008)



Le continent de l’insatiable, tu y es. De cela au moins on ne te privera pas, même indigent.

H. Michaux (Poteaux d’angle, 1981)


Murs éclairés, c’est qu’il y a quelqu’un, là, au-dedans des murs pour les habiter et pour dire "chez moi", ici c’est chez eux ; alors tout le reste, au-dehors, ce qui n’est pas chez eux pour qu’on puisse à notre tour l’habiter et dire : c’est donc ici aller, tout autour, et croiser les types comme moi, et les corps comme moi que je ne reconnais pas, et les filles comme moi qui m’ignorent passer et regardent les routes se construire, et moi sur ces routes aller devant, et plus loin aussi ; et continuer à s’y rendre pour en prolonger les bords ?

Il n’y aurait pas d’un côté la naissance et de l’autre : la vie, ce qui la suit : cause conséquence mensongère, ici comme ailleurs — mais comment on apprend à naître en cherchant des doigts les parois des routes sur le sol, et cherchant encore du corps entier, de la pensée tirant à elle les pensées, avec ce qu’on a d’insuffisance et de lâcheté pour les repousser elles aussi, comment on se naît à chaque caillou posé sur le sol pour s’y heurter, et comme on se relève sans aide, ni celle des types, ni des corps comme d’autres ombres des parois, ni des jeunes filles qui se moquent en te montrant du doigt, mais seulement s’agripper pour se relever aux murs invisibles dressant des horizons par centaines : ce serait là une manière de peupler les dehors ?

Des murs comme des rideaux qu’au théâtre on n’ose même plus tendre tant on n’y croit plus, à la séparation des gouffres entre le visible et l’invisible des fables, aux séparations de la vie et de la mort, à ce qui creuse en soi le passé et ce qui arrive, ce qui vient, est déjà là, et déjà passé ; des murs, comme on dirait des villes mais avec des pierres qui parleraient pour discuter les possibles aménagements : on n’aménage pas un mur, on monte sur lui, on dessine sur lui, on écrit sur lui — et les lumières qui l’éclairent de l’intérieur, qui pour dire : l’éteindre, et qui pour entendre : l’écroulement, imminent ?


arnaud maïsetti - 3 janvier 2011

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