Oracle #1 | Ghazal 403
11 janvier 2012




HÂFEZ DE CHIRAZ | LE DIVÂN

interroger l’oracle – voir texte de présentation du projet.

Ghazal 403


5. Le froc du mendiant d’amour détient en sa manche un trésor :
Qui est ton mendiant parviendra vite à la royauté !


Regard de celui qui tend la main pour proposer et dans la main vide, tout ce qu’il demande et ne se formule pas, ne se donnera jamais parce que cela excède tout ce qu’on posséderait jamais, toute une vie à l’amasser vide en regard : la couleur juste des yeux, la boucle des cheveux, un éclat bleu ; les récits que racontent les mendiants sans mot sont inapprochables : dans l’oracle, je me penche, je vois tout comme au-dessus de l’eau brassée sous les colonnades des ponts, les remous ; parfois, on croise de ces regards quand on marche, qu’on nous demande si on parle arabe, on dit non, ou français, on ne dit rien, la voix continue et pourrait dire : ou n’importe quelle langue qui saurait dire les mots, justement ceux qu’on ne sait pas, mais on ne sait pas, alors on passe ; regard de celui qui possède suffisamment de langues mortes en lui pour les demander au passant : d’amours mortes en lui, pour les échanger contre quoi ; l’amour du mendiant, il le porte comme ses bouteilles en plastique, comme sa montre au poignet, comme toute sa vie assemblée autour de lui, alors quand il tend la main, il demande qu’on la lui prenne, peut-être, et l’amour qu’il pose sur nous déposerait un roi qui passerait là ; l’amour qui traverse la rue à ce moment précis, le mendiant qui le voit le nomme et à distance défigure, vient rejoindre les murs blancs d’une mosquée pour cette fois se poser sur un visage qui lui répondra ; mais aucune monnaie pour l’amour, un mot si usé de tout qu’il ne peut plus appartenir à personne, à moins de s’être dépouillé de tout, et de soi, et de la vie entière des choses possibles, pour enfin lever les yeux, dans l’éclat bleu qui passe derrière les nuages, retrouver le mendiant de soi qui vient tendre la main, et demander : quelle langue tu parles, et étendant son empire sur moi, il ferait ce geste d’amour qui rendrait le mot acceptable, et je ferai ce geste d’amour qui accepterait le mot et le geste.


arnaud maïsetti - 11 janvier 2012

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