Rimbaud | vies imaginaires – #Prologue
4 août 2016



Un projet : raconter les vies irracontées de Jean Nicolas Arthur Rimbaud.
Imaginer cette vie dans les silences qu’elle nous a laissés.
Tâcher de soulever à nous les forces réclamées à la vie après sa mort, au nom de la mort, et de la vie.

— le sommaire des textes
— et mes autres rêves autour de Rimbaud



La vie de Rimbaud est désormais sans mystère ni secret.

Les savants l’ont écrite inlassablement, aucun jour ne leur a échappé. On peut lire cette vie dans ses moindres détails. Certains détails se contredisent, mais les savants nous rassurent : ces contradictions traversent aussi cette vie de part en part.

Pourtant, on ne comprend pas vraiment ce qui tient de la vie et de l’énigme qui pousse à l’écrire inlassablement. On voudrait nous faire croire que cette énigme se lèverait dans des livres sans mystère ni secret.

L’énigme qui porte nom de Rimbaud tient cependant à cette vie que son œuvre a voulu saisir avant d’en être transpercé. Elle nomme avec cette vie la tâche de vivre en son entier. Elle appelle à travers cette vie toutes vies qui pourraient être possibles si on était capable de vivre et de mourir.

Mais nous ne sommes plus capables de rien.

Nous sommes simplement après Rimbaud des vivants qui lisent cette vie en pensant qu’elle est seulement celle d’un mort qui se nommait Rimbaud. Certains l’idolâtrent et collectionnent les faits comme des reliques qu’ils adorent. Certains haussent les épaules en disant que seule l’œuvre importe et l’œuvre n’a changé ni l’ordre des astres ni le cours de l’or. D’autres ne savent de cette vie qu’un visage, et qu’il était si beau. La plupart n’en pensent rien mais sont sûrs de n’être pas morts, eux. L’énigme se poursuit.

Chaque année, Rimbaud nous donne de ses nouvelles : parfois un portrait inconnu, parfois un poème retrouvé, parfois une lettre qui refait surface. L’énigme se creuse et appelle.

On relit la vie : elle ne répond en rien à l’appel. On relit les poèmes : ils lancent davantage la douleur d’être de ce côté de la mort, et de ce coté de l’énigme.

Muets, nous sommes condamnés à être adorateurs ou arrogants. On regarde les portraits. Les regards adressent une question qui prolongent l’énigme. Et cette énigme est inépuisable, infiniment désirable, et inimaginable.

Il faut donc imaginer cette vie dans les silences qu’elle nous a laissés.

Tel est de ce récit l’inavouable désir et l’ impossible tâche.


arnaud maïsetti - 4 août 2016

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