La Ville écrite | à la porte
27 octobre 2012



le nord installé maintenant partout, je me perds dans les endroits enfoncés de la ville avec le manteau de la nuit sur les épaules en plein jour, mais déjà elle tombe de partout, cette nuit avec le froid et jusque là où je me perds, rue nationale : entrer dans un couloir de ville, et se retrouver devant cette porte, SANS ISSUE et les mots qui cognent sur elle pour pouvoir peut-être la forcer, RISQUE DE CHUTE (on voudrait tellement tomber : oh, la Chute des corps, de la chair, la Chute de l’Homme sur lui-même et de l’Histoire qui tombe comme un Mur, toutes ces majuscules qui finiront par tomber elles-aussi pour finir en histoires), les mots illisibles que je porte aussi en moi, comme je porte quelque part la clé qui n’ouvre aucune porte — je pose la main sur elle pour seulement l’entendre vibrer, je suis la surface de ce réel, je suis la surface même des choses, je suis, à l’interface du désir, la clé même de mon propre corps qui va entrer au lieu où — IS NOT, la phrase grande comme un cri, la phrase sans sujet, ni objet, la phrase sans rien d’autre que son cri posé en travers de la porte, peut-être prononcée par la porte elle-même qui refuse, absolument, comme une jeune fille qui ne serait pas prête et qui dirait des vers à la place, qui ferait la lecture à la place, les spasmes ordinaires des corps laissés au dehors d’eux qui vont jouer malgré tout le plaisir, mort qu’on rejoint lentement ainsi, petite, minuscule même, en dehors de soi, tout cela qui n’aura pas besoin de mots finalement, seulement des espaces de silence soupirés, passés sous le soupirail des mots ;— et moi devant la porte, si je reste sur le seuil, la clé encore à la main, c’est que je ne sais pas vraiment ce que la porte ouvre, ou ce que la porte ferme, et si je suis dedans ou dehors

arnaud maïsetti - 27 octobre 2012

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