le maître est là (et il t’appelle)
2 septembre 2012




le maître est là, et il t’appelle  : je me retourne, il n’y a pourtant personne que moi.

il t’appelle et la porte est fermée. je frappe, j’entends le vide qu’il fait à l’intérieur, et puis beaucoup de silence.

le maître t’appelle encore : quand on viendra répondre présent, il répétera le nom, dans tout le vide qui s’est bâti depuis le temps qu’il lance ton nom, ton nom qui lui revient dans le vent, qui a fini par creuser ce lieu de toutes nos absences.

il faudrait peut-être croire en dieu pour cette raison seule : faire taire son appel. on viendrait là, dans le silence, on s’allongerait sur l’herbe poussée entre les dalles, on aurait le ciel au-dessus de la tête qui passerait dans les murs bleus des verrières, on fermerait les yeux enfin.

le monde, c’était le nom qu’on donnerait à tout cela ; quand le temps finit, ce qui commence n’aura pas de fin. on se retournerait : tu serais là avec ton nom, tu me donnerais le mien.

plus loin, l’eau passerait. on ne s’y noierait pas, on tendrait les mains pour la soif.

là, des enfants lâchent des ballons gonflés à l’hélium : sur chacun un nom : manon, erich, ethan, victor. quand ils se poseront plus loin, dans des milliers de kilomètres peut-être, le nom portera le secret de celui qui l’aura confié au hasard. chaque enfant est dieu soudain.

le maître t’appelle, il demande de ses propres nouvelles : personne ne comprend, on s’éloigne ; moi, je pleure lentement dans les feuilles de l’arbre.

il t’appelle par mon nom, tu me regardes, j’ai tant sommeil que je ne peux pas dormir ; mon visage me brûle, je demande un autre nom.

dans mes cheveux la grâce de mes plus belles années, je m’y entortille les doigts — puis, quand je les pose sur le clavier pour écrire, j’en ai encore enroulés, alors je frappe les phrases sur la racine de mon être, à la racine de tout ce qui pousse en moi, ce corps.

du désir j’en suis plein, comme un manque : plus loin, on appelle, mais la rue est si déserte que le nom se perd, entre dans une maison au hasard, ce n’est pas la mienne.

le maître est là, qui t’appelle, moi, je te regarderai entrer, je n’attendrai pas.


arnaud maïsetti - 2 septembre 2012

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