Le Client #7 | « La règle veut qu’un homme qui en rencontre un autre finisse toujours par lui taper sur l’épaule en lui parlant de femme »
4 août 2013





Le Client #7


Septième réplique du Client

« 
La règle veut qu’un homme qui en rencontre un autre finisse toujours par lui taper sur l’épaule en lui parlant de femme ; la règle veut que le souvenir de la femme serve de dernier recours aux combattants fatigués ; la règle veut cela, votre règle ; je ne m’y soumettrai pas.

Je ne veux pas que l’on trouve notre paix dans l’absence de la femme, ni dans le souvenir d’une absence, ni dans le souvenir de quoi que ce soit.

Les souvenirs me dégoûtent et les absents aussi ; à la nourriture digérée, je préfère les plats auxquels on n’a pas encore touché.

Je ne veux pas d’une paix venue de n’importe où ; je ne veux pas que l’on trouve la paix.

Mais le regard du chien ne contient rien d’autre que la supposition que tout, autour de lui, est chien de toute évidence.

Ainsi vous prétendez que le monde sur lequel nous sommes, vous et moi, est tenu à la pointe de la corne d’un taureau par la main d’une providence ; or je sais, moi, qu’il flotte, posé sur le dos de trois baleines ; qu’il n’est point de providence ni d’équilibre, mais le caprice de trois monstres idiots.

Nos mondes ne sont donc pas les mêmes, et notre étrangeté mêlée à nos natures comme le raisin dans le vin.

Non, je ne lèverai pas la patte, devant vous, au même endroit que vous ; je ne subis pas la même pesanteur que vous ; je ne suis pas issu de la même femelle.

Car ce n’est pas le matin que je me réveille, et ce n’est pas dans des draps que je couche.

(etc.)

 »


arnaud maïsetti - 4 août 2013

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