en attendant, ne rien attendre
4 septembre 2016



Bob Dylan, ’Can’t Wait’ (Time Out of Mind, 1997)


Le langage n’est pas la vie, il donne des ordres à la vie ; la vie ne parle pas, elle écoute et attend.

Gilles Deleuze et Félix Guattari, Mille Plateaux, p. 95-96.


À la recherche des signes, on perd souvent sa propre trace. J’aurai tant aimé la ville et je m’en éloigne, de plus en plus : pour mieux (me dis-je et me console) en retrouver la violence, la déchirure, la beauté terrible et nécessaire. La ville est comme sa terre : on ne peut l’éprouver qu’en y revenant, et on ne peut y revenir que loin d’elle. Pensais-je, ici : alors que la ville s’éloigne et que je n’y pense plus.

J’écris dans le déferlement des cloches de l’église proche – qui appelle-t-elle ? Ceux qui veulent s’y rendre n’ont rien d’autres à faire, et les autres ne l’entendent plus. Au moins, les appels à la prière ont pour eux la beauté du chant et le mystère de la langue. Dans la chambre, au milieu des cartons, dans ce temps de l’entre-deux qui n’existent que par ce qu’il annonce, je suis un peu comme la musique de ces cloches qui ne me parviennent qu’avec le distance des siècles et des croyances. Je suis loin, et je suis tout près. La ville bat. Je pourrais la toucher, presque. Tout est dans le presque qui me tient lieu de vie désormais.

Jour de chaleur, accablant le jour même. Lire d’une seule haleine un bref récit puissant ; écouter les leçons de l’histoire d’Ambroise de Milan ; avancer (dans) les vies imaginaires de Rimb. ; remplir des cartons, les vider ; poursuivre cette vie sociale et administrative aberrante, donner le change au réel : et tricher avec le secret des jours et des nuits pour conjurer l’ordre véritable du monde (en fait : rêver). Ce pourrait être le compte rendu de tous les jours ces jours-ci, et ceux à venir. Ces jours qui sont surtout ceux de l’attente d’une vie qui saura rendre la vie relative.

En attendant, attendre. Et faire de l’attente un geste – écrire par exemple (ça ne suffit pas, ça ne suffit jamais). Déposer ici une image du ciel, une autre de la mer : avec l’intention de vouloir dire ce qui bat entre les deux, la ville et l’attente, ce que dans l’attente on fait qui n’attend pas : rêver encore, désirer toujours, l’automne par exemple : et par exemple : le geste qui fait de l’attente un désir et un rêve mêlé de l’automne réalisé en chair.


arnaud maïsetti - 4 septembre 2016

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