autoportrait à la brisure
3 mai 2013





Broken lines, broken strings,
Broken threads, broken springs,
Broken idols, broken heads,
People sleeping in broken beds.

Bob Dylan

Quant à mon corps, brisé à ses racines, comment le voir (puisque tout est brisé, illisible), c’est pourtant lui, c’est pourtant lui penché sur lui ; la brisure ne fait qu’en multiplier l’écho, en disperser comme l’aura, des toiles d’araignées infinies sur lesquelles danser, d’étoiles en étoiles, la brisure agrandit, épaissit (je cherche à relier cela à la fêlure, je ne sais pas, je devine, je ne parviens pas à formuler, plus tard peut-être, ailleurs), la blessure (qui n’est pas la plaie), comme Adam seul a eu besoin d’être brisé en deux pour qu’Ève enfin se lève en lui, et de lui se brise encore, pour se répandre et croître, et multiplier, comme on jette la pierre dans le lac, il vibre, mouvance de la syntaxe, hantise (désir), et comme il faut se briser, être brisé, non pas seulement en deux, mais en plein, pour renaître, en mille (et mille), comme il faut, dans ces moments o où la blessure dans le corps est le corps lui-même, sa racine profonde qui plonge dans le ciel, se dresser, pour habiter la blessure et la traverser, la localiser pour la répandre, l’envahir, la hanter, et dans la joie l’aimer aussi, l’aimer oui, alors je regarde un peu, dans ce reflet éclaté, y trouve l’image juste, l’emporte avec moi pour la laisser, plus loin, derrière moi.


arnaud maïsetti - 3 mai 2013

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