Albertas
25 décembre 2011




Place plein centre de Aix-en-Provence ; centre de la ville où la lumière et l’espace changent de nature soudain, les pavés irréguliers, les façades lépreuses côtoient d’autres impeccables, entièrement neuves.

Surtout, cette fontaine asséchée au centre de gravité d’un lieu injouable : mais scène de théâtre parfaite : on a le devant du temple, on a les trois murs, cour et jardin fermés cependant ; les acteurs tourneraient autour de la fontaine, on verrait leurs ombres trébucher sur le pavé irrégulier, et grimper sur les murs aux fenêtres tristes et majestueuses.

J’ai rêvé une pièce de théâtre hier soir pour ce lieu seul (j’en rêve dès que je passe devant cette place, mais hier soir elle prit corps soudain, précisément) : un seul acte, du soir jusqu’au matin, les ombres s’élèveraient et tomberaient. Il y aurait cinq personnages. Ils tourneraient autour de la fontaine. Je ne dirai pas leur nom, qu’ils s’échangeraient.

Il y aurait peu de répliques ; la pièce tiendrait seulement sur leurs déplacements, et comment ils équilibrent le plateau sur le point toujours de basculer autour de cette toupie verticale qu’est la fontaine.

Il n’y aurait presque que leurs ombres, et là où elles trébuchent, se relèvent.

L’un de ses personnages, une femme, dirait, au moment central (vers la fin, donc) : « nous ne partirons pas d’ici, n’est-ce pas ? » ; un autre lui lancerait, désinvolte « non ». Ce serait toute la pièce. Ils chercheraient à savoir le centre du lieu. Chacun en figurerait un. Alors, naturellement, ils chercheraient à prendre la place de l’autre, au risque de tout déséquilibrer. Ils finiraient par désirer devenir le centre de l’autre, puis de tous : ils fabriqueraient le lieu dans ce désir de champ de force, d’amour et d’hostilité, tant que l’équilibre les maintienne debout.

Enfin, il y aurait l’histoire d’une jeune fille qu’on croyait noyée, dont on se raconterait l’histoire pour tenir éloignés la mort et le désir, et qui reviendrait du centre de la fontaine les cheveux encore mouillés pour réclamer à boire.

Il y aurait cela, dans cette place, une pièce que je n’écrirai pas puisqu’elle existe, ici, Place Albertas, et que je l’ai filmée un peu, oui : juste après que ces personnages m’ont laissé place nette.

C’est là.


arnaud maïsetti - 25 décembre 2011

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