autoportrait à la fragilité de la phrase
24 octobre 2012


c’est mon visage quand il se reflète sur une phrase et qu’il tremble de lire, et c’est la phrase tremblée seulement lorsqu’on la voit, mais derrière, on le devine, c’est mon visage qu’on ne reconnaît pas, ou juste une ombre, tout un corps penché rassemblé derrière le mot, oui, VIENS, c’est mon visage sur ces mots-là comme si c’était d’eux qu’il venait surgir, ou qu’en arrière c’est lui qui porterait le mot, dans le miroitement, c’est mon visage d’après les vertiges, quand après tous ces mots qu’il a fallu écrire, ne reste que le besoin de se pencher et de tomber pour ne plus en saisir, LE PALAIS DE L’ESPOIR, mon visage quand au-dessus de l’abîme [1], du soleil [2], du lac — « Le monde est un immense Narcisse en train de se penser » — réaliser au plus profond de soi que l’abîme, le soleil, le lac me regardent au plus profond de moi et se perdent aussi, en moi, et tombent aussi en moi, de s’être ainsi vus, ainsi mesurés à leur propre désir, EST, oh comme dans un corps ce qu’on vient chercher, je ne sais pas, de cette profondeur de son désir dressé entre soi et l’absence (et le manque) et des cheveux en désordre répandus sur soi, ce qu’il reste des mots qu’on n’a pas pu écrire, peut-être à travers le reflet existe-t-il le reflet de ce reflet, comme sur un ciel le ciel posé sur lui qui commencerait la mer — c’est mon visage déposé sur la mer pour la boire, longtemps, de s’oublier visage et de s’inventer mer ÉTRANGEMENT FRAGILE


arnaud maïsetti - 24 octobre 2012

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arnaud maïsetti | carnets




[1« Si tu plonges longtemps ton regard dans l’abîme, l’abîme te regarde » Nietzsche

[2« le soleil a comme un regard, un regard qui regarderait le soleil » (Artaud)

par le milieu

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